Loading

Rugby : Montchanin devient champion de France Le 3 juin 1990 à Brive

Par Salvatore Barletta - Réalisation Christophe Saulnier

Ce dimanche de printemps 1990, au Parc des Sports de Brive, face à l’écurie paloise donnée largement favorite par les bookmakers, Montchanin surprend la France de l’ovalie. En l’emportant 18 à 6, le Stade montchaninois entre dans l’histoire du rugby.

De mémoire de Montchaninois, seule la libération en 45 avait suscité un tel engouement dans les rues de la ville ce 3 juin 1990 au soir. Quelques heures auparavant, le Stade montchaninois de M. Roland Soula, conduit par les frangins Burquier et entraîné par le duo Pervieux-Bernos, réalise l’impensable à Brive. Décrocher le célèbre Bouclier de Brennus jusqu’alors propriété indivisible des gens du Sud-Ouest. Pau n’avait qu’à bien se tenir. Fredo Broyer, le 2e ligne, se souvient. « Sur la première mêlée, on les fait reculer de 20 mètres. Après, ils ont voulu sortir la boîte à gifles… ils ont chargé » avoue-t-il quelque trente ans après avec toujours cet éternel sourire sur les lèvres. « Avec cette équipe, j’ai vécu des moments inoubliables. La même année, on bat en finale de la Coupe des Provinces La Rochelle de Jean-Pierre Elissalde. C’était un doublé historique » ajoute le Montchaninois.

Le centre Turc, soutenu par son 3e ligne Montcharmont, s’apprête à écarter le jeu.

La défense montchaninois, à l’image de Barisic qui stoppe ici un Palois, a été intraitable.

A Brive, dans ce Parc des Sports pris d’assaut par 3500 spectateurs dont plus de 2000 supporters venus de toute la Saône-et-Loire, Montchanin est une citadelle imprenable. « Les gens avaient mis de côté les querelles de clocher, explique Bernard Burquier, dirigeant à l’époque. Tout le monde était derrière son équipe comme un seul homme » ajoute-t-il. « Quand on est sorti pour l’échauffement, on ne voyait personne. Nous étions dans notre bulle mais ça faisait un bruit terrible. Les coaches nous ont conduits un peu plus loin pour nous préserver. Nous, on était déjà dedans comme des morts de faim » souffle Christophe Deviu, dit Tito, demi de mêlée. « Normalement, dans ce match, on aurait pas dû exister » insiste l’ancien 2e ligne Broyer.

A la 48e minute, petit côté, Barisic, épaulé ici par Montcharmont, s’échappe et inscrit l’unique essai de la partie pour les Montchaninois.

Montchanin fait mieux qu’exister. Le Stade domine d’une main de maître cette finale. Comme il avait dominé un à un tous les précédents adversaires. Périgueux en demi-finale, Mazamet en quart, Romans en 8e en aller et retour, « on avait gagné de 40 points chez nous » se remémore Deviu et Tulle en 16e, « le match le plus compliqué des phases finales » confesse Broyer. « Cette aventure humaine avait fait de nous un groupe soudé, indestructible » poursuit-il. Pau ne tarderait pas à l’apprendre à ses dépens. « On a réussi une première mi-temps parfaite en leur montrant que nous étions plus forts dans tous les domaines. Et puis, d’entrée en seconde période, Barisic a marqué notre seul essai et Pau a baissé les bras » rappelle Tito Deviu. « Cette combinaison, petit côté, on l’avait travaillé à l’entraînement et ça a fonctionné en finale » renchérit Frédéric Broyer.

L’ailier Barisic (moustache) est prêt à suivre le coup de pied de son ouvreur Touget

L’incroyable machine tongienne Tahaafe lance Montcharmont sous les yeux écarquillés de Broyer et Burquier.

Montchanin domine Pau. De la tête et des épaules. Le Parc des Sports de Brive vibre comme un seul homme. « On n’arrivait pas à se calmer, c’était dingue » souffle Bernard Burquier. « Roland Soula m’a dit à cet instant : Je n’ai pas gagné le Prix d’Amérique avec mes chevaux mais je vais gagner un titre de champion de France. C’est là aussi que je l’ai vu pleurer pour la deuxième fois de ma vie ». Montchanin est champion de France de 1re Division, Groupe B. Avec une bande de potes dont la plupart étaient issus de la formation locale. « Aucun d’entre nous n’avait joué de phases finales. Le groupe était un mélange d’anciens et de jeunes mais quelle aventure. On n’est pas prêt de l’oublier. Aujourd’hui, quand on se revoit, les souvenirs sont toujours là dans la tête et ils nous arrivent d’en reparler pendant des heures et des heures » raconte un Frédo Broyer qui se souvient aussi de cette arrivée fastueuse dans les rues de Montchanin à minuit ce fameux 3 juin 1990. « On était dans un camion à Genevois. C’était fou, les gens hurlaient leur joie. Ils étaient venus de partout. La fête a duré un mois. On n’avait jamais vu autant de monde depuis la Libération » répète-t-il.

Le fameux Bouclier de Brennus remis aux Montchaninois après la victoire fait la joie de toute une équipe et de ses supporters.

Le Bouclier de Brennus est exposé à l’hôtel-restaurant Les Négociants à Montchanin.

Que sont-ils devenus

Vingt-huit joueurs ont participé à cette célèbre saison 89-90 conclue par le titre de champion de France le 4 juin à Brive.

Coaches

Robert Bernos, à Pau, à la retraite

Pierre Pervieux, dans le Périgord, à la retraite.

Joueurs

Dhuit : à Montchanin, l’un des plus anciens, à la retraite

Hasagic : à Montchanin, travaille à la mairie

Touget : à Biarritz, restaurateur

Doppler : au Creusot, arbitre

Bordenave : à Lourdes, retraité de la gendarmerie

Turc : sans nouvelles depuis très longtemps. « Il voyageait tout le temps » dit Broyer

Jarlot : à Montchanin

Gayraud : près d’Agen, manager général d’un club

C. Pompilio : à Digoin, dirigeant du club Charolais-Brionnais

Barisic : à Bourg-en-Bresse, dirige une société de location d’appartement en Croatie

Porterat : à Chalon, travaille au Conseil général

Casasréalès : au Creusot

Sistac : à Bordeaux, à la retraite

Broyer : à Chevagny-les-Chevrières, service portage du JSL

Mijoint : à Marmande

Tahaafe : à Sens

Stéphane Burquier : à Montchanin

Bellusci : parti dans le Sud à Marseille

Dilhan : dans le Gers, à Lombez-Samatan, directeur d’un Centre Leclerc

Christophe "Tito" Deviu : infirmier à Toulouse

David Pompilio : à Digoin, travaille à Montchanin

Cruzocrea : à Montchanin

Gabarrus : dans le Sud-Ouest vers Biarritz

L'équipe du Stade montchaninois championne de France avec (assis, de gauche à droite): Bordat, Pervieux, Dhuit, Hasagic, Touget, Doppler, Bordenave, Turc, Jarlot, Gayraud, C. Pompilio, Barisic, Porterat, Casasréalès, Emonin. Debout (de g. à d.) : Destandeau, Bernos, Sistac, Broyer, Mijoint, Tahaafe, Montcharmont, Stéphane Burquier, Saint-Vignes, Jérôme Burquier, Bellusci, Dilhan, Roland Soula. Manque sur la photo : Deviu, D. Pompilio, Cruzocrea et Gabarrus.

Created By
Christophe Saulnier
Appreciate

Credits:

Photos archives lejsl

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a Copyright Violation, please follow Section 17 in the Terms of Use.