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Ma Race Across France

RAF 2020

Pour raconter cette race across France il faut que je commence par revenir deux ans en arrière, un jour de mise à l’eau du Maxi trimaran Banque Populaire IX, et cette discussion avec Bernard le Bars, photographe pour le journal l’équipe, ancien pompier de Paris et grand passionné de cyclisme. Bernard revenait de la première édition de la race accros France, il travaillait pour le Red bulletin. Encore plein d’étoiles dans les yeux, Il avait adoré l’épreuve et trouvait génial de voir des personnes ordinaires réaliser ce parcours extraordinaire ou ultra ordinaire plutôt. 2600 bornes et quasi 40000m de dénivelé positif, et tout ça sans assistance. Au premier abord, c’est clair tout le monde s’enfuirait en courant, mais ses photos sont magnifiques.

Après une bonne préparation pendant ces deux dernières années je décide de franchir le cap et de m’inscrire...

J-1. Voyage vers Saint Raphaël où m’attendent Gérard et Antoine son fiston, 20 min après la descente du train me voilà déjà embarqué sur leur bateau, la baignade avec les poissons va délasser les muscles...

Dans 24h on fera moins les malins! Je suis reçu comme un roi par toute la famille, Fred nous prépare une salade de sportif qu’on ira manger manger chez leurs voisins, la famille Simonsen.

Pour que je me repose au maximum avant le départ Gérard me proposera même de passer la nuit dans son appart à St Raph. Nuit au calme, même si la pression commence doucement à monter et c’est normal.

Je suis assez serein, c’est du bon stress je crois. Le matin on va tous les deux gérer le contrôle du vélo et la dépose des drop-bags qui nous seront apportés dans 3 bases de vie différentes... Venasque, saint Jean en Royan et enfin Doussard.

Ce petit plus pour une course en autonomie a aussi l’intérêt de nous creuser un peu la tête et il ajoute confort et tactique. Certains décident de partir sans couchage pour les 530 premiers km... moi je serai plus prudent, malgré tout, mon chargement au départ est plutôt light (13kg? Vélo compris...). Bon repas, petite sieste sans réussir à fermer l’œil, puis retour sur le lieu de départ avec un dernier test matériel, briefing, parade dans la ville et enfin paëlla party que je partage avec mes hôtes, Fred Gérard, Pauline et Antoine! Pendant ce temps les départs ont lieux toutes les 2 min. Les. premiers ont un public assez généreux.

L’heure tourne, derniers appels aux proches et un peu d’émotion en quittant la super famille Mioque...

20h52, à moi de jouer, ça y est je suis focus sur ma course, je l’ai attendu, bien préparé, maintenant je sais ce que j’ai a faire.

Avec Arnaud Manzanini ultra cycliste, organisateur de cette course mais aussi très occupé par son Podcast « ultra talk » que je vous invite d’ailleurs à écouter.

Les premiers kilomètres seront une délivrance. Je suis heureux, je siffle chante, et je double quelques concurrents sans trop m’emballer non plus.

Environ 1h30 se sont écoulés je dirais et déjà un avion me double, Clément Clisson bien posé sur ses prolongateurs nous laisse sur place et un peu sans voix. On ne joue pas dans la même cour (la route est encore longue... mais bon).

Je passe une partie de la nuit avec Cédric. Je suis un peu plus rapide dans les bosses et lui dans les parties roulantes et les descentes... on se double et redouble, avec à chaque fois quelques petits mots qui permettent de se sentir moins seuls sur ce début de parcours assez exigeant. Ça permet aussi de caler notre rythme.

Un peu plus loin on retrouve Jean Paul son père, c’est génial de faire ça ensemble. Ils seront tous les deux finishers! Je roulerai cette nuit là aussi avec Seb et son magnifique cycle Léon.

C’est ma première nuit entière sur le vélo et comme c’est la première de la course je crois que personne ne voudra dormir. J’avoue ne pas être tres serein sur ma capacité à rester éveillé jusqu’au lendemain soir... au ptit matin le café se fait attendre et les paupières sont lourdes.

Je roule un bout de chemin avec Rémi, plus rapide que moi et surtout il avait décidé de ne pas s’arrêter à Venasque à la première base de vie. Moi j’y passe 30 min facile, petit dej et compagnie... et je me remet en selle pour le Ventoux, première grosse difficulté. L’ascension depuis Bédoin est assez raide, beaucoup de km à 10% avant le chalet Reynard. Avec les sacoches on a l’impression de monter sur la plaque, mais j’arrive en haut sans trop appuyer sur la craie.

Je reste très concentré. Il fait déjà très chaud à 12h30. Pas de vent la haut...À ce moment on a déjà 6000m de d+ pour 330km.

Petite photo au sommet avec une belle boite de sardine, clin d’oeil en remerciement pour le coup de main de Christian et Marianne Guyader. Merci encore!

Descente rapide vers Malaucène, fatigue passagère les yeux se ferment, attention!

En arrivant dans la plaine il fait très très chaud, le vent plutôt défavorable nous assèche. Beaucoup de pauses fontaines et bistrots pour remplir les bidons. Ptite bière sans alcool (ouf personne ne m’a vu) et glace fusée pour enfant... on n’est pas des bêtes.

Je crois que déjà à partir de ce moment le mental prendra le relai sur le physique... même si bien sûr les deux doivent être un peu liés.

Je me retrouve au pied du col du Rousset avec Damien et Rémi, très joli paysage pendant toute la montée, le soleil se couche sur les roches blanches, et moi je chantonne une belle chanson de Bashung « la nuit je mens » pour ma première virée dans le Vercors.

Petite déconcentration la haut, je prends une mauvaise route, et en descente l’erreur fait mal... demi tour toute et remontée à bloc. Dommage. 15 20min de perdues. Pour dédramatiser je me dit que ça m’entraine pour la suite...

La route jusqu’à st Jean en Royan est magnifique, elle est taillée dans les falaises, malheureusement, comme pour les gorges du Verdon puis plus tard l’iseran, je ne passerai pas à la bonne heure.

Vers 23 h je crois, j’arrive au gymnase de saint Jean où les premiers dorment déjà. Je doit être 8 ou 9 ème, je suis calme et confiant. Douche, sardine/brioche, reste de paëlla offerte et partagée par les bénévoles, puis quasi 4 h de sommeil...

j’ai conscience que cette nuit doit permettre de gommer la nuit blanche de la veille et de préparer la grosse journée du lendemain. Je ne regretterai pas, au contraire.

Souvenirs un peu vague de la route menant jusqu’au pied de l’alpe D’Huez, des passages dans des gorges qui doivent valoir le coup d’œil mais il faisait encore un peu sombre. Dans une descente mon portable qui a du prendre peur décide de sauter du vélo, un peu amoché mais il reste fonctionnel, ouf!

◦ Je souffre un peu dans l’Alpe, La vue pendant la montée n’est pas aussi belle que j’avais rêvé. Cependant ça reste un col mythique alors je me pousse à ne pas trop mollir. Dur dur on est pas dans l’alpe du Zwift là...

Apéro orangina, Croc monsieur et casse croûte la haut, je me refais une santé car le programme de la journée est ambitieux... Le col de Sarenne qui suit est assez difficile et sublime, pas de voiture, je suis reparti, dans ma bulle!

Je redescends vers le superbe lac de Serre Poncon, on est pas malheureux... quand je serai grand je viendrai courir l’embrunman ici! Promis.

Suivront Lautaret et Galibier, j’ai la power, et j’ai hâte de basculer de l’autre coté, je connais la route ensuite jusqu’au pied de l’iseran. Je me force à en garder sous la pédale, c’est peut être ça le plus dur, de gérer ces moment forts. Le décor est grandiose, à chaque virage j’aimerai m’arrêter faire des photos... on est en course, alors on reviendra. 2 ou 3 clichés là-haut quand même avant la rapide descente vers valloire.

C’est magnifique!

Il y a du monde dans le bourg, et c’est en vélo qu’on est les plus rapide. Je sens pousser derrière moi les 5 kg de bagages, ils m’aident un peu c’est sympa. Je passe Valloire sans stop car c’est bondé, dernière petite montée de 3 km vers le col du Télégraphe,

avant de redescendre à bloc dans les files de bagnoles vers st Michel de Maurienne. Je ne vous cache pas qu’il y a des automobilistes vraiment pas sympas, pour rester poli. Et pas qu’à la montagne.

En bas il fait chaud, pas de stress on reprendra doucement de l’altitude vers Val Cenis puis le col de l’Iseran. Avant Modane mon GPS me fait passer par le col de st André si je me souviens bien, petit détour qui m’énerve un peu, la trace Komoot n’est pas identique à celle tracée par Arnaud. Allez, la route est longue...

A Sollieres-Sardières une petite base est ouverte, dans la station de guide de haute montagne d’un ancien participant hyper cool dont j’ai oublié le prénom. Il me rempli les gourdes et m’offre une banane que je mangerai plus tard, je ne traîne pas pour filer vite vers l’Iseran, il est déjà 20h.

Je repasserai le voir la bas c’est sûr! Passage par Termignon, on y était avec mon Frère Jumeau Vincent l’an dernier pour le trail de val Cenis. Notre cousin Maxime et sa copine Maëlle nous avaient rejoins aussi et encouragé au départ et à mi-parcours, au ravito de Bessans. Ces souvenirs me font me sentir bien moins seul... la fatigue a parfois tendance à faire ressortir les émotions.

Le petit taquet de la Madeleine prépare les cuissots avant la traversée de Bonneval-sur-arc et les premières rampes du col. Dès le second virage j’entends des grondements de tonnerre et la pluie ne tarde pas à arriver.

◦ J’ai 2 options, dormir en bas au village ou tenter de grimper le plus haut col routier d’Europe. Forcément en tant que compétiteur la deuxième option l’emporte après une consultation éclair avec mon vélo et enfilage de l’indispensable veste Gore tex.

Ascension dantesque, mais finalement on était bien en montée, c’est ce que je vais vite me dire en descendant...

Beaucoup de pluie, de grêle et d’éclairs, je ne fais pas le malin.

◦ Comme par hasard c’est à ce moment là que mon tendon d’Achille droit commence à être douloureux. Ça passera complètement 2 jours plus tard, en soignant simplement l’hydratation et en essayant de mouliner un peu plus.

Pour la vue la haut on reviendra donc, je bascule sans m’arrêter vers Val d’Isère, à bloc jean Floch... enfin pas vraiment, il faut à tout prix éviter la chute. C’est chaud!

Dans la station je remarque une petite Pizzeria à emporter, Pizz & love, comme à Larmor-Plage. Aucune hésitation.

Les mecs sont tip top, il est tard mais dans l’état où je suis ils comprennent qu’il font un heureux... Éric Leblacher (tiens tiens) est parti 5 min avant que j’arrive, on me propose la même pizz que lui en disant “il te faut quelque chose de facile à digérer” Trop tard j’avais flashé sur la savoyarde. Pendant que je mange le patron va négocier un tarif 1/2 nuit pour moi dans l’hôtel 3* d’en face, royal!

Je n’avais pas envie de descendre sous la pluie à Bourg saint Maurice.

Bain, lit xxl, c’est le bikepacking version luxe mais cette nouvelle nuit de 4h sera peut être primordiale pour la suite. 2 brossages de dent aussi. Ça me donnera un peu de crédit. En effet je perdrais vite cette rigueur...

Le problème dans un bon lit c’est que c’est plus dur d’en sortir, heureusement que le tracker est là, ca pousse un peu vers la sortie.

Pas tellement besoin de tourner les jambes jusqu’à Bourg Saint Maurice mais rapidement j’attaque le Cormet de Roselend. Bon souvenir aussi, on l’avait passé avec Yannick et Clem sur l’étape du tour. Mais dans l’autre sens. C’est canon, pas une voiture, pas une goutte, je savoure!

On est Lundi matin, j’envoie une petite vidéo au Team banque populaire, je sais qu’ils sont en réunion et qu’ils seront content d’avoir des nouvelles fraîches. Pour le petit clin d’œil, sous la veste j’ai une sous couche siglée...

Quelques petites compotes et barres énergétiques pour la carbu, (mon garde manger est vraiment pas mal, mention spéciale pour les produits de la marque Baouw, purées ou barres tout est bon!). L’heure est bien choisie pour les photos au sommet mais je ne veux pas rester jouer, j’ai sans doute dormi plus que les copains cette nuit.

Je longe le barrage et le lac de Roselend, puis traverse le village de Beaufort, je rêve de pain- fromage!

Ce sera finalement sardines à l’huile de Homard, à Hauteluce, dans le col des Saisies... pas pêchées dans le lac mais offerte par Christian et Marianne.

Autant dire que la suite du col a été une formalité.

J’en parle pas mal mais c’est quand meme impressionnant ce qu’on peut (doit) manger quand on passe tant d’heures à pédaler. On y pense toujours... Depuis que je suis rentré je suis toujours à l’affût des boulangeries et je sais que les autres font pareil.

On arrive sur une portion plutôt roulante qui nous catapulte jusqu’au pied du col de la Colombière en traversant rapidement Megève, Sallanches et compagnie. Je m’arrête 10 min manger un casse dalle avant de monter.

Ce col, je l’ai monté plusieurs fois, en prépa pour l’étape du tour ou j’avais rattrapé l’équipe Skoda qui était coaché par Bernard Hinault, j’avais eu le droit à une petite photo la haut comme je suis breton... héhé la classe!

Et pendant l’étape du tour il y a 2 ans avec Franck où on avait souffert de la chaleur et de l’enchaînement avec le col de Romme. Je me lance donc assez prudemment mais j’ai l’impression qu’il est plus facile, j’ai des ailes! Je reviens sur Jean Luc qui survole la compétition dans la catégorie “sans assistance”, il a du me doubler pendant ma pause déjeuner. J’apprend qu’il n’a pas dormi depuis le départ, soit 60h, alors même avec les sacoches je n’ai pas trop de mérite. Rencontre aussi avec Steven, que je suis sur Instagram qui est un sacré mec, un aventurier à vélo!

« Sois juste » Florent me dit il, « écoutes toi! » J’ essaye d’écouter les consignes du boss. Je fais la descente, comme en course... d’ailleurs on est en course! À bloc vers Annecy, je connais la route, ça circule un peu alors plus on est rapide moins on se fait doubler...

Arrivé à Doussard, dernière base de vie où on pouvait laisser un drop bag, je fais une escale technique assez longue, tant pis si je perds un peu de temps, je veux repartir propre sur un vélo chargé pour la traversée de la France. Zwap de selle, La Brooks c13 prendra la place de la Fabric qui commence à avoir du mal à me supporter (ou l’inverse!), 5 min chrono mais si ça peut éviter de faire 1500 bornes en danseuse c’est pas con... au moins on aura essayé. Ptite douche, brioche, café(sss), chargement minutieux du vélo, et c’est reparti sur la piste cyclable bondée d’abord puis le col de Leschaux qui doit être un cousin du Semnoz. Je passe un peu de temps avec un père et son fils, moment sympa avec vue sur le lac. J’aurais dû faire une photo. Dommage. On enroule ensuite Aix les bains et le grand lac du Bourget, la route touristique continue, c’est beau!

Arrive ensuite le col du chat, pas méchant mais ça en fait un de plus, ça sonne aussi un peu la fin des Alpes. Je le monte aussi avec 2 gars, en discutant et sans forcer.

2 h plus tard peut être je m’arrête manger un bout dans un petit restaurant à Peyrieu, assiette de charcuterie et crudités. Et flamby en dessert... on frise le gastro. Cette petite pause me fait du bien. J’enchaîne les quelques bosses sans trop de mal. Pendant la nuit je retrouve Eric et Regis, Ça fait du bien de discuter avec eux. Regis est un peu plus rapide par contre avec Éric on arrive à faire un bout ensemble et on se retrouvera le lendemain matin à la boulangerie après avoir gérer notre sommeil différemment. J’ai dormi juste une heure cette nuit là et c’était un peu limite.

Dans le mâconnais le levé du jour est sympa, mais les cuissots piquent un peu dans les tobogans.

On se retrouve à la Base de vie de Gueugnon avec Éric. Olivier et Arnaud nous réservent un bel accueil, les parents d’Arnaud ont préparé des cakes sucrés et salés, délicieux.

On est dans le kop des supporters.

On repart avec Éric, mais il fait vite demi tour car il à oublié de remplir ses bidons. Il doit me rattraper au bout d’une petite heure.

Il m’annonce qu’un grand Monsieur du cyclisme va venir rouler avec nous. Michel Laurent (qui a été son Directeur sportif) que je ne connaissais pas vient nous retrouver. Vainqueur de Paris Nice, de la Flèche Wallone, du Dauphiné Liberé, et d’une étape du tour.... entre autre. Et tout ça avant même que je sois né ahah!

Michel est adorable et nous propose de venir déjeuner un plat de pâtes chez lui! On accepte volontiers, sa femme a tout préparé, en 1/4 d’heure chrono on repart en pleine forme, cette rencontre était géniale! Merci à eux.

Malgré sa grande carrière dans le cyclisme il est épaté par notre longue chevauchée.

La route ici est comme une tôle ondulée pour reprendre l’expression de Michel.

Cette journée est la plus dure pour moi, je n’apprécie pas vraiment les bords de Loire, en fin d’après-midi il y a beaucoup de voitures et il fait assez chaud.

Dans le village de Briare avant Gien je retrouve Axelle et ses enfants, en route pour l’Italie ils sont passés m’encourager. C’est super sympa mais je suis cramé

j’ai un peu de mal à profiter du moment. Ezio et Malou ont passés la journée en voiture et ont besoin de se défouler un peu... et moi de me poser. Je ne jouerais pas au loup ce soir... On mange une Pizza rapidement avant de repartir, cette petite parenthèse m’a un peu chamboulé finalement. Sur le moment j’avais un peu l’impression d’être sorti de ma course.

je repars avec un sentiment de solitude, bizarre. Je crois que je suis très fatigué surtout, Et je sens bien qu’il va falloir que je dorme cette nuit. 2h minimum.

Je roule jusqu’à Vienne-en Val, ou je trouve une petite “cachette” derrière un bâtiment de la poste. Il doit être 2h du matin. Je dors bien, mon réveil sonne à 4h, allez on retourne au charbon. J’ai deux tartes salées dans les poches, ça fera mon bonheur en attendant la pause boulangerie.

En général vers 6h je commence à penser au café et aux viennoiseries. Même les meilleures barres céréales restent dans la sacoche. Ça me fait penser à notre longue vadrouille de 430km à Madagascar avec Yannick et Vince... la SAVArun. Vers 5-6h les feux de bois s’allumaient dans les villages et on commençait à chercher les cafés. C’est fou comme ces petits plaisirs sont d’autant plus appréciés quand on en rêve toute la nuit.

Ce matin ma vitesse n’est pas terrible encore, la douleur à la selle n’aide pas à la perf, certains coureurs ont abandonné à cause de ça et je le comprend. On peut avoir les plus grosses cuisses ou le plus beau matos du monde, si on ne tient plus assis sur le vélo ça devient très compliqué.

Je retrouve Éric avant le levé du jour, il est bien au radar, et m’explique qu’il tombe de fatigue. Le fait d’échanger quelques mots nous fait du bien à tous les deux.

Nous arrivons au Château de Chambord, où nous attendais Keryan et Quentin, cameraman et Photographe de cette Race Across France. Et vraiment des chouettes gars, ils m’apprennent qu’on a un pôte en commun d’ailleurs. Le ciel est en feu, ça nous redonne du peps!

Petit dej commun en arrivant à Blois, à deux on dévalise la moitié des viennoiseries de la boulange, et oui c’est aussi ça cette course, on mange ce que l’on trouve sur le bord de la route et les petits plaisirs sont indispensables pour le moral!

Blois

A 9h54, il se met à pleuvoir... je m’en souviens car Gwen m’avait annoncé 10h. Rien de méchant, et à cet endroit le parcours est plutôt roulant alors j’essaye d’avaler les bornes le plus vite possible avec l’énergie qu’il me reste. Bien sûr on n’est pas dans nos vitesses habituelles, mais on commence à s’y habituer.

Je trouve un petit jeu pour m’occuper, j’essaye de deviner le dénivelé entre l’endroit où je me trouve et le bout de la ligne droite. Je suis toujours le plus proche... en même temps je suis tout seul!

La pluie s’intensifie un peu au passage de Le Lude, je passe devant un resto ouvrier, j’hésite... trop tard. Le suivant sera le bon, forcément. “La Renaissance”, ça doit m’aider à me décider. C’est le moment de se faire un bon repas, il reste de la route et quand on a faim on se dit que c’est pas tout à fait 1/2 heure de perdue. Entrecôte PDT. Dessert canon et bon café.

Le regard des autres clients du restaurant en dit long sur ma tête...

J’échappe a une belle averse et repars en forme olympique. Il en faudra du jus pour enquiller ces longs faux plats. Les paysages qui s’offrent à nous ont quand même plus de mal à maintenir notre motivation.

Au fresnay sur Sarthe, je compte m’arrêter avant la fermeture des boulangeries-pâtisseries. En arrivant dans le bourg des supporters m’attendent, Béatrice et Guenaël, hyper cool sont venus nous encourager.

Ils m’offrent un café en terrasse et je repars avec des brioches. La Paris Brest Paris passe dans le coin et ils connaissent très bien la longue distance et le cyclisme. Moment d’échange hyper sympa. Ils ont vu passer les gars devant et seront là aussi pour les gars de derrière, c’est très touchant. La pause est un peu plus longue que prévue mais qu’importe, cette rencontre était géniale et méritait vraiment d’être vécue! Merci.

La soirée se passe pas mal, ça avance... pas de galère, à vrai dire je n’en ai pas eu du tout. Dans la cité médiévale de Domfront je m’arrête boire un café car mes yeux ont du mal à rester ouvert. Je demande un sandwich au cas où mais je n’obtiens qu’une baguette ramollie. Ça m’occupera les dents pour la nuit.

Fin de la 1/2 finale de Champions league qui voit la défaite de Lyon, heureusement que je suis passé par là pour faire l’animation. Pas facile toutefois d’échapper à mes nouveaux copains de soirée, un peu étonné quand même par mon périple.

Chacun vient me conseiller la route qu’il aurait pris mais bien sûr l’itinéraire est imposé et nos GPS font le job. Merci quand même pour votre bienveillance...

Il y a de belles bosses cette nuit là, mais je tiens bon pendant que Éric dort. J’arrive doucement mais sûrement jusqu’a Beny Bocage ou je trouve un abri pour dormir 2h. Demi abri disons car avec le vent, la pluie me mouille un peu. Ça va je suis bien équipé. Bivy+ Sac de couchage light en plume, je n’ai pas froid.

Je n’ai pas regretté mon choix de partir sans matelas, même extra light, ca prend de la place. Eric est 75 bornes derrière, je sais que si j’entends mon réveil, je devrais normalement repartir devant... Petit moment stratégique dirons nous!

Au réveil 2h plus tard je me dis que c’est sans doute la dernière nuit de bivouac, bonne nouvelle. Mes pieds sont gonflés et douloureux, les fesses seraient mieux dans un fauteuil que sur la selle, tout n’est pas toujours drôle mais on tient le bon bout, je dirais qu’il reste moins de 450 km...

Je réalise aussi à ce moment que j’irai au bout. La longue distance permet sans doute de mieux savourer ces moments là car on a le temps de voir venir l’arrivée.

Le bout de route vers la mer me paraît bien difficile, pas de panique on approche d’Isigny sur mer et de ce dernier petit dej super copieux. Je prends mon temps là encore dans le bistrot. Deux grands cafés, deux jus d’orange, je n’ose même pas vous dire la quantité de nourriture avalée, rapportée de la boulangerie d’en face. Le corps en a besoin.

Éric me rejoins juste avant Omaha Beach, bel endroit pour enterrer la hache de guerre. J’imortalise le moment par un petit selfie avec mon nouveau pôte.

Un peu de déconcentration pendant que j’essaye d’alimenter mon compte Insta, je débute un peu... Et Éric me distance de quelques centaines de mètres.. On jouera à ça toute la journée, chacun a ses moments forts, ses pits stop...

400 km, c’est à la fois rien et beaucoup trop, on rêverai de fermer les yeux et de les rouvrir à 10km de l’arrivée.

Un peu d’émotion me gagne aussi, la fatigue aidant, je suis fier de mon parcours, de la manière dont j’ai géré ma course, alors je pense à vos nombreux messages , à la famille, aux amis.

Le vent de sud est plutôt favorable et ce n’ai vraiment pas pour me déplaire, si je peux gagner 2 ou 3 km/ h je prend.

Finalement on quitte très rapidement le front de mer et le relief est exigeant, pas mal de relance, un peu comme à la maison. Vers Deauville, Trouville ...ville la circulation est très dense, c’est pas très sympathique.

Le col du jour sera la montée du pont de Normandie, qui sonne presque comme une délivrance... erreur c’est pas fini. Suivront des kilomètres de routes de campagne, avec des bosses des bosses et des bosses. J’aime ça pourtant, mais je ne m’attendais pas à en trouver autant.

Éric revient à nouveau à ma hauteur, on mange ensemble un dernier petit repas diététique, le kebab frites de Blangy-sur-Bresle fera l’affaire faute de mieux. On arrive à éviter la glissade en chaussures de vélo sur le carrelage bien gras. Il doit rester 100km et 1/2 h de jour, je suis un peu comme un gamin pressé d’arriver. Éric lui a plus de mal à digérer le festin et doit s’arrêter dormir. J’avance car ce n’ai pas mon heure, mais je sais de toutes façons que ce sera compliqué de tenir jusqu’au Touquet-Paris-Plage.

L’approche de la ligne est longue, les loupiotes des éoliennes me donnent l’impression de tourner en bourrique, surtout qu’on ne voit pas la mer. A plusieurs reprises je m’arrête pour vérifier que je sois toujours dans le bon sens de la trace. Je m’endors sur le vélo, allez Flo c’est pas le moment de craquer!

Pour contrer la fatigue j’alterne la position en danseuse et assis sur la selle avec une main qui joue avec la sonnette. Je cris, chante faux...

Je retire même ma veste en espérant que cet inconfort me fera éviter de me sentir dans mon lit.

J’avais prévu de faire une vidéo pour vous remercier pour votre soutien mais de nuit et fatigué l’exercice de style était complexe, et puis je crois que j’aurai chialé...

Je termine donc le plus vite que je peux, c’est à dire assez doucement , en danseuse. Je m’apercevrai que plus tard qu’on est passé tout près de la mer par endroits...

Je reçois beaucoup de messages que j’ai du mal à lire, soit l’état des routes est moyen et le vélo vibre soit c’est mes yeux qui ont du mal à faire le point.

Quand je vois enfin le panneau « le Touquet-Paris-Plage » c’est la délivrance, je réalise ce que je suis entrain de faire. Moi Florent Vilboux, criquet prématuré d’1,6 kg à la naissance, profil grimpeur, ahah, avec des cuisses de la taille des pouces de mon père... 35 ans plus tard, j’arrive à traverser la France par sans doute une des routes les plus difficiles, en moins d’une semaine (6jours 5h 28min a l’arrivée). Je pense aussi bien sûr à tout ce travail, ces heures d’entraînement et ces nombreux sacrifices. On a rien sans rien! Tiens 6 jours, c’est aussi le temps qui nous avait fallu pour traverser l’atlantique avec Le Maxi Banque populaire IX.

J’ai vraiment commencé le vélo en 2016, j’adore ça, et je ne tarderai pas à repartir. Au passage de la ligne je suis heureux simplement.

L’accueil de l’équipe d’organisation est chaleureux

je ne me fait pas prier pour boire une mousse avant d’aller à la rencontre d’Eric et de l’accompagner dans ses derniers mètres. Il est trop fort mon poto!

On ne traîne pas trop à rejoindre le Palais des sports où on passera une nouvelle nuit en mode camping. Pas de réveil cependant et ça c’est bien!

Petit déjeuner avec Éric

Ma Race Across France en chiffre c’est:

2530km-35000m de Dénivelé positif- 0 crevaisons-15 cafés -20 pains aux chocolats-10 orangina-15 sandwichs- 40 barres céréales-14h de sommeil-1 tube de crème NoK (anti fortement)-3 lavages de dents -2 douches et un bain- 50Litres d’eau?-450h d’entraînement à vélo depuis janvier...

Quelle belle aventure, je rentre dans la soirée en train, avec déjà des projets plein la tête! Il y a la Diagonale des fous dans 1 mois et demi à la Réunion (166km pour 10000mD+) et puis il y en a beaucoup d’autres. Des longues distances à vélo, certainement.

Merci aux tatas tontons cousins et cousines pour l’accueil en fanfare a la gare de Quimper à 1h du mat’.

Le retour à la vie normal ne sera pas si simple...

J’espère que ce récit vous donnera l’envie de faire encore plus de vélo.

Encore MERCI pour votre soutien, il a été énorme et indispensable à la réussite de cette course! Venez quand vous voulez vous essayer a un petit voyage à vélo!

Bisous

Flo USS52