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Les néophytes sont parmi nous Ces plantes qui envahissent

Photos et texte: Françoise Tschanz

On les voit partout, ces plantes, sans forcément connaître leurs noms. Plus ou moins jolies, elles garnissent les bords de chemins, les jardins, les haies, les bords de rivières... De plus en plus, elles sont présentes. Une question de mode? Et si c’étaient elles qui ont décidé de s’implanter, voire même parfois d’envahir. Ce n’est donc pas pour rien qu’elles s’appellent «plantes invasives».

Il s’agit ici de suivre leurs traces, d’en savoir davantage sur ces «néophytes». Une première partie, en français, présente quelques espèces croquées dans la région de La Neuveville, au bord du lac de Bienne. Il s’agira ultérieurement, dans une seconde partie, en allemand, de découvrir le combat qu’un service spécialisé de l’Administration cantonale bernoise leur livre le long de l’Aar.

Commençons par l'herbe de la pampa, majestueuse plante graminée originaire d'Amérique du Sud, très présente dans les jardins comme ornement. Mais elle peut vite devenir envahissante, monopoliser le terrain, empêcher la pousse d'autres espèces grâce notamment à des échanges chimiques...

Cet arbre vigoureux, ce «faux vernis du Japon», ou ailante glanduleux, se trouve sur les hauts de La Neuveville, au bord du lac de Bienne, dans un jardin privé. Son propriétaire l'y a planté, ne sachant pas qu'un jour... des graines envolées assureraient une descendance à quelques mètres de là, à l'orée de la forêt.

Les fruits ailés (samares) sont semblables à ceux des frênes, mais torsadés, jaunes et purpurins, et portent une graine centrale. Ils sont nombreux, groupés en grappes pendantes. Dispersés par le vent, ils permettent l’établissement rapide de nouvelles populations.
L'écorce de l'ailante – ici dans une forêt près de Belp – est faite de lenticelles en forme de losange. Les jeunes rameaux ont une écorce duveteuse.
En automne, la verge d’or du Canada, également appelée gerbe d’or ou solidage du Canada, tourne au blanc-gris. Mais pendant les mois d’été, son jaune aura envahi de nombreuses et grandes surfaces. Comme d’autres néophytes, les verges d’or ont été introduites comme plantes ornementales et mellifères et se sont facilement naturalisées. Elles peuvent former des populations étendues et denses inhibant la végétation indigène. De nouvelles introductions accidentelles ont lieu notamment à partir d’inflorescences fanées qui sont jetées sur un compost de jardin sur lequel les graines vont mûrir avant de se disperser.

Eric Grossenbacher, enseignant à la retraite et botaniste émérite, a été notre guide sur les traces des plantes invasives dans la région de La Neuveville. Il en a repéré plusieurs, pas ou plus toujours visibles actuellement: ailante (tjrs présent); ambroisie (éradiquée); berce du Caucase (jardin, éradiquée); érable negundo (tjrs présent); impatiente glanduleuse (éradiquée); herbe de la pampa (tjrs présente); renouée du Japon (éradiquée); robinier faux-acacia (éradiqué); séneçon du Cap (tjrs présent); solidage géant (tjrs présent); armoise des frères Verlot (tjrs présente).

Les plantes invasives ne sont pas éternelles, elles disparaissent, que ce soit ou non par l'action de l'Homme. Eric Grossenbacher avait ici, le long de la vieille Thielle, au sud de Cressier, observé il y a quelques temps un ailante. Il n'y est plus.

L’histoire de la flore décrite dans l’ouvrage «Genève – Promenades botaniques» / Série documentaire 5, par David Aeschimann et Gilbert Bocquet montre, comme l’explique Eric Grossenbacher, qu’à tout moment, toute période, il y a eu «invasion»…

Le botaniste neuvevillois poursuit: «Et cela continue, quoi de plus naturel? Ce qui nous paraît fixé… ne l’est pas. La flore évolue, que ce soit en latitude, en longitude, voire en altitude, tout bouge. Ce qui est vrai en ce jour, ne l’est déjà plus le lendemain. Évidemment, l’homme va y mettre la patte… comme toujours.»

Cet exemple démontre l’évolution du paysage. Les photos du bas montrent la réserve naturelle de la vieille Thielle, boucle naturelle dont le paysage reflète une évolution qui a commencé il y a 10 000 ans, lors de la fonte du glacier du Rhône. Celles du haut présentent le paysage adjacent, aménagé par l’homme le long du canal artificiel de la nouvelle Thielle.

Les néophytes sont des plantes que l’homme a introduites volontairement ou non dans des pays étrangers depuis la découverte de l’Amérique en 1492. Selon Pro Natura, parmi les 3000 espèces végétales sauvages en Suisse, environ 600 sont des néophytes et 10% d’entre elles sont invasives. C’est entre autres le cas des espèces présentées ci-dessus, ainsi que de la vergerette annuelle, très présente dans nos contrées ce dernier été.

Sous la responsabilité de Robert Hansen, rédacteur en chef; redaktion@derarbeitsmarkt.ch

© www.derarbeitsmarkt.ch, novembre 2021

Created By
Françoise Tschanz
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