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L'inexplicable qui fait mal Job chap 2

LECTURE BIBLIQUE :

Job chap. 2 (Bible “Nouvelle Français Courant”)

« Un jour que les êtres célestes venaient se présenter devant le Seigneur, l’accusateur vint aussi parmi eux se présenter devant le Seigneur.

Le Seigneur dit à l’accusateur : “D’où viens-tu donc ?” L’accusateur répondit au Seigneur : “Je viens de faire un tour sur terre.”

Le Seigneur dit à l’accusateur : “As-tu remarqué mon serviteur Job ? Il n’y a personne comme lui sur la terre. C’est un homme irréprochable et droit, fidèle à Dieu et qui évite le mal. Il reste fermement irréprochable, et c’est pour rien que tu m’as poussé à lui faire du tort.”

L’accusateur répondit au Seigneur : “C’est un échange de bons procédés : tout ce que quelqu’un possède, il le donnerait pour sauver sa vie. Mais interviens donc et touche à son corps ; on verra bien s’il ne te maudit pas en face !”

Le Seigneur dit à l’accusateur : “Il est en ta main ; seulement, respecte sa vie !”

Alors l’accusateur sortit de la présence du Seigneur. Il frappa Job de mauvais ulcères, depuis la plante des pieds jusqu’au sommet de la tête.

Job prit un morceau de poterie pour se gratter, et il s’assit sur un tas de cendres.

Sa femme lui dit : “Tu restes encore irréprochable ! Maudis donc Dieu et meurs !” –

“Tu parles comme une folle, lui dit Job. Si nous acceptons de Dieu le bonheur, pourquoi n’accepterions-nous pas de lui aussi le malheur ?” En tout cela, Job ne commit aucune faute en paroles.

Trois amis de Job entendirent parler de tous ces malheurs qui lui étaient arrivés. C’étaient Élifaz de Téman, Bildad de Chouha et Sofar de Naama.

Chacun arriva de chez lui, et ils se mirent d’accord pour aller plaindre Job et le consoler. Regardant de loin, ils ne le reconnurent pas. Alors ils éclatèrent en sanglots ; ils déchirèrent leur manteau et ils se répandirent de la poussière sur la tête. Puis ils s’assirent à terre avec lui pendant sept jours et sept nuits, sans rien lui dire, tant sa souffrance leur apparaissait grande. »

PRÉDICATION DU PASTEUR RUDI POPP

Dimanche 15 mars 2020 - 2ème prédication de Carême

Chers amis,

Qu’est-ce qui nous fait mal dans le mal ? Comment le mal devient-il un malheur, une offense, une blessure ?

Pour les animaux, rien n’est mal, ni les tremblements de terre, ni le fait de s’entre-dévorer. Le mal n’est un mal que pour l’homme, pour sa logique, pour sa morale.

Le mal, pour Job, c’est ce qui est injuste. Pour nous, le mal est ce qui est « anormal », incompréhensible, injustifiable et inacceptable. Il n’y a de mal que par référence à une manière de voir ; le mal, c’est ce qui est « mal » pour nous — il n’y a de mal que pour ceux qui sont dotés de la « connaissance du bien et du mal », pour reprendre l’expression que l’on trouve dans le livre de la Genèse.

La connaissance du mal naît d’une certaine relation au bien, inconsciemment ou consciemment d’une relation à Dieu, qu’elle soit brouillée ou harmonieuse, qu’elle soit nommée ou qu’elle soit passée sous silence.

Comme nous le disions dans la première prédication de ce cycle, le livre de Job ne traite donc pas simplement de la souffrance innocente, prise pour elle-même. Il s’intéresse au rapport entre cette souffrance et le Dieu qui parle. Il présente une longue et difficile quête sur le véritable visage de Dieu, quête qui naît dans la détresse d’un malheur inexplicable pour le souffrant.

Quel est ce Dieu, qui semble rester silencieux et laisser faire ? Pourquoi paraît-il même s’acharner sur le malheureux qui n’en peut plus ? Comment Job peut-il vivre avec tant de malheur ?

Job vit, il survit parce qu’il trouve un moyen de nommer le mal. Il n’en a pas l’explication, pas de justification pour autant ; mais il le nomme : « Si nous acceptons de Dieu le bonheur, pourquoi n’accepterions-nous pas de lui aussi le malheur ? »

Cette fameuse réplique de Job peut paraître fataliste, comme s’il s’agissant de s’abandonner à un prétendu destin, à cette prédestination de l’humain au mélange étrange de bonheurs et de malheurs dont notre vie serait faite, malgré nous. Le mal est-il donc une force avec laquelle il faut composer, comme semble le suggérer Job ?

Je ne le crois pas. Car dans la vision biblique de la vie, il n’y a pas de mal en soi. Le mal n’est ni une substance, ni une force ; il n’est pas non plus une défaillance du monde créé. Les catastrophes naturelles, les coronavirus et tous ses pairs, la mort elle-même ne sont des maux que pour l’homme et son libre arbitre.

Le mal ne peut donc être réparé ou supprimé par une quelconque thérapeutique ou par des moyens techniques. Il n’a pas une cause, par exemple une faute que l’on aurait commise, que l’on pourrait éliminer pour que tout rentre dans l’ordre. Le mal n’est pas la simple conséquence du péché, comme une certaine dogmatique chrétienne l’aurait enseigné.

En hébreu, « pécher » signifie « rater la cible » ; le péché biblique n’est pas une faute morale, ou une transgression de nature sexuelle ; il n’est pas non plus dans le fait d’être enclin au mal. Le péché, bibliquement parlant, c’est le fait qu’en mangeant le fruit de l’Arbre de la connaissance, l’homme s’est emparé du pouvoir du Dieu : il est devenu apte à la connaissance, voire adepte de la différence du bien et du mal.

Le mal, c’est donc ce qui n’entre pas dans notre entendement, dans notre manière de voir les choses, dans l’idée que nous nous faisons du fonctionnement normal du monde tel que nous le concevons. C’est ce qui est pour nous un scandale, une pierre d’achoppement, une aporie, un absurde.

Pour Job, le mal, celui qui le scandalise, c’est le mal qu’il juge être « pour rien », sans raison, ni explication, ni justification, ni utilité. C’est un mal qui n’a rien à voir avec celui que lui présentent ses amis Élifaz de Téman, Bildad de Chouha et Sofar de Naama qui le voient comme une composante inhérente à l’ordre du monde, à ce que le monde est « nécessairement ».

Le mal selon Job a été ainsi résumé par Paul Ricœur : « Le mal, c’est ce qui est et ne devrait pas être, mais dont nous ne pouvons pas dire pourquoi cela est. »

Si les souffrances de Job étaient vues comme la juste punition de ses fautes, elles ne seraient pas un « mal ». Si Job avait connaissance des raisons pour lesquelles Dieu a laissé Satan lui infliger les souffrances qu’il subit, elles ne seraient pas pour lui un mal. Lorsqu’un mal se justifie et s’explique, ce n’est plus un mal. Si après s’être fait vacciner, on éprouve une légère fièvre, celle-ci n’est pas vue comme un « mal » parce qu’elle est dans l’ordre des choses, dans l’ordre du bien…

Un mal qui concorde avec l’ordre des choses n’en est pas un. Un mal qui a une explication, une justification, un sens ou une utilité, n’est pas un mal. Il n’y a de mal que si celui-ci est absurde. L’absurde est littéralement ce qui « ne résonne pas », ce qui ne donne pas de réponse, qui nous laisse sans réponse.

Nous sommes ici au cœur du livre de Job et des questions qu’il pose. Comment peut-on en venir à imputer le mal à Dieu ? Pourquoi Job le fait-il ?

Job impute le mal à Dieu justement parce que c’est Dieu qui est pour lui incompréhensible. Il impute à Dieu ce qu’il ne sait expliquer. Job nomme le mal en l’imputant à une cause extérieure au monde, autrement dit à un Dieu extérieur au monde, un Dieu qui ne nous répond pas.

C’est justement parce que Job voit le mal comme injuste et absurde qu’il l’impute à Dieu. C’est justement parce que le mal qui l’atteint est, pour son entendement, incompréhensible, sans justification et sans cause, qu’il le voit comme un acte de Dieu.

Il y a bien une corrélation entre la manière de voir le mal et la manière de voir Dieu. Si, comme les amis de Job, nous donnons un sens au mal, si nous le voyons comme un avertissement, comme une épreuve destinée à nous rendre plus forts, voire comme une juste punition, nous sommes conduits à l’imputer à un Dieu dont les agissements sont compréhensibles, justes, imprégnés d’une froide bonté.

En revanche, si, comme Job, nous voyons le mal comme inexplicable et absurde, nous sommes conduits à l’imputer à un Dieu lui-même incompréhensible.

Le Dieu de Job est comme le prologue du livre le présente : il est sur une autre scène, hors du champ de ce qui est accessible à la connaissance et à l’entendement.

De cet « au-delà », de cet Ailleurs, on ne peut rien dire. On peut voir le mot « Dieu » comme un symbole qui désigne ce « quelque chose d’autre » que nous ne pouvons connaître et qui nous échappe. Et nous pensons néanmoins que ce « quelque chose d’autre » intervient dans le cours des choses, dans l’histoire et dans notre vie. Nous supputons que ce « hors champ » pourrait être le lieu d’une Force, d’une Puissance, d’un Dessein qui déciderait du cours des choses, ou du moins qui pourrait l’influencer.

C’est de ce conflit fondamental, fondateur de toute vie humaine, que traite le livre de Job. Il conduit toujours à la même question : est-ce que tout cela signifie que nous croyons pour rien ? Que Dieu est tellement « autre chose », qu’il ne nous répondra jamais ? Que l’idée même d’un Dieu qui parle soit « absurde » ?

Asseyons-nous à terre avec Job pendant sept jours et sept nuits, sans rien dire, tant la question est grande ! Amen.

Created By
Rüdiger Popp
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Credits:

Inclut des images créées par Adrian Swancar - "I am alergic to pollen so yeah, cant say much about this hahhaha. Just kidding, I love the looks of these flowers when they are in this state, just amazing." • Muhammed Fayiz - "untitled image" • Jilbert Ebrahimi - "untitled image" • Guilherme Stecanella - "This is one from my Halloween session for 2018. I want to talk about our deepest fears and pains, and how we embrace them to suffer without anyone noticing. What if our fears could be seen in our flesh? Maybe they were less scary than hidden inside us. We don’t need ghosts and witches on Halloween, real life is much worse." • Jeremy Thomas - "untitled image"