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NICOLAS CHIOTTI "on est ici pour l'intérêt de la course"

« A voté ». Depuis dix bonnes années, Nicolas Chiotti tient le bureau de vote de l’école de Beauregard. A la sortie de l’isoloir, on se dit juste bonjour, comme si on ne se connaissait à peine, un petit signe de tête, un petit coucou poli tout en présentant son passeport et l’enveloppe à glisser dans la fente de l’urne « a voté ». Rien de plus car ce n’est pas le lieu d’échanger les ragots et les potins de ce grand village qu’est notre terre sainte. On émarge le grand livre, on remercie les assesseurs et l’on s’échappe par la petite porte à se dire « ah, y’avais pas grand monde. Ah, ça ne fera pas un gros taux de votants » dans l’attente du soir, de recevoir un coup de fil de Jean Pierre, un copain qui pour rien au monde ne louperai le dépouillement tenu à la salle des fêtes.

Nicolas, on se connait depuis…où là !!! Ca donne des cheveux blancs, 30 bonnes années, et oui trois bonnes décades à ranger plier et repasser dans cette grande armoire à souvenirs. C’était quoi ? Ah oui, les années triathlon à tenter de nager le 1000 en moins de 20 minutes et Nico sur le bord du bassin de dire « allonges toi » moi le sabot, l’enclume, le fer à repasser, allez… !!! Je suis prêt à tout accepter, c’est du passé. Il y a prescription.

Nico, nous nous sommes connus, ce n’était qu’un gamin en maillot de bain, les orteils en éventail dans les tongues, perché sur sa chaise haute, les yeux, la peau brûlés par le soleil à surveiller les petits cons au plongeoir. Nico, à 20 ans, était déjà vétéran du crawl, 16’50’’ au 15 et deux fois sélectionné au France mais espoir du triathlon, ça compense. C’est donc au bord de la piscine de Millau que nous avons fait connaissance. Nico, un jeune homme plus curieux que les pieds palmés de son âge, plus aventureux, un brin frappé même à plonger des grandes falaises, le saut de l’ange, en contre bas, un carré d’eau guère plus grand qu’un pédiluve, le grand trip. Nico, le frère de Jérôme, ça lui colle à la peau, ex cycliste pro, champion du monde de VTT en 1996 qui dans un entretien puis dans un livre vérité en 2000 et 2001 dévoile la face cachée du dopage dont il fut partie prenante mais aussi victime « j’ai surtout été meurtri pas sa descente aux enfers. J’aurai aimé que son exemple serve à quelque chose pour que la lutte anti dopage s’améliore. Rien n’avance, on le voit encore aujourd’hui avec les trucages dans le foot».

A 25 ans donc, Nico le fureteur s’inscrit à la première édition des Templiers, le grand saut là aussi, dans cet océan creusé d’avens, de sotchs et dolines comme déjà milieu des années 80 lorsqu’il s’engage pour la première édition de la Rock and Bike, une pionnière du VTT et son insolite départ sur le Causse Noir à la ferme du Maubert, avec son invité surprise, un âne mal luné et momifié, l’œil torve, l’air de dire « j’en ai rien à foutre, je suis bien là » campé sur ses quatre sabots aux côtés des premiers bikers.

Ce matin, nous nous offrons, enfin ce n’est peut être pas le bon terme, disons que nous nous motivons pour une matinée de râteau à curer la montée de la Croix de Paulhe. Les jours précédant, une invitation avait été lancée…à se faire des ampoules, le genre de plan à se prendre…un bon râteau. Nico a répondu présent, il répond toujours présent. En chemin, carré dans la bagnole, on s’est fait un petit trip « c’était bien dans le temps » à se souvenir des premiers Xdays, des premiers Raid Salomon. Nico fut de l’aventure avec Frédo, Péloche, Franck, les premiers costauds de la Pouncho « ah oui, Péloche, il avait des morceaux de sucre dans son maillot. En traversant une rivière, ça a fondu, il avait plus rien à bouffer ». On reparle des années triathlon «les frères Cordier sont arrivés sur Millau, c’est comme ça que j’ai débuté. Je n’ai fait que trois saisons mais j’étais considéré comme l’espoir français ».

Au bout de la Piste des Cerisiers, nous nous garons à l’amorce du sentier. A nos pieds, la vallée du Tarn assagie, face à nous le village de Compeyre, en seconde ligne d’horizon, le Piedestal, en contre bas, quelques chasseurs et chiens hurlant au pied de la falaise, Nico de dire en ajustant son sac à dos, râteau et sécateur à la main « mais je le connais ce sentier. Nous aussi, on y a passé du temps ». Car en 2001, Nicolas le maître nageur se lance dans l’organisation. Ce n’est pas tout à fait un coup d’essai car de 1999 à 2002, il est déjà aux commandes du Défi Caussenard, premier triathlon organisé dans les eaux du Tarn. Avec Thibaud l’orienteur, Francis l’électricien branché tout terrain, Laurent le prof d’agro et Francky le marsupilami de la bande, Gaby ne les rejoindra que l’année suivante, il crée Verticausse « Les Templiers étaient en plein essor et Millau n’avait pas son trail ».

En s’enfonçant dans cette épaisse cuirasse végétale enveloppant le chemin, il évoque l’influence manifeste de Jacques Dubus sur son parcours, l’homme qui début des années 90 comprend instinctivement, sans cabinet d’experts à ses trousses, l’intérêt de développer l’événementiel dans la cité du gant. Un homme de caractère, à la voix de centaure, capable de contourner tous les obstacles. Les premiers championnats de France de natation sous le nez de la Pouncho, c’est lui, l’équipe américaine en préparation olympique pour les J.O. de Barcelone, c’est encore lui, sans oublier, la Vittel Cup et les compétitions Masters où l’on débarque du monde entier, la serviette sur l’épaule pour faire des lignes comme aujourd’hui les trailers viennent à Millau faire des boucles. Bien entendu, Jacques Dubus n’a pas eu que des amis, loin s’en faut, il en est toujours ainsi des brasseurs d’idées et concepteurs de grands projets bousculant les immobilismes rampant et désenchantant.

Finalement, dans ce sentier grimpant à la Croix de Paulhe, nous ne réalisons pas le programme que nous nous étions fixés. Des coureurs nous ont pourtant encouragés puis deux randonneuses inscrites sur la VO2. Après leur passage, nous redoublons d’ardeur à gratter ces clapas qui s’entassent sans permission mais nous sommes loin d’avoir atteint le sommet. Midi sonnant au carillon de Paulhe, nous redescendons tranquillement en coupant ici et là une ronce, un buis mal venu. Nous parlons des futures élections municipales car Nicolas, pour la troisième fois, se relance dans la bataille pour la Mairie de Millau « j’ai demandé à Fanny » l’épouse a dit oui.

Son engagement politique naît en 2008 lors d’un conflit relatif à la piscine municipale, ce rectangle d’eau chlorée cristallisant curieusement autant de passion. Il s’oppose à Jacques Godfrain alors premier édile de la ville, vieux loup de mer de la politique nationale, ancien du SAC sous la coupe de Jacques Foccart, rôdé à esquiver tous les coups. L’ancien secrétaire d’Etat reste inflexible, Nicolas se rebiffe « je serai contre vous au prochaine municipale ». Il avoue « je n’avais pas vocation à faire de la politique. Jamais je n’ai été encarté. Je n’ai qu’une seule certitude, je crains les extrêmes » et cite l’exemple du Brésil pour appuyer son raisonnement.

Nicolas, l’ancien maître nageur, devenu éducateur au CAT des Charmettes, plonge et brasse dans les eaux tourmentées de la vie locale. Il apprend le métier, le sport passe en second plan mais reste engagé dans le volontariat sur les Templiers et les Natural Games. Il n’y a pas de batailles faciles. Premier échec en 2008, il s’en remet et apprend à monter un groupe, une campagne, un programme avec Philippe Ramondenc. En 2014, ils perdent les élections mais il obtient son premier siège d’élu conseiller municipal. Pour 2019 que souhaite-t-il « je suis là pour l’intérêt général. Quand tu travailles au quotidien avec des adultes handicapés, lorsque tu reviens à l’ordinaire, tu vois les choses différemment».

Des élus locaux dans l’organisation des Templiers, Nicolas Chiotti n’est pas le seul sur les 800 bénévoles. Une vingtaine assume un rôle dans la vie locale de leur commune. Le plus souvent, on l’apprend par inadvertance car les jours de course, il est rare que le débat politique s’invite à la table des ravitaillements même si les Templiers, c’est aussi du social, de l’économie et du politique au sens premier du terme. Nicolas n’est pas là non plus pour cela, son engagement comme bénévole remonte à 1996, baliseur, ouvreur, fermeur. Il dit simplement « on n’est là pour l’intérêt de la course ».

Created By
GILLES BERTRAND
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Credits:

Gilles Bertrand Photography

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