Loading

La Bourse du travail Construite il y a plus de 115 ans, le bâtiment du cours Victor Hugo, aujourd'hui endormi, a connu une belle animation syndicale et culturelle au XXe siècle.

Le cours Victor Hugo au début du XXe siècle. A côté des Halles municipales et du théâtre, des ouvriers s'affairent sur un chantier dirigé par l'architecte municipal, Léon Lamaizière.

Ils construisent une Bourse du travail, un bâtiment qu'ils fréquenteront peut-être eux-même pour défendre leurs intérêts, s'instruisent ou se détendre. Le quartier du cours Victor Hugo est relativement récent et neuf. Il a été lourdement réhabilité au tournant des années 1860.

Le Furan qui le descendait, parfois furieusement, au milieu des vieilles masures en bois, est désormais canalisé et recouvert par une chaussée moderne. Des immeubles de type hausmanien ont été construits sur le côté Est.

De l'autre côté, des équipements publics apparaissent : le théâtre au nord en 1856, l'Ecole de dessin (Ecole des Beaux-Arts sur les pentes de la colline Sainte-Barbe) en 1859 à l'ouest, le Palais des arts (actuel Musée d'art et d'industrie) en 1860 au sud, et les halles dans les années 1870. Juste à côté de celles-ci, un terrain au pied de la colline reste vacant. C'est là, qu'au cours de notre histoire, les ouvriers construisent cette bourse du travail.

Légende : sur la photo à gauche, les manifestants devant la Bourse du travail le 29 novembre 1947 pendant la grève des mineurs. (Photo archives municipales de Saint-Etienne.

Légende : L'inauguration de l'aile consacrée aux sociétés de secours mutuel le 23 juin 1907. (Photo archives municipales de Saint-Etienne

Le principe d'une Bourse du travail

La Bourse du travail existe à Saint-Etienne depuis 1888. La municipalité Girodet l'a installée dans un bâtiment qu'elle loue sur la place Marengo. C'est là, qu'en 1892, le congrès constitutif de la Fédération des bourses du travail se tient. Une bourse du travail a plusieurs fonctions :

– Installer les syndicats dans ses murs.

– Remplacer les officines d'emplois privées plus ou moins légales. A la Bourse, l'ouvrier au chômage pourra consulter les offres d'emploi. Ce rôle disparaît avec l'agitation sociale induit par la présence des syndicats. Représentants des employeurs et salariés ne viennent plus !

– Former les travailleurs. Les bourses proposent des cours du soir pour perfectionner les compétences des ouvriers : tissage, repassage, mécanique, carosserie, ajustage...

Légende : spectacle donné par la Gere artistique du Forez le 16 octobre 1961. A l'arrière, la fresque d'Auguste Berthon. (Photo archives municipales de Saint-Etienne)

Une nouvelle bourse du travail

Le maire Jules Ledin décide de la construction (dans les cartons depuis 1896) d'une nouvelle Bourse du travail en juillet 1901. Elle sera cours Victor Hugo d'autant plus que le mur de soutènement de la colline est à recontruire.

Jules Ledin est le premier maire issu du monde ouvrier : il était tisseur et... secrétaire de la Bourse du travail. C'est donc un sujet qu'il connait bien. Il pose la première pierre le 13 juillet 1902.

Léon Lamaizière, l'architecte municipal et le principal bâtisseur local à cette époque, conçoit le bâtiment. Il imagine un palais urbain en pierre calcaire de la Drôme ou de l'Ain (et non en grès houiller local) constitué d'un corps central et de deux ailes latérales, celle de gauche dédiée aux syndicats, celle de droite aux sociétés mutualistes. La partie centrale s'ouvre sur des arcades et est ornée de pilastres et d'un balcon d'où les orateurs s'adresseront à la foule massée sur la rue. La dénomination de « Bourse du travail » n'est jamais installée sur l'attique (partie supérieure du bâtiment). A la place, la devise de la première Chambre syndicale des mineurs demeure jusqu'à aujourd'hui : « Liberté, Egalité, Solidarité, Justice ».

Le bâtiment est inauguré en 1904 et reste la quatrième bourse du travail construite en France. Deux salles, toutes deux situées dans le corps central sont utilisées : la salle Sacco et Vanzetti au rez-de-chaussée et la salle de conférence au premier niveau.

Légende : l'inauguration de l'aile consacrée aux sociétés de secours mutuel le 23 juin 1907 (photo aux archives municipales Saint-Etienne).

Légende : combat de boxe le 26 octobre 1958 (photo archives municipales Saint-Etienne).

La salle Sacco et Vanzetti

Elle est dénommée ainsi en raison de la forte communauté italienne à Saint-Etienne. Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti sont deux anarchistes italiens accusés à tort de braquage aux Etats-Unis au début des années 1920. Malgré des doutes dans le dossier et une controverse qui s'étend dans plusieurs pays, ils sont tous deux condamnés à mort et exécutés en 1927. Ils deviennent alors des martyrs de la cause ouvrière.

Trois œuvres d'art sont installées. Victor Zanetti, dit « Zan » est à l'origine de deux sculptures : « Les victimes du grisou » appelée également « Le Grisou »en hommage aux mineurs victimes du gaz mortel présent en sous-sol ainsi que « La grève et ses conséquences » plus communément appelées « La Grève ». Commandées par la municipalité, elles sont installées en 1906. Enfin, une allégorie de la République est installée au dessus des deux sculptures et rappelle les valeurs importantes de la condition ouvrière : le travail (manuel avec le marteau et intellectuel avec le compas) et la liberté.

La salle Sacco et Vanzetti, depuis la fermeture pour les grandes manifestations de la salle de conférence à cause des raisons de sécurité, demeure le lieu le plus animé (d'autant plus accessible qu'elle donne directement sur l'extérieur) du bâtiment.

La salle de conférence

Impressionnante par ses volumes encore aujourd'hui malgré sa vétusté, elle constitue la pièce principale de la Bourse, celle qui à l'origine montre bien un des buts recherché : instruire, informer et divertir les ouvriers (concerts, réunions, conférences...). Auguste Berthon décore le fond de la scène avec son projet « Avenir » qui représente le mineur avec le paysan comme le modèle classique de l'agriculteur qui devient ouvrier. En 1938 le parterre voit l'aménagement de 1965 sièges tandis que la galerie est équipée de 700 places.

Vite, pourtant des alertes sont rapportées quant à la conformité des lieux. Un rapport de 1942 préconise la construction d'un plancher en béton armé, une meilleure évacuation du public et un nouveau mur de scène. Le coût de 3 millions de francs en pleine guerre obère l'opération. Les soucis reviennent en 1947 et le maire Alexandre de Fraissinette intervient : 900 fauteuils remplacent les vieux bancs du parterre, interdiction d'utiliser la galerie, trop dangereuse. La projection de films inflammables ainsi que les manifestations théâtrales ne devront plus avoir lieu. D'importants travaux de rénovations interviennent en 1972 et 1973.

Les gradins de la galerie sont démolis, les sièges du parterre enlevés, le chauffage, encore au charbon, est rénové tout comme l'installation électrique. Surtout, et plus symbolique, un nouveau mur de scène est construit devant la fresque de Berthon, désormais invisible depuis la grande salle. Seul un corridor derrière la scène permet de la voir.

Légende : la fresque de Berthon lors des travaux de rénovation en 1973. Bientôt, le nouveau mur de scène la cachera de la salle (photo archives municipales Saint-Etienne).

Légende : les manifestants devant la Bourse du travail le 29 novembre 1947 pendant la grève des mineurs

Un lieu de vie et de spectacles

Si la Bourse est la maison des syndicats et des ouvriers, elle est également un lieu de divertissement apprécié des Stéphanois tout au long du XXe siècle. La salle de conférence devient une véritable salle polyvalente qui accueille concerts, théâtre, cinéma.

Ces manifestations permettent de mieux diffuser les idées socialistes et d'éducation populaire, d'apporter plus de sociabilité au monde ouvrier et d'assurer plus de recettes financières pour l'organisateur : la Bourse du travail elle-même ou les syndicats adhérents. C'est ainsi que le lieu est particulièrement animé – outre les départs et arrivés de manifestations!- jusqu'à la construction du Parc des expositions à la Plaine Achille à la fin des années 1960. Avec la fermeture puis la démolition du Vélodrome d'hiver, des matchs de boxe et des combats de catch attirent même un public nombreux.

Le bâtiment vieillissant, et en l'absence de vraie rénovation, les manifestations deviennent rares. Des concerts et spectacles sont donnés jusqu'en 1989. Depuis, seules des réunions et des expositions-ventes, (et le plus souvent dans la salle Sacco et Vanzetti toilettée au début des années 2010) se tiennent occasionnellement à la Bourse du travail.

Légende : le marché de la place Albert Thomas à côté de la Bourse du travail en 1964 (photo archives municipales Saint-Etienne).

Texte et mise en page : Le Progrès ; photos : archives municipales Saint-Etienne.

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a copyright violation, please follow the DMCA section in the Terms of Use.