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Killian Hayes Ready Player One

Jeudi 19 novembre 2020, 2 heures du matin. Le petit monde de la balle orange se sert une dernière tasse de café. Adam Silver, le grand manitou de la National Basketball Association (NBA), entre en scène. La Draft est lancée, le jour de gloire est arrivé.

C’est simple, jamais un Français n’avait eu la chance d’enfiler une casquette aussi tôt lors d’une Draft. Une 7ème position qui offre un joli coup de projecteur à la formation made in France et vient récompenser un gamin de 19 ans pour qui tout est allé très vite. Place aux proches qui l’ont accompagné, retour sur un destin tracé.

Les premiers pas

« Quand il était petit, Killian venait shooter avec son père » - Sylvain Delorme

Killian, fils de DeRon Hayes. Dans les pas d’un père qui a arpenté les parquets du championnat de France pendant près de quinze ans, le natif de Lakeland (Floride, États-Unis) n’a pas traîné à enfiler les baskets pour prendre un malin plaisir à enchaîner les buckets. À 10 ans à peine, alors que le basket n’est encore qu’un jeu pour beaucoup d’enfants, Killian montre déjà un réel talent. Jean-François Martin, son premier entraîneur, se souvient « d’un garçon avec une certaine motricité, une certaine aisance avec le ballon. » On parle d’un enfant précoce, à la sensibilité déconcertante pour le basket. Il n’en est qu’au début du chemin ; personne ne peut prédire qu’il évoluera au plus haut niveau, mais lui ne doute pas. L’objectif est clair, devenir professionnel. « Quand on a un garçon un peu plus doué, un peu plus en avance, il faut toujours éviter l’ennui », insiste Jean-François Martin. Toujours surclassé, il faut le « nourrir », le mettre face à des joueurs qui peuvent lui répondre, même si ces derniers sont de deux ou trois ans ses aînés. Sauter des étapes, mais rester focus sur l’objectif en ligne de mire. Simon Bigot, professeur principal de Killian parle, sourire aux lèvres, d'un « élève de quatrième agréable, facile dans la relation mais aussi à part en termes de maturité. » Une maturité née de son parcours et favorisée par un entourage imprégné de la culture basket et conscient de ce qu’il faut apporter à Killian pour qu’il réussisse.

La tête et les jambes. Adolescent, Killian les a déjà, mais il reste un diamant brut à polir. Et comme chaque jeune prodige, il a dû apprendre à faire face à l’échec. Maillot rouge et blanc sur les épaules, Killian connaît en Minimes ses premières joutes nationales. Rennes, demi-finale des championnats de France, les Choletais se font bousculer collectivement. « Killian donnait le meilleur de lui-même mais, malheureusement, ça ne passait pas », se remémore Jean-François Martin. Habitué à sortir vainqueur de ses duels, le fils de DeRon subit le premier revers marquant de sa jeune carrière. « Émotionnellement, sur ce match, il a eu des petites baisses. C’était la première fois qu’il vivait un passage aussi difficile, mais au fil du match, il a su se reprendre et le lendemain, on a fini 3ème de l’épreuve. » Compétiteur dans l’âme, Killian ne se satisfait sûrement pas de monter sur la dernière marche du podium. Le goût amer de la défaite en bouche, le jeunot a pourtant montré une sacrée force mentale. Les difficultés font progresser, Killian vient de l’assimiler.

L'éclosion

« Killian et DeRon ont quelque chose entre eux. C’est le papa et le fils, mais parfois, on avait l’impression que c’était deux frères » - Thierry Chevrier.

Une relation unique. Entre compréhension et transmission, daron et fiston ont développé une symbiose propice à la construction d’un mental de champion. « J’aurais aimé avoir la relation qu’ils ont tous les deux. C’est plus qu’une relation paternelle », détaille, admiratif, Sylvain Delorme, coach de Killian Hayes en Espoirs. « DeRon, c’est quelqu’un de très compréhensif, très ouvert. C’est dans son tempérament. Il admet l’échec, il ne va pas pointer du doigt les défauts. Il a vraiment cette mentalité américaine d’être positif. C’est ce qu’il a donné à Killian. » La rigueur dans le travail. Au-delà du talent, pour progresser, Killian a besoin d’une mentalité de gagnant. À 15 ans, le Franco-américain, de ce lien si particulier avec son papa, acquiert l’état d’esprit d’un joueur professionnel. Il n’a désormais plus qu’une idée à l’esprit, gagner. Et il va très vite devoir s’acheter une nouvelle armoire à trophées. Saison 2016/2017, Killian passe en Cadets. L’échec lors des championnats de France Minimes est digéré, le gamin commence à tout rafler.

Ça fait beaucoup là non ?

On ne parle plus du fils de DeRon. Killian Hayes s’est fait un prénom. En à peine plus de deux ans, le Choletais a mis tout le monde d’accord. Avoir du talent, c’est une chose, mais réussir à l’exprimer avec tant de facilité, c’est l’apanage des grands. C’est simple, Killian peut tout faire sur un terrain. Driver vers le cercle, check. Distribuer les caviars, check. Étouffer son adversaire, check. À l’aise techniquement, il peut casser des chevilles, se balader dans les défenses et finir par un bisou sur le plexi. Gâté athlétiquement, ça ne lui pose pas de problème de calmer son vis-à-vis avec un block avant d’aller scotcher l’arceau de l’autre côté. Des points faibles à gommer ? Certains parlent de sa régularité au shoot et d’une certaine faiblesse main droite, mais il a prouvé dans les moments chauds que ça ne l’empêchait pas de dominer et de finir le chantier entamé. « C’était une image un peu réductrice que l’on avait de Killian. Les moments où il a fait la différence, c’était aussi bien par le drive que par le shoot extérieur et les trois points », analyse Sylvain Delorme. Patience, ce sont des ajustements à trouver plutôt que des faiblesses à relever. Les catégories jeunes écrasées, la question n’est donc plus de savoir s’il va devenir professionnel, mais de savoir jusqu’où il pourra aller.

« You miss 100% of the shots you don't take. - Wayne Gretzky » - Michael Scott

La confirmation

« Quand il avait 16 ans et qu’il venait s’entraîner avec les pros, il faisait des choses incroyables en face-à-face avec des joueurs qui avaient 10 ou 15 ans de plus » - Régis Boissié.

On ne parle pas d’âge à Killian. Le talent est présent, l’ambition tout autant, le gamin ne veut pas attendre plus longtemps. « Killian était déterminé et motivé. C’était son souhait d’aller vite, d’aller très haut rapidement », appuie Régis Boissié, son premier coach en pro. Là où n’importe quel adolescent de 16 ans ne pense qu’à prendre son goûter après une journée au lycée, Killian enfile son jersey pour aller se frotter à des pères de famille sur les parquets. Alors qu’il survole le championnat Espoirs, le staff de l’équipe première fait appel à lui plusieurs fois dans la saison. Cholet Basket – Le Mans, 15 mai 2018, le petit prince des Mauges en met plein la vue aux 3 600 spectateurs de la Meilleraie. 12 points, 6 passes décisives. Circulez, il n’y a rien à ajouter. À 16 ans, Killian entre dans la cour des grands. Thierry Chevrier, le directeur de Cholet Basket, n’a encore jamais proposé de contrat professionnel à un joueur aussi jeune. Pour Killian, il n’hésite pas. « C’était un garçon surdoué. Il avait un don » se souvient le boss de CB.

« À gauche, à droite, en haut, en bas. Ces soirées là »

Saison 2018-2019, numéro 3 dans le dos, K.Hayes est prêt à faire du sale avec les pros. Les attentes sont élevées, mais un petit pépin physique vient enrayer la machine à performer. « Durant la présaison, il s’est blessé alors qu’il était très bien parti. Cela a un peu freiné son intégration et son évolution », souligne Régis Boissié. Un début de saison compliqué pour un joueur qui ne s'est jamais sérieusement blessé, mais pas de quoi le faire douter. Killian sait où il veut aller et plus impressionnant encore, il sait se donner les moyens pour y arriver. Revenu de blessure, la pépite monte en régime au fil des matchs et se nourrit de l’expérience du championnat de France. Oui, mais ce n’est pas suffisant. La NBA dans un coin de sa tête, Killian voit toujours plus grand. Prochaine étape, se mesurer à l’élite européenne. Cette ambition ouvertement affichée, CB ne peut pas retenir son protégé. « On savait que Cholet Basket ne serait pas européen en fin de saison. Mais on n’avait pas envie de l’avoir en face de nous », argue Thierry Chevrier. Les tractations commencent, c’est à Ulm que Killian s’envole. Si une première expérience à l’étranger s’avère souvent compliquée, le gamin ne se laisse pas impressionner. Vous avez dit maturité ?

À 18 ans, Killian a mis tout le monde d’accord sur le vieux Continent. Tout est allé très vite, mais il n’a jamais laissé place aux doutes. Les yeux rivés sur ses envies de NBA, le Franco-américain a su mettre tous les ingrédients de son côté pour devenir un joueur complet. Killian est prêt.

La consécration

« With the 7th pick of the 2020 NBA Draft, the Detroit Pistons select Killian Hayes » - Adam Silver

Sourire étincelant, casquette des Pistons portée fièrement, Killian Hayes est prêt à faire briller le pays de la baguette et des croissants. L’ancien Choletais plaît à beaucoup d’équipes NBA, mais c’est bien avec le jersey de Detroit sur les épaules qu’il écrira les premières lignes de son histoire dans la Grande Ligue. Une équipe en pleine reconstruction prête à lui filer les clefs du camion, ça en dit long sur le potentiel du garçon.

Prochaine égérie Colgate.

Les débuts sont timides pour Killian. Rien d’étonnant quand on sait que l’intégration des rookies de cette cuvée est perturbée par ce que Renaud qualifie de « connard de virus ». Une préparation tronquée, des premiers matchs compliqués à haute intensité, mais le gamin de 19 ans montre par séquences qu’il en a encore beaucoup sous le pied. Sept petits matchs. Killian n’a pas eu le temps d’exprimer son talent. Une vilaine blessure vient freiner un bonhomme jusque-là épargné par les gros passages à l’infirmerie. De quoi s’inquiéter ?

Servi sur un plateau par Nathan Grenouilleau et Thomas Tabareau

Un grand merci aux personnes qui nous ont aidés à réaliser cette article.

  • Arthur Baudin
  • L'Autre Usine
  • Cholet Basket
  • Christophe Chiron
  • Daniel Robert-Chanal
  • Dominique Leliege
  • Jean-François Martin
  • Régis Boissié
  • Sandrine Hayes
  • Simon Bigot
  • Sylvain Delorme
  • Thierry Chevrier
  • Thorsten Leibenath
  • Valérie Bonzom

Crédit dessin : Léa Cadeau

Crédits photos :

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