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Johnny, l'ultime idole Jean-Paul Germonville a été journaliste à L’Est Républicain entre 1981 et 2010. Grand reporter et chroniqueur musical il a eu l’occasion, à plusieurs reprises, de « couvrir » les concerts de Johnny Hallyday et de rencontrer la star. Entre souvenirs et carnets de notes, il nous livre son témoignage.

Il fut un temps où aimer Johnny Hallyday n’était pas très bien porté. Du moins chez une certaine catégorie de personnes dont je faisais - peut-être – partie. Mes potes, c’était tout le contraire. Ils naviguaient déjà dans le culte et m’assénaient à longueur d’après-midi et de soirée ses albums, entre « Rocks les plus terribles » et « Amour d’Été », sa reprise du « Love Me Tender » d’Elvis Presley. L’un d’eux avait même accroché au revers de sa veste les initiales magiques « J.H. » en lettres dorées. Voilà comment Johnny a bercé mon adolescence sans trop me convaincre. Il y avait bien « Le Pénitencier » avec un texte sur mesure signé Hugues Aufray, la puissance suggestive de « Que je t’aime », le tube absolu… Mais aussi les erreurs de casting d’un chanteur qui s’habillait des oripeaux de la mode du moment en empruntant « San Francisco » à Scott McKenzie avant d’assurer avec la complicité de Philippe Labro que « Jésus Christ est un hippie ». Bien sûr, il y avait eu « Noir c’est noir », l’hymne à la jeunesse que demeure « La Génération Perdue ».

Deux titres imparables, et sa prestation totalement magnifique dans « Point de Chute », un rôle sur mesure pour lui, aux côtés de Robert Hossein… De quoi constater un authentique talent chez cet artiste qu’une solide mauvaise foi m’empêchait de considérer à sa juste valeur. Johnny surfait sur les courants musicaux dominants, s’abaissait à répondre aux provocations d’Antoine, plus usurpateur que trublion, avec ce « Cheveux longs et idées courtes », qu’il va d’ailleurs très vite gommer de son répertoire.

ROCK’N ROLL ATTITUDE

En 1984, l’image de Johnny Hallyday connaît une énorme métamorphose. Son amour partagé avec Nathalie Baye lui apporte une autre crédibilité auprès d’un certain public. Il se retrouve, avec elle, au générique du film de Jean-Luc Godard « Détective ».

Et puis il y a la publication par Grasset du livre de Serge Loupien, au titre résumant tout, « La Dernière Idole ». Tout a commencé par une interview où Johnny révèle un visage de lui, trop longtemps méconnu, une portion non négligeable d’humanité. Le grand reporter de « Libération » raconte avec enthousiasme leurs échanges sur la musique et plus largement la vie. Dans la foulée, il s’embarque avec le chanteur dans une tournée à travers la France et à Nashville où est enregistré un double album. S’il ne s’agit pas vraiment d’une biographie, du moins comme on l’entend au sens traditionnel, rien à voir avec les habituels et déjà nombreux ouvrages écrits sur l’artiste ou ces articles tapageurs ou méprisants de la presse, people ou non. Inutile de le préciser, je dévore le bouquin de Loupien, découvre mes manques et tout le retard que j’ai à rattraper. Johnny Hallyday a toujours su s’entourer mais dans ces années 80, il va frapper un grand coup en collaborant avec Michel Berger. « Rock’n’roll attitude », devenu album culte, est un véritable chef-d’œuvre avec cette perle que constitue « Quelque chose de Tenessee », une chanson sur mesure pour le rocker vieillissant, jamais aussi bon que lorsqu’il s’empare d’une ballade. Outre « Le Chanteur abandonné », un morceau de sa propre histoire, Johnny donne une version poignante de « Diego » déjà interprétée par Berger.

Après avoir emprunté à « Mad Max » pour son spectacle de La Villette baptisé « L’Ange aux yeux de laser », le chanteur donne, à nouveau, dans le grandiose, au Zénith de Paris, cette fois, en entrant sur scène enfermé dans une énorme main articulée. À l’entracte, Pierre Billon, fils de Patachou, un temps producteur de « l’idole » m’entraîne dans les coulisses. Le chanteur n’est pas là, parti encadré de motards, embrassé sa fille Laura, née quelques mois plus tôt. L’interview n’aura donc lieu que lors de la tournée à venir en province… « Promis ! ». Quand Johnny revient pour assurer la deuxième partie du show, il se passe une chose que je n’oublierai jamais, un de ces moments particuliers où le temps semble suspendu, où un individu magnétise toutes les attentions. Le spectacle du Zénith dure quatre mois et quand je rappelle Billon, il m’explique qu’il s’est fait virer, va partir aux Etats-Unis car c’est impossible de travailler à Paris quand Johnny Hallyday vous a mis en disgrâce. Il est effectivement devenu le patron, « le taulier »… surnom qui ne le quittera plus. Pour le rendez-vous tant espéré, il faudra encore attendre, en sachant que le rencontrer devient de plus en plus difficile. Après les spectacles à la mesure de sa « démesure », il s’installe à Bercy avec un récital à dimension humaine, imaginé par Michel Berger, même si avec Johnny rien n’est ordinaire. Bien au contraire. Novembre 1987, je suis avec Lefred-Thouron période « Hara Kiri », que je retrouve souvent dans la capitale.

Johnny donne, se dépense sans calcul ni retenue

Des concerts, à venir, sont programmés à Épinal, Nancy, Metz… Hallyday apparaît sur les planches version crooner repassé, par instant, dans le creuset du rock. Déjà s’imposent sa puissance vocale, la passion physique dont il habille ses chansons les plus électriques, un art consommé de la scène. Johnny donne, se dépense sans calcul ni retenue. Tout se révèle très différent de son récent Zénith où l’habillage et lights avaient fini par gommer ses qualités de performer. Du moins pour le novice que je suis dans la Hallyday Mania. Pour artifice, il n’y a, dans ma mémoire, que ce mur d’eau qu’il traverse, micro à la main. Impressionnant ces seize cuivres jaillis de l’ombre pour appuyer un plus que classique : « Au bon vieux temps du rock’n’roll », son histoire toujours. Pour ses quarante ans, le chanteur affiche une santé à toutes épreuves, ose comme au premier jour se rouler sur le sol avant de retrouver, à pleines mains, le pied de micro pour lancer le quasi inévitable « Y’a-t-il quelqu’un ici qui veuille m’aimer ce soir », salué par un tonnerre de cris d’enthousiasme. Avant de finir sur « Tennessee », il remercie : « Quand je réfléchis à tout ça, je me dis que c’est à vous que je le dois ! ».

Comment douter de sa sincérité. Des milliers de mouchoirs s’agitent dans la pénombre. Des Bercy, il y en aura d’autres avant que tout s’accélère. Le Parc des Princes pour ses cinquante ans, mi-juin 1993… avec bain de foules avant d’entrer dans le feu des projecteurs, une traversée du parterre à hauts risques mais qui chavire ses fans. Ce n’est rien au regard de ce qui va se passer au Stade de France à Saint-Denis, dans la proche banlieue parisienne. Une arène qu’il inaugure en version musicale devant 180.000 personnes sur trois concerts. Arrivé en hélicoptère, Johnny, une nouvelle fois transcendé par la foule, son goût démesuré du live, se donne sans compter.

C’est sur une Harley vintage – sa passion – qu’il rejoint le praticable aménagé au milieu du public pour l’instant rock, brut, du tour de chant. 180 choristes ont été mobilisés pour le décidément incontournable « Que je t’aime » dans une version plus impressionnante que jamais. Les duos, dont il va faire un temps son ordinaire, constituent l’un des autres grands moments de ce concert. Lara Fabian, depuis sombrée dans l’oubli, y va d’un émouvant « Requiem pour un fou ». Il y aura aussi « Le Pénitencier » avec Florent Pagny, la guitare de Goldman, « Rock’n’roll attitude » partagé avec Pascal Obispo, autre collaborateur, dont l’inamovible « Allumez le feu » servira de final soutenu par un impressionnant montage pyrotechnique.

Tout n’avait pourtant pas bien commencé

Le samedi 5 septembre, dans une enceinte comble et déjà ravie avant les trois coups, la journée se termine sous un ciel clément. Dans les travées VIP, j’aperçois, parmi d’autres, Philippe Séguin, que j’ai côtoyé à Épinal, et, figure de proue du parti communiste, Robert Hue, ancien batteur, dans sa jeunesse, d’un groupe de rock inconnu. Un peu plus haut, à l’espace bar, Tony Carbonare, ancien manager d’Hubert-Félix Thiéfaine, me présente Calogero, qui n’a pas encore commencé sa fulgurante carrière solo. Tout se gâte, un peu plus tard, quand le ciel s’assombrit avant de lâcher sur le stade de redoutables averses. Sur la scène tout est noyé. Michel Sardou, havane aux lèvres, se penche vers sa - depuis - ex-femme, Babeth, et lui dit : « Il faut que j’aille le voir, le rassurer ! » La nouvelle tombe ensuite de la bouche de Jean-Claude Camus venu confirmer l’impossible : l’annulation du concert à des dizaines de milliers de spectateurs médusés… « C’est la peur au ventre que je dois vous annoncer que nous devons renoncer... ! ». Panique à bord. Le compte rendu d’un tour de chant promis apocalyptique se transforme en micro trottoirs. Il faut interroger à la hâte ces gens sonnés qui s’en repartent résignés. Certains ne pourront revenir à la date annoncée par les producteurs pour gommer ce contretemps météorologique. Il y a ceux qui pleurent, ceux qui avaient toute la journée pour être de l’événement. Le lendemain, sous un temps enfin clément, il me faudra toute ma conviction pour convaincre un responsable de la sécurité de me laisser entrer avec une invitation passée de date. Je serai finalement de la fête. Et quelle fête de la musique !

Est alors programmée une tournée des Zéniths et autres grandes salles de l’Hexagone. Johnny Hallyday est annoncé à celui de Nancy le 6 novembre 1998.

Il s’y révèle toujours aussi généreux, ne ménageant pas ses efforts pour délivrer les perles de son répertoire avec un orchestre, comme d’habitude, d’une imparable efficacité. Son équipe, Jean-Claude Camus en tête, a jeté l’ancre à l’Hôtel de la Reine, sur la place Stanislas. C’est là que va germer l’idée de doubler le concert en lui donnant une autre dimension, puisque organisé dans l’arène de plein air du Zénith, sorte de cirque à l’ancienne, aménagé dans une ancienne carrière et capable d’accueillir 12.000 personnes, le double de la jauge intérieure.

L’enjeu est énorme pour les organisateurs qui comptent sur le soutien de « L’Est Républicain ». Cette fois, je tiens mon interview. Ne reste qu’à fixer la date et le lieu. Il est d’abord question du festival Fantastic’Art de Gérardmer dont il est l’invité fin janvier 1999. Elle aura, finalement, lieu à Paris, dans le bureau de son ami Eddy Mitchell. Un grand moment ! Ses attachées de presse, dont Vincence, fille d’un de ses premiers et célèbres producteurs Johnny Stark, des cadres de sa maison de disques, Universal, ont pourtant posé des limites que d’ailleurs il ne respectera pas. Il n’était pas question de toute manière de sombrer dans le mélo « people », les fausses indiscrétions. Un seul sujet dominait : lui et la musique. Tout commence bizarrement. Johnny évoque son séjour dans les Vosges, l’accueil chaleureux des organisateurs. La truite qu’il a dégustée dans un restaurant de poissons, « au-dessus d’une côte » selon son expression. « La Belle Marée », restaurant aujourd’hui fermé. Il assure avoir particulièrement apprécié une fario cuisinée au fenouil, avoir mangé ce type de poisson pour la première fois.

On s’égare. Nous ne sommes pas venus avec mon confrère Benoît Gaudibert pour ce type de confidences. Quand Johnny Hallyday est entré, j’ai ressenti le même type d’impression qu’à son arrivée dans les coulisses du Zénith… Il irradie, occupe l’ensemble de l’espace. Le bleu profond de ses yeux fait le reste. Et puis la discussion roule sur des sujets où il est dans son élément : la part rebelle que conserve le rock à l’aube du nouveau millénaire, son public, la scène… Alors il se livre, finit par relever la tête pour poser un regard que n’aurait pas renié un autre de ses dévorants modèles : James Dean. À un moment vient l’anecdote sur Bob Dylan que je n’oublierai plus. C’était en 1966 dans le palace où était descendu le musicien américain annoncé pour à l’Olympia. « J’étais invité à une réception organisée pour lui. Très vite, je me suis ennuyé et j’ai décidé de partir ! Il m’a suivi. Lui, non plus, ne trouvait pas de plaisir à ce genre de rencontre. Nous sommes allés chez moi à Neuilly ». Étrangement, il décrit la malle en osier où était rangée sa chaîne comme si j’étais un intime de son intérieur à l’époque.

« Dylan s’est installé devant, a mis un casque pour écouter ses disques pour les écouter. Il est resté ainsi durant trois jours. Je partais, je revenais, il était toujours à la même place. Et puis un jour, il est parti. Je ne l’ai plus revu. C’est un peu comme un bibelot, un jour tu le casses et il disparaît de ta vue »

Étonnant ! L’une des attachées de presse est venue, à un moment, dire que le temps prévu pour l’échange était écoulé. Et Johnny lui a répondu ; « Non, ça va. Je me sens bien ». Alors on a continué. Plus tard, on s’est croisé dans le couloir. Il avait de nouveau le regard rivé au sol dans une sorte de pudeur, de timidité maladive à laquelle finissent, à la longue, par échapper des gens de son rang. Je me souviens, aussi, de la remarque de mon confrère bien plus jeune que moi, Benoît, en sortant : « ça n’a rien à voir avec les Guignols de l’info ! ». Non, effectivement. Je me suis marré.

Une heure avec Johnny Hallyday, c’est énorme dans la vie d’un journaliste. Finalement, j’avais affiné cette approche lors de nombreuses interviews de ceux qui l’avaient côtoyé ou connu intimement. À commencer par Sylvie Vartan, rencontrée à Paris pour la sortie d’un de ses albums. Bien que séparée, elle n’a cessé de parler de lui, « délicieusement invivable ». Henri Leproux, l’homme du Golf Drouot, a lui aussi, fait l’éloge du chanteur lorsque nous nous sommes rencontrés à la sortie de ses mémoires. Le club est le lieu où éclot en toute liberté le rock made in France, où suivre son évolution, découvrir les valeurs montantes d’un genre musical encore vomi par une partie de la population. Cette musique nouvelle venue des lointaines États-Unis et que Johnny Hallyday a largement contribué à importer symbolise l’une des premières révoltes adolescentes dans la vieille France. Henri Leproux met en avant le côté félin du jeune chanteur, sa façon de fonctionner à l’instinct.

« Des artistes comme lui relèvent de l’exception. Il est une personne rare »

Il n’a pas seize ans quand il fait ses débuts au « Golf ». L’un de ses premiers enregistrements, « Oui mon cher », en 1961, évoque le lieu. La gloire naissante du rocker rejaillit sur la petite « boîte » parisienne. « Sans lui, le Golf Drouot n’aurait certainement pas existé ». Le premier fan club de celui qu’on appelle désormais « L’Idole des jeunes », en référence à l’un de ses tubes de l’époque, est domicilié dans l’établissement de Leproux qui en assure le fonctionnement avec son personnel.

Autre, mais tout aussi enrichissante, se révèle la relation entre le chanteur et Daniel Rondeau, écrivain réputé et ambassadeur. Ils se sont connus à Nancy, au Parc des Expositions, dans les coulisses d’un concert.

Rondeau, « étudiant intellectuel » de gauche était venu en Lorraine pour travailler dans la sidérurgie, sacrifiant à un courant avant-gardiste de l’époque. Las de cette philosophie, il fait des piges à Radio France qui l’envoie, notamment, couvrir des concerts. De la rencontre avec Johnny naît une amitié qui ne s’éteindra jamais. On s’est rencontré un jour dans une célèbre brasserie nancéienne. C’était après ses désormais célèbres interviews du « Monde » en septembre 1999 et où Johnny Hallyday se met à nu, évoque notamment les excès, drogues dures comprises, qui ont jalonné sa vie d’exception. De quoi en savoir un peu plus sur le phénomène. « Je lui ai parlé avec le respect dû à un artiste de sa trempe et, je crois…, il a apprécié ». Et Rondeau, auteur de deux biographies du chanteur, qui, elles aussi, échappent aux lieux communs, souligne que Johnny n’en a jamais trop fait pour échapper à la ringardise attachée par les scribouillards de tous bords à sa personne. L’écrivain se souvient particulièrement de la gentillesse entourant leur première rencontre.

La dominante n’est pas différente chez mon copain de « cœur » Christian Décamps, chanteur et leader de Ange. Durant l’été 1972, son groupe a assuré la première partie du Johnny Hallyday Circus, cette incroyable caravane qui va sillonner la France d’Est en Ouest et du Nord au Sud.

Les Belfortains, en pleine ascension, ont sorti un premier single produit par Gérard Manset, « Tout Feu, Tout Flamme », qui a recueilli l’adhésion du public sans le soutien des radios. L’album « Caricature », qui suit, suscite un réel engouement populaire. Enfin de ceux qui ont une véritable culture rock. Et Johnny Hallyday, particulièrement curieux dans le domaine, en fait partie. Avant d’engager Ange pour lui ouvrir la route, une audition est organisée. Il avait initialement été décidé d’engager Martin Circus. Trois titres, « Le vieux de la montagne », « Le soir du diable », « Tout feu, tout flamme » suffiront à faire pencher la balance de l’autre côté. Lors de cet « examen », Johnny Hallyday est présent aux côtés de son producteur de l’époque, Jean Pons. Il adhère à cette nouvelle expression du rock. Voilà longtemps déjà, les Voix Bulgares se produisent à l’Arsenal de Metz. Lors du dîner organisé en fin de soirée, Christian envoûte littéralement un aéropage de disquaires de tout le grand Est avec ses souvenirs, notamment ceux de ce tour invraisemblable de 1972 sous chapiteau copié sur les « Mad dogs and englishmen » de Joe Cocker et Leon Russel.

Pour Hallyday, tout commence le 16 juin à Chantilly, avec un gang de Hell’s Angels venus faire le buzz, la publicité d’un Tour hors du commun, et en souligner la marginalité.

« Ils nous ont aidés à ranger notre matériel », se souvient Christian. De cette aventure reste surtout cette petite heure passée avec Johnny dans un backstage désert un après-midi du côté de Montélimar. L’occasion d’échanger sur la musique et de recueillir quelques confidences en partageant une bière. Hallyday, son nom d’artiste hérité du mari de sa tante, Hélène Mar, raconte : « J’aurais aimé être acteur et porté mon vrai nom, Jean-Philippe Smet ». Il raconte également vouloir continuer sa carrière en simple chanteur d’un groupe qu’il aimerait baptiser Smet. « Il était curieux et venait regarder notre prestation, caché au coin de la scène ». Quand naît Tristan, le fils de Christian le 4 août 1972, Johnny vient le féliciter chaleureusement et offre le champagne. « C’était élégant et plein de générosité… ça lui ressemblait ! ». Longtemps après, lots d’une convention de leur label collectif, Polygram, Johnny n’a pas oublié Christian. Il le reconnaît, le prend dans ses bras et lui glisse « Salut mon ange ! », avant de lui présenter Nathalie Baye.

Rien à voir avec ce que vous avez vu jusqu’à présent

Et puis il y a Jean-Claude Camus, le producteur devenu ami. Celui de tous les exploits, du Stade de France au Champ de Mars… des spectateurs estimés à un million pour un concert gratuit porté vers la folie au pied de la Tour Eiffel. Camus le confident, le complice. L’un des plus grands producteurs de la musique en France. Une histoire aussi longue que tumultueuse, toujours à la limite de la rupture comme les aimait Johnny Hallyday. Avant chacun des shows, les deux se partageaient le micro lors d’une conférence de presse où la musique le disputait toujours à l’incroyable, voire l’impossible comme cette envie de descendre les Champs Elysées sur une scène mobile… « Je comprends que cela posait des problèmes de sécurité. Et puis on s’est vite rendu compte que les feuilles des arbres allaient cacher la vue aux spectateurs ». La tournée 66, l’âge de l’idole, quand elle commence, demande une logistique énorme pour le producteur national et les locaux. Label LN, la société nancéienne qui a déjà accueilli les tournées de Johnny Hallyday au Zénith de Nancy, celui de Strasbourg, au stade Marcel Picot, s’empare en 2009 de Saint-Symphorien à Metz puis Bonal à Sochaux-Montbéliard.

Des informations sur le chanteur tombent régulièrement par l’intermédiaire de Jean-Claude Camus qui participera même le lundi 15 mars 2000 à un grand débat au siège de L’Est Républicain à Houdemont, dans la banlieue de Nancy. Ce jour-là, le producteur promet encore plus de qualité et de sensationnel dans le spectacle à venir, ce que souhaite « son » artiste, « toujours surprendre ». Ce jour-là, Camus assure : « Vous allez frémir. Cela n’a rien à voir avec ce que vous avez vu jusqu’à présent ».

Incontestablement vrai. Johnny apparaît dans des décorums grandioses, fin du monde ou futuristes, interprète « L’envie » avec une centaine de choristes locaux, propose de fameux duos dont le plus beau est certainement avec son fils David, auteur de cet irrésistible « Sang Pour Sang », un sommet de l’amour filial, son plus grand succès populaire. Le frisson garanti à chaque fois.

La voix paraît de plus en plus belle, de plus en plus puissante à chaque fois. Et pas seulement pour les vocalises apprises avec Otis Redding à Londres. Il se donne sans retenue. Pour son ultime tournée, il est revenu à l’essentiel : sa musique. Quelques écrans suffisent pour prolonger l’ambiance. Au Galaxie d’Amnéville, bondé, il ne se roule plus par terre comme à ses débuts, mais s’offre avec un gang incisif, un retour aux sources du bon vieux rock’n roll avant de revisiter son incroyable répertoire, la B.O. de ces soixante dernières années.

Ces rêves qu’il a partagés avec tant de générations successives.

Article paru dans « Souvenirs, souvenirs. Photos et documents inédits de Johnny dans notre région ». Collection : les grands événements dans l'Est. Hors-série de L’Est républicain, Vosges Matin et Le Républicain Lorrain. 100 pages grand format, 19 € 90.

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Est Republicain
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