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Run ar Puñs : quand l’engagement citoyen entre en scène par Johanna Seban & LA FEDELIMA

Bonne volonté, huile de coude, générosité et soutien sans faille : les petites salles de concert doivent souvent une partie de leur succès à l’engagement de ceux qui les fréquentent. Dans le Finistère, depuis 40 ans, le Run ar Puñs tisse des liens forts avec la population locale. Son dynamisme et son succès, la salle sait qu’elle les doit autant à sa riche activité (programmation musicale, action culturelle) qu’à l’engagement de son public, qui œuvre sans relâche pour la préservation et la croissance du lieu. Il sera plus sollicité que jamais en 2019 avec l’ouverture d’un chantier de grande ampleur pour la salle.

C’est une ancienne ferme qui, il y a encore un demi-siècle, hébergeait des cochons. Disparus, les gorets ont laissé place à des amplis et des projecteurs. Son propriétaire, Jakez L’Haridon, a transformé la demeure familiale, à la fin des années 70, en salle de concert. Quarante ans ont passé depuis la création du Run ar Puñs (« La colline du puits » en breton) et l’établissement, labellisé Smac, embauche aujourd’hui six salariés. Situé sur les hauteurs de Châteaulin, petite commune du Finistère nichée entre Brest, Carhaix, Quimper et Douarnenez, « le Run », comme ses habitués ont pris l’habitude de le surnommer, est une véritable institution locale, qui doit d’abord sa réussite à la large palette d’activités qu’elle assure : diffusion de concerts (une quarantaine chaque année), actions culturelles variées et accompagnement de groupes… Résolu à défendre une programmation métissée, le Run ar Puñs touche un large public, ne s’interdisant aucun grand écart sonore. Ainsi, la salle peut proposer le même mois un concert acoustique de Lofofora que des spectacles jeune public, des formats cabarets que des concerts amateurs au coin du feu. Mais plus qu’un simple lieu de diffusion de musique, le Run est surtout un lieu de vie, de rencontres et de croisements, qui attire des populations diverses grâce à des propositions éclectiques qui dépassent largement le champ de la musique.

« Ça m’ennuie les habitudes. Il faut expérimenter. Si on n’expérimente pas, on est mort », résume Antoine De Bruyn, directeur du Run ar Puñs arrivé aux manettes de la salle en 2012

Outre le bar, ouvert du mardi au samedi, le Run a plusieurs cordes à son arc dont un marché bio proposé par deux fidèles du lieu, Claude et sa compagne Muriel, qui fréquentent le lieu depuis leur arrivée en Bretagne en 1991. "Pour nous, le Run, avant d’être une salle de concert, c'était un bar dans lequel nous avons rencontré beaucoup de monde. La clientèle était hétéroclite, le patron sympa et la musique bonne. Pour résumer, l'ambiance était extraordinaire." En 2010, le couple a eu l’idée d’organiser chaque semaine un marché bio dans la cour du Run. "Etant nous-mêmes producteurs de petits fruits, nous voulions créer à la fois un nouveau lieu de vente exclusivement bio avec des producteurs locaux et développer une activité en marge des concerts au Run. Nous voulions mettre en avant les circuits courts et créer du rapprochement entre les gens. Je pense que nous avons réussi malgré des moments de doutes. Les gens viennent au marché, achètent des produits bio, frais et de saison. Certains, pas tous, poussent jusqu'au bar, discutent autour d'un verre et partagent la soupe gratuite. Pour beaucoup c'est devenu une habitude."

(à gauche) Le marché bio situé dans le cour du Run / (à droite) Les fidèles du Run en action

Parmi les autres propositions du Run, citons une caravane transformée en bibliothèque ouverte à tous, projections de documentaires ou encore journées dites « Bazar Gratos ». « Un peu le principe des vide-greniers, mais où tout est gratuit. En plus des objets, on peut venir y chercher des compétences, comme une réparation de vélo ou même une séance de voyance ! ». L’ancrage local du Run, enfin, est renforcé tout au long de l’année par une série d’actions culturelles. La salle travaille avec les établissements scolaires voisins : elle a notamment œuvré pour la mise en place d’une option MAO - Musique Assistée par Ordinateur - valable pour le baccalauréat au lycée agricole de Châteaulin. Elle organise des ateliers avec des personnes en situation de handicap, travaillant notamment avec l'ESAT de Châteaulin et sa chorale Kastell Rock. Disposant de deux studios situés en ville baptisés « Le Germoir », le Run, enfin, accompagne les groupes locaux dans leurs répétitions et leurs sessions d’enregistrement… Autant d’actions et de casquettes qui font de Run ar Puñs un acteur culturel incontournable de Châteaulin et ses environs et lui permettent, en retour, de bénéficier d’un large soutien des populations locales. Comme bon nombre de structures de sa taille, le Run ar Puñs ne serait pas ce qu’il est sans l’action de ses fidèles.

La caravane transformée en bibliothèque

Les chiffres d’abord : l’association Rapass, qui porte le projet artistique et culturel du lieu depuis 1990, réunit aujourd’hui 200 membres, dont une quarantaine de bénévoles très actifs et seize siégeant au comité d’administration. Mais les actions des adhérents sont plus éloquentes encore que les chiffres : toute l’année, ce sont les bénévoles qui rendent possible l’offre culturelle de la salle. Via l’outil collaboratif en ligne Framadate (équivalent de Doodle non associé à Google), chacun, selon ses disponibilités, propose ses services pour assurer un des postes exigés par l’événement du moment (billetterie, accueil au parking, aide au bar…). Cet été, pendant les congés du responsable du bar, le bar a par exemple été entièrement géré par des bénévoles les jours du marché bio- ils avaient au préalable suivi une formation en interne. L’engagement se constate aussi régulièrement derrière les fourneaux : pour assurer les repas des artistes en concert ou en résidence, les adhérents cuisinent, sur place ou à la maison. En mai dernier, lors des festivités organisées pour les 40 ans de Run ar Puñs, 300 personnes furent ainsi nourries pendant quatre jours grâce à la seule implication des bénévoles.

Les adhérents participent aussi régulièrement à des groupes de travail et de réflexion sur l’avenir du Run, ajoute Antoine De Bruyn. Il y a quelque temps, on réfléchissait ensemble aux façons de dynamiser le bar, en proposant par exemple des séances de speed-booking, où chacun doit raconter son livre préféré en quelques minutes… Pas plus tard qu’hier, l’un d’eux évoquait un projet de coopérative alimentaire à développer ici.

Exemple ultime du soutien à Run ar Puñs, une association a vu le jour l’an dernier pour sauver de la vente une partie du hameau où se situe la salle. Confrontés à la perspective de perdre une partie importante du site, et craignant que cela remette en cause l’activité de la salle, des habitants se sont rassemblés pour imaginer une solution. Un dispositif local d’accompagnement (DLA) leur a permis d’engager une réflexion sur les enjeux du projet et d’aboutir à la création d’un « collectif du hameau » pour assurer la sauvegarde du lieu. Celui-ci a alors mis en place une vaste campagne de financement participatif via la plateforme brestoise Kengo.

« De janvier à juillet, les bénévoles se sont réunis au moins une fois par semaine pour porter la campagne, partager leurs compétences, faire en sorte que l’information soit communiquée le plus largement possible. »
Des réunions publiques, un concert de soutien avec Miossec et Dan Ar Braz et des happenings ont été organisés, notamment un grand rassemblement sur les hauteurs du Ménez-Hom. Au final 1400 contributeurs ont permis au collectif de récolter 175 000 euros.

Pour finaliser la vente, un fonds de dotation nommé Vendero (« chêne » en breton) a été créé, à même d’assumer la propriété du lieu et de contracter l’emprunt bancaire nécessaire pour compléter le budget. Une fois l’acte de vente signé fin novembre, un nouveau chantier s’est ouvert pour l’équipe de Run ar Puñs et ses soutiens : afin de rénover la maison acquise et la transformer en hébergement pour les artistes, tous les volontaires seront, une fois encore, bienvenus.

« Après la campagne de financement participatif, nous allons passer à l’étape suivante, celle du chantier solidaire ! », résume Antoine De Bruyn.

Que le public du Run soit prévenu, la programmation de 2019 devrait faire la part belle aux concerts de perceuses électriques et autres ballets de marteaux…

Contact : www.runarpuns.com

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