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Les machines de la mer Saint-Nazaire maritime

Les machines de la mer

Si des projets de port sont évoqués dès le Premier Empire, il faut attendre une loi de 1845 pour voir des crédits d’État affectés à la création d’un bassin portuaire à Saint-Nazaire. Mais c’est surtout sous le Second Empire qu’une réalisation d’ampleur nationale, soutenue par Napoléon III, voit le jour.

Le port, créé de toutes pièces, est desservi par le nouveau réseau de chemin de fer qui atteint l’océan pour la première fois à Saint-Nazaire en 1856 (Compagnie du Paris-Orléans, PO). Des têtes de lignes transatlantiques vers l’Amérique centrale s’y greffent (Compagnie Générale Transatlantique), tout comme – signe des temps nouveaux – un premier établissement de bains de mer.

Le peuplement de la ville connaît alors un rythme exceptionnel. La ville est née de son port et de la mer.

Vue générale du bassin et de la ville vers 1860

Lithographie d’Isidore Laurent Deroy n° 520 extraite de « La France en miniature ». © Collection Ville de Saint-Nazaire. Saint-Nazaire Agglomération Tourisme-Écomusée. —

Vue générale du bassin et de la ville de Saint-Nazaire depuis le quai nord du bassin, vers 1860. Cette belle gravure représente la naissance du port en 1857, avec le creusement du bassin de Saint-Nazaire. À droite, la darse de la Compagnie Générale Transatlantique, siège des têtes de lignes pour les Antilles, Cuba et le Mexique.

"Saint-Nazaire est séparé de Paimbœuf par l'embouchure de la Loire, qui a quatre lieues de largeur. La barre de la Loire rend assez capricieuse la navigation des bateaux à vapeur, mais pour surcroît d'empêchements, il n’existait pas de débarcadère en 1829 à la pointe de Saint-Nazaire, et cet endroit était orné des roches gluantes, des récifs granitiques, des pierres colossales qui servent de fortifications naturelles à sa pittoresque église et qui forçaient les voyageurs à se jeter dans des barques avec leurs paquets quand la mer était agitée, ou quand il faisait beau d'aller à travers les écueils jusqu'à la jetée que le génie construisait alors."

Honoré de Balzac - Béatrix

Figuration perspective d’un projet d’extension du port

© Collection Chambre de commerce et d’industrie de Saint-Nazaire. Cliché Saint-Nazaire Agglomération Tourisme-Écomusée. Photographie : Gilles Luneau.

Figuration perspective d’un projet d’extension du port Huile sur toile, Jacques Alfred Brielman, 1876 – Ce tableau présente la construction du port de Saint-Nazaire. Le village d’origine est installé entre estuaire et océan. À sa droite, le premier bassin du port est en service avec voiliers et navires à vapeur. L’écluse permet d’y entrer et d’en sortir, tout en évitant au port de se vider à marée basse. Le second bassin est en cours de réalisation. L’auteur est connu en tant que peintre de l’École de Barbizon.

Carte du projet d’implantation des installations ferroviaires

© Collection SNCF. Cliché Saint-Nazaire Agglomération Tourisme-Écomusée.

Carte du projet d’implantation des installations ferroviaires entre port et nouveau centre-ville, 1855 - Saint-Nazaire est le premier point du littoral atlantique relié à Paris par le train en 1857. L’alliance du port et du train allait sceller le destin de la ville. Désormais les portes de l’océan pouvaient s’ouvrir.

Le chantier de Penhoët vers 1885

Gravure de Victor Rose d’après un plan du 28 octobre 1885. © Collection Ville de Saint-Nazaire. Saint-Nazaire Agglomération Tourisme-Écomusée.

Le chantier de Penhoët vers 1885 - Les chantiers de Saint-Nazaire se sont développés et transformés in situ. Le noyau d’origine de 6 hectares est toujours inscrit dans la superficie actuelle de 100 hectares pour une circonférence de 6 km. Des grands chantiers européens, ils sont parmi les rares à n’avoir pas été transférés par la suite vers un nouveau site. Cette continuité, la permanence de la production (depuis 1862) et le rapport direct à l’espace urbain, « des chantiers dans la ville », constituent des marqueurs puissants de la construction navale nazairienne.

Le port, les chantiers navals, le pont et la Loire

© Martin Launay-CARENE.

Le port, les chantiers navals, le pont de Saint-Nazaire et la Loire - Les chantiers ont grandi par poldérisation entre les docks du 19e siècle et l’estuaire de la Loire. Le paysage est ici pour l’essentiel récent. La dernière grande extension des chantiers au début des années 1970 a été suivie par l’édification du pont, puis la construction des terminaux portuaires directement connectés au chenal maritime. En 10 ans à peine, un tout nouveau paysage portuaire est né.

Formes de radoub

© Yves Guillotin. Inventaire du Patrimoine culturel. Région des Pays de la Loire.

Formes de radoub - Le bassin de Penhoët abrite les formes de radoub construites entre 1878 et 1881. Radouber désigne le fait de réparer un navire, bien que ces formes aient été avant tout destinées aux constructions neuves et particulièrement aux navires en cours d’aménagement. Entièrement appareillées en granite, monumentales, elles sont parmi les derniers grands ouvrages de Saint-Nazaire réalisés en pierre naturelle (avec la grande écluse sud). La prochaine mutation, incarnée par la forme Jean-Bart, sera celle des bétons. Dans cet espace construit pour abriter des paquebots transatlantiques ou des cuirassés, le Belem paraît bien petit.

Usine élévatoire. Projet définitif, 7 janvier 1910

© Archives départementales de Loire-Atlantique.

Usine élévatoire. Projet définitif, 7 janvier 1910 - Le port de Saint-Nazaire est très tributaire de l’onde de marée par le manque de fonds naturels à marée basse. La marée fut donc toujours une alliée permettant de garantir des tirants d’eau minimum. Seule l’artificialisation des accès par creusement a permis de maintenir une activité portuaire et maritime. D’autres usines furent construites en France pour élever les eaux, sur les canaux par exemple. Une seule fut conçue pour se mesurer deux fois par jour à la marée océanique : celle de Saint-Nazaire.

Percement de la grande écluse sud 1907-1911

© Archives municipales. Ville de Saint-Nazaire.

Percement de la grande écluse sud à travers le vieux Saint-Nazaire, 1907-1911 - La ville a toujours vécu « de » et autour de son adaptation, presque permanente, à l’évolution de l’économie maritime. Le percement de l’ancienne île rocheuse portant le bourg d’origine en constitue un des épisodes les plus impressionnants. À noter au fond à gauche, la construction de l’aqueduc de refoulement des eaux de la future usine élévatoire. Peu à peu, le port devient une « énorme machinerie hydraulique » gérant les eaux de la marée au bénéfice des activités humaines.

Construction de l’usine élévatoire, vers 1909

Photographie Théo Prat. © Collection Ville de Saint-Nazaire. Saint-Nazaire Agglomération Tourisme-Écomusée.

Construction de l’usine élévatoire, vers 1909 - L’usine électrique à droite est achevée. L’usine électrique est construite entre 1904 et 1907. Elle fournit l’électricité pour les quais de l’écluse, de l’avant-port et des bassins. L’usine élévatoire à proprement parler est construite entre 1909 et 1911. Elle permet la montée artificielle du niveau d’eau dans les bassins. D’où son nom qui signifie «élévatrice de l’eau». Les ingénieurs des Ponts et Chaussées ont dessiné en même temps les plans de deux usines, d’où la cohérence architecturale de l’ensemble même si elles n’ont pas été édifiées simultanément.

Vue aérienne de Saint-Nazaire et du camp américain n° 4

Photographe : Signal Corps U.S.A. © Collection Archives de guerre. Cliché Saint-Nazaire Agglomération Tourisme-Écomusée.

Vue aérienne de Saint-Nazaire (front de mer et entrée sud) et du camp américain n° 4 - À la suite de leur entrée en guerre en 1917, les Américains choisissent deux ports principaux pour leur débarquement en France. Si Brest devient le port privilégié des débarquements de troupes, Saint-Nazaire, plus proche de Paris et du front, devient le principal point d’arrivée du matériel. En un an, 3 millions de tonnes de marchandises sont débarquées. Le passage de 200 000 hommes sur les quais nazairiens frappe l’opinion publique. Le long de l’estuaire, sur la commune de Montoir-de-Bretagne, l’armée américaine crée une gigantesque base s’étendant sur plusieurs km2. De 1919 à 1921, plus de 478 000 soldats réembarquent.

Le paquebot Celebrity Edge dans la forme Joubert, 2018

© Martin Launay-CARENE

Le paquebot Celebrity Edge dans la forme Joubert, 2018 - L’immense forme-écluse, construite pour le paquebot Normandie en 1932-1935, marque un tournant décisif dans l’histoire de la ville qui aura désormais des capacités nautiques de construction navale hors normes. La forme-écluse de Saint-Nazaire est alors une des plus grandes au monde. Elle est toujours une pièce essentielle de la mécanique industrielle et portuaire.

Le «Très Grand Portique» des Chantiers de l’Atlantique

© Martin Launay-Ville de Saint-Nazaire.

Le «Très Grand Portique» des Chantiers de l’Atlantique, vu du port du Brivet, 2015 - Depuis longtemps les navires ne sont plus assemblés tôles à tôles mais par blocs entiers préalablement assemblés et équipés d’une partie des aménagements. Il faut alors de puissants moyens de levage pour les réunir les uns aux autres. Haut de 75 mètres le « Très Grand Portique » est le plus puissant d’Europe. Sa capacité de levage est de 1 400 t. Il est vu ici des rives du Brivet, dernier affluent de la Loire.

La ville et le port depuis le banc de Bilho, 2018

© Martin Launay-CARENE

La ville et le port depuis le banc de Bilho, 2018 - À partir des années 1970 un tout nouveau port va naître le long de l’estuaire de la Loire à partir du site pétrolier de Donges où, dès 1917, les Américains avaient installé des appontements. À chaque site sa marchandise, ses navires, ses installations terrestres de débarquement et de transformation. Le chenal maritime est retracé et approfondi. Saint-Nazaire change d’époque. C’est la révolution des transports maritimes. Au centre, le banc de Bilho reçoit les déblais du creusement du chenal maritime. Rehaussé, il devient une île, aujourd’hui réserve naturelle.

Crédits

L’exposition promenade « Saint-Nazaire Maritime » est une réalisation de la Ville de Saint-Nazaire et de la CARENE – Saint-Nazaire Agglomération.

Commissaire d’exposition : Emmanuel Mary, Ville de Saint-Nazaire

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