Loading

Gilets jaunes : les temps forts de la mobilisation dans le Roannais Samedi 13 avril, la manifestation régionale des Gilets jaunes se déroule à Roanne. L'occasion de revenir sur quatre mois de mobilisation dans le nord de la Loire.

Une volonté de se structurer

Le Roannais a compté jusqu’à huit points de rassemblement, sur des giratoires, et aux péage de Saint-Germain-Laval et de Balbigny. La mobilisation a été très forte jusqu’à Noël.

Les organisateurs ont essayé de créer un collectif pour rassembler les différents rond-points. A l'origine, Raphaël Pessoa, 30 ans, ajusteur-monteur et instigateur sur Facebook du mouvement du 17 novembre Roannais, était la figure de proue des Gilets jaunes.

Ce dernier faisait, par exemple, partie de la délégation à avoir rencontré la député Nathalie Sarles (LREM), au début du mois de décembre. "On veut que le gâteau soit mieux réparti. Reprendre l’argent où il est, faire des lois sur les banques, les multinationales. L’ISF, ce n’est que 4 milliards. Par contre, l’évasion fiscale, c’est 80 milliards ! Le but, c’est d’aller à l’encontre de tous ces lobbys qui ont la mainmise sur les États. Je ne suis pas contre l’Europe, mais une autre Europe, avec une réforme fiscale de fond", expliquait alors Raphaël Pessoa.

Le Roannais est une terre syndicale. À chaque mouvement social, chaque manifestation intersyndicale, ils sont des centaines à sortir dans la rue. Parfois un millier. Mais jamais plus de 3200, comme ce fut le cas le 17 novembre au centre de Roanne. Jamais plus de deux semaines d’affilée, non-stop jour et nuit au bord de ronds-points aux quatre coins du Roannais. En tout cas pas depuis 50 ans. Les Gilets jaunes l’ont fait.

« Nous ne voulions pas être des hors-la-loi »

Si le mouvement roannais des gilets jaunes a pris autant d’ampleur, c’est aussi grâce à eux. Le couple Jorge, spécialisé dans l’événementiel, a été le coordinateur de l’ombre d’un rassemblement de milliers de personnes sur le territoire, tout le week-end.

Ils sont le chêne caché par la forêt de gilets jaunes dispersés sur et autour du rond-point de la Demi-Lieue, à Mably. Pourtant, les centaines de manifestants, la protection civile, la police, les renseignements territoriaux viennent les voir sans arrêt. Nicolas Jorge ne quitte pas son portable. Soit à l’oreille, pour prendre les infos sur les deux autres points de rassemblement du groupe organisé sur le Roannais, à Villemontais et Perreux, ou pour diffuser en live des vidéos sur la mobilisation mablyrote. Nathalie, son épouse, observe, rassure et n’en revient toujours pas de la portée prise par la mobilisation roannaise et son esprit. « C’est ce qu’on voulait : de la pédagogie, de la bonne humeur, aucune sauvagerie. » Pari réussi. Ils ne sont pourtant pas les initiateurs du mouvement. Plutôt leurs coordinateurs.

« On a vu une fenêtre d’ouverture citoyenne »

Le couple repère, il y a trois semaines, un post Facebook très partagé, sur l’idée d’un blocage des gilets jaunes dans le Roannais. « On a vu une fenêtre d’ouverture citoyenne. » Il prend contact avec l’administrateur. Le courant passe, le couple est surmotivé. « Nous avions la volonté de faire bouger les choses depuis longtemps. Ce mouvement semblait être un moyen de fédérer plein de bonnes idées. » Surtout, avec une grande expérience de l’événementiel, il sait gérer la logistique, le juridique, la communication. Très vite, un noyau dur se forme autour d’eux, avec les créateurs de deux pages Facebook, qui ne font aujourd’hui qu’une, et rassemble plus de 8 000 followers. Réunions publiques, distributions de tracts, plannings et cartes de blocage avec nomination de 70 référents et signature d’une charte de bonne conduite, demandes d’autorisation en sous-préfecture : tout est fait dans les règles. « On ne voulait surtout pas être hors-la-loi, mais assurer la sécurité. » Puis la solidarité a fait le reste, avec des soutiens énormes des bénévoles et des commerçants, pour assurer un premier week-end de ravitaillement en nourriture, boisson, bois, sono, etc. « Au fil des jours, les gens ont compris l’ambition du mouvement : rassembler sans agiter de drapeaux politiques, bien que chacun ait ses opinions. Juste revenir à de la démocratie participative et citoyenne. »

« On invite à. On n’impose pas »

Le week-end passé, avec une des mobilisations les plus fortes du département, il ne s’y attendait pas. Avec en point d’orgue le rassemblement de plus de 3 000 gilets jaunes au centre-ville de Roanne samedi matin. « Tout le groupe l’espérait secrètement, mais on a halluciné. Malheureusement, cela témoigne aussi d’une certaine détresse. » Pour le couple Jorge, comme pour les centaines de gilets jaunes, le mouvement ne pourra fonctionner que s’il dure et que d’autres enfilent les gilets avec eux. « On invite à. On n’impose pas. »

Raphaël Pessoa, 30 ans, ajusteur-monteur, instigateur sur Facebook du mouvement du 17 novembre roannais

L'Escouade de Roanne, la bande de copain qui veut faire tomber la République

Au fil du temps, le 17 Novembre Roannais et le couple Jorge se sont petit à petit mis en retrait. Depuis quelques semaines, c'est l'Escouade de Roanne, qui est sur le devant de la scène.

L’Escouade est depuis plusieurs semaines présente sur toutes les manifestations extérieures à Roanne, comme au Puy-en-Velay (début mars) où ils étaient une vingtaine. Félix Altobelli en est le leader. Stigmatisé comme étant un groupe d'extrême droite par le préfet de la Haute-Loire, il a tenu à réagir.

« Dire que je ne légitime pas la violence, ce serait mentir, mais ce n’est pas toujours nécessaire. Après, quand on est dans la rue, et qu’on est pointés avec trois LBD, avec des lasers sur nous, qui provoque l’autre ? »

Il précise en revanche qu’aucun des membres de son groupe n’a été interpellé ni placé en garde à vue samedi (une seule fois, des membres avaient été interpellés à Saint-Étienne lors d’un attroupement). Le groupe a prévu d’ouvrir une page Facebook dans les prochains jours pour communiquer. Puis d’écrire au préfet de Haute-Loire pour demander des explications sur ses « affabulations outrageantes ».

S’il reconnaît avoir été sympathisant du FN il y a quelques années, il souligne que ce n’est plus le cas, et regrette que les couleurs tricolores affichées puissent porter à confusion. Il précise que le groupe a fait le tri parmi les siens et exclu les brebis galeuses. Félix Altobelli explique que l’Escouade Roanne a été créée au départ pour encadrer les manifestations de Gilets jaunes avec des pulls spécifiquement créés pour que ses membres soient clairement identifiés. « À la base, on est une bande de copains à partager le même objectif : faire tomber la Ve République. »

Les cabanes giratoires

Les cabanes sur les rond-points de Mably, Perreux ou Villemontais ont été parmi les lieux forts du mouvement. C'est là que le cœur de la mobilisation battait. Parfaitement organisé et contrôlés par les Gilets jaunes de nombreux médias sont venus passer du temps à Villemontais : Le Parisien, le Journal du Dimanche, France Info ou encore BFM TV qui ouvrait son édition du matin du site pendant trois semaines.

La première nuit à Mably

Au rond-point de la Demi-Lieue, à Mably, les barrages filtrants ont cessé à 20 heures, comme un peu partout dans le Roannais. Mais la mobilisation reste de mise. Il est 21 h 30, et 70 gilets jaune sont toujours présents, à se réchauffer sous le barnum où chauffent les saucisses offertes par l’Intermarché, et les pizzas apportés par un chef d'entreprise, ou au coin des braséros dispersés sur tout l’espace central du rond-point.

« Une ampleur astronomique »

Ils sont dix fois moins qu’en milieu d’après-midi, mais ne sont pas près de lâcher. « On a été très bien organisé toute la journée », dit Maxime, l'un des 60 référents du mouvement organisé Roannais. Un mouvement né sur Facebook le 3 novembre, et qui a pris « une ampleur astronomique ». Maxime a 35 ans, il est ouvrier.

À ses côtés, un autre référent Jean-Marie, électricien, plus proche de la retraite, est tout autant motivé. « Quand on voit le nombre de personnes qui sont venues à Roanne ou nous rejoindre ici, ça ne donne pas envie de lâcher. » Autour, les gilets chantent et dansent. L'ambiance reste saine.

À Perreux, il reste une dizaine de personnes autour du point de mobilisation. Ils sont encore quelques-uns à arrêter les voitures. « Il va falloir qu'on aille se reposer un peu et garder des forces pour demain. »

Trois heures du matin. Le thermomètre frise les 0°C. Mais les braséros continuent d'apporter de la chaleur à une vingtaine de gilets jaunes. Les autres, « le noyau dur » dorment sur place, dans les voitures et camionnettes disséminées sur les parkings de la zone d’activité avoisinante.

Tous les bords politiques

« Nous nous relayons toute la nuit, jusqu’à 7 heures du matin », tonne J-R, un des référents, encore bien éveillé. Patron d'une entreprise de 35 salariés, il se sent très impliqué. « Vous avez ici des gens qui revendique pleins de choses différentes. De tous les bords politiques. Mais cette mobilisation nationale dépasse la politique. On parle d'économie et d'égalité sociale. De pouvoir d'achat, de taxe, de prix d'essence, du gaz.

Ce gouvernement a trop provoqué le peuple français. » Les chauffeurs routiers quittant la RN7 à cette heure-ci ne manque pas de soutenir les oiseaux de nuit par des klaxons. C'est sur eux que compte le mouvement pour perdurer. Ils attendent leur ralliement supposé, lundi matin.

« Il faut qu'on tienne jusque-là et qu'ils prennent le relais. Tout ce qui se passe en France aujourd'hui ne marchera que si ça se prolonge dans la durée. Et on attend fermement des annonces du gouvernement. » Un tracteur vient ravitailler en bois le groupe, tandis qu'une brigade de police vient s'assurer que tout se passe bien. Les gilets jaunes reprendront les barrages filtrants dès ce dimanche 7 heures.

Quatre heures. À Vougy, au rond-point des Trois moineaux, ils ne sont plus que deux à attiser les feux. Jérémy et Alexandre ont de petits yeux, mais gardent la pêche. « On est très motivé après cette journée. Quand on voit le soutien qu'on a eu et la manière pacifiste dont ça s'est passé dans le Roannais. Des gens qu'on a bloqués aujourd'hui en voiture sont venus le soir nous apporter du café. Il y a des gestes spontanés qui ne trompent pas. »

Jérémy doit reprendre le travail lundi. Et tant pis pour la fatigue. « S'il y a bien un moment pour rester éveiller, c'est maintenant ! »

En feu le 21 décembre

Vendredi 21 décembre, au matin, les forces de police sont intervenues pour démanteler les baraquements construits par les gilets jaunes sur les ronds-points du Renouveau et de la Rocadine.

Le premier a été tombé dans le calme puisque les gilets étaient peu nombreux. Mais cela a été beaucoup plus houleux sur le deuxième.

Un incident opposant les forces de police à un gilet jaune d'une soixantaine d'années qui a été légèrement blessé (puis pris en charge par les pompiers) en ayant été mis au sol a mis le feu aux poudres. Les gilets jaunes dénoncent des violences policières quand les forces de l'ordre indiquent que le commissaire aurait reçu des coups de pied du gilet blessé, nécessitant une réaction appropriée. (en photo)

Cela a tendu la situation entre policiers et gilets, qui se sont mis à bloquer l'accès à la zone commerciale de Perreux. Si certains automobilistes bloqués ont affiché leur soutien, beaucoup ont exprimé leur exaspération et leur lassitude. Le contingent de gilets jaunes a grossi dans la matinée, pendant que des renforts de police étaient demandés.

Il y a d'abord eu le PSIG, puis des forces de police stéphanoises sont arrivées pour encadrer la démolition de la cabane et tenir à distance les gilets. Mais ceux-ci ont finalement mis le feu eux mêmes à la baraque.

Les gilets jaunes ont ensuite rejoint le rond-point Dorian à Roanne vers 13h30, dont ils ont bloqué tous les accès pendant une vingtaine de minutes avant de se rendre vers la place des Promenades et le rond-point du cinéma pour effectuer un nouveau blocage.

A 15 heures, les gilets jaunes ont quitté le centre ville et ont rejoint l'hypermarché Leclerc à Riorges dans lequel ils se sont introduits et ont chanté. Le magasin n'a pas été fermé.

Des commerces qui souffrent

Le blocage des giratoires a eu un impact certain sur les commerces des ZA de Mably et Perreux. Certains magasins ont parfois fermé. Ce qui a eu des conséquences sur les chiffres d'affaires et sur l’emploi. Les commerces du centre-ville ont aussi été impactés aussi, surtout les jours de manifestations.

Les commerces dans le rouge fin novembre à Mably

La Zone d’Activité de la Demi-Lieue à Mably, plus importante du nord de la Loire, a souffert du mouvement des Gilets jaunes fin novembre. En pleine période de fêtes, les chiffres d’affaires s’écroulent, le moral est en berne, les employés travaillent au ralenti, et la grogne est plus palpable.

Les ¾ de la zone ont fermé le 17 novembre, puis d’autres commerces ont baissé le rideau le lundi et mardi suivant une partie de la journée. « Pour tout le monde, c’est terrible, commente un responsable de magasin de la galerie commerciale. On court à la catastrophe. » Sur la ZA, sont implantés des dizaines d’enseignes, nationales ou locales, franchisées ou indépendantes. Le mal est partout. « Pour nous, les patrons, mais aussi pour les employés, les clients. On est tous dans le même bateau, explique ce responsable de magasin. On est d’accord sur le fond, mais sur la forme, ça nous dérange beaucoup. »

Car les Gilets jaunes sont toujours là, sur le rond-point de la Demi-Lieue. Près de 60 à 17 heures. Et les barrages filtrants reprennent aux heures de pointe. Les poids-lourds s’arrêtent, klaxonnent, font un tour de carrousel toute sirène hurlante. Les mouvements d’accordéons sur la RN7 entourés d’enseigne sont incessants jusqu’au rond-point des Tuileries. Les clients de la zone reviennent peu à peu depuis quelques jours, mais de manière aléatoire. « C’est une des pires crises que j’ai connues, explique ce patron de magasin de discount. D’un jour à l’autre, je ne sais pas combien de clients vont venir. » Beaucoup esquivent complètement la zone, de peur de se retrouver coincés dans ces filtrages. « Certains restent bloqués entre 30 minutes et 1h30 en sortant des magasins. Je ne sais pas si les Gilets jaunes se rendent compte à quel point ils pénalisent des citoyens qui vivent les mêmes galères qu’eux. »

Les fêtes arrivent, des emplois en danger

Et en cette période de fêtes, les commerces craignent les jours et semaines à venir, constatant que le mouvement persiste et signe. « C’est une période où on est censé équilibrer nos chiffres d’affaires. On a engagé du personnel supplémentaire pour les fêtes… Mais certains vont devoir rentrer à la maison. » Le gérant du magasin de discount a perdu près de 40% de son chiffre d’affaires sur les douze derniers jours. « J’emploie huit CDI, et deux CDD. Je vais avoir du mal à remplir les fiches de paies le mois prochain, et les CDD ne pourront sûrement pas être renouvelés. » Les fast-food les plus proches du rond-point ont fermé les quatre premiers jours du mouvement. Une perte monstrueuse de plus de 60% de chiffre d’affaires, et des employés à qui l’on a demandé de rentrer chez eux, ou de renforcer les autres restaurants de l’enseigne du secteur.

Se sentant « abandonnés », des commerçants ont mené une réunion ce mercredi après-midi pour tenter de trouver une solution avec la sous-préfecture. Le sous-préfet indique que, « avec les moyens qu’on a, on essaie de faire en sorte que la circulation soit la plus fluide possible. J’ai invité un certain nombre de commerçants à prendre contact avec la DIRECCTE pour d’éventuelles demandes de chômage partiel si besoin. » Ces derniers s’inquiètent beaucoup des actions qui seront menées dans le Roannais et à Mably ce samedi, alors que l’Acte III de la mobilisation se prépare.

Certains éprouvent tout de même une certaine forme de « respect » devant la volonté sans faille des Gilets jaunes, malgré l’impact sur leur commerce. Un indépendant de la galerie va même plus loin. « Je suis à fond derrière eux. Dès que je peux, je vais même les rejoindre sur les ronds-points. J’ai perdu énormément d’argent depuis dix jours, mais je m’en fous. Il fallait que ça pète. On ne vit plus, on survit tous. Je touche du bois pour que tout cela débouche sur quelque chose de positif. »

Des incidents marquants

Plusieurs incidents ont marqués la mobilisation, comme le 21 décembre à Perreux où des Gilets jaunes ont dénoncés des violences policières.

Le 21 décembre à Perreux

Un incident opposant les forces de police à un gilet jaune d'une soixantaine d'années qui a été légèrement blessé (puis pris en charge par les pompiers) en ayant été mis au sol a mis le feu aux poudres. Les gilets jaunes dénoncent des violences policières quand les forces de l'ordre indiquent que le commissaire aurait reçu des coups de pied du gilet blessé, nécessitant une réaction appropriée

Pour protester, à plusieurs reprises, les Gilets jaunes ont manifesté devant le commissariat de Roanne.

Dix-neuf jours d'arrêt de travail pour un chauffeur routier tabassé par un Gilet jaune

Le 3 mars, au soir, un chauffeur routier qui quittait le Roannais, a été molesté par un Gilet jaune, avant d'être protégés par d'autres Gilets jaunes. L'homme de 47 ans a déposé plainte au commissariat de police. Il a été hospitalisé et est en arrêt de travail pendant 19 jours.

Le chauffeur routier a été tabassé par un Gilet jaune au rond-point de Saint-Romain-la-Motte, en marge d'un blocage organisé en milieu de soirée. Ce qui lui vaut 19 jours d’arrêt de travail. Il a déposé plainte mardi au commissariat de police de Roanne, encore secoué par ce déferlement de violence. «J’aurais pu être lynché… », explique-t-il.

Ce chauffeur salarié à Centre express Limousin part, ce soir-là, faire une livraison à Limoges quand il est bloqué à la sortie de l’agglomération roannaise. Il patiente jusqu’au moment où il voit un Gilet donner un coup de pied dans la portière d’un automobiliste qui le précède. Il alerte les gendarmes. Et constate que cela s’échauffe entre Gilets jaunes.

« Je vais te retrouver toi et ta famille, tu vas le payer »

Finalement, certains lui disent de passer en prenant le rond-point à l’envers. Mais au dernier moment, d’autres lui barrent la route en mettant des palettes et des pneus sur sa route. Excédé, il descend de sa cabine, pousse deux d’entre eux, et commence à retirer les obstacles quand il est saisi, plaqué contre son camion et frappé au visage. Ce sont finalement d’autres gilets jaunes qui interviennent pour mettre fin au déferlement de violence.

« Il m’a dit, je vais te retrouver, toi et ta famille, t’as frappé mon père, tu vas le payer ». À l’arrivée des gendarmes, il désigne son agresseur. Agacé de ne pas le voir interpellé tout de suite, il part faire sa course nocturne, en dépit des nausées et des vomissements consécutifs aux coups reçus.

Le Gilet jaune « tabassé » par des CRS dans un Burger King à Paris est Roannais

Une vidéo tournée à Paris samedi 1er décembre par Hors Zone Presse montre des Gilets jaunes matraqués par des CRS dans un Burger King. Au premier plan un Roannais de 26 ans.

Une vidéo tournée à Paris samedi 1er décembre par des membres de la chaîne Hors Zone Presse, spécialisée dans les images au cœur de manifestations, montrant des gilets jaunes au sol matraqués par des CRS dans un Burger King avenue de Wagram, devient virale. Postée il y a deux jours, elle a déjà été vue près de 187 000 fois, et reprise dans de nombreux médias. La cellule CheckNews de Libération certifie que la vidéo est authentique.

Matraqué au sol à une vingtaine de reprises

Dessus, on y voit des CRS pénétrer dans un fast-food Burger King, où une vingtaine de gilets jaunes se seraient réfugiés, après avoir ingéré du gaz lacrymogène. Deux hommes se retrouvent au sol, désarmés, et les policiers les rouent de coups de matraque. Au premier plan, Nathan Arthaud, 26 ans, originaire de Saint-Romain-la-Motte, dans le Roannais.

« Je suis venu de Moulins, où je suis en formation actuellement, avec un ami. Vers 19 heures, on était aux abords du rond-point de l’Étoile. On est tombé sur un barrage de policier, ils nous ont contrôlés, et on est reparti. Puis en redescendant une avenue, une brigade de CRS a chargé, et a lancé des dizaines de gaz lacrymogène. »

Une version validée par une autre vidéo postée par une manifestante, et prise quelques instants avant qu’elle-même ne pénètre dans le Burger King pour se réfugier. On y voit des gilets jaunes suffocant, vomissant, les yeux rouges, cherchant de l’eau. « C’était la cohue, la panique, raconte Nathan. On ne pouvait pas voir à un mètre. Mon ami et moi avons suivi les gens dans le Burger King. »

"Quand ils sont arrivés, tout le monde criait"

Trois minutes plus tard, les CRS pénètrent dans le restaurant. « Quand ils sont arrivés, tout le monde criait. Mon ami a réussi à partir. Moi j’ai glissé. » On distingue alors sur les images Nathan, matraqué aux jambes et aux bras, qu’il tend pour éviter les coups depuis le sol, au moins une vingtaine de fois.

« Je leur disais : Arrêtez ! Ne faites pas ça ! » Il finit par se relever et courir vers la sortie, échappant son gilet jaune. « J’ai retrouvé mon pote. On est vite partis, et on a passé la nuit chez un ami. On est rentrés le lendemain. » Nathan n’a pas été touché au visage, mais ses cuisses et ses bras sont couverts d’ecchymoses. « J’ai repris ma formation en maraîcher lundi, puis j’ai fini par aller aux urgences. » Cinq jours d’ITT.

"C’est un gilet jaune, mais surtout un gentil jeune"

Il assure ne pas être un casseur, s’être rendu à Paris pour protester à son niveau. « Je n’étais pas monté les semaines précédentes, et je n’y montrais plus. » Il se rendra à la marche pour le climat à Lyon ce samedi.

Plainte contre X

Mais pas avant de porter plainte contre X pour violences à la préfecture de Paris. « Je ne savais pas vraiment quoi faire en rentrant. Et c’est en parlant de ce qui m’était arrivé que j’ai pris la décision de le faire. » Notamment en échangeant avec ses parents, habitants de Saint-Romain-la-Motte.

Didier, son père, a eu « les larmes aux yeux » en apprenant ce qui lui était arrivé. « Je ne savais pas qu’il était monté. J’ai vu la vidéo. Je suis meurtri. Même si je ne suis pas toujours d’accord avec mon fils, je le défendrai coûte que coûte. Il est très calme, c’est un baba cool. C’est un gilet jaune, mais surtout un gentil jeune. »

Le père s’attriste de voir de telles images dans son pays. « Les casseurs vont trop loin, c’est intolérable. Mais cette lapidation est inacceptable. Tout ça, c’est un outrage à la France. »

Une manifestation régionale le 13 avril

Une sorte de point d'orgue. Après près de quatre mois de lutte, les Gilets jaunes de la région se retrouvent à Roanne, ce samedi. Le dispositif de sécurité est conséquent. Il faut dire que 2000 personnes sont attendues. Un nouveau départ pour les Gilets du Roannais ?

Crédit : Eric Garrivier, Kevin Trier, Max Chapuis, Jérôme Delaby, Yvan Dené, Charles-Antoine Jaubert et Charles-Edouard Chambon.

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a copyright violation, please follow the DMCA section in the Terms of Use.