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Fourniret et l'or des Postiches incarcéré en alsace, Le tueur des ardennes, qui vient d'avouer deux autres meurtres, est juge du 13 au 16 novembre aux assises des yvelines pour l'assassinat, en avril 1988, de Farida hammiche, la compagne d'un ex-compagnon de cellule. Retour sur une personnalité et un parcours meurtrier hors-normes.

Ecrit par Alain MORVAN et Eric Nicolas, réalisé par Karine FRELIN

Déjà condamné en mai 2008 à la perpétuité incompressible pour sept meurtres de jeunes filles commis entre 1987 et 2001, Michel Fourniret,, aujourd'hui âgé de 75 ans et détenu à la centrale d'Ensisheim, en Alsace, a avoué deux autres crimes : celui de Marie-Angèle Domèce, 19 ans, en 1988, et celui, deux ans plus tard, de Joanna Parrish, 20 ans.

En attendant d’être jugé pour ces deux faits commis dans l’Yonne, celui qui est surnommé « le tueur des Ardennes » est renvoyé une nouvelle fois aux assises et ce, pour l’assassinat de Farida Hammiche, commis le 12 avril 1988. Il est jugé à Versailles du 13 au 16 novembre 2018.

Un "trésor de guerre"

Cet homicide avec préméditation, Fourniret l’a avoué. Il lui a notamment permis de faire main basse sur une partie du trésor du fameux Gang des postiches. Farida Hammiche était l’épouse d’un ancien codétenu de Fourniret à Fleury-Mérogis, un certain Jean-Pierre Hellegouarch. Embastillé pour braquage, ce caïd s’est retrouvé un jour «devant la nécessité de récupérer une certaine somme d’argent à un certain endroit. Facile, il y avait juste un trou à faire».

Tupperwares et lingots

Cet argent, enterré derrière une pierre tombale dans le cimetière de Fontenay-en-Parisis (Val-d’Oise), c’est celui du Gang des postiches, du nom de ces malfaiteurs qui, entre 1981 et 1986, ont commis, déguisés et perruqués, une vingtaine de vols à main armée.

Hellegouarch a eu vent de la localisation de ce trésor de guerre par l’intermédiaire d’un autre détenu, Gian-Luigi Esposito, de un Italien qui s’était évadé en hélicoptère d’une prison de Rome en compagnie d’André Bellaïche, membre officiel des Postiches.

La nuit est noire en ce jour de mars 1988. Tout au fond du cimetière, Farida Hammiche et Fourniret s'activent, creusent derrière la tombe du dénommé Louis Gloriand, inhumé, pour la petite histoire, en 1922. Sous leurs doigts terreux, un pactole : une vieille caisse à outils dans laquelle se trouvent des Tupperware remplis de 80 kg de lingots et de pièces d'or.

"Seulement un transfert de propriété..."

Monique Olivier les attend dans la voiture, à 2 km du cimetière. Elle vient les chercher et le trio repart à Vitry-sur-Seine dans l'appartement de Farida. Fourniret aménage une cache au-dessus de la porte des toilettes pour y planquer le magot.

La récompense qui aurait été attribuée à Fourniret, 500 000 francs, ne lui suffit pas -il en conteste même l'existence- et le mois suivant, à Clairefontaine-en-Yvelines, il étrangle Farida, chez laquelle est planqué le pactole. Entendu plus tard, Fourniret précisera sans la moindre émotion : «Il n’y a eu aucun aspect sexuel, il s’agissait seulement d’un transfert de propriété…»

Une partie de l’argent servira à financer l’acquisition du château du Sautou, près de Charleville-Mézières, dans les Ardennes françaises. Le jour de la vente, Fourniret pose carrément 1 200 000 francs en liquide sur le bureau du notaire.

Au bout du chemin, le château de Sautou, près de Sedan (Ardennes), construit en 1870. Photos Alexandre MARCHI

En mai 2008, lors du procès de Fourniret, Hellegouarch raconte qu’en 1992, au hasard d’une de ses gardes à vue, il a finalement appris que Fourniret avait acheté le Sautou.

- J'y suis allé. Je l'ai croisé en arrivant, je lui ai tiré dessus.

- "Et vous l'avez raté", souligne le président de la cour d'assises.

- Oui. Et cela ne m'arrive pas souvent... Je suis entré dans le château. Il y avait Monique et le gosse. Je lui ai dit de m'appeler s'il revenait, je n'en voulais qu'à lui. Elle ne l'a jamais fait ».

Qui étaient les Postiches ?

Avec une trentaine de hold-up à leur tableau de chasse, les Postiches ont défrayé la chronique des faits divers de 1981 à 1986, multipliant les braquages de banques dont ils vidaient scrupuleusement les coffres, affublés de perruques, fausses barbes et moustaches. D'où leur nom et la sympathie dont ils bénéficièrent parmi le public, jusqu'à la fusillade de janvier 1986 qui laissa deux victimes - un policier et un gangster - sur le carreau. Photo © 2007 AJOZ FILMS - EUROPACORP GLASKI PRODUCTIONS - FRANCE 3 CINEMA

  • A LIRE.- "Les Postiches, un gang des années 80", par Patricia Tourancheau, Editions Fayard.
  • A VOIR.- "Le dernier gang", réalisé par Ariel Zeitoun, inspiré du Gang des postiches, sorti en octobre 2007.

Samedi 13 décembre 1986, le Gang des Postiches est totalement démantelé par l'arrestation de ses derniers membres, Jean-Claude Myszka, André Bellaïche, Patrick Geay et Gian Luigi Esposito, à Yerres, dans l'Essonne. Le même Esposito qui a parlé de son "trésor de guerre" à Jean-Pierre Hellegouarch, dupé par Michel Fourniret.

Les protagonistes du procès, Versailles, 13-16 novembre 2018

  • Président : Didier Safar, président de chambre à la cour d’appel de Versailles
  • Ministère public : Benoît Meslin, avocat général
  • Accusés : Michel Fourniret, né le 4 avril 1942 à Sedan (Ardennes), détenu pour une autre cause, représenté ou assisté par Me Grégory Vavasseur, avocat au barreau de Versailles ; Monique Olivier, née le 31 octobre 1948 à Tours ( Indre-et-Loire), détenue pour une autre cause, représentée ou assistée par Me Richard Delgenes, avocat au barreau de Charleville-Mézières.)
  • Parties civiles : Abdel Hammiche, Dalila Hammiche, Nora Hammiche épouse Gherbi, représentés ou assistés par Me Yolaine Bancarel-Lancien, avocate au barreau du Val-de-Marne ; Yu Fung Lam, Jean-Pierre Hellegouarch, représentés ou assistés par Me Didier Seban, avocat au barreau de Paris.

Fourniret et Monique Olivier, les diaboliques

Premier jour de procès aux assises des Ardennes le 27 mars 2008. Le président de la cour d'assises, Gilles Latapie, et devant lui, les pièces à conviction. Photo Alexandre MARCHI

Monique Olivier, dans l'ombre de Fourniret

Femme soumise ou inspiratrice ? Michel Fourniret serait-il devenu un serial killer d’envergure sans Monique Olivier ? On peut se poser la question tant le double criminel du tueur en série a été une assistante zélée lors des rapts et plusieurs meurtres de ses jeunes victimes.

Monique Olivier, lors du procès de Charleville-Mézières, en avril 2008. Archive Alexandre MARCHI

Elle est pour les uns « la pierre qui affûte le sabre de Michel Fourniret ». Pour d’autres, elle est la femme de l’ombre, sans qui l’ogre des Ardennes serait resté un agresseur d’adolescentes, mais jamais le serial killer qu’il est devenu. Pour certains, enfin, elle est « le metteur

en scène » des atrocités commises par Fourniret. L’éminence grise qui se cache derrière la mécanique criminelle du tueur de jeunes filles.

1985. « Prisonnier aimerait correspondre avec personne de tout âge pour oublier solitude. C'est en répondant à cette petite annonce, parue dans le magazine Le Pèlerin que Monique Olivier, 36 ans, échange ses premiers courriers avec celui qu'elle appellera bientôt son "fauve". Elle est tourangelle de naissance, sans histoire, cadette d'une famille de quatre enfants, issue d'un milieu modeste. A l’époque, elle sort de quatre années d'auxiliaire de vie pour une handicapée, s'extirpe d'une séparation et deux divorces, laissant à son époux la garde de leurs deux enfants. Elle ne sait rien de Fourniret, si ce n'est qu'il est détenu pour de nombreuses agressions sexuelles.

"En décembre 1987, elle est la figure rassurante qui fait monter Isabelle Laville dans sa voiture"
Me Alain Behr, avocat au barreau de Nancy, partie civile pour la famille Laville au procès de 2008. Photo Pierre MATHIS

Me Alain Behr est le pénaliste nancéien qui représentait la famille d’Isabelle Laville, la première victime enlevée, violée et tuée, en décembre 1987, par Michel Fourniret, six semaines après sa sortie de prison et l’installation du couple Olivier-Fourniret à Saint-Cyr-lès-Colons (Yonne). « J’ai le sentiment que si Fourniret et Monique Olivier ne s’étaient pas rencontrés, il aurait continué son parcours de petit criminel et que la dimension monstrueuse de Fourniret se révèle avec les fantasmes de Monique Olivier. »

"L'Est Républicain" du 23 juillet 2004.

« Lors de l’enlèvement d’Isabelle Laville, elle est la figure rassurante qui fait monter Isabelle dans sa voiture. Un kilomètre plus loin, ils prennent en stop un homme, visiblement en panne, avec son bidon à la main. C’est Fourniret. Là, ils concrétisent le pacte conclu lors de leurs échanges épistolaires ». Soit : Fourniret doit tuer les deux premiers maris de Monique, qui l'avaient humiliée, et en échange, elle lui fournira des jeunes filles vierges. « Fourniret explique qu'il n'a jamais supporté que sa première femme n'arrive pas vierge à leur mariage. », raconte Roger Maudhuy, qui a écrit un livre sur le tueur en série. Mais ce jour-là, « comme Fourniret n’arrive pas à violer Isabelle, Monique Olivier lui fait une fellation », rappelle Me Alain Behr. Pour les premiers meurtres, commis entre 1987 et 1990, Monique Olivier a un rôle actif. C'est elle qui attire les jeunes filles. C'est elle qui, parfois, fait leur toilette intime avant que son mari les viole.

"La mésange et l'ogresse"

L’écrivain Harold Cobert, qui a publié en 2016 «La mésange et l’ogresse», s’est immergé dans la psychologie de Monique Olivier. Le résultat est un étonnant roman à la première personne où il incarne tour à tour la femme de Fourniret et le policier belge Jacques Fagnart. Au bout de 120 interrogatoires, ce dernier obtient le 22 juin 2004 les révélations de Monique Olivier sur les meurtres du serial killer. Une plongée incroyable dans une série criminelle, qui intervient en pleine affaire Dutroux et dans une Belgique en pleine psychose pédophile. « Avant de la connaître, il n’a pas tué. Entre eux, dans les 700 pages de lettres qu’ils échangent, naît le pacte qui consiste pour lui à tuer son mari, et pour elle à lui fournir des vierges. Tout ce qu’ils ont réalisé était écrit avant. Et on a cru que Monique Olivier était une pâte molle amorphe, mais c’est faux. Son QI est de 131. Après la confession libératrice qu’elle lui fait en racontant sa vie sexuelle, ils ne forment plus qu’un », analyse Harold Cobert. Un monstre « global » qui part en chasse.

  • A LIRE.- "La mésange et l'ogresse", Harold Cobert, Editions Plon.
"On ne peut pas retenir l'hypothèse de la faible femme poussée au crime pendant vingt ans"

En 2008, les rapports au sein du couple Fourniret sont au cœur du procès hors normes de Charleville-Mézières. Monique Olivier tente jour après jour de se fondre dans le décor, de disparaître dans sa partie du box. Lui, la méprise, la protège ou l’insulte. Comme ce jour, où il sort de ses gonds, sur fond d’affaire Farida Hammiche : « Arrête tes conneries, merde, connasse ! » Le psychiatre Daniel Zaguri a expertisé Monique Olivier. « Les crimes ont été commis par un couple criminel. On ne peut pas retenir l’hypothèse de la faible femme poussée au crime pendant vingt ans ».

Le couple Fourniret a divorcé en 2013. En 2008, au procès, Fourniret avait accusé Monique Olivier d’avoir achevé Farida Hammiche, ce qu’elle nie.

"Sa place évolue auprès de Fourniret"
Me Richard Delgenes, avocat de Monique Olivier, pendant le procès aux assises de Charleville-Mézières en avril-mai 2008. Archive Alexandre MARCHI

Me Richard Delgenes, du barreau de Charleville-Mézières, défend Monique Olivier depuis 2008. Il s’énerve de la vision fantasmée que nombre d’observateurs ont de sa cliente. « Sa place évolue auprès de Fourniret. Au départ, c’est une victime. Au fil du temps, elle est de plus en plus active à ses côtés, c’est vrai. Sa personnalité est celle d’un caméléon, comme l’ont expliqué un collège de psychologues belges. Elle s’adapte à Fourniret. Même la justice est cohérente dans ce sens, quand elle est condamnée, comme complice, à deux ans de sûreté de moins que Fourniret [vingt-huit ans contre trente ans, N.D.L.R.]».

Michel Fourniret, tueur en série

A 76 ans, le tueur en série fascine et inquiète toujours autant. Qui est celui que les médias ont fini par surnommer "l'ogre des Ardennes", interpellé en 2003 ?

Haut de deux bons mètres, le tas de bois n'a pas bougé d'une bûche. Celui des ardoises, destinées à couvrir la maison, n'a pas diminué non plus. Dans le jardin aux herbes folles, une pelle rouillée. La pelle de Fourniret. « De toute façon, cette maison, en face, là, elle est maudite. La meilleure solution serait de la raser. C'est ce que tout le monde souhaite ici. »

Gaëtan habite au 17 rue de Vencimont à Sart-Custinne, en Belgique, à l'est de la pointe de Givet, à une quarantaine de kilomètres de Charleville-Mézières. En face, c'est le 18, vieille bâtisse en pierre pas très avenante. Fourniret est venu s'installer ici, sur les hauteurs de la commune en 1992, avec sa femme Monique Olivier, et leur fils Selim. C'est là qu'il est interpellé le 26 juin 2003 au lendemain de l'enlèvement manqué de la petite Marie-Ascension. La fin de son périple de tueur.

On lui reproche le meurtre de sept jeunes filles, entre 1987 et 2001. « Il y a un trou entre 1990 et 2000 mais Fourniret était à ce moment-là quand même actif », explique Roger Maudhuy, l'écrivain ardennais qui lui a consacré un ouvrage. « Un tueur en série ne s'arrête pas comme ça, c'est impossible. Et puis, pendant cette période, il y a eu quand même des agressions et des tentatives d'enlèvement ».

A Sart-Custinnes, en Belgique, le 18 rue de Vencimont, la dernière maison, "maudite", des Fourniret. En bas à droite, Roger Maudhuy, l'écrivain ardennais qui a consacré un ouvrage au tueur en série. Photos Alexandre MARCHI

Gaëtan, le voisin, n'a rien remarqué. « Cela a été un choc quand on a vu débarquer la police. Vous côtoyez quelqu'un pendant presque dix ans et vous apprenez un jour que c'est un tueur en série. C'est terrible. »

"Nous étions reçus chez les Fourniret et ils venaient également dîner à la maison. Lui, c'était une grande gueule, il avait aussi beaucoup d'humour"

Cette maison de Sart-Custinne, Fourniret, réputé travailleur, l'a entièrement retapée de ses mains. « Quand nous sommes arrivés en 1994 », poursuit Gaëtan, « il est venu se présenter comme entrepreneur. C'est donc fort logiquement que nous avons fait appel à lui quand nous avons voulu réaliser quelques travaux de rénovation dans notre maison. Nous sommes donc devenus assez proches de la famille Fourniret. Nous étions reçus chez eux et ils venaient également dîner à la maison. Lui, c'était une grande gueule, il avait aussi beaucoup d'humour ».

Dans le couple, « c'est lui qui décidait tout. Elle, Monique Olivier, c'était plutôt l'épouse soumise. Nous nous sommes éloignés d'eux car ma femme ne supportait plus les horaires de travail de Fourniret. Le soir, très tard, le dimanche matin, à 8 h. On ne pouvait rien lui dire. Plus les années passaient, plus il devenait difficile. A partir de 2000, il était coupé du monde, il était devenu complètement imprévisible. Il dressait son chien, un gros berger, Lyka, à l'attaque et le laissait en liberté. L'animal a attaqué plusieurs fois mes enfants. Une fois, j'ai même été choqué par la violence avec laquelle il a tabassé son chien. Fourniret avait des mains vraiment impressionnantes. Il a attrapé la tête de Lyka pour la fracasser à plusieurs reprises par terre. »

Le 16 mai 2000, Fourniret avoue à sa femme "être parti à la chasse et avoir obtenu satisfaction"

Fourniret travaillait tout le temps, faisait des tonnes de trous dans son jardin. Dans le village, pour rigoler, il se disait qu'il y aurait « bientôt ici une station du métro de Charleroi ». Les gendarmes belges ont tout retourné. Rien trouvé. Juste, dans la cave en terre battue, une longue chaîne attachée au mur et, par terre, des châtaignes grignotées par des êtres humains. Fourniret, de toute façon, avait pris l'habitude, quand il résidait à Sart-Custinne, d'aller déposer le corps de ses victimes en forêt : la dépouille de Mananya Thumpong, 13 ans, enlevée à Sedan, a été retrouvée en Belgique, dans une sapinière près de Nollevaux. Le corps de Céline Saison, 18 ans, disparue en 2000 en plein centre de Charleville, à Sugny, toujours en Belgique.

La forêt de Sugny

La forêt de Sugny, en Belgique. A droite, la plaque à la mémoire de Céline, assassiné par Fourniret. Au fond, un pot de fleurs matérialisant l'endroit où il a déposé le corps. Photos Alexandre MARCHI

L'endroit est lugubre. Depuis la route, il suffit de faire 300 mètres dans ce chemin coupe-feu pour arriver à la stèle de Céline Saison. Sur la plaque, « en mémoire de Céline, assassinée le 16 mai 2000 ». Quelques petits arbres et, plus loin, à l'endroit où Fourniret a déposé le corps, dans les sapins, un petit pot en plastique vert avec des fleurs séchées. Monique Olivier a expliqué que ce jour-là, le 16 mai 2000, son mari lui avait avoué « être parti à la chasse et avoir obtenu satisfaction ». Fourniret a enlevé Céline à la sortie de son lycée, l'a violée puis l'a étranglée.

Deux autres jeunes victimes ont été enterrées en 1989 dans le parc du château du Sautou. Un petit manoir très difficile à trouver, perdu dans la forêt de Donchéry, près de Charleville-Mézières. Un coin tranquille. « C'est un relais de chasse qui a été bâti à la fin du XIXe siècle par un riche industriel ardennais », souligne Robert Maudhuy, l'écrivain ardennais. Une imposante bâtisse principale avec ses tours pointues, de nombreuses dépendances et un parc de 13 hectares. Un parc dans lequel Fourniret, après voir violé Elisabeth Brichet, 12 ans, et Jeanne-Marie Desramault, 22 ans, a enterré leurs corps dans une tranchée. « Voyez l'étendue de ce parc », poursuit Roger Maudhuy. « Impossible de tout fouiller. Mais, c'est certain, il y a d'autres corps. »

Farida Hammiche : quand Fourniret raconte

Nous sommes aux assises des Ardennes, à Charleville-Mézières en avril 2008: Michel Fourniret raconte un meurtre, pour la première fois. Celui de Farida Hammiche, qui lui vaut de comparaître à nouveau mardi 13 novembre 2018 à Versailles.

8 avril 2008. Le box où sont installés les accusés est encore vide alors que les avocats prennent place pour cette nouvelle journée de procès aux assises des Ardennes à Charleville-Mézières. Photo Alexandre MARCHI

Une gueule. Une sacrée gueule même, ce Jean-Pierre Hellegouarch. Un ''Tonton flingueur'', mélange de Yul Brynner, Bernard Blier et André Pousse. Un caïd à l'ancienne, avec ses expressions d'un autre temps. « Un jour, en 1988, alors que j'étais détenu à Fleury-Mérogis, je me suis retrouvé devant la nécessité de récupérer une certaine somme d'argent à un certain endroit », explique froidement Hellegouarch à la barre. « Facile, il y avait juste un trou à faire. Fourniret a accepté ».

L'Ardennais, il l'a connu en détention. « Je le surnommais Popeye, à cause de ses grosses mains et de ses avant-bras. Il m'a envoyé deux ou trois lettres quand il est sorti de prison. J'ai demandé à ma femme, Farida, de prendre contact avec lui ». Le projet est simple et lucratif, 80 kg d'or à déterrer.

Hellegouarch affirme que « Farida lui a donné l'équivalent de 500.000 francs pour ce service », Fourniret assure n'avoir rien touché. « C'est pour cela que j'ai décidé, quelques semaines plus tard, de me venger ».

"Michel, ne me tue pas comme ça !"

Le couple revient chez Farida. « Je lui ai expliqué qu'elle devait nous aider à aller chercher des armes cachées dans une vieille ferme », reprend le tueur. La compagne du caïd est assassinée dans une ancienne carrière, à Clairefontaine (Yvelines). Non sans avoir supplié son meurtrier qui l'étranglait : « Michel, ne me tue pas comme ça ! »

"Si c'est important de retrouver son corps ? Oui. Pour avoir une sépulture. Ce n'est quand même pas une chienne"

Le couple Fourniret pousse le vice jusqu'à aider la famille Hammiche dans la recherche de Farida. « Monique Olivier est même venue me voir en prison. Elle m'a dupé, elle m'a enfumé », peste Hellegouarch. Le caïd se tourne vers Fourniret. « Les détails sur le meurtre, tu peux te les garder. Tu rentres, tu te pends et tout le monde sera content. »

Fourniret n'a jamais indiqué où se trouvait le corps. « Si c'est important de le retrouver ? Oui », assure Hellegouarch. « Pour avoir une sépulture. Ce n'est quand même pas une chienne ».

Une vie en 13 dates

  • 4 avril 1942.- Michel Fourniret naît à Sedan. Il épouse sa première femme, Annette, le 31 mai 1963. Un fils naîtra de cette union.
  • 1967.- Agression d'une fillette dans les Ardennes et première condamnation. A 25 ans, il écope de huit mois de prison avec sursis, assortis d'une obligation de soins. Sa femme demande le divorce. Il sera prononcé le 18 octobre 1968.
  • 1970.- Deuxième mariage. Les époux ont un fils, qui décède accidentellement à l'âge de 17 ans, et des jumelles. L'une d'elles se suicide en 2006 après les aveux de son père.
  • 23 mars 1984.- Interpellé pour une dizaine d’agressions sexuelles et de viols dans la région parisienne. Lors de sa détention provisoire, à nouveau divorcé, il entame une correspondance avec Monique Olivier, séparée et mère de deux enfants.
  • 26 juin 1987.- Condamné par la cour d'assises de l'Essonne à sept ans de détention dont deux avec sursis pour agressions sexuelles sur plusieurs jeunes femmes. Par le jeu des remises de peine, il sort de prison en octobre. Il s'installe à Saint-Cyr-les-Colons, dans l'Yonne, avec Monique Olivier.
  • Décembre 1987.- Premier meurtre, d'Isabelle Laville, 17 ans.
  • 1988.- Déménagement du couple dans les Ardennes, à Floing. Leur fils Selim naît le 9 septembre, ils se marient le 28 juillet 1989.
  • 26 juin 2003.- Interpellation à Ciney, en Belgique, après l'enlèvement de Marie-Ascencion, une jeune fille de 13 ans qui a réussi à prendre la fuite.
  • 2004.- Le 28 juin, Monique Olivier accuse son mari de neuf meurtres. Le 30 juin, Fourniret, alors détenu à Dinant en Belgique, en avoue six, en plus de celui d'une automobiliste sur une aire d'autoroute en Bourgogne, et de celui de Farida Hammiche.
  • 1er mars 2005.- Monique Olivier accuse Fourniret de trois nouveaux meurtres en Belgique, trois baby-sitters, qu'elle dit avoir recrutées entre juillet 1992 et janvier 1997 en sachant que son époux les tuerait.
  • 9 janvier 2006.- Un mois après sa femme, Fourniret est extradé en France.
  • 27 mars 2008.- Début du procès des époux devant la cour d'assises de Charleville-Mézières.
  • 28 mai 2008.- Condamnation à la perpétuité incompressible pour Fourniret, perpétuité assortie d'une période de sûreté de 28 ans pour Monique Olivier.

La preuve par dix

De gauche à droite et de haut en bas : Isabelle Laville, 17 ans, Farida Hammiche, 30 ans, Céline Saison, 18 ans, Elisabeth Brichet, 12 ans, Fabienne Leroy, 20 ans, Jeanne-Marie Desramault, 22 ans, Joanna Parrish, 20 ans, Mananya Thumpong, 13 ans, Marie-Angèle Domèce, 19 ans, et Natacha Danais, 13 ans.
  • Décembre 1987.- Michel Fourniret commet son premier meurtre avec l'aide active de sa femme. Il enlève, viole et tue Isabelle Laville, alors âgée de 17 ans. Le 30 juin 2006, son corps est découvert dans l'Yonne sur les indications de Fourniret.
  • 12 avril 1988.- Michel Fourniret tue Farida Hammiche, la compagne d'un de ses anciens codétenus. Son corps n'a jamais été retrouvé.
  • 8 juillet 1988.- Marie-Angèle Domèce, jeune handicapée mentale âgée de 19 ans, disparaît à la sortie du foyer Leclerc de Fourolles, à Auxerre. Son corps n'a jamais été retrouvé. Le 11 mars 2008, Fourniret est inculpé pour son enlèvement et son assassinat.
  • 3 août 1988.- Fabienne Leroy, 20 ans, disparaît à Châlons-en-Champagne. La police découvre ses restes plus tard dans des bois environnants ; elle a été violée et tuée par balle.
  • 18 mars 1989.- Jeanne-Marie Desramault, jeune étudiante de 22 ans, disparaît à Charleville-Mézières. Il l'avait rencontrée dans le train entre Paris et Charleville-Mézières et avait réussi, avec sa femme, à l'attirer chez lui.
  • 20 décembre 1989.- Fourniret, toujours aidé de Monique Olivier, enlève, viole et tue Elisabeth Brichet, une jeune Belge de 12 ans. D'abord attribué à Marc Dutroux, le meurtre est finalement avoué par Fourniret en 2004. Le 3 juillet 2004, sur ses indications, son corps ainsi que celui de Jeanne-Marie Desramault est découvert dans le parc du château de Sautou à Donchery dans les Ardennes où il a habité.
Michel Fourniret et Monique Olivier ont été jugés et condamnés pour cinq meurtres, ceux d'Isabelle Laville, Fabienne Leroy, Jeanne-Marie Desramault, Natacha Danais et Elisabeth Brichet, et deux assassinats, de Céline Saison et Mananya Thumpong.
  • 17 mai 1990.- Le corps nu de Joanna Parrish, une Britannique alors assistante d'anglais au lycée Jacques-Aymot d'Auxerre, est retrouvé à Moneteau (Centre). L'autopsie révélera qu'elle a été violée et battue avant sa mort. Le 11 mars 2008, il est inculpé pour son enlèvement et son assassinat. En juin 2012, la cour d'appel de Paris annule l'ordonnance de non-lieu dans l'affaire Joanna Parrish et demande aux juges de rouvrir l'instruction sur la base de nouvelles pistes. Le 16 février 2018, il reconnaît avoir tué Joanna Parrish et Marie-Angèle Domèce au cours d'auditions devant le juge d'instruction. Dans ces deux affaires, Michel Fourniret avait été dénoncé à deux reprises par son épouse Monique Olivier, qui s'était par la suite rétractée.
  • 24 novembre 1990.- Natacha Danais, 13 ans, disparaît à Rezé, dans la banlieue sud de Nantes. Le corps de l'adolescente est retrouvé quelques jours plus tard, poignardé, dans les dunes de Brem-sur-Mer.
  • 16 mai 2000.- Céline Saison, 18 ans, est portée disparue à Charleville-Mézières alors qu'elle venait de passer une épreuve du bac. Son corps est retrouvé, le 22 juillet, dans les Ardennes belges.
  • 5 mai 2001.- Mananya Thumpong, 13 ans, disparaît près de Sedan alors qu'elle revenait de la médiathèque. Les restes de son corps sont retrouvés dans le bois de Nollevaux, à une trentaine de kilomètres de Sedan.

Fourniret de A à Z

A... comme Arrestation

Elle a lieu en Belgique. Nous sommes le 26 juin 2003, à Ciney, non loin de Namur, en Belgique, Michel Fourniret aborde Marie-Ascension, 13 ans, d’origine burundaise, et parvient à la faire monter dans sa voiture. Alors que son ravisseur lui a affirmé qu’il était « pire que Dutroux », la jeune victime réussit à s’échapper de la camionnette blanche, faire du stop et donner l’alerte. Identifié, Fourniret est arrêté chez lui le jour-même.

B comme... Brichet (Elisabeth)

Une des victimes de Fourniret. Il l’avait abordée le 20 décembre 1989 à Saint-Servais (Belgique). La jeune fille de 12 ans est violée puis étranglée et enterrée au château du Sautou près de Sedan.

C comme... calmants

Une des victimes de Fourniret, Isabelle Laville, a été shootée avec « la drogue du viol », le Rohypnol, avant d’être violée par le tueur en série.

D comme... Danais (Natacha)

Le 21 novembre 1990, Fourniret vient d’être condamné la veille au tribunal à Nantes, quand, près d’un supermarché de Rezé, il repère «un beau petit sujet», selon sa terrifiante expression.

D comme... Domèce (Marie-Angèle)

Voir P comme… Parrish.

F comme... froid

Photo Alexandre MARCHI

Avec ce tueur en série froid et calculateur, tout est organisé, prémédité, calculé. Lors du procès de Charleville-Mézières, en 2008, il va continuer à être odieux et tenter d’imposer sa loi. Comme il n’a rien à perdre et qu’il sait que la perpétuité est au bout du chemin, il insulte les avocats, se moque des juges, joue de sa perversité.

H comme... humanité

Photo Alexandre MARCHI

C’est un mot tiré de la remarquable plaidoirie de Me Pierre Blocquaux, ex-bâtonnier de Charleville-Mézières et qui défendit Fourniret il y a dix ans : « Quoi qu'il ait fait, c'est un homme que l'on juge […]. Monsieur Fourniret appartient à notre humanité, hélas ! S'il n'est pas un homme, ce procès n'a pas de sens ».

I comme... incompressible

Michel Fourniret purge une peine de perpétuité incompressible, la peine maximale prévue par le code pénal. Au-delà des trente ans de sûreté qui lui sont imposés, trois experts devront statuer sur son sort et évaluer sa dangerosité.

L comme... Laville (Isabelle)

Jean-Pierre LAVILLE devant le portrait de sa fille Isabelle. Son corps a été localisé dix-neuf ans plus tard sur les indications du tueur en juin 2006. Photo Alexandre MARCHI

A 17 ans, elle est enlevée par le couple Fourniret à Auxerre le 11 décembre 1987. Son corps est découvert en 2006 sur les indications de Fourniret. La famille d’Isabelle est défendue par l’avocat nancéien Me Alain Behr.

M comme... Mouzin (Estelle)

Le 2 mars 2018, Fourniret a affirmé ceci devant la doyenne des juges d’instruction du TGI de Paris : « Je ne nie pas être impliqué dans l'affaire Estelle Mouzin. » En 2006, le nom du tueur en série était déjà apparu dans l'enquête et, selon Corinne Herrmann, l'avocate du père d'Estelle Mouzin, « la piste Fourniret n'a pas été sérieusement explorée » par la PJ de Versailles. Sa responsabilité avait été écartée sur la base d’un coup de fil passé par Fourniret depuis leur domicile l’empêchant d’être en même temps le 9 janvier 2003 à Guermantes, lieu de l’enlèvement. Monique Olivier avait avoué à une codétenue en 2015 que cet alibi était faux. En 2007, il disait dans un courrier au président de la chambre de l’instruction de Reims avoir des explications à donner à trois familles Domèce, Parrish et… Mouzin.

O comme... Olivier (Monique, son ex-femme et complice)

« Il est la mèche, elle est l’allumette », ont estimé de nombreux observateurs du dossier. Elle avait répondu à une petite annonce parue dans "Le Pèlerin" le 12 septembre 1986 dans laquelle Fourniret, en prison, cherchait à correspondre avec quelqu’un à l’extérieur. Dans le cadre d’un pacte criminel, elle est devenue son assistante dans le crime. Ils ont divorcé en 2011. Condamnée à perpétuité et vingt-huit ans de sûreté en 2008. Avec lui, elle a un fils, Sélim.

P comme... Parrish (Joanna)

En février 2018, Fourniret s’attribue les meurtres de Marie-Angèle Domèce et Joanna Parrish. Marie-Angèle, jeune fille de la Ddass âgée de 19 ans disparaît le 8 juillet 1988, après avoir quitté le foyer où elle était hébergée, à Auxerre, et la gare d'Auxerre. Une Britannique de 20 ans, Joanna Parrish avait été retrouvée violée et étranglée, toujours près d'Auxerre, en 1990. Fourniret pourrait être jugé en 2019 pour ces faits, dont l’avait accusé Monique Olivier en 2005.

S comme... Sart-Custinne

Capture d'écran Google Maps

Village des Ardennes en Belgique, où il s’installe avec sa femme et son fils. Il effectue plusieurs petits boulots là-bas : bûcheron, carreleur, maçon et… surveillant dans une école de Gédinne.

T comme... tirade

Francis Nachbar, avocat général au procès de 2008. Photo Alexandre MARCHI

Ce fut son ultime coup d’éclat au procès de 2008. Dans un texte rédigé pour partie en alexandrins, il a distribué bons et mauvais points aux acteurs du procès. Après avoir salué « plusieurs voix » sur le banc des parties civiles, il a par contre accablé l’avocat général qui ne l’avait pas ménagé. « Il n’en fut pas de même, c’est sans surprise hélas, de la part d’un roquet [l’avocat général, Francis Nachbar] ».

V comme... virginité

C’est l’obsession de Fourniret. Il vante chez ses petites victimes « la grâce » ou « leur rayonnement » : « Elle irradiait », raconte lors d’une audition le tueur en série lui-même. Arrêté en 1984 pour treize agressions et condamné à cinq ans de prison, Michel Fourniret ne tue ses victimes qu’après sa rencontre avec Monique Olivier, en 1987.

Z comme... Zagury (Daniel, expert-psychiatre)

Daniel Zagury a étudié de nombreux profils de tueurs en série. Photo Alexandre MARCHI

L’expert, spécialiste des grands criminels comme Guy Georges ou Patrice Alègre, considère que Fourniret est « le tueur en série français le plus abouti », comme il l’avait rappelé lors de son procès en 2008. « Manipulateur, maître du jeu, il fige tout en deux dimensions, les dominants, les dominés. Dans le monde de Fourniret, il n'y a pas de demi-mesure, c'est la dialectique du maître et de l'esclave».

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L'Est Republicain
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