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D-Day : après l'enfer, la love story LE soixante-quinzième anniversaire du debarquement eclaire l'histoire d'amour et les liens forts tissés entre les normands et les américains. Reportage Xavier FRERE

La bannière étoilée flotte dans le ciel brumeux des plages de l’ouest. Comme sur les tombes des 9 387 croix blanches du cimetière de Colleville-sur-Mer, ou sur les véhicules militaires, char Sherman en tête, qui occupent déjà le terrain avant le 75ème anniversaire du D-Day. Les maisons et les édifices publics ne sont pas en reste. En quelques jours à peine, la Normandie se mue en cinquante et unième État américain.

Le cimetière américain de Colleville-sur-Mer

Cet attachement viscéral, ce pont de l’Atlantique, trouve ses racines dans le sable du 6 juin 1944, à Utah Beach ou à Omaha Beach. Ce passé douloureux, glorieux, est resté enfoui vingt ans. En 1964, les premiers GI « débarquent » à nouveau. Mais l’heure n’est pas encore aux embrassades, ni aux cérémonies. Il faudra attendre 1984, année de « Born in the USA » de Bruce Springsteen pour que le Débarquement retrouve sa place dans le panthéon militaire américain.

Omaha beach. Trois mille soldats américains sont morts sur cette plage le Jour J, soit un tiers des pertes totales du 6 juin 1944.

Ronald Reagan, le président-acteur américain, n’a pas joué dans le « Jour le plus long » (1962), mais son rôle, cinq mois avant sa réélection, s’avère prépondérant dans le coup de projecteur sur l’opération Overlord et la place primordiale des soldats américains. Ronald Reagan rend 40 ans plus tard un vibrant hommage aux « protecteurs de paix » tout en dénonçant la « tentation de l’isolationnisme ».

À la pointe du Hoc, le 6 juin 1944, 225 Rangers escaladèrent les falaises sous la tempête. Seuls 51 hommes n’ont pas été touchés lors de l’assaut. Quarante ans plus tard, au même endroit, Ronald Reagan prononce un discours historique et fondateur pour les cérémonies du Débarquement.

Un discours qui tranche fatalement avec l’attitude de Donald Trump, apôtre d’« America first » et de l’abandon des traités transatlantiques, attendu le 6 juin à Colleville. Étrange tournant de l’Histoire, alors que les derniers vétérans, centenaires pour beaucoup et hébergés par plusieurs associations normandes, vivent peut-être leur « last D-Day ».

« Beaucoup d’Américains ne connaissent pas cette histoire d’amour entre les Normands et les GI », témoigne la réalisatrice Christian Taylor, de Chicago, venue en 2015 sur les traces d’un parent soldat, « ces rencontres ont changé ma vie ». Elle peaufine un documentaire "The girl who wore freedom" pour rappeler « aux Américains cette histoire commune ».

A Omaha Beach, sur la commune de Saint-Laurent-sur-Mer

Signe de cette affection sans limites : quand, entre 1947 et 1954, 14 000 corps de GI ont été rapatriés à la demande de leurs familles, la population normande a montré son incompréhension, comme dépossédée de ses « sauveurs ».

Chris et Mary, touristes américains, originaires de New York. " Au cimetière de Colleville, nous avons vu des écoliers français faisant le tour du cimetière, c’est très marquant. Il faut garder cette histoire vivante. Nous avons vu beaucoup de drapeaux américains partout, nous avons demandé si c'était exceptionnel, on nous a répondu que c'était sans doute un peu spécial pour les 75 ans, mais le reste de l'année, c'est un peu comme ça aussi..."

Sur une dune d’Omaha, en contrebas des bunkers, Chris et sa femme Mary plantent ce jour-là un drapeau « Stars and stripes ». « Le fiancé de la tante de ma femme est mort ici et n’a jamais été retrouvé », lâche Chris.

Cet ancien officier de l’armée, originaire de New York, qui a été en poste en Allemagne, s’avoue « très impressionné » par ces classes d’écoliers français qui visitent la nécropole, comme par le nombre de drapeaux américains sur les bâtisses. « J’ai demandé si c’était tous les jours de l’année comme cela : on m’a répondu que c’était un peu spécial pour les 75 ans, mais guère plus… ».

J.D., Géorgie (USA), au cimetière de Colleville. "Nous rendons hommage à ceux qui se sont battus pour nous. Ce n’est pas gratuit, ça a coûté des vies ! En tant qu’Américains, nous devons mettre des limites où nous intervenons, même si nous sommes encore un peu le gendarme du monde ...Quand je vois que les Français utilisent leur argent pour commémorer nos soldats américains, nous sommes reconnaissants et avons du respect pour eux, et nous avons été accueillis de façon incroyable »

En 2019, deux millions de visiteurs sont attendus au cimetière de Colleville, dont une majorité d’Américains. Ces « héros » du Débarquement s’inscrivent parfaitement dans la mythologie de l’Amérique, terre de pionniers. Une autre raison peut expliquer cet amour pour la Normandie, selon une professeur de Boston, rencontrée à Omaha : « C’est l’une des seules guerres dont nous sommes fiers, nous Américains… ».

"Elvis", l'un des membres de l'une des associations de véhicules militaires les plus actives de France, Univem, basé à Versailles, et actuellement à Omaha Beach pour les cérémonies du 75e anniversaire du Débarquement : " Moi, je suis venu aux véhicules militaires par ma passion d'Elvis Presley, d'autres parce qu'ils adoraient le Far West ou les Indiens, ou d'autres les voitures anciennes. Nous avons, tous, d'une façon ou d'une autre, la passion de l'Amérique".
Texte et photos Xavier FRERE

Credits:

Photo Xavier Frere

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