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L'aventure de Bartimé Marc 10, 46-52

LECTURE BIBLIQUE

Comme Jésus sortait de Jéricho, avec ses disciples et une foule importante, un mendiant aveugle, Bartimée, fils de Timée, était assis au bord du chemin.

Il entendit que c'était Jésus le Nazaréen et se mit à crier : Fils de David, Jésus, aie compassion de moi !

Beaucoup le rabrouaient pour le faire taire; mais il criait d'autant plus : Fils de David, aie compassion de moi !

Jésus s'arrêta et dit : Appelez-le. Ils appelèrent l'aveugle en lui disant : Courage ! Lève-toi, il t'appelle !

Il jeta son vêtement, se leva d'un bond et vint vers Jésus.

Jésus lui demanda : Que veux-tu que je fasse pour toi ? – Rabbouni, lui dit l'aveugle, que je retrouve la vue !

Jésus lui dit : Va, ta foi t'a sauvé. Aussitôt il retrouva la vue et se mit à le suivre sur le chemin.

PRÉDICATION DU PASTEUR POPP

Chers amis,

L'automne s'annonce avec une fraîcheur bienvenue et quelques anniversaires à fêter. L'assemblée du Désert, le rendez-vous huguenot au Mas Soubeyran dans les Cévennes, fêtait il y a une semaine les 500 ans de Théodore de Bèze, successeur de Calvin à Genève, dont nous avons chanté une versification de psaume. Dans 14 jours, nous nous apprêtons à fêter ici au Temple Neuf les 480 ans du Psautier de Jean Calvin. Ce matin, je voudrais en rajouter un autre, quitte à vous paraître obsédé par les jubilés... c'est la fête d'anniversaire d'Astérix le Gaulois ! Eh oui, le brave Astérix a tout juste 60 ans. Créé par René Goscinny et Albert Uderzo dans un petit HLM faisant face au cimetière de Pantin à Bobigny, Astérix est devenu, depuis 1959, un phénomène éditorial unique : Avec plus de 380 millions d’albums vendus, il est traduit dans plus de 100 langues, dont l'Alsacien. Le prochain album des aventures d'Astérix, intitulé La fille de Vercingétorix, paraîtra d'ailleurs le 24 octobre...

J'ai donc cru bon de mener enfin une enquête sérieuse -longtemps négligée- sur la religion d'Astérix, autrement dit, j'aimerais éclaircir un point noir dans la Pré-Histoire de la Réforme : Astérix était-il protestant ?

J'ai soumis à une rude exégèse les quelques tomes que mes enfants n'ont pas encore complètement déchiquetés, et j'ai essayé de retrouver les éléments théologiques dans les bulles qui pourraient nous aider à répondre à cette épineuse question.

Je dois vous dire : D'après mes recherches, Astérix manque quand même de quelques réflexes originalement protestants… Dans "Astérix et les Goths", il accompagne Panoramix, le vénérable druide -une espèce de mélange entre un prêtre et un cuisinier- au concours du meilleur druide de l'année. Devant l'entrée de la "Forêt des Carnutes" qui est "interdite aux non-druides", Astérix témoigne d'un respect très catholique devant l'espace sacré : Il dit qu'il allait sagement attendre avec Obélix à l'extérieur de la forêt interdite aux laïcs, ce que ses adversaires les Goths -ancêtres de Luther ?- ne respectent pas du tout…

Ce manque d'esprit critique semble se confirmer encore dans "Astérix aux Jeux olympiques", quand la délégation gauloise à Athènes visite le "rocher sacré" sur l'Acropole, admirant les temples des dieux grecs et leurs colonnes. Panoramix -pour ainsi dire le théologien de service du village- pose alors la question directement à Astérix : "Qu'en pensez-vous (de toute cette splendeur religieuse, je comprends) ?" Et Astérix répond, le nez levé à Athéna, la déesse de la guerre, de la sagesse, des artisans, des artistes et des maîtres d'écoles : "Formidable!"

Pourtant, dans "L'Odyssée d'Astérix", notre héros frôle la rencontre avec le judaïsme au temps de Jésus. Dans ce volume, Astérix et Obélix s'endorment dans une étable à Bethléem, à l'endroit même où naîtra Jésus - et ils restent imperturbables. Les connivences judéo-chrétiennes des Gaulois semblent en effet limitées : Plus tard, Obélix assomme le Druide devant le mur de rempart de Jérusalem en lui disant : "C'est pas bientôt fini ces lamentations", une référence peu délicate à l'actuel Mur dit des Lamentations. Et le procureur romain, un dénommé "Ponce Pénate" n'arrête pas de se laver les mains...

Le dessinateur d'Astérix, Albert Uderzo, a souligné dans une interview que ce n'était pas son propos de "rentrer dans une religion quelconque, même si c'est une religion lointaine comme celle des druides. La religion c'est trop important, c'est trop grave. Nous nous adressons d'abord à des enfants. Nous avons une ligne très stricte dans ce domaine : ne jamais faire dans la religion, ni dans la politique - sauf pour se moquer de ses travers. Laissons les enfants dans leur imaginaire."

J'ai toutefois envie de relever un point fort sensible de l'attitude de vie d'Astérix, qui réalise ses exploits, comme vous savez, grâce à la potion magique de Panoramix : Astérix n'est fort que parce qu'il sait qu'il ne peut pas réussir avec ses propres forces. Il accepte en quelque sorte sa faiblesse, et se fie entièrement à ce qu'il lui est "prêté" comme force, là où il le faut.

Quand je compare cette attitude à celle du personnage que nous rencontrons dans la lecture biblique ce matin, Bartimée m'apparaît d'abord comme un anti-héros. Assis au bord du chemin, il semble totalement dépourvu de force, et lui n'a pas de potion magique. Bartimée l'aveugle hébraïque apparaît aux antipodes d'Astérix le combattant gaulois.

Pourtant, son comportement peut surprendre. Quand il entend que Jésus passe près de lui, il commence à crier des mots que personne n'a jamais prononcés pour appeler Jésus : Fils de David, aie compassion de moi !

Je trouve surprenant que ce pauvre malade recroquevillé au bord du chemin trouve la force de sortir ainsi de son enfermement ; même la foule qui veut le faire taire n'y arrive pas ; Bartimée s'impose, il crie d'autant plus : Fils de David, aie compassion de moi !

Comprenez bien ce que cette "sortie" de Bartimée signifie : Quelqu'un qui n'a "rien à dire", qui n'a pas le droit de participer à la religion organisée, qui doit être rongé par ses doutes et sa douleur, qui n'a aucune raison d'espérer qu'un représentant de la religion -en l'occurrence Jésus- puisse changer quoi que ce soit à son malheur, il jette toute son existence dans un cri, au risque d'être encore, comme si souvent, ignoré et délaissé.

Mais Jésus s'arrête. Il dit : Appelez-le. Ceux qui l'entourent appellent Bartimée, lui disant maintenant : Courage ! (Comme s'il n'en avait pas encore fait la preuve…) Lève-toi, il t'appelle ! Et Bartimée jette son vêtement, toute cette vie qui obscurcit son avenir et qui sent mauvais, il se lève d'un bond et va vers Jésus.

A la simple question de Jésus : Que veux-tu que je fasse pour toi ? – Bartimée l'aveugle répond : Rabbouni, que je retrouve la vue ! Et Jésus lui dit : Va, ta foi t'a sauvé. Aussitôt il retrouva la vue et se mit à suivre Jésus sur le chemin.

Ce qui me frappe dans cette histoire, c'est que Bartimée (bien plus héroïquement qu'Astérix) assume sa faiblesse. Il sait qu'il ne pourra pas réussir avec ses propres forces et ses croyances. Il accepte son incapacité, et se fie entièrement à la foi qui lui est "prêtée" comme force, dans le cri du désespoir.

Si Bartimée devient alors pour moi le modèle du "non croyant", l'anti-héros de la foi, c'est parce qu'il assume son manque de foi en son avenir propre, et qu'il ne veux plus obscurcir la Foi que Dieu met en lui. Il assume qu'il ne voit pas, qu'il ne voit "rien venir", pour croire que Dieu le voit et le regarde dans sa détresse. C'est alors qu'il se défait de ses "croyances" au bénéfice de la Foi de Dieu. Voici ce que j'entends par "croire" - cela commence par accepter qu'avant tout, ce n'est pas moi qui crois en Dieu, mais que c'est bien Dieu qui croit en moi.

C'est cette expérience fondamentalement chrétienne, qui a montré que ce sont principalement leurs croyances qui empêchent les "croyants" de croire - et cela n'est pas un paradoxe. Car si une "croyance" est en quelque sorte le "résultat" du croire, elle en est aussi la paralysie. Le croire tel que je l'apprends par l'acceptation de mon existence avec ses ténèbres et mon aveuglement, ne "produit" pas de croyances figées ; croire n'est pas le fait du "croyant", mais du "pèlerin".

Dans cette logique de la Réforme, j'appellerai au contraire un "croyant" celui qui a fini de croire! Le pèlerin, comme Bartimée, se lève et suit le chemin de souffrance de Jésus ; il s'arrête de temps à autre dans une auberge où il peut raconter son histoire et écouter celle des autres, mais son chemin continue. Croire, pour moi, est ce chemin où souvent je ne me rends compte qu'après coup, par le récit, de ce qui m'est réellement arrivé sur la route. Mes "convictions" et "croyances" sont donc provisoires ; elles me rappellent certes mon histoire spirituelle et celles qui ont marché avant et avec moi, mais elles ne contiennent pas la "foi". Ma seule certitude est que si je me relève pour marcher, c'est grâce à Dieu qui met sa Foi en moi ; qui croit en moi là où j'ai ne pas le courage de croire ; qui espère là où je n'ai plus d'espérance ; qui aime là où je n'ai pas la force d'aimer. AMEN.

Created By
Rüdiger Popp
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Credits:

Inclut des images créées par Jon Tyson - "untitled image" • simonwijers - "face portrait man" • Ben White - "untitled image" • Jorge Luis Ojeda Flota - "untitled image"