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Le jour où l'ASVEL a infligé sa plus grande claque à l'Elan Chalon (38-89) en 1997 Retour en grand format

Textes : Michaël Rigollet Réalisation Christophe Saulnier

Le 11 octobre 1997, il y a 21 ans jour pour jour, l’Elan Chalon subissait la plus large défaite de son histoire, encore aujourd’hui, face à Villeurbanne…

Un tremblement de terre. En ce 11 octobre 1997, Chalon, promu en Pro A en 1996, entame sa deuxième saison parmi l’élite. Et la mythique Maison des Sports est pleine comme un œuf pour accueillir Villeurbanne qui, quelques mois plus tôt, s’était hissé jusqu’au Final Four de l’Euroligue.

Un exploit retentissant à l’époque, soldé par une honorable 4e place après deux défaites face à Barcelone (77-70) et Ljubjana (86-79).

Même si cette ASVEL-là est une montagne pour l’Elan, tout le monde veut y croire. D’autant plus que la superstar rhodanienne, Delaney Rudd, est forfait pour ce match.

Mais c’est la douche froide. Ce soir-là, Chalon bat trois tristes records du club qui tiennent toujours, 21 ans plus tard : le plus faible nombre de points marqués sur un match (38), la plus grosse défaite (-51) et la plus faible évaluation collective (10).

Duane Simpkins

En ce 11 octobre 1997, seuls cinq Chalonnais (Keita, Hill, Pittman, Robinson, Simpkins) parviennent à marquer des points. Pire encore, seuls deux joueurs de l’Elan présentent une évaluation positive : Kent Hill (+3) et David Robinson - ici en images - (+18)… Le reste de l’équipe cumulant donc une évaluation de -8 ! Du jamais vu. En face, en revanche, Villeurbanne joue sur un nuage. Avec une adresse exceptionnelle (33/49 soit 67% dont 5/5 à 3 pts), Villeurbanne explose Chalon, limité à 30,2% de réussite (13/43 dont 2/16 à 3 pts).

Pour ce grand format JSL, nous vous proposons le témoignage de quatre acteurs de l’époque, tous marqués par ce match : Philippe Hervé (coach de Chalon) dont la philosophie de jeu a totalement évolué à la suite de ce match, Emmanuel Schmitt (joueur de Chalon), Gregor Beugnot (coach de Villeurbanne) et Crawford Palmer (joueur de Villeurbanne, aujourd’hui directeur sportif de l’Elan Chalon).

Charles Pittman

PHILIPPE HERVE

« J’ai élaboré mon système défensif à partir de ce match »

« Ce match a été une référence dans ma carrière d’entraîneur. En revoyant ce match à la vidéo, comme je le faisais souvent après la soirée VIP, j’ai eu comme un flash sur une action défensive de Villeurbanne, par rapport au positionnement des joueurs et à l’ouverture au ballon. Plusieurs aides s’étaient déclenchées simultanément et ça m’avait marqué. Et c’est à partir de cette action précise que j’ai élaboré, par la suite, mon système défensif. Je me revois, le lendemain (dimanche) matin du match, arriver à la Maison des Sports. On rejouait le mardi à Dijon. Et quand je suis arrivé à la salle, j’ai retrouvé tous les joueurs assis sur le banc, prostrés, la tête dans les mains, les baskets délacés… Et là, je leur ai dit : « c’est bon les gars, j’ai trouvé. On va travailler. » La séance qui a suivi a été super-positive, alors que l’on venait de prendre 51 points. On a travaillé exclusivement nos rotations défensives. Et on a gagné le derby juste derrière à Dijon (61-65) en défendant le plomb. On a vite basculé sur autre chose après cette lourde défaite. En même temps, c’était incroyable. Car on avait pris 51 points dans la gueule, mais on avait presque le sentiment de ne pas avoir mal joué tellement tout réussissait à Villeurbanne ce soir-là. »

Philippe Hervé lors de sa dernière venue au Colisée avec Cholet lors de la saison 2017-2018

EMMANUEL SCHMITT

« Pour nous, le cercle était bouché »

« Je me rappelle surtout d’un match où Villeurbanne pouvait jeter la balle de n’importe où, et tout rentrait ! Attention, l’ASVEL était une équipe monstrueuse à cette époque. Mais ils ont été dans un soir de totale réussite aussi. Et nous, on avait le sentiment que rien n’allait. Derrière, on a su évacuer assez vite cette défaite car on avait cette impression que l’ASVEL était totalement imbattable ce soir-là. Sur le parquet, on avait eu le sentiment que c’était injouable… Je me rappelle même qu’un jeune Espoir villeurbannais (Frédéric Miguel) était entré sur le parquet en fin match et il avait marqué un panier à 3 points avec la planche. C’était tout un symbole ! Pour nous, le cercle était bouché. Et pour eux, c’était comme la Mer Méditerranée. Et puis je me rappelle aussi de cet entraînement du lendemain matin où on avait le sentiment que notre coach, Philippe Hervé, avait totalement changé son approche du collectif sur le plan défensif. Paradoxalement, il s’était dégagé de la confiance derrière et on avait gagné le derby à Dijon trois jours plus tard. »

Manu Schmitt avec Hyères-Toulon pour son retour au Colisée en 2017-2018

GREGOR BEUGNOT

« Le genre de match que tu ne peux pas anticiper »

« Philippe (Hervé) était un entraîneur en train de monter dans la hiérarchie des coachs par rapport à son travail et aux stratégies qu’il proposait. On commençait tous à craindre d’aller jouer à Chalon. Et le matin du match, comme souvent à l’époque après notre séance de shoots, on faisait une petite dégustation de Chassagne-Montrachet entre les deux staffs. Et Philippe (Hervé) m’avait dit : « Je le sens bien ce soir. J’ai préparé plein de trucs, tu verras… Et celui qui perd payera l’apéro ce soir après le match ». Effectivement, Chalon nous avait concocté plein de surprises dans le jeu, comme des nouveaux systèmes en attaque et une défense de zone spéciale. Mais c’était le genre de match que tu ne peux pas anticiper. Ce genre de match où tout le monde est dedans, où tout le monde marque, même les jeunes qui sortent du banc. On avait été insolent d’adresse à 3 points (ndlr : 5/5 dont 3/3 pour Digbeu). Notre défense avait été pharamineuse. Et plus le match avançait, plus Chalon doutait. Et plus leurs tirs ne rentraient plus. C’est l’un des plus gros matchs que l’on ait fait cette saison-là, avec un autre déplacement à Dijon où Stanley Jackson jouait encore. Comme quoi la Bourgogne nous réussissait bien à l’époque ! Sur ce déplacement à Dijon, on sortait d’un gros déplacement en Coupe d’Europe. Je sentais que les gars manquaient de rythme à l’entraînement. Alors on avait tenté une défense « press tout-terrain » dès le début du match et on avait gagné un nombre de ballons incalculable… Bref. Pour revenir à ce Chalon-ASVEL de 1997, je me rappelle aussi de la conférence de presse d’après-match où Philippe (Hervé) avait sorti : « Ce soir, j’ai tout compris au basket. » Mais bon, du coup, c’est lui avait payé la bière ! Cela reste un sacré souvenir car c’est très rare de gagner comme ça à l’extérieur… Et encore plus quand c’est à Chalon. Pourtant, il n’y avait pas un si gros écart, je pense, entre les deux équipes à l’époque. »

Greg Beugnot, ici avec Nancy, est aujourd'hui sans club après avoir mené l'Elan à ses premiers titres.

CRAWFORD PALMER

« Mon souvenir marquant, c’est la présentation des équipes à la Maison des Sports »

« C’était ma première saison à l’ASVEL. La première aussi avec un passeport français, suite à mon mariage. J’avais rencontré Greg (Beugnot) par l’intermédiaire d’un ami en commun, Jean-Luc Perrier, mi-agent mi-avocat, qui habitait pas loin de Bourg-en-Bresse. Avant, j’étais déjà passé de Fos-sur-Mer à Bourg. Et là je découvrais le haut-niveau avec la Pro A et la coupe d’Europe. Pour être franc sur ce match du 11 octobre 1997 à Chalon, je n’ai pas vraiment de souvenirs de la rencontre et du jeu. Mais il me reste un souvenir marquant, c’est la présentation des équipes avec ses tribunes qui descendaient de haut, avec des gens presque au-dessus de nous. L’Astroballe (salle de Villeurbanne), je la trouvais déjà abrupte. Mais là, je découvrais cette Maison des Sports avec des gens comme sur des balcons au-dessus de nous. Je me rappelle très bien aussi des joueurs de Chalon à cette époque avec le shooteur Manu Schmitt, les grands dont je devais m’occuper, Charles Pittman et Kent Hill. Pittman était un joueur dur. Hill était plus petit et plus rugueux, costaud et batailleur. Je n’ai pas oublié non plus David Robinson que j’ai recroisé après sur les parquets. Mais nous, on avait une bonne équipe cette année-là. Il y avait déjà de la confiance engrangée de la saison d’avant. Ils avaient gardé Delaney Rudd, Laurent Pluvy, Alain Digbeu, Jim Bilba… Bref, il y avait du matos avec aussi Andre Owens… Et apparemment, c’était un match facile (rires) ! La défense, c’était la base de notre jeu. On sortait de l’époque Maljkovic. Villeurbanne sortait d’une saison d’Euroligue fantastique. Disons que ça fermait le jeu à l’époque. Je ne me rappelle pas beaucoup de nos systèmes d’attaque. Mais je me rappelle que l’on travaillait énormément la défense, l’intensité et les contacts. Pour l’anecdote, aussi, ma fille est née à Lyon (le 26 novembre) peu après ce fameux match de 1997. Ma femme était déjà alitée pour ce déplacement. Aujourd’hui, je suis à Chalon. La saison est lancée. Et ça va être un gros test face à l’ASVEL. On a bien démarré la saison. Les gens retrouvent le sourire par rapport au début de saison dernière. Les nouveaux sourient, les anciens aussi. Mais attention car l’ASVEL n’est pas forcément une équipe qui nous correspond car c’est physique et grand. Et il y a du banc. Donc il va falloir être bon. Mais on a des arguments si on défend. Mais bon, avec les scoreurs que l’on a, je ne pense pas que ce sera une répétition du match de 1997 (rires) ! »

Crawford Palmer est aujourd'hui le directeur sportif de l'Elan Chalon

LA FICHE DU 11 OCTOBRE 1997

A Chalon (Maison des Sports), Villeurbanne bat Chalon 89 à 38.

Chalon : 13 paniers sur 43 tirs (dont 2/16 à 3 pts), 10/16 aux LF, 14 rebonds (Hill 5), 9 passes (Schmidt, Schmitt 2), 22 ballons perdus (Pittman 6), 10 à l’évaluation (Robinson 18).

Marqueurs : Delcombel, Garnier, Gueye, Keita 4, Hill 5, Pittman 7, Robinson 16, Schmidt, Schmitt, Simpkins 6.

Villeurbanne : 33 paniers sur 49 tirs (dont 5/5 à 3 pts), 18/24 aux LF, 29 rebonds (Owens 7), 20 passes (Owens 6), 11 ballons perdus (Adams, Pluvy 2), 119 à l’évaluation (Owens 26).

Marqueurs : Adams 8, Andrieux 6, Bilba 9, Digbeu 17, Miguel 3, Nebot 9, Owens 17, Palmer 8, Pluvy 8, Rippert 4.

L'équipe de l'Elan Chalon 1997/1998

Debout (de gauche à droite) : Catherine Jullien-Martin (dirigeante), Dominique Juillot (président), Philippe Hervé (coach), Emmanuel Schmitt, Kent Hill, Charles Pittman, Christian Garnier, David Robinson, Ahmadou Keita, Casey Schmidt, Duane Simpkins, Pascal Thibaud (assistant-coach), Denis Poyol (manager général). Accroupis (de gauche à droite) : Cyril Delcombel, Thierno Gueye, Rodrigue Moulin, Pacome Blé, Joffrey Bréavoine.

LES AUTRES CONFRONTATIONS MARQUANTES ENTRE CHALON ET VILLEURBANNE

5 septembre 1999 : premier succès de l’histoire de l’Elan face à l’Asvel à Villeurbanne 72 à 63.

22 janvier 2000 : deuxième succès consécutif de l’Elan face à l’Asvel à Villeurbanne 73-62. Sans Giffa, Hay et Nebot convalescents (10 mn de temps de jeu à eux deux). Mais 10 points pour Dubiez et Melicie.

30 mars 2003 : l’Elan est dévoré 89-74 à l’Astroballe. Sixième défaite de suite face à l’Asvel et quatrième consécutive en pro A pour un Elan en pleine crise. Le soir de la défaite, Juillot annonce l’arrivée de Gregor Beugnot

3 janvier 2003 : l’Elan s’impose 73-69 et met fin à une série de six défaites face à l’Asvel. Cette victoire est la première d’une série de quatre consécutives face à l’Asvel

27 avril 2004 : Beugnot s’impose avec l’Elan pour son premier retour à l’Astroballe

25 mai 2011 : Défaite 80-94 à domicile en « belle » de playoffs quarts de finale. Gelabale fait partie des bourreaux de l’Elan. Jackson enquille 30 points.

2 novembre 2013 : Défaite honorable de Chalon à l’Astroballe (85-75) pour la première de Jean-Denys Choulet à la tête de l’Elan, suite à l’éviction de Mickaël Hay. Les 20 points de Slaughter sont insuffisants. Quelques jours plus tard, Chalon se sépare de Bostic et de Jurevicius. Kris Joseph arrive. Et plus tard Walker. Chalon remontera à la 8e place.

13 janvier 2018 : Alors que Chalon n’a gagné que 3 matchs lors des 15 premières journées, il inflige à Villeurbanne une correction au Colisée (84-52) avec 6 joueurs entre 10 et 15 points (Gelabale, Gillet, Farr, Dorsey, Harris et Nzeulie). Le début d’une série de 11 victoires en 14 journées dont 8 succès d’affilée à domicile.

Instantanés de la rencontre d'octobre 1997

QUE SONT-ILS DEVENUS ?

Cyril DELCOMBEL

A créé l’association Petit Ange suite au décès de sa fille (méningite) alors qu’il avait stoppé sa carrière de basketteur à Quincié-en-Beaujolais (N3) en 2008. A finalement rejoué à Ouest Lyonnais Basket (N2) de 2011 à 2013.

Christian GARNIER

Vit sur Paris

Thierno GUEYE

A stoppé sa carrière à Marzy (dans la Nièvre). Travaille dans la sécurité dans une grande surface à Marzy.

Ahmadou KEITA

Devenu agent de joueur, notamment dans le secteur féminin où il collabore parfois avec Charnay.

Kent HILL

A subi une grave opération (des reins ?) à l’issue de sa carrière. Il vivrait aux Etats-Unis.

Emmanuel SCHMITT

Coach en 2017-18 de Hyères-Toulon, relégué sportivement en Pro B. Il lui restait un an de contrat mais les droits sportifs du club ont été vendus à Paris Basket-ball et il est retournée coacher cette saison en D1 Suisse à Monthey cette saison (avec un contrat de 3 ans).

Philippe HERVE

Champion de France en 2015 avec Limoges, il est actuellement sans club après deux saisons délicates à Cholet.

Pascal THIBAUD

Ancien assistant de Philippe Hervé à Chalon et ancien entraîneur des Espoirs de l’Elan, il est actuellement coach à Rennes en N2 depuis 2011.

Photos archives JSL, Jean-Paul Gollin, Jean-Marc Lequime, archives Le Progrès

Created By
Christophe Saulnier
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Credits:

Photos archives JSL, Jean-Paul Gollin, Jean-Marc Lequime, archives Le Progrès

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