Loading

L'affaire "Air cocaïne" devant la justice française, 6 ans après Le procès s'ouvre le 18 février devant une cour d'Assises spéciale à Aix-en-Provence. Onze personnes seront jugées, dont deux anciens pilotes d'une société d'aviation de Bron. Ils sont accusés de trafic de stupéfiants. 700 kg de cocaïne avaient été retrouvés dans l'avion qu'ils allaient faire décoller de République Dominicaine, en mars 2013. Il doit durer 7 semaines.

Le 19 mars 2013, le Falcon 50 qui doit être piloté par Pascal Fauret, habitant de Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, dans le Rhône, et Bruno Odos, qui vit à Autrans, en Isère, employés par une société d'aviation de Bron, est intercepté à Punta Cana, en République Dominicaine. L'agence anti-drogue locale a retrouvé environ 700 kg de cocaïne à bord de l'avion. Lors de cette opération médiatisée, 48 personnes sont arrêtées, dont les deux pilotes, au côté de deux autres Français, Nicolas Pisapia, agent immobilier en Roumanie, passager, et Alain Castany, organisateur du vol.

Photo d'illustration DR

Depuis cette date, les deux pilotes ne cessent de clamer leur innocence dans cette affaire que la presse a surnommé "Air cocaïne". Les investigations mettent également en cause un habitant de Firminy, dans la Loire, Ali Bouchareb. Présenté comme le commanditaire de la cocaïne, il est considéré comme un gros bonnet de la drogue dans la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Six ans de procédure, une fuite et un procès en France en 2019

Condamnés à 20 ans de prison en République Dominicaine, les deux pilotes se sont échappés, en 2015, et se sont livrés à la justice française. Ils sont poursuivis pour trafic de stupéfiants.

Une association s'est créée pour soutenir les pilotes. Photo d'archives Le Progrès

LA CHRONOLOGIE

  • 2 mars 2013 : une information judiciaire est ouverte en France pour lever le voile sur des transports de cocaïne passant par les aéroports de Saint-Tropez et Toulon
  • 19 mars 2013: La DNCD (forces antidrogue dominicaines) saisit à l’aéroport de Punta Cana 680 kilos de cocaïne contenus dans une vingtaine de valises à bord d’un Falcon 50. Les deux pilotes, Bruno Odos, commandant de bord, et Pascal Fauret, sont arrêtés ainsi que les passagers Nicolas Pisapia et Alain Castany. L’affaire prend un retentissement national.
  • Mai 2013 : Le syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) apporte son soutien aux deux pilotes.
  • 10 septembre 2013: Pierre-Marc Dreyfus, directeur de la société SNTHS, basée à Bron, spécialisée dans les vols d’affaires, est mis en examen et incarcéré plusieurs mois.
  • 29 mai 2015 : Début du procès en République dominicaine avec 14 prévenus.
  • 14 août 2015: Les deux pilotes et les deux passagers sont condamnés en République Dominicaine à vingt ans de prison.
  • Octobre 2015: Après incarcération et assignation à résidence, les pilotes s’enfuient de République Dominicaine dans des conditions rocambolesques, avec l’aide d’anciens militaires. Ils sont interpellés le 28 octobre à leurs domiciles et de nouveau écroués, cette fois dans l’instruction judiciaire menée à Marseille.
  • Février 2016: La condamnation est confirmée en appel.
  • Mai 2016 : Ali Bouchareb, le cerveau présumé d’« Air Cocaïne » est arrêté en Espagne.
  • 10 août 2017: Les juges d’instruction renvoient quinze personnes aux assises pour trafic de stupéfiants en bande organisée. Pilotes, organisateurs, intermédiaires, commanditaires présumés.
  • Décembre 2017: La chambre de l'instruction de la cour d'appel d'Aix-en-Provence tranché: ce ne sont plus 14 mais 11 personnes qui seront renvoyées aux assises. Les 3 autres passeront devant le tribunal correctionnel. Les premiers sont poursuivis pour importation, tentative d'importation de stupéfiants et association de malfaiteurs.

Rappel des faits: LE PROCès qui sent la poudre

Cinq hommes de la région lyonnaise, sur onze accusés, sont au cœur du procès pour trafic de stupéfiants qui s’ouvre demain aux assises spéciales. Explications.

Les pilotes sont rentrés en France en 2015. Photo d'archives Le Progrès

Le combat judiciaire s’annonce acharné, dans des dimensions hors norme. Pas moins de sept semaines d’audiences sont prévues, dans le procès dit « air cocaïne », qui s’ouvre demain face à la cour d’assises spéciale d’Aix-en-Provence. Parmi les onze accusés de trafic de stupéfiants, cinq personnages de la région lyonnaise sont au cœur de l’affaire. Et risquent très gros. L’accusation leur prête des rôles déterminants dans trois voyages transatlantiques, organisée par une société d’aéronautique basée àBron. Peu de passagers, beaucoup de valises. Le justice y voit une formule inédite d’importation massive de drogue, par les circuits de l’aviation d’affaires. Bruno Odos et Pascal Fauret, deux pilotes, originaires de la région Rhône-Alpes, clament leur innocence. Affirmant qu’ils ignoraient tout du contenu du Falcon 50, lesté de 682 kilos de coke, au départ de la République Dominicaine.

C’est peu dire que les anciens militaires aux missions aussi secrètes que périlleuses, reconvertis dans le privé, jouent leur va-tout, face à la cour uniquement composée de magistrats professionnels, comme le veut la procédure criminelle en matière de trafic en bande organisée. Pas convaincus jusqu’ici, les magistrats considèrent que leur aveuglement confine à la complicité objective, surtout dans des vols aux itinéraires changeants, payés en espèces. « Adhésion consciente » résume de sa plume acérée Jean-Hugues Gay. Ancien juge à la 16e chambre correctionnelle de Lyon, chargée de la grande criminalité, le président de la chambre de l’instruction d’Aix signe l’ordonnance de renvoi de 225 pages.

Le document reproche un rôle d’organisateur à Pierre-Marc Dreyfus. L’ex-dirigeant de SNTHS conteste toute participation au trafic. Il invitait le PDG d’Air France à rejoindre les bancs du tribunal, si les contrôles devaient relever des compagnies. Son verbe haut devrait pimenter les débats. Dans ce monstrueux dossier, nourri de 62 000 pièces de procédure, Ali Bouchareb, Stéphanois à forte réputation, est désigné par l’accusation comme le commanditaire de la cargaison de cocaïne. Rôle lourd, qu’il conteste avec énergie. Philippe Scrève, son avocat, s’apprête à livrer un combat décisif. Enfin, désigné sur des charges fragiles comme chauffeur ponctuel du commanditaire, Michel Ristic aura sans doute à cœur de se faire oublier, en discret personnage aux marges du milieu lyonnais. Entre les agents doubles, les mythomanes, les douaniers imprudents, les voyous de l’ombre et les affairistes désordonnés, la cour va plonger dans les méandres d’un réseau atypique. Où personne ne veut endosser les costumes de « Maurice », « Marco » ou » « Ryan », les surnoms compromettants.

Les accusés

Onze accusés sont renvoyés aux assises, principalement pour trafic de stupéfiants en bande organisée. Ils réfutent tous les accusations. Trois autres personnages sont renvoyés en correctionnelle pour blanchiment ou non justification de ressources.

  • Franck Colin, hommes d’affaires, intermédiaire supposé.
  • Henri Bartolo, propriétaire de discothèque, ami de Franck Colin.
  • Alain Castany, passager du Falcon, intermédiaire et organisateur présumé.
  • Nicolas Pisapia, passager du Falcon, aide et intermédiaire présumé.
  • François-Xavier Manchet, douanier, complice supposé des organisateurs.

Les Lyonnais

  • Ali Bouchareb, décrit comme le commanditaire de la cocaïne.
  • Michel Ristic, suspecté d’être le chauffeur de Bouchareb.
  • Bruno Odos et Pascal Fauret, les deux pilotes.
  • Pierre-Marc Dreyfus, dirigeant de la compagnie d’aviation de Lyon-Bron SN-THS.
  • Fabrice Alcaud, co-dirigeant de SN-THS, commanditaire présumé des vols.

Un avion Falcon 50 qui a décollé de Bron

Ce Falcon 50 apparu en 2013 sur les télés du monde entier a d’abord été présenté comme « le jet d’Alain Afflelou », ce qui n’a pas manqué d’irriter le célèbre lunetier furieux d’être associé à l’affaire. Or s’il est en bien propriétaire (en leasing), il n’a rien à voir avec les vols litigieux. Il en avait confié la gestion à la société d’aviation SN-THS basée à Bron qui se chargeait de le rentabiliser en le louant à des particuliers.

SN-THS n’a pas résisté à l’onde de choc d’« Air cocaïne », nom attribué à son avion bloqué en République dominicaine. L’entreprise a dû affronter la perte de deux de ses pilotes puis quelques mois plus tard, en septembre, à la mise en examen de ses deux patrons qui sont également placés sous les verrous. Très vite, Olivier Ginon, patron de GL-Event, entendu par les enquêteurs, quitte la société dans laquelle il avait une participation. Le 11 octobre, le couperet tombe : la liquidation judiciaire de SN-THS est prononcée et treize employés sont licenciés.

A Saint-Cyr-au-Mont-d’Or et surtout à Autrans (38) où vivent les familles de Pascal Fauret et Bruno Odos, c’est la stupeur. Après avoir gardé le silence pendant deux mois, Sabine Fauret, l’épouse de Pascal se lance dans la bagarre avec le soutien de la profession des pilotes de ligne. «Nos maris sont innocents», clame-t-elle sans relâche.

Autre figure de cette mobilisation : Philippe Heneman, commandant de bord et ancien pilote de chasse aéronavale qui prend la tête de l’association de Soutien à Pascal et Bruno (ASPB) aujourd’hui dissoute, les pilotes étant rentrés en France.

Sabine Fauret s'est battue. Photo d'archives Le Progrès

Opération "dîner en ville"

Coup de théâtre au matin du 26 octobre 2015. On apprend que Pascal Fauret et Bruno Odos ont fui la République Dominicaine. Placés sous liberté surveillée sur l’île après leur condamnation à vingt ans de prison, les deux pilotes se sont fait la belle. Un scénario digne d’un film d’espionnage.

D’ailleurs l’opération soigneusement préparée portait un nom de code : « Dîner en ville ». À la manœuvre, le député européen du Front National, Aymeric Chauprade, et un spécialiste de la sûreté aérienne, Christophe Naudin.

Les pilotes ont fait appel de leur condamnation, mais ont perdu espoir depuis longtemps en la justice dominicaine.

Quatre semaines après le verdict qui les a anéantis, ils prennent leur décision. Il leur faut regagner la France « pour sauver leur peau », explique au Progrès Sabine Fauret, l’épouse de Pascal.

Dans la nuit du 17 au 18 octobre 2015, ils embarquent sur un bateau, aidés par d’anciens marins et des militaires de l’aéronautique. Puis, ils mettent le cap sur l’île de Saint-Martin à bord du voilier de Christophe Naudin. Le 24 octobre, ils prennent l’avion pour la France. Leur objectif : se rendre à la justice française. De son côté, l’ASPB, leur comité de soutien, dit sa stupeur après l’implication d’un député frontiste dans « l’exfiltration ».

Christophe Naudin paiera cher cette rocambolesque équipée : arrêté en Égypte en 2016, il est condamné à cinq ans de prison par la République Dominicaine. En février 2018, il est transféré en France. Incarcéré à Villepinte (Seine-Saint-Denis), il est sorti de prison, le 12 mai.

Interview de maître philippe scrève, avocat d'ali bouchareb, commanditaire présumé

Défenseur d’Ali Bouchareb, vous êtes au centre du dossier, comment abordez-vous le procès?

"Toute cette affaire repose sur une construction intellectuelle. L’accusation est partie d’un surnom attribué à mon client en Espagne. Après son arrestation, on a voulu faire coller ce surnom au dossier. On le désigne à tort comme le commanditaire de ce réseau. Il conteste de manière catégorique. Les éléments sont extrêmement tenus. Personne ne le reconnaît parmi les autres accusés. Il va répondre à toutes les questions que les juges voudront poser. Nous ne ferons pas d’obstruction mais nous serons très combatifs. Nous allons démonter la construction."

Le dossier est constitué de 62.000 pièces, c’est du jamais vu, comment l’expliquez-vous ?

"Les investigations sont parties dans tous les sens. On s’y perd. Le juge d’instruction a exploré des pistes inattendues, qui se sont interrompues. On a cherché du côté des utilisateurs de cet avion. J’attends vraiment de voir au procès comment l’accusation va articuler ses arguments. Pour nous, les charges sont légères et peu cohérentes."

Face aux enjeux très lourds, avec des peines de 20 ans de réclusion encourues, la défense ne risque pas de passer en mode agressif ?

"Pas du tout. Les enjeux sont certes importants. Accusé d’être commanditaire dans des importations de cette importance, ce n’est pas rien. L’échéance judiciaire est essentielle. Mais nous attendons de voir comment les débats sont menés. Nous voulons répondre systématiquement aux questions. Le débat doit être serein et loyal. Nous sommes face à une cour d’assises entièrement composée de magistrats professionnels. Ce n’est pas un jury populaire. La manière d’aborder un tel procès n’est pas la même. On se concentre sur les éléments très techniques et juridiques, moins sur les effets de manche."

REVUE DE PRESSE

Textes: Annie Demontfaucon, Richard Schittly et la rédaction du Progrès

Report Abuse

If you feel that this video content violates the Adobe Terms of Use, you may report this content by filling out this quick form.

To report a copyright violation, please follow the DMCA section in the Terms of Use.