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Animation & Expérimentation Colloque online 6 et 7 mai 2021 ECLLA, Université Jean Monnet Saint-Etienne, en partenariat avec le Festival Ciné Court Animé de Roanne et avec le soutien de l’IUT de Roanne Direction : Jérôme DUTEL & Rodolphe OLCESE

PROGRAMME

Site et colloque

  • Vous trouverez ici le programme de la manifestation en ligne qui s'est tenue les 6 et 7 mai 2021. Celui-ci a été scindé en deux ensembles de 8 propositions scientifiques correspondant aux deux jours de ce colloque. Pour accéder à l’une ou l’autre de celles-ci, il vous suffit de cliquer sur le nom du conférencier ; vous accéderez ainsi à la vidéo correspondante.
  • Par ailleurs, nous vous proposons, en ouverture et clôture de ce programme, le visionnage de deux courts métrages en ligne.
  • Pour finir, nous offrons une carte blanche à deux grands réalisateurs actuels, Adriaan Lokman et Jacques Perconte.
  • Si la consultation de ce programme et des communications a pu se faire en amont de ces deux journées, afin de préparer les temps d’échanges et de discussions, à la fois autour des conférences de la journée et des réalisateurs invités, nous souhaitons aussi, une fois la manifestation passée, pouvoir permettre un visionnage libre d'un certain nombre de ces travaux et des films qui les accompagnent.
  • Nous espérons ainsi inscrire ces travaux dans un temps plus long, dans l'attente d'une publication du volume collectif qui sera tiré de ce colloque.

Nos remerciements aux artistes, aux participants et au public.

Jérôme DUTEL & Rodolphe OLCESE

jerome.dutel@univ-st-etienne.fr & rodolphe.olcese@univ-st-etienne.fr

Ouverture du colloque

Jérôme DUTEL : Bribes d’introduction avec Dont Know What (2018) de Thomas RENOLDNER. En ouverture de ce colloque, nous vous proposons de visionner, sur le site personnel de son réalisateur, le court métrage Dont Know What (2018) de Thomas RENOLDNER qui a entre autres remporté le prix Off Limits lors du Festival International du Film d’Animation d’Annecy 2019 (et qui aurait dû être projeté dans le cadre de la compétition expérimentale du Festival Ciné Court Animé de Roanne 2020…). Hypnotique autant que simple et dense, il met en jeu, par ses images autant que par son montage ou son « discours », la plupart des enjeux posés dans l’argumentaire de cette manifestation, notamment une réflexion autour de la création et la distinction et la fusion entre cinéma d’animation et expérimentation.

Visionnage : https://vimeo.com/412906856

Jeudi 6 mai

  1. Jean-Baptiste MASSUET + Elisa CARFANTAN : Revisiter l’invention du Rotoscope : Les premières expérimentations de Max Fleischer
  2. PASCAL VIMENET : Libérer Oskar Fischinger ! À l’avant-garde cinématique et synesthésique, pionnier de la musique visuelle et du cinéma absolu (1900-1967)
  3. Hélène MARTINELLI (Texte) : L’œil ou l’oreille ? La poésie comme expérimentation visuelle et sonore dans les courts métrages d’animation des Themerson
  4. Joséphine HAILLOT : Leonardo da Vinci, un film sur l’art de Lauro Venturi et de Luciano Emmer : Entre film d’animation expérimental et objet pédagogique
  5. Patrick BARRES : La part expérimentale de l'animation. Le cinéma de Robert Breer + PWP
  6. Gilles MENEGALDO : Expérimentations plastiques et poétique des objets dans les courts métrages d’animation des frères Quay
  7. Oriane SIDRE: L'illusion des plaques de cuivre. À la recherche des interprétations techniques et esthétiques sur Le Restaurant aux nombreuses commandes (Okamoto Tadanari, Kawamoto Kihachirô, 1991) + Texte + site officiel de Kawamoto Kihachirô
  8. Georges SIFIANOS : La crise du naturalisme cinématographique et l’actualité de la « cinéplastique ». Le bouleversement audiovisuel en cours. Un regard critique

Vendredi 7 mai

  1. Cécile NOESSER : Martha Colburn : Un art de la guerre
  2. Marie-Pierre BURQUIER : Les réanimations alchimiques de Stacey Steers, expérimentations formelles autour du matériau hollywoodien
  3. Antoine RIGAUD : Le réel au rythme mélancolique de la machine : Jerzy Kucia
  4. Manon THIERY : Jacques Perconte et l’expérience du vivant : La compression vidéo comme technique d’animation des images + Texte
  5. Antoinette NORT : Animer la danse : Les marionnettes d’Alexander Shiryaev
  6. Mathieu PRADAT : Images virtuelles : L’origine du décalage entre réalité et expérience immersive + making-of du projet Rencontre
  7. Vincent CICILIATO : Corps animés, corps programmés : L’automatisation des gestes comme principe de mobilisation
  8. Sébastien RONCERAY : A chaque image, une expérience

Carte blanche aux créateurs

Adriaan LOKMANN :

L'espace vimeo de l'artiste permet de visionner certains des films (dont Barcode 3.0, Shredder et Forecast) et des trailers de Chase et Flow + Teaser du projet muséographique Timeshells et Catalogue de l'exposition + Un enregistrement de l'entretien du 6 mai (malheureusement d'une piètre qualité visuelle) peut être mis à disposition sur demande (jerome.dutel@univ-st-etienne.fr)

Jacques PERCONTE :

Entretien avec Rodolphe OLCESE + Teaser d'Après le feu + Terra Camponès + L + Avant l'effondrement du Mont Blanc + Magazine Tracks consacré à Jacques Perconte

Clôture du colloque

Rodolphe OLCESE : Conclusion du colloque avec Matteo (2014/France) de la plasticienne Marylène Negro, film qui repose sur une exploration formelle du film L’Évangile selon saint Matthieu (1964/Italie) de Pasolini. Matteo nous confronte à l’apparition d’une figure masculine dont les traits sont établis à partir de l’ensemble des visages d’homme qui traversent le film de Pasolini et y proposent un regard caméra. Animée au moyen de quelques paramètres de montage, cette figure est engagée dans un mouvement d’échelle et surgit progressivement en gagnant en opacité. Cette densité progressive du visage de Matteo se réalise comme la traversée d’un amas de lignes, lesquelles matérialisent symboliquement les multiples croisements et rencontres occasionnées par l’œuvre du cinéaste italien. Ce film de Marylène Negro, qui peut être regardé en vis-à-vis de son film You I Tourneur (2014/France), manifeste avec une acuité particulière une dimension qui traverse bien des signatures artistiques évoquées dans le cadre du colloque : la production d’une forme animée, à la frontière du cinéma et de la peinture, au moyen de vues réelles. Ce film confirme ainsi, s’il en était besoin, que l’animation constitue un espace privilégié pour explorer la réalité.

Visionnage : Comme la presque totalité des films de Marylène Negro, Matteo et You I Tourneur peuvent être visionnés à l’adresse suivante : http://www.tousdesindiens.com/marylene_negro/

Bonus

  • Alexandre VUILLAUME-TYLSKI : Génériques de film : animation & expérimentation
  • Pour ces présentations monographiques, nous vous invitons à vous rendre sur le site de Blow Up, le web-magazine cinéma d’Arte

Argumentaire du colloque

L’animation introduit de facto un décalage avec le réel et s’écarte du réalisme imposé par le naturel d’une perspective représentative qui était au cœur de l’invention des Frères Lumière. Les avancées techniques de l’outil cinématographique s’accompagnent ainsi d’une exploration toujours renouvelée des possibilités d’expérimentation qui s’ouvrent alors avec elles, et l’animation, à ses côtés, découvre parfois par elle-même d’autres façons de faire bouger les images. L’animation a certes parfois écarté cette dimension exploratoire de la pratique filmique au profit d’une standardisation de ses modes de figuration, ce qui a conduit le grand public à la considérer, comme la bande dessinée , comme une forme d’expression pour enfants. Néanmoins, l’animation, par les possibilités graphiques qu’elle met en œuvre, n’a jamais cessé, plus souterrainement, de se livrer à l’expérimentation. N’est-elle pas de fait le point de rencontre nécessaire entre des formes esthétiques aujourd’hui encloses dans des "cases artistiques" qui gagneraient à être questionnées, déconstruites, défaites ?

Évoquant différentes formes de films d’animation, Olivier Cotte présente le « film d’art » en ces termes : « Peu diffusé à la télévision, mais très présent dans les festivals spécialisés, le film d’art (ou expérimental, cinéma graphique, d’art et essai, d’auteur…) représente le courant le plus artistique de tous. Non pas que les autres soient dépourvus d’ambition esthétique ou excluent la recherche formelle, mais le film d’art, qui a accompagné toute l’avant-garde artistique depuis l’aube du XXe siècle, en fait son principal but. […] Si l’expression personnelle est prédominante, le créateur ne s’enferme pas pour autant dans le petit monde de la création contemporaine : il s’agit de ne pas confondre le film d’art et le film d’artiste. »

Comment pourtant ne pas envisager conjointement des objets filmiques partageant le même support et qui ont des techniques de production et des visées esthétiques similaires ? Film d’art et film d’artiste, pour reprendre l’expression équivoque de Cotte, se distinguent-ils simplement par leur espace de monstration et les expériences de visionnage auxquelles ils sont associés ? Stephen Dean, évoque en ce sens « la vidéo artistique » comme « un cinéma que l’on regarde debout, et pas forcément du début à la fin. » Il est bon de rappeler que Dominique Noguez, questionnant justement, par une trouvaille typographique, une catégorisation dont les fondements esthétiques sont très incertains mais qui reste très largement partagée, souligne pour sa part : « Je ne crois pas qu’on puisse accéder au cinéma expérimental autrement que par l’enchantement d’une projection. »

Une triangulation entre une forme de cinéma d’animation, le cinéma expérimental et l’art vidéo nourrit des espaces plus que mouvants. Le Centre Pompidou Metz contribue à brouiller les pistes dans ses grandes expositions thématiques : en 2015-2016, l’exposition Cosa Mentale (Art et Télépathie au XXe siècle) rassemble par le biais d’une même présentation -un écran numérique suspendu au mur- aussi bien des films d’Emile Cohl (Rien n’est impossible à l’homme, 1910, et Le Retapeur de cervelles, 1911) que des vidéos de Stan VanDerBeek (Astral Man, 1957) ou Jordan Belson (Samadhi, 1967) ; en 2019-2020, Opéra Monde fait se succéder une installation mixte de William Kentridge (Preparing the Flute, 2004-2005), des vidéos de Bill Viola (Isolde’s Ascension (The Shape of Light in he Space of Death), 2005) et de Vergine Keaton (« Vous qui entrez ici », 2019). Cette indifférenciation ne paraît d’ailleurs ni nouvelle ni spécifique à l’espace muséal français : ainsi, l’exposition Momentary momentum : Animated drawings (3 mars-15 avril 2007) de Parasol Unit, fondation londonienne pour l’art contemporain, présentait des œuvres très diverses en réunissant artistes contemporains établis (William Kentridge, Kara Walker…), réalisateurs d’animation (Michaël Dudok de Wit, Arthur de Pins, Georges Schwizgebel…) et cinéastes expérimentaux (Robert Breer, David Shrigley…), voire même en proposant des collaborations entre réalisateurs et artistes contemporains (Paul Bush et Lisa Milroy avec Geisha Grooming, 2003). Les espaces d’exposition ne sont d’ailleurs pas les seuls lieux incarnant ce "melting-pot" : le Festival du court métrage de Clermont-Ferrand, la plus grande manifestation consacrée aux films courts au monde, a choisi le terme de Labo pour désigner la compétition où se retrouvent pêle-mêle des films venus d’horizons et de traditions très différents. La critique elle-même tend à mettre en avant et emmêler toujours davantage, et de manière pertinente, expérimentation et animation .

Nous ne souhaitons pourtant pas circonscrire ce colloque à l’exploration générique d’un tel espace, peut-être indéfinissable par essence, marqué par une réalisation, l’animation, et une ambition, l’expérimentation. L’enjeu est plutôt de croiser cette réflexion générique ou intermédiatique à une analyse des évolutions qui marquent ces productions. Il s’agira donc d’interroger également l’histoire des techniques qui fondent la pratique de l’animation. La première moitié du XXe siècle est ainsi marquée par des trouvailles techniques dans le cinéma de Georges Méliès, qui développe les premières variations inattendues autour des notions de magie visuelle appliquées au cinéma « naturel ». Au-delà des potentialités toujours renouvelées du dessin animé, il faut citer, sans exhaustivité, l’apparition du collage et du papier découpé, de la pixillation, de la peinture ou de la gravure animée, de la technique du stop motion effectuée à partir des matières les plus diverses et les plus inattendues, ou le détournement des composants de l’outillage cinématographique avec l’intervention directe sur pellicule et le travail à la tireuse optique. A côté des évolutions techniques de la caméra (avec la caméra multiplane, la 3D) apparaissent des machines distinctes dont la plus célèbre demeure certainement l’écran d’épingles d’Alexandre Alexeïeff et Claire Parker, un outil si atypique qu’il permet de tracer une véritable généalogie de réalisateurs qui y ont dédié leur travail (Jacques Drouin prend la relève d’Alexeïeff et Parker avant de transmettre à son tour appareil et techniques à Michèle Lemieux).

Face aux restrictions technico-économiques que posent la création de films d’animation au cours du siècle dernier, l’apparition des technologies numériques, leur application, leur manipulation et leur diffusion, changent la donne. Ces technologies permettent à des individus isolés ou à des équipes très réduites de produire et de diffuser leurs réalisations d’une autre manière, infusant l’animation hors de ce qui, justement, pouvait sembler être son écosystème naturel (celui des studios d’animation aux effectifs pléthoriques dont Disney demeure l’archétype). L’animation, en ce début de XXe siècle, s’avère être à la fois l’un des espaces artistiques les plus hybrides et l’une des pratiques les plus marqués par le temps. Continuellement tournée vers ses futurs possibles et attentive à l’innovation technique, l’animation est également, comme le remarquent de nombreux théoriciens, un espace de création où les cinéastes ne cessent de solliciter, de redécouvrir et de réactualiser leurs potentialités plastiques de techniques anciennes. L’animation conjuguée à l’expérimentation questionne donc un rapport au temps d’une richesse et d’une complexité particulières dont nous souhaitons faire la colonne vertébrale de ce colloque.

Avec le soutien d’ECLLA de l’Université Jean Monnet Saint-Etienne, de l’IUT de Roanne, du Festival Ciné Court Animé de Roanne et de NEF Animation

Pour les visuels :

  • © Jacques Perconte
  • © Adriaan Lokman/Wendy Griffiths-Stéphane Piera (Dark Prince)-Richard Valk (Valk Productions)
Created By
DUTEL Jérôme
Appreciate

Credits:

Adriaan Lokman et Jacques Perconte