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Il y a 50 ans, l’argent envoyait ces nageurs sur différents chemins

par Nathan White

À Qualicum Beach, sur l’île de Vancouver en Colombie-Britannique, Elaine Tanner, assise près du foyer, sirote son café en parcourant du regard le détroit de Georgia. Elle peut presque se voir à Mexico, 4 000 kilomètres plus loin et 50 ans plus tôt.

« Cela fait tellement longtemps, mais il y a encore une partie de moi qui a l’impression que cela s’est passé hier, raconte Tanner.

Le 23 octobre 1968, Tanner, 17 ans, gagne une médaille d’argent au 100 m dos pour devenir la première nageuse canadienne médaillée olympique dans l’histoire du pays. Surnommée « la super souris », d’après le personnage d’un populaire dessin animé de l’époque, elle a également gagné l’argent au 200 m dos et le bronze au 4x100 m relais de nage libre, devenant la première athlète triple médaillée du Canada.

Toutefois, malgré ces réalisations, elle avait le sentiment de n’avoir pas répondu aux attentes. Le Globe and Mail avait prévu que Tanner gagnerait l’or aux deux épreuves de dos, et pour le magazine Sports Illustrated, elle était la favorite au 100 m. Elle s’est présentée à la finale en tête du classement après avoir établi des records olympiques dans sa vague et en demi-finale. Toutefois, même si elle a réalisé un autre record personnel, c’est l’Américaine Kaye Hall qui a disputé la course de sa vie et qui a gagné l’or en inscrivant un record du monde.

« Il n’y a rien certain en ce monde, comme l’a découvert Elaine Tanner hier soir lorsqu’elle a perdu une médaille d’or que tout le monde la voyait gagner », écrivait le reporter du Globe and Mail, Dick Beddoes.

« Elle nous avait déçus », écrivaient David MacDonald et Lauren Drewery dans leur livre Canada’s Greatest Women Athletes (Les meilleures athlètes féminines du Canada) publié en 1981. « Curieusement, les Canadiens ont conclu qu’elle les avait laissé tomber, tandis que c’est plutôt l’inverse qui est vrai. »

Tanner dit qu’elle ne se rappelle pas les pleurs, ou de la cérémonie de remise de médailles qui a suivi la compétition.

« J’ai occulté tout ça dans mon esprit pendant 50 ans », raconte la native de Vancouver.

Elle a internalisé cet échec et n’a plus jamais participé à une compétition internationale d’envergure, et même si elle a aujourd’hui une vision positive de la vie, cela lui a pris deux décennies pour faire la paix avec cette période.

Elaine Tanner – Crédit photo : Olympic Report Mexico 1968

À quelques minutes de l’autoroute Island, à Parksville, en Colombie-Britannique, Ralph Hutton est assis près de l’étagère du salon sur laquelle est posée la médaille d’or qu’il avait gagnée quelques minutes avant que Tanner ne remporte la sienne.

La médaille remportée par Hutton au 400 m libre a été la première médaille canadienne en natation en 40 ans, rien que ça. Il n’a pas non plus été à la hauteur des attentes placées en lui, car il est arrivé à Mexico en tant que détenteur du record du monde, mais contrairement à plusieurs médaillés d’argent, il était heureux de son résultat.

« À ce moment-là, j’étais heureux d’avoir gagné l’argent, et j’en suis encore ravi, raconte Hutton. On peut toujours revenir en arrière et penser à des choses qu’on aurait pu faire différemment. J’ai fait de mon mieux à l’époque, alors il n’y avait aucune raison pour moi d’être déçu ou contrarié. »

Peut-être que la perspective de Hutton était différente parce qu’il était un peu plus âgé et plus expérimenté (c’était les deuxièmes Jeux de l’athlète de 20 ans qui a participé à une autre édition par la suite)? Peut-être est-ce parce que l’entraîneur d’Hutton était à ses côtés (l’entraîneur de Tanner, Howard Firby, avait été, à la suite d’une décision controversée, laissé de côté.)?

Hutton se rappelle la réaction du légendaire George Gate, son entraîneur et l’entraîneur en chef de l’équipe masculine à ces Jeux.

« Il a souri et m’a dit : "On est passé proche” », raconte Hutton.

Pour une raison quelconque, les attentes ont touché Tanner et Hutton de façon différente. La différence dans leur manière d’y faire face reflète le peu d’information disponible sur l’aspect mental de la compétition à l’époque.

Ralph Hutton – Crédit photo : BC Sports Hall of Fame

Un article en couverture du Sports Illustrated décrivait les Jeux de 1968 comme des Jeux olympiques problématiques, et en 2016 le magazine avait placé la ville tentaculaire de Mexico au nombre des cinq pires villes hôtes de tous les temps. Le transport et la nourriture ont présenté leur lot de problèmes, mais c’est l’altitude de Mexico – 2 250 mètres au-dessus du niveau de la mer – qui a été l’aspect le plus vivement critiqué.

Le climat politique de l’époque était également tendu. L’assassinat de Martin Luther King Jr avait préparé le terrain au salut Black Power sur le podium de John Carlos et de Tommie Smith. En raison de l’apartheid, l’Afrique du Sud avait été bannie des Jeux, même si l’invasion de la Tchécoslovaquie par des forces dirigées par l’Union soviétique n’avait pas affecté la participation des pays du Pacte de Varsovie. Toutefois, l’athlète polonaise Ewa Klobukowska avait été écartée des Jeux à la suite de tests de féminité exhaustifs.

Pour se préparer pour les Jeux, l’équipe canadienne s’est réunie à Banff, en Alberta (1383 mètres), priorisant l’entraînement en altitude par rapport à l’entraînement dans une piscine de calibre olympique.

« Nous nous sommes entraînés dans une piscine extérieure de 50 verges avec un escalier en ciment qui partait de l’une des extrémités et qui s’arrêtait au beau milieu de la piscine », raconte Ron Jacks, qui concourait à ses deuxièmes Jeux olympiques sur trois, et qui a participé à plusieurs autres en tant qu’entraîneur par la suite. « S’il nous venait en tête de faire ça aujourd’hui, nous aurions été sidérés. »

Alors que les nageurs canadiens étaient à Banff, le gouvernement mexicain massacrait 300 opposants et arrêtait plus de 1000 autres dans un effort pour supprimer toute opposition politique avant ces Jeux placés ironiquement sous le thème des « Jeux de la paix ».

« Les circonstances étaient absolument uniques », indique Jacks, qui est tombé malade à Mexico et qui n’était pas heureux de sa performance. « Ce n’était pas comme si on avait été à une compétition d’envergure, comme à Tokyo, lors des Jeux olympiques précédents, ou à Munich, ceux qui ont suivi, et qu’on était stressé. C’était une sensation totalement différente. »

« C’était difficile de déterminer ce qu’était une bonne performance. »

Aux prises avec des défis sur le plan de l’environnement et des attentes placées en elle, Tanner attendait impatiemment que commence la compétition. Ses épreuves de dos ne devaient avoir lieu qu’à la deuxième moitié du programme de 10 jours. Comme la natation canadienne n’avait remporté aucune médaille au cours des cinq premiers jours, des articles sur des différends entre l’Association canadienne de natation et le Comité olympique canadien au sujet de la sélection de l’équipe ont commencé à paraître dans les médias.

Tanner s’est mise à penser qu’il aurait mieux valu qu’elle dispute le 100 m papillon au début de la compétition et brusquement, le doute a envahi son esprit : “Et si je perds?”, s’est-elle demandé.

« La psychologie a eu l’effet inverse et a instauré le doute en moi, mais je n’allais pas laisser tomber le pays », se rappelle Tanner. « En mon for intérieur, j’étais déterminée, mais j’ai pris sur mes épaules les attentes qui grandissaient à l’extérieur. »

Pendant ce temps, Kaye Hall, sa rivale américaine, est passée sous le radar et elle s’est reposée pendant toute la semaine, sur le conseil de son entraîneur, Dick Hannula. L’enseignant avait fait le déplacement de Tacoma, Washington jusqu’à Mexico grâce à une collecte de fonds organisée par son école secondaire, la Wilson High School, pour lui permettre de soutenir Hall.

Quelques minutes avant la course des femmes, Ted Thomas, l’entraîneur de l’équipe féminine, a proposé un changement de stratégie à Tanner. Il lui a suggéré de commencer doucement et de préserver son énergie pour la fin en raison de l’altitude.

« Sans la présence de son entraîneur, c’était quelque chose », explique Jacks, indiquant que c’était surtout le 200 m et les plus longues distances qui étaient particulièrement affectés par l’altitude. « Ce n’était pas vraiment une bonne stratégie pour le 100 m, et cela ne l’a probablement pas aidée. »

Hall se trouvait près de l’aire d’échauffement, sous les estrades, et même si elle n’a pas entendu ce qui se disait, elle a remarqué que la conversation paraissait bizarre.

« C’est à ce moment que je me suis dit : “Hum… peut-être qu’il y a une chance”, raconte Hall, qui n’avait jamais battu Tanner. « Je me suis éloignée parce que je n’allais pas modifier le plan convenu avec mon entraîneur. »

« Ce que je devais faire, c’était de prendre l’avance et de la garder », se rappelle Hall, et c’est ce qu’elle a fait exactement.

Tanner a ouvert la machine à la fin et a gagné du terrain par rapport à Hall, mais le temps lui a fait défaut.

« Si je devais faire trois autres battements, elle m’aurait dépassée », raconte Hall.

Avec un temps de 1 min 6 s 7, le chrono de Tanner était plus rapide que le record olympique qu’elle avait établi en demi-finale, mais il accusait un retard d’une demi-seconde par rapport à Hall, qui a abaissé le record du monde à 1 min 6 s 2.

C’est Hall qui a versé des larmes de joie, tandis que Tanner et les autres nageuses la félicitaient. Toutefois, la Canadienne s’est effondrée peu de temps après.

« Lorsqu’elle est arrivée pour la mêlée de presse, les questions fusaient de toutes parts, « Pourquoi avez-vous perdu? », cela l’a démolie, se rappelle Nancy Greene Raine, la championne de ski qui était à Mexico dans un rôle relatif aux médias et en tant que conseillère. « Elle était dévastée et c’était réellement une situation injuste. »

Elaine Tanner – Photo soumise par : John Watt

Cela a pris des décennies à Tanner pour faire la paix avec cette demi-seconde de retard, car elle a pris cette « défaite » personnellement et s’est sentie comme une ratée.

Sous le poids écrasant des attentes, et sans un soutien adéquat en place à l’époque, la vie de Tanner a été emportée dans une spirale descendante après les Jeux. Elle a eu deux enfants de son premier mari, mais elle en a perdu la garde. Elle a composé avec des problèmes de santé mentale, a souffert de dépression, d’anxiété, de crises de panique et d’anorexie.

« Dans les années 1960, il n’y avait pas de psychologues sportifs, nous ne savions rien de ces choses. Nous ne savions rien de la pression qui existait dans le sport et de ses conséquences », explique Tanner. « Je me suis rendu compte que ce qui s’est passé après les Olympiques, et tous ces changements qui ont perduré des années après, était bien sûr la manifestation de troubles de stress post-traumatique. Dans les années 1960, cette notion n’existait même pas. »

À un certain moment, en 1988, Tanner était au plus bas et dormait dans sa voiture à Vancouver. Elle avait même contemplé le suicide. C’est à ce moment-là qu’elle a rencontré John Watt. L’homme d’affaires et ancien sauveteur avait lui aussi vécu des moments difficiles dans sa vie, notamment le décès de ses deux parents et le suicide de son frère, dont il a trouvé le cadavre.

Le couple a entrepris ensemble un cheminement vers la guérison. Ils ont voyagé d’un bout à l’autre de l’Amérique du Nord, fait de petits boulots, y compris la remise en état de voitures classiques et lancé une affaire de souvenirs sportifs qui a échoué. Tanner a par la suite travaillé comme entraîneure de natation à l’école secondaire, de l’autre côté du continent, dans le Maine, aux États-Unis, pendant quelque temps.

« C’est un cheminement incroyable de remise en question, de survie et de guérison. Cela lui a pris des années pour me parler de certaines des choses qui lui sont arrivées », raconte Watt. « Elle n’a reçu aucune aide et elle n’a pas su quoi faire. »

Alors qu’il prononce ces mots, Tanner s’approche en souriant.

« Aujourd’hui, ça va beaucoup mieux », indique-t-elle.

« Je vois de la joie dans ses yeux et cela me réchauffe le cœur », poursuit Watt. « Elle a repris sa vie en main. »

Elaine Tanner, 15 ans, avec ses 7 médailles remportées aux Jeux du Commonwealth en 1966. Elle est toujours la plus jeune récipiendaire du trophée Lou Marsh pour cet exploit. Crédit photo : Canadian Press

Le nom de Tanner figure encore sur la courte liste des meilleurs olympiens canadiens en piscine.

Aux Jeux du Commonwealth de 1966 à Kingston, en Jamaïque, Tanner avait mis la barre très haute. Elle avait récolté sept médailles (Hutton en avait gagné huit) et elle a été la première athlète de l’histoire à gagner quatre médailles d’or à des Jeux du Commonwealth, les premiers sous le nouveau drapeau du Canada. Elle y a établi deux records du monde et a enchaîné avec deux autres aux Jeux panaméricains de 1967 à Winnipeg, où elle a récolté cinq médailles.

Les réalisations de Tanner ont depuis lors reçu la reconnaissance méritée : l’Ordre du Canada, le prix Lou Marsh, le Panthéon des sports canadiens, le Temple de la renommée international de la natation, le Temple de la renommée olympique du Canada, le Cercle d’excellence de Natation Canada.

Tout cela est une question de perspective. Les décorations ne sont pas importantes pour elle. Elle a travaillé énormément pour surmonter le fait d’être définie par quelque chose qu’elle a fait – ou qu’elle n’a pas fait – à un très jeune âge et d’être définie en général par la validation des autres. Elle ne se rappelle plus le nombre de médailles et de certificats de records du monde à son palmarès – certains ont été vendus aux enchères, d’autres sont exposés dans des temples de la renommée.

« Un jour j’ai dit à John : “Je n’ai plus besoin de ces choses”. Ce n’est pas moi », ajoute-t-elle. « J’ai accompli ce que j’avais à accomplir, et mon histoire ne s’effacera pas. Cependant, je n’ai pas besoin de ces choses. »

Pour elle, le plus important est d’avoir renoué avec ses deux enfants et ses trois petits-enfants. Elle est une ardente défenseure de la santé mentale et de la sécurité nautique et a publié un livre pour enfants, Monkey Guy and the Cosmic Fairy.

La femme que l’entraîneur Howard Firby avait un jour décrite comme faisant « un avec l’eau » n’a pas nagé depuis des années, préférant faire du vélo ou s’entraîner au gymnase pour garder la forme. Elle n’est pas du genre à assister à des galas ou des soupers d’intronisation à des temples de la renommée, mais elle n’hésite pas à formuler des conseils aux innombrables personnes à croiser sa route.

« Partager mon histoire et aider les autres me procurent plus de joie que si j’avais gagné la médaille d’or », affirme Tanner, qui a raconté son histoire en détail sur deux sites Web, elainetanner.ca et questbeyondgold.ca. « Je n’échangerais pour rien au monde la sagesse que j’ai aujourd’hui contre une médaille d’or. Je n’ai de cesse d’apprendre et je me sens emplie d’enthousiasme pour aujourd’hui et pour demain. »

L’ancienne jeune vedette Elaine tanner accompagnée de la vedette actuelle Penny Oleksiak lors de la parade olympique à Toronto en 2016.

Tanner a pris contact avec les étoiles de la natation des dernières années. Elle a envoyé des mots d’encouragement à Taylor Ruck, qui a éclipsé son record et récolté huit médailles aux Jeux du Commonwealth de cette année. Elle a rencontré Penny Oleksiak au défilé de Toronto après son succès olympique à Rio 2016 et lui a adressé une lettre ouverte qui a été publiée dans le magazine MacLean’s de l’année passée dans lequel elle a encouragé Oleksiak à rester elle-même.

« Aujourd’hui, lorsque je vois la natation au Canada, je suis fière de nos nageurs. J’ai vu tous les changements et je les entends parler : “Oui, nous pouvons marcher aux côtés des meilleurs au monde, oui, nous pouvons être les meilleurs au monde”. Ils croient vraiment en eux-mêmes et j’ai des frissons en voyant ça », explique Tanner.

Ralph Hutton fait partie du Cercle de l’Excellence de Natation Canada, du Panthéon des sports canadiens, du Temple de la renommée olympique du Canada et du Temple de la renommée internationale de natation (avec Elaine Tanner).

Hutton, qui est également dans tous les temples de la renommée, a aussi décidé d’avancer. Il a récolté 24 médailles internationales, dont 23 sont dans un tiroir à son bureau. Il s’est impliqué dans la natation au cours des années, d’abord comme entraîneur, ensuite en siégeant aux conseils de Swim BC, de Natation Canada et de Jeux du Commonwealth Canada après être devenu policier à Vancouver.

Hutton se souvient d’avoir vu, en grandissant à Ocean Falls, en Colombie-Britannique, les images d’un film sur les nageurs australiens Murray Rose et John Konrads accueillis chez eux en héros avec un défilé.

« Toute la ville était là, les écoles étaient fermées et des enfants étaient alignés des deux côtés de la rue », raconte-t-il. « Je me suis tourné vers George Gate, mon entraîneur à l’époque et je lui ai dit : “Je veux un défilé comme celui-là, et tous les enfants m’aimeront parce que grâce à moi, ils rateraient une journée d’école.” »

« Il m’a répondu : “Nous avons beaucoup de travail. Nous ferions mieux de commencer”. Ce fut un moment charnière de ma carrière de nageur », poursuit Hutton, qui avait déménagé à Campbell River à l’époque des Jeux de 1968.

« Je suis heureux de dire qu’un énorme défilé a été organisé (à Campbell River); ils l’ont appelé la Journée Ralph Hutton et ont permis aux enfants de s’absenter de l’école. »

En revanche, les choses ne se sont pas déroulées comme Tanner l’avait voulu, mais elle a fait la paix avec cet aspect de sa vie aujourd’hui.

« Pour célébrer mon cheminement vers la guérison et pour m’aider dans cette démarche, j’ai décidé, il y a quelques années de souligner mon parcours vers le lâcher-prise par une simple cérémonie », explique-t-elle.

Elle a écrit sur tout ce qui a pu la blesser par le passé sur un ballon à l’hélium géant jaune et l’a laissé s’envoler.

« On peut perdre des bagages, mais retenir la leçon et se laisser guider par la sagesse », ajoute-t-elle.

« Il faut voyager léger. »

Ça aura pris des dizaines d’années à Elaine Tanner pour se rendre où elle est maintenant. Elle est en paix avec son expérience et la sagesse qu’elle a acquises avec le temps.

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