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François Hollande à La Réunion Octobre 2018

En visite à La Réunion dans le cadre de sa tournée des territoires avec sa fondation "La France s'engage", François Hollande est venu à la rencontre des lecteurs du JIR. L'ancien président de la République a répondu, sans détour, aux nombreuses interrogations de l'assistance.

Textes : Aurore Turpin, David Chassagne, Jean-Philippe Lutton, Johanne Chung To Sang, Luka Garcia, Yohan Guilloux & Patrick Planchenault. Images : Aurore Turpin, Jean-Philippe Lutton, Johanne Chung To Sang, Ludovic Laï Yu, Stéphane Laï Yu.

François Hollande face aux lecteurs du JIR

Face à lui, huit lecteurs du JIR venus avec les questions qu'ils ont toujours voulu poser à François Hollande, tous sujets confondus (y compris le foot et le rougail saucisse péi !).

Pendant plus d'une heure, l'ancien chef d'Etat y a répondu, et échangé avec ces journalistes d'un jour, dans une ambiance chaleureuse et décontractée.

Le tac-au-tac de Georgina

Quand un ancien président de la République parle de son successeur, sans le nommer

Mardi matin, François Hollande a été interrogé par huit lecteurs du JIR, sur son parcours et ses ambitions. De passage à La Réunion, pour sa fondation La France s'engage, l'ancien président de la République a répondu sans détour, à toutes les questions. Même celles concernant son successeur, Emmanuel Macron. Toujours dans la réserve et jamais sans le nommer, François Hollande a livré son analyse sur certaines décisions prises par l'actuel chef de l'Etat.

Ce n'est pas tous les jours qu'on peut questionner un ancien président de la République. L'occasion s'est présentée pour 8 des lecteurs du JIR, et forcément, certains d'entre eux brûlaient d'envie de lui demander ce qu'il pensait des décisions de son successeur, Emmanuel Macron.

Jamel Zin, responsable commercial à La Réunion, s'est transformé le temps de l'échange en chroniqueur politique et a posé une des question sensibles : "Que pensez-vous des turbulences de l'actuel quinquennat ?". Rémy Mithra et Jean Guittier ont, quant à eux, exprimé leurs craintes sur le futur du système des retraites.

François Hollande s'est prêté au jeu et a commenté quelques événements qui ont émaillé le début du quinquennat d'Emmanuel Macron, sans le nommer une seule fois.

Ses réponses sont à retrouver en vidéo :

Déjà 150 projets ultramarins ont été déposés à la Fondation de l'ex-président de la République. Les associations et entreprises candidates ont jusqu'à lundi prochain pour prétendre aux 100 000 euros de soutien. François Hollande en profite pour sillonner le terrain.

François Hollande rencontre l'association 3i qui milite pour une agriculture raisonnée et innovante

Avec son chantier d'agriculture innovant, l'association 3i espère être lauréate du concours lancée par la fondation de l'ancien président.

C'est dans les hauts de Saint-Paul que François Hollande a démarré sa visite réunionnaise. L'ancien président de la République désormais président de la fondation « La France s'engage » tenait à venir à La Réunion, département le plus actif en matière d'économie sociale et solidaire en outre-mer. « Je pense qu'à La Réunion il y a de l'innovation. Je ne suis pas déçu. Il y a une volonté de se mettre dans une démarche de transition écologique et de développement durable. Je l'avais constaté quand j'étais président. Je savais qu'il y aurait beaucoup de sujets et d'initiatives à me présenter », a-t-il souligné.

L'association 3i, pour institut d'insertion par l'innovation, cadre parfaitement avec les objectifs de « La France s'engage ». Elle a ainsi déposé un dossier auprès de cette dernière pour valoriser son activité agriculture et l'a présentée, hier matin, à François Hollande.

Sur une surface agricole réduite, elle utilise des techniques agricoles alternatives pour faire pousser des fruits et légumes lontan. Les salades poussent dans des tubes PVC « hors sol », les pommes de terre dans des tours de terre qui permettent de tripler le rendement et certains légumes verts sur des buttes de permaculture appelées « Hugle kultur ». Avec leur dôme de terre, ces dernières permettent d'augmenter la surface cultivée de 20 % et de diminuer l'arrosage de 80 %. Elles sont autofertiles pendant 3 ans. Il n'y a donc pas besoin d'utiliser de produits phytosanitaires. La production se situe entre le bio et l'agriculture raisonnée.

PROLONGER L'EXPERIENCE

Pour entretenir le tout, 11 personnes ont été embauchées en CCD insertion pour une durée d'un an. Elle sont formées par Brice Bondio, l'encadrant technique. L'objectif est de favoriser leur retour à l'emploi. C'est le cas de Marie Jorda. Victime de la crise requin, elle a perdu son emploi de secrétaire dans un club de voile. Deux ans de chômage plus tard, elle est embauchée par l'association 3i. « On nous forme aux techniques agricoles mais aussi à la soudure pour la fabrication de la serre, à l'usage de certains outils agricoles... Cette activité m'apporte beaucoup de joie. Après ce CDD, je souhaite valider mes acquis pour me lancer dans l'agriculture », témoigne-t-elle. Sur ce site de Saint-Paul, l'association a également créé un atelier de fabrique de statues en papier mâché et de réparations de vieux livres.

Consciente que les subventions baissent d'année en année, l'association se tourne vers des partenaires privés et tentent de les convaincre de la pertinence de leur projet. Elle souhaite ainsi s'appuyer sur des coopératives privées pour vendre, à terme, sa production agricole lontan. « Nous maîtrisons les techniques, nous avons les semences... Nous souhaitons prolonger cette expérience agricole. Mais pour cela, il nous faut des moyens », précise Thierry Testan, coordinateur technique. C'est là que pourrait intervenir la Fondation de François Hollande. Si sa visite, hier, ne présage pas du résultat du concours, il s'est en tout cas montré séduit : « Ce que vous faites là, c'est un laboratoire. L'objectif est de montrer qu'il est possible, sans technique approfondie, d'avoir des productions de qualité, sans intrants, et qui n'étaient plus exploitées », a jugé François Hollande. Les lauréats du concours seront dévoilés en février 2019.

Dédicaces à la Fnac de Duparc : Signé "F.H"

Au début, cela avait fait sourire. La première séance de dédicaces de François Hollande organisée en mai dernier, dans un Leclerc de Bretagne avait suscité le "buzz". L'événement avait été largement moquée par les quelques esprits snobs qui trouvaient indignes qu'un ex-chef de l'Etat s'expose ainsi dans un supermarché. Quelques mois plus tard, ça ne fait plus rire personne. Au contraire, côté public, ça marche fort. "Une fois, il y avait tellement de monde qu'on a fini à 2h30 du matin", sourit son attachée de presse. François Hollande, qui a déjà visité près de 60 départements en métropole, tenait hier à Sainte-Marie sa 75e séance de dédicaces. Un véritable marathon de la signature. "J'ai pu constater que beaucoup de mes compatriotes venaient me rencontrer pour m'exprimer leur gratitude ou leurs inquiétudes. Ce lien-là, je ne veux pas le laisser se distendre. Au contraire, je l'entretiens. Il est le sens de ma vie", nous confiait l'ancien Président avant d'arriver à la Réunion.

"Le signe d'une certaine reconnaissance"

Dans "Les leçons du pouvoir", François Hollande livre sa vision de l'exercice du pouvoir en France comme sur la scène internationale. Il revient sur son mandat, évoque les épreuves traversées par le pays ainsi que les grands défis mondiaux et européens. En librairie, c'est un succès fou. Le livre s'est déjà vendu à 110 000 exemplaires, et il a dû être réédité à 15 reprises. "Beaucoup de Français voulaient savoir ce qu'a été ma vie de Président, comprendre les choix que j’ai eu à prendre dans des circonstances exceptionnelles. La guerre, les attentats, le terrorisme, la crise économique… Mais j'y vois aussi le signe d'une certaine reconnaissance pour mon action, dont on voit aujourd’hui les résultats", dit l'auteur à propos de cette réussite commerciale exceptionnelle pour un livre politique. Il faut dire que le service après-vente est parfaitement assuré. En plus de la traditionnelle dédicace et de la photo souvenir, assurée par un membre de son équipe, l'ex-chef d'Etat a pris le temps hier de discuter avec chacun de ses visiteurs de tous âges et tous horizons. Ça papotait retraites, actualité politique ou études. "Vous avez vu, il y a beaucoup de jeunes", note François Hollande, "c'est toujours comme ça. Ils sont demandeurs de conseils sur l'engagement et sur la vie politique. Moi je les encourage toujours à aller voir le monde". "Dans ce genre de rencontres, la parole est très libre", poursuit-il, "c'est un exercice qu'il m'était impossible de faire quand j'étais en fonction. Je me pose justement souvent la question. N'aurait-il pas fallu le faire ? Même quand on est au sommet de l'État, il faudrait prendre le temps nécessaire pour écouter les Français". Et puis, il y a cette fameuse question. L'incontournable… "Oui, c'est vrai on me demande tout le temps si je vais revenir en politique", reconnait l'ancien Président. Et alors ? Il sourit et s'en sort par une pirouette : "Je leur dis alors que je ne peux pas répondre. Parce que vous êtes là, vous les journalistes…"

"Simple et accessible…"

AMBIANCE. À l'entrée de la FNAC de Sainte-Marie, la file d'attente n'a pas désempli. François Hollande a fait durer le plaisir de longues heures pour des "fans" ravis de l'expérience. "Ce qui m'a le plus surpris, c'est qu'il a vraiment bien pris le temps de discuter. Il m'a questionné sur mes études, sur ce que je voulais faire plus tard. Je ne m'y attendais pas. J'étais finalement très impressionné mais il m'a pris très à l'aise", témoigne David, sorti de la fac avec une heure d'avance pour ne pas manquer ce rendez-vous. Christiane est, elle, venue avec son livre sous le bras : "Je l'avais acheté à sa sortie. J'ai beaucoup aimé. Je suis venue ici aujourd'hui car je suis nostalgique du quinquennat Hollande. On se plaignait beaucoup à l'époque. Mais maintenant, avec du recul, on peut voir la différence. Il a eu un petit mot très gentil pour moi. C'est certain, je voterai à nouveau pour lui s'il se représente".

Quelques "VIP"

Parmi les anonymes, quelques visages bien connus comme Monique Orphé, députée de la cinquième circonscription durant le quinquennat Hollande ou Philippe Le Constant, l'ex premier secrétaire du Parti Socialiste réunionnais. "Je ne pouvais évidemment pas rater ça. François Hollande n'a pas changé. Je le retrouve ici comme je l'ai toujours connu, simple et très accessible", témoigne l'élu Bénédictin qui ne serait pas étonné d'un retour au premier plan de l'ancien Président, "j'aurai beaucoup aimé qu'il fasse un deuxième mandat… Désormais, rien ne peut être exclu. Parce que en politique, tout va très vite. La politique menée par l'actuel gouvernement permet de comparer." La présence de François Hollande a aussi permis de revoir quelques anciens de la scène politique réunionnaise, à l'image de Michel Tamaya, qui fut maire de Saint-Denis de 1994 à 2001 et député de la première circonscription. L'occasion se remémorer quelques bons souvenirs. "Cette rencontre, c'est un pèlerinage. Une sorte de retour aux sources", s'amuse l'ancien élu socialiste, "nous avons été députés ensemble. Je l'ai même accueilli à la maison une fois quand il était venu en vacances. Je lui avais préparé un bon petit cari créole". François Hollande avait l'air de très bien s'en souvenir.

François Hollande en immersion dans l’université sociale et solidaire

L’Université de La Réunion propose des offres de formation dans l’Economie Sociale et Solidaire. François Hollande a voulu en mesurer la pertinence économique.

Hier, les universitaires de La Réu-nion ont participé à une rencontre avec François Hollande. Le président de la fondation «La France s’engage» a pu mesurer l’intérêt qu’une filière universitaire de l’Economie Sociale et Solidaire peut avoir pour un territoire insulaire ou près de la moitié de la population ne peut vivre sans la solidarité nationale et ses aides. Jérôme Gardodi et Patrick Valeau, enseignants chercheurs “et militants” dans l’ESS lui ont retracé la genèse de la Licence professionnelle en Gestion des Organisations de l’Economie Sociale et Solidaire (GOESS). La première formation de ce genre à La Réunion, créée pour répondre aux besoins des entreprises et booster leur ancrage territoriale. La filière universitaire permet à ces étudiants en licence de prolonger leur parcours jusqu’au doctorat. Quatre thèses ont déjà été publiées. “On est parti de l’idée que l’on devient entrepreneur en entreprenant et que l’on ne naît pas entrepreneur mais qu’on le devient”, a relaté Patrick Valeau. Le cursus met donc d’abord l’accent sur la conception d’un prototype innovant, sa mise en action et ensuite, sur la réflexion, le retour d’expérience. Le procédé s’est montré pertinent lors de la création de jardins ouvriers, selon lui. Sur cette base, la filière ESS de La Réunion a permis de former quelque 300 professionnels en vingt ans. Un des étudiants de l’IAE a même reçu le titre de meilleur jeune entrepreneur national en créant la première Société Coopérative d’Intérêt Collec-tif dans le domaine de la petite enfance.

Projet politique

A titre de comparaison, le secteur de l’ESS donne du travail à 25 000 personnes réparties dans 2 040 entreprises à La Réunion. “Il faut de l’innovation sociale pour les accompagner, a appuyé Jérôme Gardodi devant les cadres de la fondation et des représentants d’entreprises telles que AG2R la Mondiale ou Total. Il faut hybrider les financements [publics et privés, Ndlr], il faut aussi de l’ingénierie et du management.”

François Hollande avait lors de la présentation de sa fondation aux universitaires glissé qu’il y a “un projet politique de l’ESS, où le financement se trouve en dehors des collectivités publiques et des organes de redistribution”.

Le mécénat d’entreprise peut être une piste intéressante. Sauf que la plupart ont trouvé intérêt à créer leur propre fondation. François Hollande, toujours au-dessus des contradictions le concernant, a d’ailleurs reconnu qu’il y avait trop de fondations et que chacune se devait de préciser son champ d’intervention afin d’éviter que seuls les projets les plus mirifiques ne soient soutenus. “C’est dans leur intérêt”, a-t-il ajouté. Pour François Hollande, “l’ESS contribue à la croissance inclusive et durable”. Pour nous, à la résorption de la misère au soleil.

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