Le grand bond vers Macron

Tweets, textos, intelligence artificielle et réunions avec les enfants, En marche ! ouvre le jeu politique. Élise est de gauche, Loïc de droite, les deux sont libéraux et se retrouvent dans la candidature d'Emmanuel Macron. Pour empêcher l'élection de l'extrême-droite, faire entendre la voix des femmes, contre les hommes politiques, jugés hors-sol.

Élise ou les racines d'un nouveau militantisme

Élise s’engage cette année pour la première fois en politique. De gauche et libérale, elle a choisi Macron.

« J'agis pour empêcher l'élection de l'extrême-droite », explique Élise Botiveau, primo-militante engagée depuis janvier aux côtés d'E. Macron

« J’en ai eu assez de m’indigner au fond de mon canapé. » Férue de politique sans jamais s’encarter, Élise Botiveau, 45 ans, s’engage pour En marche ! en janvier 2017. Cheveux courts, trait de crayon bleu sur l’intérieur de la paupière pour unique maquillage. La Parisienne, née à Nantes, paraît plus jeune. « J’ai des difficultés avec la logique de parti. Les clivages partisans de droite et de gauche, la pauvreté des débats éculés, et la lourdeur des partis politiques. » De son point de vue, ils confisquent la parole du citoyen. Le mouvement créé par l’ancien ministre de l’Économie le remet au centre de l’échiquier politique : « Il s’appuie en partie sur des propositions du peuple, pour l’intérêt général. » Directrice en stratégie numérique, Élise, titulaire d’une maîtrise de sciences politiques de l’université de Nanterre, a également suivi le cursus relations internationales à l’Institut d’études politiques de Strasbourg. Pourtant, face aux professionnels de la politique, elle se sentait illégitime.

En novembre 2016, l’élection de Donald Trump change la donne. Élise, qui élève avec sa compagne une petite fille de douze ans, originaire de Haïti, reçoit « un énorme coup de pied aux fesses. Si on ne reprend pas nous-même le contrôle de notre démocratie, on va la laisser s’échapper. Il ne faut pas être paresseux. »

Élise, nouveau soutien d'En marche !

Dans la foulée, début décembre, elle rejoint Démocratie ouverte, un « collectif de transition démocratique » dont les fondateurs se rapprocheront ensuite de Benoît Hamon. Mais alors , pourquoi se rallier à Emmanuel Macron ? « Je suis extrêmement sensible au programme du candidat socialiste, mais je ne suis pas d’accord avec tout. Il va souffrir de l’appareil du parti. Je suis profondément de gauche, et profondément libérale. Œuvrer pour les droits du citoyen n’est pas l’apanage d’un parti, c’est comme être écolo. D’ailleurs, c’est en me penchant sérieusement sur les différentes démarches participatives que j’ai adhéré à En marche ! »

Un engagement qui change le quotidien

Ses inhibitions s’évaporent dès sa première participation à une réunion du nouveau mouvement politique. C’était à Bobino. « J’ai vu une pluralité dans l’audience, une vitalité dans le débat. Les opinions s’expriment avec le souci de construire. » En marche ! renouvellerait l’engagement citoyen, sclérosé par l’abstention, et la défiance des Français pour leurs politiques. Pour Élise, plus de doutes, la militante se révèle. Elle apprécie de prendre le pouls sur le terrain. Comme ce samedi matin, avec un ex-sympathisant Les Républicains sur le marché de Charonne. « Je suis nationaliste ! Je ne veux pas voter pour Le Pen car je n’ai pas confiance » lance une personne âgée. Élise, lui a tendu un tract. « Moi aussi, Madame, je suis patriote. J’aime mon pays. Le Front national ne peut pas s’accaparer l’exclusivité de l’amour de la France, ni la fierté de l’identité nationale. » L’idée de renouveler le paysage politique la tente. Elle est même candidate, au sein de son parti, aux élections législatives de juin sur sa circonscription. Sur la totalité des dossiers déposés, seuls 15 % émanent de femmes. Si elle est retenue et élue, son mandat sera de rendre lisible le fonctionnement des institutions pour le citoyen. « Mon nouvel engagement politique a changé mon quotidien ! J’agis pour empêcher l’élection de l’extrême droite. Je n’aurai aucun regret. Je préfère me dire “quelle horreur !” mais ne pas me sentir responsable. »

Texte : Bintou Diarra

Photo : Emmanuelle Corne

Macron, un marché à investir

Loïc Chapuis, dans son bureau, près de la Défense.

Electeur de droite, Loïc Chapuis fait partie de ceux qui sont aujourd’hui tentés par le candidat d’En marche !. Une conviction qu’il justifie par un changement d’ère.

Un homme ponctuel. Pas pressé. Ponctuel. Loïc Chapuis prend le temps d'expliquer pourquoi il est de droite, dans son bureau d’ingénieur, à 10 minutes de la Défense. Il est indulgent avec François Fillon : « Je le vois en victime. J'aime sa résistance face à son assassinat médiatique. C'est comme regarder un match de tennis et aimer le mec qui perd. S'il passe, j'aurai sa vengeance pour moi. » Mort, pitié, vengeance, la compassion s'arrête là : « Je ne voterai pas pour lui. Marre des mecs qui tirent dans la caisse ! Ils habitent sur une autre planète. […] Fillon tape un million et Copé ne sait pas combien coûte un pain au chocolat ! » Il enfonce le clou : « Si tout le monde se barre, dans le camp Fillon, c'est qu'il doit y avoir un truc pas net. »

Loïc supervise la construction d'une usine à gaz en Sibérie. Le savoir-faire français exporté en Russie pour les besoins chinois. « On est dans un monde ouvert », sourit-il. La politique est un univers clos à ses yeux : « Les mecs sortis de l' ENA à 27 ans et ministres à 50 ans, ils sont produits sur le même modèle, c'est malsain. » Emmanuel Macron est énarque. Loïc Chapuis tempère, le passé de banquier au sein de Rothschild sauve son candidat hypothétique. « Ça énerve la gauche, moi ça me plaît ! Il a bossé avant d'entrer dans un cabinet ! J’ai un bon boulot, j’ai eu la chance de faire de bonnes études mais, au travail, je discute avec des gens qui n’ont pas tous le même salaire. » L’ingénieur a le sens des réalités.

« Macron a benchmarké avec la vraie vie ! », lance Loïc. Le slogan interpelle, son créateur embraye : « Le gars crée une démocratie participative version Uber. Il nous sollicite par mail, internet, réseaux sociaux et formulaires. Dans son gouvernement et aux législatives, il va s'entourer de mecs normaux, de la société civile. »

La petite politique l'agace, elle masque la grande : « On te parle de déjeuners, d'alliances, de marchés conclus, de machin qui parle à bidule pour un accord avec truc... Ce n'est pas ça le problème ! Macron pose les vraies questions. » Pour cet électeur habitué à voter à droite, le candidat d’En marche ! est un bon deal.

Texte : Pierre Jean

Les femmes s'invitent dans les débats d'En Marche !

Les marcheurs, militants d’Emmanuel Macron, multiplient les soirées-débat. Quel que soit le thème, la question de la place des femmes n’est jamais très loin.

Il est 19 h 45. Une centaine de spectateurs s’agglutine au sous-sol de la Cantine du 18. Des hommes de 25-45 ans pour la plupart. « Les bonnes âmes en sweats gris En marche ! permettent à cette soirée d’exister, je tiens à les remercier », lance Justine Henry, la trentaine, référente du comité macroniste du XVIIIe. Sourire aux lèvres, elle introduit la conférence sur l’intelligence artificielle « #IA Macron ». Salve d’applaudissements.

Sur les bancs en demi-cercle, les conversations, tweets, et messages sur les smartphones vont bon train. Application concrète de l’IA. La file d’attente du bar rivalise avec celle de l’entrée. Imitant les guirlandes clignotantes, les pintes de bières apparaissent et disparaissent. Bénédicte, initiatrice de la soirée, bataille avec une perche à selfie pour réaliser un Facebook live. Le panel d’experts est au complet. Isabelle Galy, spécialiste en écosystème numérique, lance avec humour : « Je suis l’alibi féminin, je n’ai été contactée qu’à 15 heures pour participer au panel ».

Politique et données

21 h 31. « Pensez-vous à l’intégration des femmes dans le développement de l’intelligence artificielle ? À l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique), j’étais la seule femme dans tout le département », interpelle Marwa El Houasli, 24 ans, ingénieure et non adhérente. Rand Hindi, un des intervenants, explique le besoin urgent de « dé-biaiser » les jeux de données disponibles : « Quand on associe, par exemple, les mots métier et homme, on trouve avocat. Si au mot homme on substitue celui de femme avec la même association, on obtient femme au foyer. » Isabelle Galy ajoute : «Les datas sont malheureusement masculines. Il faut trafiquer les données pour inclure les femmes. L’intelligence artificielle, qui fait le recrutement, préfère le mâle blanc de moins de 30 ans. C’est une question d’éthique, de droit. Comment corrige-t-on cela ? »

Mounir Mahjoubi, responsable de la campagne numérique de Macron, rebondit sur la place des femmes dans le mouvement : « À Paris, c’est différent mais sur les territoires ruraux et péri-urbains, ça ne coûte rien d’avoir un espace réservé aux enfants et de dire : “Ce soir, à 20 heures, venez à la réunion avec les vôtres. Ce n’est pas grave si ça fait du bruit, c’est votre place. Aucune réunion ne se termine après 21 h 30.” » Il renchérit : « Une réunion de 20 h 30 à 22 h 30 est le monopole des mecs, et des personnes qui veulent faire carrière en politique. C’est pour ça que c’est dangereux ce genre de réunion. » Une voix féminine dans l’assistance : « Comme ce soir ! »

Texte : Bintou Diarra

Photos : Fériel Naoura

Depuis 1999 la parité est exigée par la loi à chaque élection, sous peine d'amende. Dix-huit ans plus tard, de l'Assemblée nationale aux conseils municipaux, les femmes sont toujours minoritaires.

Infographie : Agata Frydrych, Sarah Laoubi, Jean-François Le Puil
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