21 Avril 2002, une sombre histoire française IL Y A 15 ANS, au pays des Lumières, JEAN-MARIE LE PEN accédait AU SECOND TOUR de l'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE

Dimanche 21 avril 2002, premier tour de l'élection présidentielle. Tandis que la France du ballon rond, championne du monde en 1998, ne pense qu'à conserver son titre en juin, la France politique se prépare à vivre une soirée électorale normale. Une formalité, prélude à un second tour gauche-droite inscrit dans la normalité.

Sur le coup de 20 heures, le parcours de la plupart des 16 candidats ayant obtenu les 500 signatures nécessaires pour briguer le plus haut poste de l'Etat s'arrêtera. Laguiller, Besancenot, Mamère, Taubira, Jospin, Hue, Chevènement, Bayrou, Chirac, Boutin, Madelin, Mégret, Le Pen, Gluckstein, Saint-Josse et Lepage, il n'en restera que deux. Normalement, Chirac et Jospin.

Le président et son Premier ministre

Et pourtant. Cette configuration si normale va déboucher sur une situation anormale, un véritable séisme politique. Un jour noir dans l'histoire de la démocratie hexagonale, un souvenir obscur pour les démocrates du monde entier, un calvaire à faire se retourner dans leurs tombes Montesquieu, Diderot, D'Alembert...

Jean-Marie Le Pen, né en 1928 et co-fondateur du Front national.

Les plus éclairés l'avaient senti venir, ce spectre d'une dispersion des voix d'une gauche insouciante, anormalement plurielle. Taubira, Mamère, Hue, Chevènement, Jospin...huit candidats en tout, c'était trop.

"Ça me paraît assez peu vraisemblable"

"Foutaises" dira le candidat officiel du Parti socialiste. Débordant, de confiance, fier de son bilan, Lionel Jospin n'est pas parti fleur au fusil dans cette campagne. Le 17 avril, un journaliste lui demande d'ailleurs : "Imaginez juste une minute que vous ne soyez pas au second tour. Pour qui votez-vous ?" Lionel Jospin éclate de rire, et répond: "J'ai une imagination normale mais tempérée par la raison. Ça me paraît assez peu vraisemblable, donc on peut passer à la question suivante".

D'autant que les instituts de sondages sont unanimes. Tous prédisent un second tour Chirac-Jospin. Aucun ne considère le trublion Jean-Marie Le Pen. Le président sortant est crédité de 19,5% des voix, le Premier ministre 17% et le cofondateur du Front national 13,5%.

À la veille du premier tour, Lionel Jospin montre des signes de préoccupation. Certains ratés de sa campagne ne passent pas, mais il n'est pas n'importe qui. Et surtout pas quelqu'un qui doit craindre l'aboyeur Jean-Marie Le Pen, quoiqu'en dise Gérard Le Gall, l'expert des études d'opinion. Le mercredi précédent, il avait rappelé à une assemblée trop enthousiaste: "Le Pen et Villiers, en 1995, c'était 19%. Et aujourd'hui il n'y a plus Villiers..."

17 heures. À la sortie des bureaux de vote, les estimations situent Chirac et Jospin en dessous de 20 %, Le Pen à 15-16 %.

Coup de tonnerre

19h00. Lionel Jospin et son épouse, la philosophe Sylviane Agacinski, arrivent à l'"Atelier", son QG de campagne à Paris. Un peu partout sur sa route, des militants l’acclament au son de "Jospin président". Euphoriques, ils ne le savent pas encore, mais depuis 1/4h, Jean-Marie Le Pen est passé devant leur candidat. Sur le coup de 20h, l'information tombe, officielle: Jean-Marie Le Pen récolte 16,86% des voix, derrière Jacques Chirac (19,88%) mais devant Lionel Jospin, qui figure en troisième position avec 16,18%. Le leader du FN sera donc au second tour, pas Jospin.

Humilié, pour 194 800 voix

Plus qu'une défaite, c'est une humiliation pour Lionel Jospin. Lui qui considérait ce premier tour une formalité, se retrouve éliminé de la course à la présidence pour moins de 200 000 voix. Dans la foulée, il décide d'annoncer publiquement son retrait de la vie politique.

Stupeur parmi ses partisans et au sein du PS. La déclaration fait l'effet d'une bombe. Très vite, la désolation s'empare des lieux et des personnes présentes.

"Je ne m'étais jamais imaginé à l'Elysée"

Au quartier général du Front national, depuis 18h30, c'est l"euphorie. Depuis cet appel du ministère de l'Intérieur: "C'est la panique ici, vous êtes au second tour!"

Les militants hurlent leur joie, Jean-Marie Le Pen est au second tour. Sa fille, Marine, en pleure. Lui est dans un premier temps comme abasourdi. Il avouera plus tard ne jamais imaginer passer le premier tour, le rôle d'opposant politique lui convenant très bien.

À vaincre sans péril...

Mais le grand gagnant de ce 21 avril 2002 c'est sans doute Jacques Chirac. Ses soutiens l'ont bien compris. Ce résultat est pour beaucoup d'entre-eux une promesse d'un second mandat pour le président sortant. Cette victoire a néanmoins un goût amer. Chirac est conscient que cette "victoire" du Front national est symptomatique de l'état dans lequel se trouve la France après son quinquennat marqué par la cohabitation. Lui aurait préféré en découdre avec Jospin.

À Chirac toute

Un candidat d'extrême-droite au second tour de l'élection reine de la Vème République, du jamais vu. Sur les plateaux télé et dans les médias les partisans et les responsables de la gauche en appellent, en choeur mais à contre coeur, à voter Chirac.

De leur côté, les Français descendent dans la rue pour "faire front au Front". Parmi eux, des personnalités publiques comme l'alors ministre délégué à l'enseignement professionnel, un certain...Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Luc Mélenchon en avril 2002 lors d'une manifestation anti-Le Pen

Second tour historique

Le 5 mai 2002, lors du second tour, Jacques Chirac l'emportera avec un score sans précédent de 82,21%.

Created By
Sandro Faes Parisi
Appreciate

Credits:

RTBF/AFP/BELGA

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