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Face à l'épuisement au travail, sauvons la face! Par Léna Saulnier, Flora Pouillet, Léonie Pasquier

La question du bien-être au sein des entreprises du XXIème siècle est devenu au centre de toutes les problématiques de notre société actuelle. L’enjeu est de taille puisque d’ici 2030, d’après l’OMS, le principal risque sanitaire sera la dépression. Afin d’améliorer les conditions de vie au travail, cet écosystème est alors aujourd’hui en perpétuelle évolution. On retrouve alors dans les entreprises privées et structures publiques des nouvelles formes de management “happytoyable”, des aménagements des bureaux et des espaces, l’arrivée de nouveaux outils de gestion… Les salariés et salariées du public comme du privé, les cadres comme les ouvriers, se heurtent à de nouvelles conditions de travail, parfois même jusqu’à l’affectation de missions qui n’étaient auparavant pas les leurs. Cette situation à des conséquences, qui amènent parfois au burn-out. Se préoccuper du bien-être des travailleurs n’a donc jamais été autant une nécessité.

Toxicité dans la cité du travail

Durant plusieurs semaines, nous sommes allées à la rencontre de ces hommes et femmes aux allures opposées, tous et toutes victimes du même syndrome : l’épuisement professionnel. Ces figures courageuses, qui marchent aujourd’hui sur le chemin d’un avenir meilleur afin de renouer avec eux-mêmes et d’aspirer de nouveau à la liberté. Ce chemin se présentant à eux comme une force malgré les cicatrices.

"Cette cicatrice au fil des années, la pousse va venir les recouvrir et puis il y aura plus de douleur, et après vous pourrez avoir une petite nostalgie. Mais moi je n’en suis pas encore à la nostalgie.” Amandine Marceau

“Pour tout nouvel employé, je fais une intervention d’une demi-heure sur le sujet. J’aborde ces points et présente le rôle de chaque acteur de la prévention pour la santé au travail, et dire si jamais il y a des choses qui ne vont pas.” Marine Agostini, responsable relations sociales à La Caisse des dépôts d’Angers nous racontait les cas d’épuisements professionnels auxquelles elle a été confrontée depuis le début de sa carrière, en voici un extrait.

Chaque histoire de vie est différente mais les facteurs d’épuisement professionnel sont le plus souvent les mêmes. Cela remet en cause non pas une crise des relations au travail mais une crise de relation avec son travail, jouant ainsi avec la santé mentale et physique des personnes. D’une mauvaise organisation managériale peut découler beaucoup d’autres facteurs qui nuisent au bien-être des salariés sur leur lieu de travail.

Alors que la mécanique semble infernale : peut-on allier bien-être et travail ?

“Qu’est-ce que je n’ai pas vu venir pour tomber aussi bas”

Véronique Allain a 56 ans, elle a travaillé pendant six années au poste de commis de cuisine dans un Ehpad. Elle a été victime d’une mauvaise organisation managériale et subissait ainsi les contres ordres de sa hiérarchie et de ses collègues. Au fur et à mesure, on lui retirait des tâches sans motif valable. La relation qu’elle entretenait avec son équipe était tumultueuse. Victime de l’acharnement de ses collègues et d’une injustice elle vivait dans la culpabilité et la honte. Véronique Allain essaye aujourd’hui de se rétablir. Cela fait un an qu’elle est en arrêt. Depuis, elle a mis fin à tout contact avec ses collègues afin de se protéger. Pour tenir, elle participe notamment à des ateliers créatifs et s’est également mise au sport. Sur le chemin de la reconstruction, l'épuisement professionnel laisse indéniablement des traces. “Je ne pensais pas que ce serait si long de se reconstruire” nous disait-elle lorsque nous l’avons rencontré. Aidée de sa psychologue pour vaincre ses crises d’angoisse et comprendre ce qui lui est arrivée, Véronique Allain laisse cependant place au temps afin de reprendre confiance en elle et de pouvoir se projeter dans l’avenir.

“On est des combattants quand même, on a couru dans la jungle pour pas être bouffé par le tigre”

Amandine Marceau a 59 ans, elle a le parcours de vie digne d’une Wonder woman qui a été piégée dans ses forces par le bourreau du travail. Dévouée à son métier pendant dix-sept années en tant qu’assistante maternelle, “Dans mon boulot avec les instituteurs et dans mon boulot d’animation moi je m’éclatais vraiment”, elle est aujourd’hui en arrêt depuis trois ans. “On a beau être tous semblables à des combattants au bout d’un moment le corps il te dit bah j’en peux plus moi”. Cette femme a vécu dans la souffrance durant de nombreuses années malgré ses appels à l’aide. Ses collègues lui ont, comme elle le dit, “mené la vie dure pendant deux ans”. Accueillie telle une étrangère, une intruse, comme “une chose” contrariante, Amandine Marceau a dû faire face et affronter le harcèlement de ses collègues et cela chaque jour de travail. Portée en bouc émissaire et contrainte à un management de dernière minute, cette vie au boulot devenait invivable, car il ne suffit pas d’aimer son métier. “La souffrance de quelqu’un vous pouvez la voir mais vous ne pouvez pas la vivre”. Devenue un robot, submergée, sa conscience altérée, son corps ne répondant plus, elle s’est écroulée. “Et en fait ça a été une lapidation, voilà en clair. Une réelle lapidation.” Lorsque le bourreau du travail frappe à votre porte… “La seule chose que j’avais envie de faire c’était de me jeter sur les rails du train. Il ne fallait plus que je pense, il ne fallait plus que je dorme aussi”. La jeune femme s’est alors renfermée sur elle-même.

"Tu as beau être quelqu’un de fort, lorsque qu’on met à rude épreuve ta santé et ton mental, personne n’est épargné. L’être humain n’est pas intouchable mais les hommes n’ont pas conscience de cela. Je pense que j’ai un instinct de vie donc je suis encore là. Mais je suis cassée… Et j’ai envie de vivre maintenant, mais ça fait trois ans que je suis arrêtée et que j’aime les gens, mais j’ai peur des gens aussi.”

Les cicatrices sont indélébiles. Aidée des médecins de psychothérapeute et entourée de ses amis, Amandine Marceau essaye aujourd’hui de se reconstruire… “Malheureusement on n’est pas dans une société de bisounours, je ne crois pas trop au père noël. Je ne veux pas travailler en équipe donc cela me paraît un peu compliqué et il va falloir que je retrouve quelque chose mais je ne sais pas quoi. Voilà, ça c’est un truc… Je réfléchis, je réfléchis que je vais plus avoir de sous. Donc euh… Femme pas trop diplômée, même pas diplômée du tout puisque j’ai un bac et un CAP petite enfance donc euh… Voilà… Des expériences multiples et variées, la dernière dans la fonction publique. Donc là, la solution que j’ai trouvée parce que je vais plus avoir de sous c’est que j’ai vendu ma maison comme ça, je me fais un petit capital. Mais il va falloir que je trouve d’autres solutions. J’y réfléchis mais ma solution c’est que je vends ma maison comme ça, j’ai un capital et je temporise, voilà.”

“Je n’aime pas la question du bonheur, pas du tout, moi je pense que pour éviter qu’on parle souffrance et bien-être au travail, je considère qu’il faut parler travail. Mais parler travail tous sur le même niveau”

Raphaël Leroy est sensible à toutes ces questions de santé au travail. “C’est quelque chose qui m’a animé. Mais quand on dit animer c’est peut-être aussi ce qui m’a bouffé.” A 60 ans, Raphaël Leroy est aujourd’hui à la retraite depuis avril 2019. Ancien éducateur spécialisé auprès de personnes en situation de handicap, c’était une personne très engagée autant dans son métier qu’il aimait que dans sa fonction d’élu, représentant syndical et de sa présidence au sein d’un club sportif. Très actif et perfectionniste, Raphaël Leroy était aimé et reconnu par ses collègues. Mais son implication dérangeait “la mafia du haut”. Une “mafia” directive mais bancale mettant une pression indirecte sur ses salariés. Victime de surveillance et de tâches absurdes à accomplir, Raphaël Leroy met l’accent sur l’individualisation du travail qui mène au déni de l’autre. “Vous avez une sorte de déni qui un moment donné est imbuvable, insupportable.” Comme beaucoup de personnes, Raphael Leroy attendait une reconnaissance “du haut” qu’il n’a jamais obtenu. Fatigué, c’est le dernier jour où il était présent physiquement sur son lieu de travail qu’il a fait un malaise. Raphaël Leroy se sentait pourtant prêt à partir à la retraite car il avait pour habitude de tout planifier. Lui, qui était une boule de nerfs a “craqué” physiquement. Il n’y avait alors “plus d’essence dans le moteur”. Il s’est retrouvé en hypertension, son aspect cognitif ne répondait plus, il avait tout le temps la tête qui lui tournait si bien qu’il n’arrivait plus à éteindre la lumière la nuit, il n’arrivait plus à “lâcher prise”. Aujourd’hui, Raphaël Leroy va “nettement mieux” mais il n’a “plus les mêmes capacités”. Il a été voir une magnétiseuse qui l’a beaucoup aidé tout comme son médecin. Il pratique régulièrement des activités physiques et il est toujours autant dévoué pour les mobilisations syndicales lors des manifestations que sur la question du bien-être au travail à laquelle il nous répond : “Est-ce qu’aujourd’hui concrètement mettre un fauteuil relaxant pour une aide-soignante dans une salle c’est la panacée ? À part si, pourquoi pas techniquement, mais si elle passe la matinée à aligner les toilettes, sans reconnaître les personnes en tant que sujets et bien le fauteuil tu le mets à la poubelle pour moi.”

Un nouveau rapport au temps paradoxal

“Je prenais le bus à 18h10, à 18h mon téléphone sonnait et puis j’arrêtais parce que sinon je n’aurais pas déconnecté.”

Les nouvelles technologies rapprochent deux corps distants autant qu’elles nous isolent en nous coupant du monde, notre communication se déshumanise, et nos rapports ne sont plus verticaux mais horizontaux. “Moi, j’ai des collègues qui m'envoyaient des mails qui étaient juste à côté. Donc bon, là je me levais et je leur disais : Tu fais cinq mètres et tu viens me voir et puis tu me dis ce qu’il y a. C’est devenu un canal de communication qui est infernal.»

Pierre Fort âgé de 56 ans était manager d'administration des ventes au sein de l’AFPA (agence nationale pour la formation professionnelle des adultes). Il nous témoigne de l’impact néfaste du numérique au bureau. Après 29 ans au service de l’AFPA, Pierre Fort a vu petit à petit apparaître les nouvelles technologies. « Quand je suis arrivé il n’y avait même pas les souris aux ordinateurs”.

Pour lui, la gestion de l’information se complique face aux nouveaux outils qui changent notre rapport au temps : “Quand on reçoit un email on a tendance à vouloir y répondre tout de suite. Aujourd’hui, l’information qu’on reçoit et qu’on envoie, on veut qu’elle soit traitée tout de suite. Avant, on envoyait des courriers, l’espace-temps était différent. Tout le monde veut agir et réagir dans la seconde, on est dans le stress permanent. Il y a des journées, je passais plus de temps à répondre à des mails qu’à d’autres activités. Donc on se dit : mais on va où là ? C’est quoi mon boulot ? C’est de répondre à des mails ?”

L’entreprise où travaillait Pierre, contenu de la dégradation des résultats, a dû mettre en place un plan de sauvegarde de l’emploi afin de diminuer ses effectifs. Nous avons rencontré l’un de ses collègues ayant accepté de témoigner : “Le seul objectif c’est la réduction des effectifs donc ils cherchent à nous mettre à bout afin qu’on démissionne de nous-même mais je ne sais même pas si c’est conscient.”

Alain Gauthier, ancien salarié de l’AFPA, est en arrêt depuis neuf mois pour maladie professionnelle. Il était responsable d’affaires au sein de l’AFPA. Il a aujourd’hui décidé de se réorienter et de construire sa propre activité en ouvrant un cabinet d’hypnose, de coaching afin de se recentrer sur ses valeurs profondes. Aujourd’hui, il accompagne ses patients à atteindre leurs objectifs. “J’interviens auprès des particuliers, des entreprises où je peux faire des formations plutôt courtes sur le bien-être au travail, la gestion du stress, la cohésion d’équipe et puis j’interviens dans les clubs de sport sur la préparation physique, la préparation mentale.” Pour Alain Gauthier, l’hypnose l’a beaucoup aidé car ces outils lui ont permis de prendre du recul. Victime lui aussi de l'épuisement professionnel, Alain Gauthier s'épanouit aujourd’hui dans son nouveau travail. Il se présente alors à nous comme une figure d’espoir pour ceux et celles qui cherchent encore le chemin d’un avenir meilleur...

Des conditions de travail réétudiées

Pour Isabelle Mary- Cheray, psychosociologue et responsable des conseillers en préventions au SMIA (service médical inter-entreprises de l’Anjou), les cas d’épuisement professionnel touchent désormais tous les secteurs d’activité. Selon elle, “l’élément individuel n’est pas dominant”, c’est-à-dire que s’il y a des cas de burn-out sur un poste de travail, il faut réfléchir au poste dans sa globalité. La formation au poste, les conditions de réalisations des tâches, tensions relationnelles, choix organisationnels… La mission du SMIA, en collaboration avec l’employeur, est d’analyser ce qui peut être un cumul de contraintes sur le poste de travail et de travailler sur leur réduction. Son objectif est à la fois de mener des actions de prévention auprès des entreprises pour que celles-ci progressent de façon autonome, et d’assurer une surveillance médicale pour les salariés. En cas de mal-être au travail, Mme. Mary-Cheray insiste sur l’importance d’en parler, car “si le problème n’est pas évoqué, il n’y aura peut-être pas de moyen d’agir”, mais aussi pour savoir si les contraintes rencontrées sont partagées car “ça évite de se dire que ce sont Monsieur X et Madame Y qui font moins bien que les autres mais c’est plutôt de se dire que tous ensemble on peut travailler sur cette contrainte-là”.

Mme. Mary-Cheray nous raconte un exemple concret sur lequel elle a pu accompagner l’employeur et ses salariées : “C’était une équipe d’infirmières de trois personnes qui étaient en conflit, il y avait des tensions relationnelles et ça les avait mises en difficulté. Au départ, elles pensaient que c’était des questions de personnes, et quand on a proposé un accompagnement en parlant des questions du travail, finalement elles se sont rendu compte qu’il y avait un certain nombre de difficultés qui étaient partagées sur le relationnel, mais que c’était bien en lien avec le travail. Cela a conduit notamment à organiser des temps d’échanges qu’elles n’avaient pas, ou qu’elles n’avaient plus, de manière à pouvoir mieux s’organiser, faire face à l’activité et de redonner effectivement du sens au travail, ce qui a été fait avec une direction qui a été à l’écoute. Il y a des choses qui ont pu se mettre en place : c’est passé par des équipements, avoir une imprimante qui scan plutôt que d’avoir que des documents papier éparpillés dans différents lieux, voilà c’était des éléments qui ont facilité l'organisation des activités. “

Améliorer la qualité de vie et les conditions de travail des salariés, c’est aussi la mission de l’ARACT, l’action régionale pour l’amélioration des conditions de travail, pour optimiser les performances globales des entreprises. Les chargés de missions de l’ARACT interviennent surtout auprès des PME/PMI. Pour l’ARACT, la modification des conditions de travail s’inscrit dans un cercle vertueux dans lequel celles-ci améliorent le bien-être des salariés, et donc leur efficacité. Leur méthodologie consiste à accompagner l’entreprise dans la mise en place d’actions pour la qualité de vie au travail, mais que celle-ci devienne autonome dans leurs réalisations.

Les 6 champs d'action de la qualité de vie au travail (QVT), source ARACT Pays-de-la-Loire

“La qualité de vie au travail, on la définit par le fait de bien vivre, bien faire son travail et pouvoir le faire collectivement et durablement.” Louise Gouraud (ARACT Pays de la Loire)

Les entreprises cherchent à améliorer les conditions de travail de manière à développer leur attractivité car elles ont du mal à recruter, les nouveaux talents sont de plus en plus à la recherche d’une entreprise qui correspond à leurs valeurs, et qui prends soin de ses salariés. L’idée de bien-être devient donc un incontournable pour les entreprises.

Rémi Lanoës, dirigeant de Playmoweb, une agence spécialisée dans le développement d’applications mobiles, voit l’importance de satisfaire ses dix salariés et qu’ils se sentent bien, puisqu’ils sont sollicités par d’autres entreprises. Par un management horizontal, des horaires flexibles et des activités entre salariés, le dirigeant de Playmoweb mise avant tout sur la bonne ambiance générale de son agence. Le recrutement d’une nouvelle génération s’impose aussi à la caisse des dépôts : Marine Agostini, responsable relations sociales à la caisse des dépôts, en a bien conscience. Elle remarque que les jeunes ont de nouvelles habitudes et manières de travailler, auxquelles l’entreprise tente de s’adapter : “Par exemple pour déjeuner, ils n’utilisent pas forcément le restaurant d’entreprise que nous avons à disposition, mais vont commander leur repas sur Uber et se retrouver ensemble à dix ou quinze dans l’espace tisanerie”.

L'espace tisanerie de la caisse des dépôts d'Angers - photographies personnelles

Des espaces bulle, que la Caisse des dépôts appelle “cabines TGV”, sont des petits espaces insonorisés dans lesquels une à trois personnes peuvent se retrouver pour travailler. Ils permettent aux salariés de s’isoler dans des espaces ouverts, pour se concentrer sur un dossier si nécessaire. Les espaces ouverts, Marine Agostini dit ne “pas pouvoir y échapper” : d’abord parce que les appels sont centralisés, et aussi parce que les téléconseillers doivent avoir accès aux informations relatives aux appels en direct et collectivement. Bien consciente que ce travail peut être considéré comme plus pénible que les autres, l’entreprise compense avec une demi-heure donnée par jour aux téléconseillers, et en expérimentant le télétravail pour ces postes.

“Manager ça veut dire beaucoup communiquer vers le personnel qu’on encadre pour les motiver et donner du sens au travail” Marine Agostini

La volonté d’améliorer les conditions de travail est au cœur des discussions : les managers de proximité réalisent deux fois par an des réunions qualité de vie au travail. Ils ont pour directive de s’assurer que chacun s'exprime individuellement, aussi bien sur l’organisation du travail, le bon équilibre de la vie privée et professionnelle, l’outil de travail, et aussi les relations interpersonnelles. Les propositions sont écrites dans un compte rendu que Mme. Agostini fera remonter au “top management”. Elle reste consciente que toutes les propositions ne sont pas réalisables. Pourtant, l’entreprise fait son maximum pour répondre aux attentes de ses salariés : “beaucoup de collaborateurs demandent à travailler debout. Or pour l’établissement ça représente un coût parce qu’à Angers nous sommes près de 1000 collaborateurs. Donc on ne peut pas satisfaire tout le monde, nous avons quand même commandé quelques stations debout. Il faut savoir dire oui à des demandes qui sont légitimes, argumentées, et non à d’autres. “

D’autres améliorations ont été retenues, notamment des espaces créativité où l’on retrouve banquettes, tables de salon, et des murs sur lesquels on peut écrire, avec des écrans digitaux. Les écrans digitaux sont d’ailleurs très présents, car ils répondent à une demande importante d’espaces de visioconférence. Marine Agostini possède un totem, qui lui permet de faire ses réunions avec des collègues de Paris et Bordeaux sans casque, en limitant ses déplacements.

Au contraire, d’autres ne sont pas retenues : c’est le cas de la sieste, ce que Marine Agostini déplore. “Si on regarde les exemples asiatiques, des canapés sont installés un peu partout pour pouvoir faire des siestes d’une dizaine de minutes pour être plus en forme après, moi j’en suis totalement adepte. Et donc j’ai essayé de porter ça à la direction mais ils ne sont pas prêts. Et je ne trouve pas ça très juste parce que lorsqu’on a un bureau individuel, on peut facilement se mettre en repos, et les personnes qui travaillent en équipe n’ont pas cette liberté de se mettre en repos une dizaine de minutes”. Elle estime que la sieste est une pratique à adopter, notamment pour les générations futures qui seront amenées à travailler plus longtemps.

Pour Rémi Lanoës, le gérant de playmoweb, la prise en compte du bien-être le pousse à déménager ses bureaux pour un espace plus grand, et où les siestes seront permises dans un lieu dédié.

Douze ans après “la douloureuse” fusion entre l’ASSEDIC et l’ANPE, les salariés de Pôle Emploi se sentent toujours dépassés par cette dernière.

Paru le 17 octobre 2019, un livre de Margaux Duguet, Catherine Fournier et Valentine Pasquesoone intitulé « Pôle Emploi, la face cachée, enquête sur la souffrance des agents. » Cette enquête menée par les journalistes de France Info regroupe de nombreux témoignages sur les conditions de travail dans l’institution. L’enquête permet de cerner la souffrance au travail, de mettre en évidence la perte du sens de leur travail pour des salariés soumis à de nombreuses tâches manquant parfois de cohérence.

Nous avons rencontré la directrice territoriale d’une agence Pôle Emploi qui nous partage sa vision sur les conditions de travail de cette agence. Son travail l’épanouit, son objectif est d’accompagner les managers et leurs conseillers pour délivrer le meilleur service possible aux usagers. En effet, dans son agence, l’ambiance de travail est plutôt calme, mais c’est quelque chose sur laquelle il faut travailler sans cesse car il n’y a pas de bureaux individuels. Le nomadisme des bureaux est souvent évoqué par les organisations syndicales.

Selon les salariés de Pôle Emploi que nous avons interrogé, ce nomadisme est une situation très inconfortable. « Ce qui me dérange aujourd’hui dans mon travail, c’est le nomadisme. Tous les matins, tu te demandes où tu poses tes fesses. » ; « Y’a pas assez de bureaux pour tout le monde, tout s’enchaîne, par exemple si vous voulez contacter quelqu’un par téléphone vous la contactez à quel numéro ? »

La question du bien-être selon la directrice territoriale est primordiale. Une enquête possédant un panel de sept questions est envoyée tous les six mois à l’ensemble des salariés. Cela permet de pointer les différents problèmes que rencontrent les salariés et de trouver une solution à ces derniers.

En effet, depuis la fusion ANPE et ASSEDIC en 2008, certains salariés ne peuvent pas correctement effectuer leur travail à cause de ce nomadisme. « Le directeur lors de la fusion a dit c’est la règle des 80%, quand on est 100, y’a 80 bureaux, on mise sur l’absentéisme ». Les salariés que nous avons contactés ont souligné une certaine pression au travail, une difficulté liée à la dématérialisation, qui s’est faite avec une grande brutalité selon eux. Et contrairement à ce qu’espérait la direction, cette dématérialisation a généré plus de travail qu’elle n’en a enlevé, puisqu’elle a généré beaucoup d’erreurs, beaucoup de blocages informatiques, c’était une spirale à problèmes selon les salariés que nous avons rencontré.

« C’est un bulldozer qui nous est tombé dessus, vouloir aller à toute vitesse … C’est destructeur. ».

L’avis sur cette fusion n’est pas partagé par la directrice territoriale, selon cette dernière, cette fusion était nécessaire. « Nous sommes plus efficaces, plus rapides. »

La voix des salariés s’élève face à cette discorde, la sortie de cette enquête a permis à certains salariés de sortir du silence. « Oui, on en a beaucoup parlé avec certains salariés, mais il y a aussi des salariés qui ne veulent pas le voir (…) pour l’instant c’est comme une cocotte-minute … Bon je ne sais pas si elle va exploser ou pas… C’est chacun qui gère ses problèmes tout seul. Donc on s’isole, il y a beaucoup d’isolement », explique une salariée de Pôle Emploi. Certains souffrent de burn-out, de mal-être au travail, d’autres en ont simplement assez des conditions de travail épuisantes telles que le nomadisme. Le mal-être est dans beaucoup de secteurs.

Cependant, la directrice territoriale insiste sur le fait qu’effectivement cette fusion a accéléré certaines transformations, la nécessité pour Pôle Emploi de s’adapter aux conditions de l’entreprise peut être très vite épuisante.

« En tout cas, une chose sur laquelle je suis d’accord c’est que l’on accompagne l’ensemble des salariés à tous les niveaux sur la capacité à prendre en charge tous ces changements, toute cette transformation. On les accompagne en leur demandant leur avis, en essayant d’étaler dans le temps un certain nombre de projets et de transformation, c’est là-dessus que nous devons être vigilants. »

Face à l’épuisement professionnel au travail on essaye de sauver la face, tenir coûte que coûte, se faire aider et s’entourer. Cette maladie professionnelle, touche tous les secteurs, quel que soit la hiérarchie et les âges. Les étudiants en sont aussi victimes. En médecine, selon une étude réalisée en 2019 par le journal European Psychiatry sur un panel de 17 431 étudiants, 8 060 souffraient d’épuisement professionnel soit 44,2% des sondés. Le burn-out gagne ainsi du terrain dans notre société, tout le monde est désormais concerné, de près ou de loin. Les histoires que nous avons entendues sont toutes singulières mais les failles, les facteurs se ressemblent. C’est au terme d’un long travail auprès de professionnels bienveillants que la reconstruction voire la renaissance est alors possible. Les entreprises, elles aussi, tentent de répondre à cette question du bien-être dans le monde professionnel. Cela passe notamment par la prise en compte des risques psycho-sociaux, de l’opinion des salariés, et l’amélioration des conditions de travail. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas une nouvelle tendance, mais bien une nécessité. Marine Agostini considère ainsi que “C’est une obligation pour l’employeur de mettre en place le nécessaire pour que les employés se sentent bien”.

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