Fans de la CAN Test avec quelques modifs pour mieux articuler la lecture.

SENEGAL-ALGERIE

lundi 23 janvier

PRIERE DE NE PAS SE DESABONNER

Lions du Sénégal contre Fennecs d'Algérie. Au huitième étage d’un immeuble du 20e arrondissement de Paris, la famille Diallo-Sy, d’origine sénégalaise, s’apprête à suivre le match. Une rencontre dépourvue d’enjeu pour l’équipe du Sénégal, déjà qualifiée pour le tour suivant. Cela n’empêche pas les parents et les cinq enfants de s’animer au rythme des actions retransmises sur la télé du salon.

“C’est trop de pression de regarder le match !” lance Ramata Diallo, 18 ans. Elle est la dernière d’une fratrie de quatre filles et un garçon, tous nés en France. Leur mère, Alima, est arrivée en 1981, juste après l’élection de François Mitterrand. Elle a la cinquantaine calée sur l’imposante banquette grise d’un salon tout en longueur. Au mur, des reproductions du Coran en arabe baignent dans une lumière orangée que diffuse une fleur suspendue au plafond.

DÉCONFITURE MAISON

La télévision crache le “19.45” de M6, la mine défaite d’Arnaud Montebourg défile sur l’écran. “J’ai voté pour lui à la primaire citoyenne du Parti socialiste, c’est mon candidat, il a perdu !” gémit Alima. Elle s’empare de la télécommande : “Je vais changer de chaîne pour Monsieur.” Monsieur, c’est Abdoulaye Sy, son second mari, qui vient investir son domaine pour la soirée.

Un plateau à la main, il tend l’une des deux tasses de thé à sa femme. Elle rouspète : “Les matchs du Sénégal, je ne veux plus les suivre, les footballeurs n’ont rien fait depuis 2002. Il y a deux ans, lors de la CAN en Guinée équatoriale, j’avais cuisiné et le Sénégal a perdu. Non ! Je suis trop déçue avec cette équipe, aucun bon joueur. J’avais résilié l’abonnement de beIN (chaîne payante détentrice des droits de diffusion de la CAN en France) mais les enfants m’ont « pardonné » pour la remettre.”

Les Lions font leur entrée dans le stade de Franceville (Gabon). Dès la première mise en jeu, Oumou, l’aînée de 23 ans, déserte le salon : “Ça me prend au cœur, je crains la défaite. Je suis avec eux, j’espère de bons résultats mais c’est trop intense.” Bien que le Sénégal ait déjà son ticket pour les quarts de finale, la mère, Alima, abandonne à son tour le champ de bataille cathodique, sa cadette sur les talons.

TOUT SAUF LES KLAXONS

L’Algérie marque un but. “C’est la décadence, j’y crois pas !” hurle Ramata, qui fait l’oiseau migrateur entre le salon et la cuisine, d’où s’échappent des rires de femmes. “Les Algériens ne vont pas arrêter de klaxonner toute la nuit s’ils gagnent !”

Elle s’interrompt pour répondre à sa mère, en poular, l’une des six langues nationales du Sénégal : “Naam ! Oui !” Elle maugrée : “Franchement faut pas qu’ils gagnent ces Algériens !” Pour Ramata, le Sénégal a beau être déjà qualifié pour les quarts de finale, l’Algérie ne doit pas gagner.

EN ATTENDANT LA VICTOIRE

Abdou, le patriarche, est silencieux. Lui aussi est un Peul du Fouta, l’ethnie de la région du fleuve Sénégal. Aujourd’hui cuisinier dans un restaurant des Champs-Élysées, il a été commerçant en Côte d’Ivoire puis au Gabon, avant “d’aller à l’aventure” en France en 2001. Il égrène son chapelet en murmurant des versets du Coran.

D’habitude, il suit les prestations de son équipe nationale dans un foyer de travailleurs subsahariens du 18e arrondissement. Mais le grand froid a eu raison de son envie de partage.

Ce week-end, Inch’Allah, il regardera le match avec sa communauté. L’ambiance sera au rendez-vous, et il pourra communier avec les siens, ses frères, dans l’espoir de la victoire de son pays natal.

Le Sénégal et l'Algérie ont fait match nul (2-2). L'Algérie est éliminée. L'espoir est permis pour les Lions du Sénégal.

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