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Le drame du paysan et de l'administration Le 20 mai 2017, l'éleveur en cavale Jérôme Laronze mourait sous les tirs d'un gendarme, à Sailly dans le Clunisois. Deux ans plus tard, l'enquête court toujours. Retour sur un fait divers devenu symbolique, né de l'incompréhension entre deux mondes.

Atypique. Le mot est revenu souvent, dans la bouche de ceux qui ont connu Jérôme Laronze, et qui furent interrogés par dizaines, dans les jours ayant suivi la mort violente de l’éleveur de Trivy.

Atypique, il l’était assurément. Un « esprit libre », un « paysan poète », « espiègle » et « cultivé »: les qualificatifs du genre ne manquaient pas pour décrire l'homme de 36 ans et son rapport au monde. "Il était curieux de tout et très sensible aux questions de société et d'agriculture" se souvient Agnès Vaillant, de la Confédération paysanne de Saône-et-Loire, dans un article publié le 22 mai 2017 dans Le JSL.

Trivy, le village de Jérôme Laronze, qui compte à peine 300 habitants, se trouve à 35 km à l'ouest de Mâcon, dans le sud de la Saône-et-Loire. Infographie Michèle Poincin/Le JSL

La Confédération paysanne, syndicat alternatif dans l'ombre de la puissante FDSEA, Jérôme Laronze s'y était engagé, comme porte-parole. Un signe, parmi tant, de ce caractère atypique. Dernier d'une fratrie de cinq, célibataire, sans enfants, il est le seul à avoir choisi de reprendre la ferme familiale, à Trivy, dans le sud de la Saône-et-Loire, laissant à ses grandes soeurs les études supérieures. Féru de conférences, colloques et innovations, il élevait des limousines brunes - race rare au pays du charolais - en plein air intégral. Jérôme Laronze avait tenté la vente directe, rejeté la monoculture, et considérait avec grand intérêt l'agriculture biologique : autant de pratiques qui interrogeaient, dans l'entourage. Il écrivait des chroniques, aussi, sur sa vie de paysan et son rapport à la société, qui, largement diffusées post-mortem, ajouteront encore à l'épaisseur du personnage. Solide gaillard blond, amateur de théâtre, cultivé et grande gueule... Jérôme détonnait, dans le décor du Clunisois.

"Jérôme, c'était un humaniste, au sens du XVIe siècle, un homme accompli toujours à la recherche d'authenticité."

Martine, soeur de Jérôme Laronze

"On passait des après-midis sur le mur du jardin à parler de littérature, de théâtre, d'Orwell..."

Lucie Auboeuf, cousine de Jérôme Laronze

"On discutait art, culture, musique. Il avait un parler assez riche, c'était son arme. Il faisait un peu tache dans ce monde rude de l'agriculture."

Lydie Laborrier, amie de Jérôme Laronze

Un passionné, un peu idéaliste, qui s'est finalement heurté assez vite aux griefs de l'Administration. Et même de la justice. La première fois que Le Journal de Saône-et-Loire a parlé des bêtes de Jérôme Laronze, c'est à travers le compte-rendu d'une audience correctionnelle, au tribunal de Mâcon, le 21 avril 2016. "Prison avec sursis pour avoir mal géré son cheptel", voilà le titre.

L'éleveur n'était pas présent à son procès. Qui faisait suite à un contrôle de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) survenu le 4 juin 2015, sur son exploitation à Trivy. Les agents de l'Etat y avaient trouvé deux animaux morts, des signes de malnutrition sur plusieurs jeunes bovins, et relevé un taux de mortalité anormalement haut sur les derniers mois. Face aux gendarmes, durant l'enquête pénale, Jérôme Laronze avait exprimé un certain « ras-le-bol général de la gestion administrative de son cheptel ». Il a écopé, ce jour-là, de 5000 euros d'amende et trois mois de prison avec sursis. Un sursis qui ne sonnera pas comme un avertissement. Plutôt comme la mise en route d'une spirale infernale.

Le cheptel de Jérôme Laronze, sur les hauteurs de Trivy. L'exploitation familiale remonte au XIXe siècle. L'agriculteur élève des limousines, comme son père. Sa ferme est l'une des plus belles du village, et ses hectares sont jalousés, diront plusieurs proches.

Car le dialogue entre la DDPP et l'éleveur semble ne jamais avoir pris le chemin d'un possible apaisement. Dès février 2015, pour cause de défaut de traçabilité, l'administration lui interdit tout mouvement de son cheptel et réclame des tests génétiques à ses frais pour prouver la filiation des bêtes. En sursis, Jérôme Laronze garde ses vaches à l'étable, craignant à tout moment qu'on vienne les lui enlever. Il délaisse la paperasse, n'accomplit pas certains actes de surveillance vétérinaire obligatoires dans les temps. Son cheptel bloqué, l'entretien du troupeau se complique... C'est l'engrenage. Dans l'entourage, on s'inquiète. Lui, il enrage.

"La DDPP me submergera de menaces, de mises en demeure, d'injonctions, d'intimidations et de contrôles sur ma ferme, avec à chaque fois, toujours plus de gens en armes alors que j'ai toujours été courtois et jamais menaçant."

J. Laronze, "Chroniques et états d'âmes ruraux".

Le 6 juin 2016 est une date qui a marqué profondément Jérôme Laronze. C'est celle d'un contrôle, encore un, sur son exploitation. Un contrôle "avec encore davantage de gens en armes, qui m'encerclèrent immédiatement", racontera-t-il dans ses chroniques. Quand les forces de l'ordre et les agents administratifs arrivent, les bovins ne sont pas rassemblés. Les agents s'approchent d'une vingtaine de bêtes et entreprennent de les identifier, "à l'angle d'une clôture en fil de fer barbelé et d'un ruisseau" décrit Jérôme Laronze. Paniqués, les animaux se jettent dans le cours d'eau "avec un fracas extraordinaire". Selon ce qu'écrira l'agriculteur, cinq de ses vaches meurent ce jour-là.

"Peu après ce contrôle calamiteux, muni d'une corde et d'un tabouret, je me mis en route avec le dessein de mettre en oeuvre le message subliminal de l'agent DDPP (une contrôleuse avec laquelle la relation était particulièrement tendue, NDLR) et pour destination la proximité de sa résidence. Manière de rendre à César les honneurs qui lui reviennent." Mais il renoncera au suicide, disant avoir repensé à deux camarades retrouvés pendu et noyé, et au chagrin que ces morts avaient suscité.

"Nous avons toujours une vache à soigner, une terre à labourer, de l'orge à moissonner, une vigne à tailler, une prairie à faucher et des fruits à cueillir. Alors la paperasse, elle attend parce que dans l'ordre naturel des choses, le superflu ne commande pas au vital."

Jérôme Laronze, "Chroniques et états d'âme ruraux"

Le 11 mai 2017 résonne aujourd'hui comme le début de la fin. En visite pour un énième contrôle, les agents de la DDPP trouvent sur l'exploitation de Trivy un homme agité, difficile à canaliser. Les pompiers sont appelés. Sur son tracteur, Jérôme Laronze effectue des va-et-vient, les gendarmes disent devoir s'écarter pour ne pas être percutés. L'éleveur prend la fuite sur son engin agricole, revient... pour mieux s'en aller en voiture. Une poursuite prend forme sur la RCEA. A l'issue de laquelle le fuyard disparaît. C'est le début de la cavale.

Le 18 mai 2017, alors que Jérôme Laronze est recherché, il entre en contact avec Le JSL et livre sa version. Le Journal de Saône-et-Loire publiera également, quelques jours plus tard, une lettre adressée à la rédaction par l'agriculteur. Par le biais de ces témoignages, l'éleveur en cavale raconte le contrôle du 6 juin 2016. "On m'a demandé de ne rien dire pour que mon dossier soit régularisé." Il admet "ne pas avoir été rigoureux concernant la traçabilité" de ses bêtes. Mais il dénonce surtout "l'hyper-administration, qui n'apporte rien aux agriculteurs, sinon de l'humiliation et des brimades."

"Mon cas est anecdotique, mais il illustre l'ultra-réglementation qui conduit à une destruction des paysans. Il y a une solitude de l'agriculteur face aux nombreuses questions des contrôleurs."

Sur ses va-et-vient en tracteur, et sa fuite, il explique à un journaliste du JSL : "J'ai été pris de la colère du Juste, comme Jésus avec les marchands du Temple."

A travers ses propos, Jérôme Laronze affirme ne pas vouloir se rendre, ni se suicider.

Lettre de Jérôme Laronze, mai 2017 : les mots de l'agriculteur

LE samedi 20 mai 2017, JOUR DU DRAME

Voilà neuf jours que Jérôme Laronze est en cavale. Il est 16h30 environ lorsque deux patrouilles de gendarmerie se rendent dans le village de Sailly, à environ 25 km au nord de Trivy. Un riverain a signalé un véhicule suspect, qui correspond à celui de l'éleveur recherché. Deux militaires de la communauté de brigades de Cluny tombent sur la voiture de l'éleveur, à l'entrée d'un bosquet, sur un chemin isolé, loin de toute habitation. Il est au volant. Ils s'approchent à pied. Il démarre en trombe, rapporteront-ils. Ils tirent.

Des renforts de la gendarmerie arrivent sur les lieux. Ils précèdent les sapeurs-pompiers, qui seront là au bout d'environ 25 minutes, alors qu'ils venaient de plus près. Le corps inerte de Jérôme Laronze est toujours à l'intérieur de son véhicule.

Il est déclaré mort, sur les lieux des faits, environ une heure après les coups de feu, par le médecin appelé à intervenir. Il a été atteint par trois balles, sur le flanc et dans le dos.

Les gendarmes découvrent un pistolet-mitrailleur Sten à l'intérieur de la voiture de l'agriculteur.

Les deux militaires qui ont ouvert le feu sont placés en garde à vue, comme le veut la procédure, après un bref passage à l'hôpital pour cause de "choc émotionnel". En marge de leurs auditions, le travail technique, sur la scène du drame, se poursuit.

Pour la gendarmerie, l'homme et la femme concernés par la procédure sont décrits comme "deux militaires d'une fort belle expérience". Cité dans Le Journal de Saône-et-Loire du 23 mai 2017, le colonel David Rey, qui commande le groupement de gendarmerie de Saône-et-Loire, affirme que, après l'appel mentionnant le véhicule suspect, les deux gendarmes intervenus ignoraient qu'ils allaient à la rencontre de l'agriculteur en cavale. "Nous n'avions aucune information nous permettant de croire qu'il s'agissait de Jérôme Laronze". Pourtant, dès le 20 mai, la procureure de la République à Mâcon, Karine Malara, indiquait que "M.Laronze faisait l'objet d'une géolocalisation et d'une recherche active. Des indications extérieures ont permis aux gendarmes de le localiser sur les lieux." (Le Journal de Saône-et-Loire du 21 mai 2017)

L'Inspection technique de la gendarmerie, chargée des investigations, doit répondre à une question qui en renferme beaucoup d'autres : l'usage des armes était-il justifié ?

Les vérifications balistiques sont effectuées. Il y a des impacts sur le corps et sur la voiture. Seulement deux douilles ont été retrouvées sur place, les quatre autres sont introuvables... Les enquêteurs confrontent ces éléments aux déclarations des deux gendarmes. Afin de déterminer avec précision leur position au moment des tirs, la trajectoire de ceux-ci.

De son côté, la famille Laronze clame son indignation: "Pourquoi n'ont-ils pas tiré dans les pneus ?", demande l'une des soeurs, face aux journalistes. La Confédération paysanne se déclare "en deuil".

Le lundi 22 mai, la garde à vue des gendarmes prend fin, la procureure de la République prend la parole. On comprend vite que l'enquête risque d'être longue, qu'une information judiciaire pourrait être ouverte rapidement. Pendant ce temps à Trivy, l'émoi est très fort. Il y a les proches, meurtris et indignés, et puis tous ceux qui côtoyaient de plus ou moins près Jérôme Laronze, dans un village soudainement ciblé par les caméras de télévision. "C'est un meurtre, un assassinat. Il y aura une révolte !" hurle un automobiliste par la vitre de sa voiture à la vue des journalistes. Beaucoup d'habitants qui acceptent de témoigner plus posément disent leur incompréhension. Des agriculteurs, ou des hommes confrontés au monde agricole, comme un vétérinaire, un conciliateur de justice, témoignent des difficultés que rencontrent les éleveurs pour dialoguer avec l'administration, et parlent parfois de "harcèlement".

"C'est un drame de l'isolement et de la solitude du monde agricole. (...) On est dans la situation de quelqu'un qui n'était psychologiquement pas en phase avec la société dans laquelle on vit, dont la profession n'a pas su trouver les mots pour l'accompagner hors de la spirale qui lui a été fatale."

Bernard Lacour, président de la FDSEA

Le Journal de Saône-et-Loire du 23 mai 2017

Quant au préfet de Saône-et-Loire, il parle de "mises en causes injustifiées" des services de l'Etat.

La Confédération paysanne annonce qu'elle compte se porter partie civile, sitôt l'information judiciaire ouverte.

Le 7 juin 2017, le Bureau d'enquêtes judiciaires de la Direction générale de la gendarmerie rend ses conclusions balistiques : au total, six balles ont été tirées, dont cinq par un seul des deux gendarmes. Il est le seul à avoir atteint Jérôme Laronze, à trois reprises. "Les tirs ont eu lieu quand le véhicule était en mouvement" indique la procureure Karine Malara, qui ajoute que le gendarme était lui aussi en mouvement quand il a fait feu. Elle précise qu'une information judiciaire sera ouverte lorsque la section de recherches de la gendarmerie de Dijon, chargée de l'enquête sur le contrôle du 11 mai qui avait dégénéré, aura rendu ses conclusions.

Une du Journal de Saône-et-Loire, 31 mai 2017.

C'est le 8 septembre 2017 que le gendarme qui a tué Jérôme Laronze est mis en examen. Une information judiciaire a été ouverte le 14 juin et confiée à deux juges d'instruction du pôle criminel de Chalon-sur-Saône. Le chef de poursuite : "violence avec usage ou menace d’une arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner", des faits passibles des assises. Mais l'avocat du gendarme, Me Versini, estime que que ce dossier a des chances de terminer sur un non-lieu. Par ailleurs, l'autre gendarme, qui a tiré sans avoir touché l'agriculteur, n'est pas poursuivi mais considéré comme témoin.

Deux mois plus tard, le 10 novembre 2017, une reconstitution est organisée sur les lieux du drame

Au croisement de trois chemins agricoles, entre prairie et forêt... il s'agit pour les magistrats instructeurs de mieux comprendre le déroulement des faits en les remettant dans leur contexte physique. Photo Gilles Dufour

Cette reconstitution durera trois heures, extrêmement encadrée par un déploiement de forces de l'ordre conséquent. Elle ne suscitera pas de remous. Photo Damien Valette

La voiture de Jérôme Laronze, une Toyota Yaris, a été transportée sur les lieux. On distingue la lunette arrière brisée par deux des balles ayant atteint le conducteur aux poumons. Photo Damien Valette

Un bouquet de fleurs a été déposé à l'endroit où est décédé l'éleveur. Photo Damien Valette

"Mon client a dit très précisément ce qu'il avait accompli. Il a su répondre de façon objective et circonstanciée. Ses déclarations sont empreintes de véracité et de vérité."

Me Gabriel Versini, avocat du gendarme mis en examen

Marie-Pierre Laronze, soeur de Jérôme, a été interviewée par Le JSL au moment de la reconstitution sur les lieux du drame :

"Deux versions toujours divergentes" : c'est le bilan que tirait Le JSL au lendemain de cette reconstitution. "Chacune des parties n’a absolument pas varié d’un iota dans son analyse de ce qui s’est passé le 20 mai", précisait notre reporter sur place.

Une interrogation, forte, commence à poindre publiquement : combien de temps Jérôme Laronze a-t-il passé blessé, sans recevoir de soins ? Il apparaît que les coups de feu ont été tirés à 16h30. Et qu'il n'est pas mort sur le coup, selon les éléments recueillis par les enquêteurs. Le décès a été prononcé une heure plus tard. La soeur de l'éleveur pose la question à voix haute : les gendarmes ont-ils failli à leur devoir de porter assistance à une personne en danger, en ne lui prodiguant aucun soin ?

A travers ces déclarations, on comprend que le cadre de l'instruction est encore fragile : d'autres chefs de poursuite ne sont pas à exclure, de nouvelles expertises peuvent être demandées... Sur certains aspects, techniques, le flou grandit en même temps que l'enquête avance. Quant à la dimension humaine, elle renferme plusieurs questions, transpire les non-dits... Quels sentiments animaient les protagonistes du 20 mai 2017, quand leur routes se sont croisées ? Qu'éprouvaient-ils au fond d'eux, les uns vis-à-vis des autres, et qui a mené à l'irréparable ? L'avocat de la partie civile, Me Chauviré, s'interroge publiquement sur l'attitude d'un des supérieurs des deux gendarmes qui sont intervenus. Il avait porté plainte contre Jérôme Laronze, peu de temps avant les faits, à la suite du contrôle du 11 mai 2017. Le 20 mai, il est arrivé sur les lieux avant les secours. "Ce gendarme, en tant que victime, aurait dû lever le pied. On ne peut pas se faire justice soi-même", affirmait l'avocat, dans un sujet de Reporterre.

18 mai 2018, un collectif d'agriculteurs manifeste devant la cité administrative de Mâcon. Photo Adrien Wagnon

UN AN APRES, L'HOMMAGE ET LES IMAGES

Printemps 2018 : à l'approche du premier anniversaire de la mort de Jérôme Laronze, la Confédération paysanne veut montrer sa mobilisation. Alors que sa constitution de partie civile a été rejetée, le syndicat entend faire entendre sa voix pour que "le lien soit établi" entre les difficultés qu'éprouvait l'éleveur vis-à-vis de l'administration, et son décès.

Le 20 mai 2018, une journée d'hommage est organisée à Trivy et Sailly. Un collectif s'est créé, "Vérité et justice pour Jérôme Laronze", qui donne à son combat un élan passionné, dramatique. Ce jour anniversaire, près de 200 personnes sont réunies pour écouter le comédien Jacques Gamblin, invité à lire les "Etats d'âme ruraux" de Jérôme Laronze, ce texte suintant le sang et la colère retrouvé dans la poche de son pantalon... De larges extraits sont affichés en grand, sur les murs de pierre de son habitation, encadrant son visage devenu emblématique. Les contrôles dont il se plaignait tant sont qualifiés d'"inquisition républicaine". Une vidéo de "conférence gesticulée" est proposée, durant laquelle on entend la voix enregistrée de celui qui symbolise pour eux la souffrance paysanne : "Douleurs du productivisme et bon sens paysan", c'est son titre. Un "arbre résistant" est planté. Une minute de silence, de la ficelle rouge attachée à la végétation... puis aux grilles de la gendarmerie.

Hommages à l'éleveur de Trivy, un an après. Photos Benoit Montaggioni

On apprend qu'une pièce de théâtre inspirée de l'affaire, "Neuf mouvements pour une cavale", est en cours de préparation. Elle sera jouée dans divers lieux au printemps 2019. Et des rassemblements se mettent en place, chaque 20 du mois, avec parfois le concours ou la présence de personnalités. La grand-messe des soutiens de l'éleveur de Trivy prend des allures d'exutoire artistique, parti pour durer.

S'agit-il d'une tentative d'influer sur le cours de l'instruction, au sujet de laquelle Marie-Pierre Laronze, avocate de profession, n'hésite pas à s'exprimer devant les médias ? Ou simplement d'amplifier l'écho de l'affaire, d'élever en icône le petit éleveur derrière le fait divers, en espérant participer à changer le rapport de l'administration au monde des paysans ? Me Versini, l'avocat du gendarme mis en examen, a son idée sur la question...

DEUX ANS APRèS... Y AURA-T-IL UN JOUR UN PROCèS ?

L'information judiciaire, dans sa deuxième année, va finir par évoluer, à la satisfaction des parties civiles. Début 2019, on apprend que le cadre de l'instruction est élargi : les notions de "pollution de la scène d’infraction" et "non-assistance à personne en danger" sont étudiées par les magistrats instructeurs. Ce sont deux premières victoires, qui relancent l’instruction. Celle-ci va sûrement encore durer une bonne partie de cette année 2019 », indique Marie-Pierre Laronze. Concrètement, les enquêteurs sont désormais chargés d'étudier particulièrement les faits et attitudes des différents protagonistes après les tirs, sur les lieux. Potentiellement, cela signifie que de nouvelles personnes pourraient être poursuivies, pas uniquement le gendarme qui a atteint l'éleveur.

Toutefois, en ce mois de mai 2019, deux ans après la mort de Jérôme Laronze, aucun nouvel acte significatif (ni nouvelle mise en examen, ni premier pas vers une clôture de l'instruction) n'est encore intervenu. L'affaire Jérôme Laronze, déjà symbolique, s'étire en feuilleton judiciaire, à l'issue incertaine.

Le gendarme mis en examen a, depuis longtemps maintenant, repris son travail ailleurs, dans une brigade loin du Clunisois. Le nom de Jérôme Laronze, lui, flotte toujours chaque 20 du mois, imprimé sur les banderoles de ceux qui luttent pour qu'on ne l'oublie pas.

Credits:

Texte Jim Gassmann. Photos Gilles Dufour, Damien Valette, Benoit Montaggioni, Emmanuelle Bouland, Adrien Wagnon et DR

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