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Les Halles De Saint-Etienne L’installation d’un marché couvert constitue le moyen d’absorber tous les marchés pour attirer un plus grand nombre de vendeurs et d’acheteurs afin d’améliorer la concurrence. Les halles de Saint-Etienne, ouvertes le 25 mars 1872, vont devenir un élément central de la vie stéphanoise, prendre une dimension sociale dans le quartier. Néanmoins, l’évolution des mœurs, la perte des valeurs traditionnelles, la disparition progressive des repas familiaux, l’arrivée des grandes surfaces seront néfastes à ce bâtiment. Aujourd’hui, comme dans beaucoup de villes, la municipalité voudrait faire renaître le marché couvert de ses cendres afin de recréer un lieu de vie, un lien social et économique en cœur de ville.

Photo Muriel Demirtjis

Foires et marchés, une activité intense

L’évolution rapide de la ville de Saint-Etienne au XIXème siècle a entraîné l’accroissement impressionnant du nombre de foires et marchés.

La place des Ursules avec le marché et la rotonde de la marée près du théâtre en 1869 D’après un dessin de Jacques Trouilleux. Photo AMSE 1 O ICONO 190 (4)

Sur la place Royale, notre actuelle place du Peuple, tous les jours, une foule de marchands proposaient aux badauds denrées comestibles, oiseaux, lapins, bimbeloterie, mercerie … Places des Ursules, Dorian ou Jacquard, les revendeurs ne manquaient pas non plus ! La place Chavanelle était réservée au marché de gros et la Rotonde près de l’ancien théâtre Massenet permettait, à partir de 1853, de s’approvisionner en produits de la marée.

Le marché de la place des Ursules Médiathèque de Saint-Etienne. Photo FAR FPE 1801(641)
Le marché de la place Chavanelle. Photo collection privée

Photo : Marché de la place des Ursules Fonds Armand Lextrait, AMSE 17 FI 90

Genèse du projet des halles

Face à la multiplication des foires, la municipalité stéphanoise réfléchit à partir de 1852 à l’édification d’un marché couvert afin d’assurer un meilleur contrôle des transactions tant sur un plan économique qu’hygiénique. M. Janicot, ingénieur de la ville, estime qu’une telle installation permettant de concentrer l’activité commerciale attirerait un plus grand nombre de vendeurs et d’acheteurs et que Saint-Etienne y gagnerait. Ces arguments rencontrent l’approbation du Conseil Municipal en 1869, un marché couvert sera édifié cours Saint-André, notre actuel cours Victor Hugo), sur le terrain du couvent des Ursulines, pour « désengorger certaines places et donner plus de salubrité aux marchés à la criée ». Les échoppes disgracieuses des marchés des places du Peuple ou des Ursules disparaissent.

Photo : Les halles de Saint-Etienne AMSE 5 FI 9930

Une architecture métallique

Les halles de Paris construite de 1854 à 1870 en métal et verre par Victor Baltard servent de modèle pour un grand nombre de villes françaises. Réfractaires au feu, d’un prix de revient peu élevé, les supports en fonte sont très présents dans l’architecture du Second Empire. Les temples du commerce nécessitant de grands espaces de circulation et de grandes vitrines vont immédiatement adopter ce type de matériau d’une bonne résistance autorisant de grandes portées avec un minimum d’encombrement au sol. La charpente métallique des halles fondue à Fourchambault dans la Nièvre et assemblée à Saint-Etienne est soutenue par 60 colonnes en fonte qui, à l’origine, étaient surmontées de têtes de lion destinées à camoufler la gouttière qui court autour du bâtiment.

Photo Muriel Demirtjis

Construction des Halles

Les travaux démarrent en octobre 1869 pour s’achever en mars 1872. Ce marché couvert, construit sous la direction de l’architecte Louis Mazerat, mesure 68m de long sur 26m de large pour une superficie de 2455m². Il est prévu à l’origine pour accueillir 164 commerçants et dispose, en sous-sol, de 67 très belles caves voûtées en pierre pour recevoir et stocker les marchandises. L’intérieur manquait de lumière. Des persiennes installées entre les colonnes arrêtaient les rayons du soleil tout en laissant l’air circuler. Si ce système permettait une ventilation continue, bien agréable en été, il provoquait un froid glacial en hiver nécessitant l’installation de braséros. La toiture très opaque ne laissait pas non plus entrer la lumière. Si à l’origine, un éclairage au gaz était prévu, l’électricité, plus efficace, est venue remplacer le dispositif initial vers de 1894.

Les halles vues côté nord avec leur horloge. Photo AMSE 5 FI 9932
Caves voûtées des halles. Photo Muriel Demirtjis
Caves voûtées des halles. Photo Muriel Demirtjis

Photo : Les halles d’origine formaient un vaste bâtiment fermé par des persiennes AMSE 5 FI 9931

Louis Mazerat, architecte des halles

Fils d’un cordonnier, Louis Mazerat est né à Tournon en 1832 et décédé à Lyon en 1878. Elève à l’Ecole La Martinière, il obtient en 1854 le deuxième prix au concours d’émulation ouvert par la Société académique d’Architecture à Lyon. Il effectue sa carrière dans la Loire devenant alternativement architecte du département de la Loire de 1861 à 1866 puis de 1874 à 1877 et architecte de la ville de Saint-Etienne de 1866 à 1874. Atteint d’une grave maladie, il cesse ses activités en 1877.

Il est particulièrement connu pour sa restauration de la salle de la Diana à Montbrison, le kiosque de la place Jean Jaurès ou le marché couvert de Saint-Etienne.

Photo : Caricature de Louis Mazerat par Etienne Carjat Médiathèque de Saint-Etienne, FAR FPE1736(2)

Des criées aux halles de Saint-Etienne

La criée de la marée qui se déroulait à l’origine sous la Rotonde place des Ursules est déplacée au cœur même du marché couvert. On lui adjoint une criée à la viande et aux produits de boucherie. Lors de ces ventes aux enchères, une quantité importante de marchandise est écoulée à destination des revendeurs principalement. A partir 1884, les criées s’installent sous des abris aménagés à cet effet à l’arrière du bâtiment. Fortement concurrencées par le marché de gros de la place Chavanelle, les ventes à la criée cessent en 1936.

Photo : La rotonde de la marée place des Ursules en 1869. D’après un dessin de Jacques Trouilleux, collection privée

Origine de l’appellation des halles

La criée est à l’origine de l’appellation « halles » attribuée aux marchés couverts. Au Moyen-Age, les ventes de denrées alimentaires à la criée s’effectuaient dans des halles. Le pluriel appliqué au terme « halles » se justifie par la juxtaposition de plusieurs salles de vente à l’encan, chacune spécialisée dans un type de produit. Tout naturellement, les marchés couverts ont rapidement pris l’appellation de « halles ».

Photo : Intérieur des Halles. Dessin de Pierre Chapelon, Saint-Etienne pittoresque, 1924

Des produits locaux vendus aux Halles

Les produits proposés aux ménagères étaient de première qualité. Les alentours de Saint-Etienne, propices à la culture et aux élevages, permettaient d’offrir aux clients des pommes de terre « la truffe blanche du Forez », du beurre du Pilat d’excellente qualité, du fromage de chèvre tel « le bessatin », fabriqué au Bessat. Les volailles venaient souvent de la plaine surnommée « la basse-cour stéphanoise ». Les denrées, produites dans un rayon de 20km, étaient acheminées dans des chariots tirés par des chevaux.

Diversification des denrées

La révolution des transports et notamment l’arrivée du chemin de fer modifient la physionomie du marché. De la volaille arrive régulièrement de la Bresse, les produits de la mer font leur apparition dès la fin du XIXème siècle.

La population étrangère arrivée au début du XXème siècle entraîne l’apparition dans les années 30 de spécialités italiennes ou espagnoles qui rencontrent un vif succès.

Grâce à la grande diversité de produits offerts, le marché couvert a attiré une clientèle de Saint-Etienne et des environs Firminy, Saint-Chamond, la Ricamarie … A une époque où les banquets et réunions de famille étaient fréquents, les halles constituaient la principale concentration commerciale de la ville où il était courant de voir des bousculades dans les allées.

Installation d’un commerçant des halles

La journée de travail démarrait à 3 heures du matin pour les bouchers ou les charcutiers par exemple qui devaient préparer leurs étals, couper la viande, concoctés des plats. Vers 5 heures, tous les commerçants étaient présents. La marchandise peu périssable était stockée dans les caves en sous-sol et montée à bout de bras jusqu’à l’installation dans les années 1950 d’un monte-charge. Les denrées périssables étaient entreposées dans des frigos municipaux situés 3 rue Tréfilerie et acheminées à l’aide de chars à bras.

Photo : Les halles entourées de nombreux chars à bras. Collection privée

Déroulement de la journée commerciale

Vers 6 heures, les bancs étaient fin prêts pour accueillir la clientèle. Les commerçants s’accordaient alors souvent une petite pause matinale pour lire les nouvelles et pour prendre une portion et un vin blanc en toute convivialité dans les cafés-restaurants du cours Victor Hugo tels la Taverne des Halles ou la Maison Dorée.

A 6 h 30 la vente commençait avec les restaurateurs, les ménagères venaient s’approvisionner un peu plus tard. Les ventes s’achevaient à 12 h 30. La marchandise était ensuite remballée, ramenée dans les frigos ou remise au sous-sol. A 15 heures, les halles étaient vides jusqu’au lendemain matin.

En décembre aux halles

Au moment des fêtes de fin d’année, la fréquentation des halles étaient à son comble. Le chiffre d’affaires des vendeurs d’huîtres étaient particulièrement florissant. Les huîtres arrivaient par wagons entiers. Les 24 et 31 décembre, la journée démarrait à 2 heures du matin et les bancs restaient ouverts jusqu’à 21 heures, 24 personnes étaient nécessaires pour servir les clients en cette période de fêtes. La famille et les amis venaient aider.

Photo : Les bourriches d’huîtres lors des fêtes de fin d’année dans les caves des halles (1961) AMSE 5FI 6508

Une fonction sociale

Les halles qui commençaient très tôt attiraient, le dimanche matin, les fêtards qui venaient chercher des huîtres ou une compagnie. On y rencontrait également des mendiants qui, pour un service rendu, recevaient une pièce. Les commerçants les aidaient, ils mangeaient à leur faim, recevaient des vêtements, dormaient à l’abri. Ces marginaux étaient acceptés tant qu’ils demeuraient corrects avec la clientèle.

Un quartier animé

Trois fois par an, pour Pâques, la Toussaint et Noël, une foire prenait place autour des halles et le long du cours Victor Hugo. Bibelots, vêtements, quincaillerie … et à la période de Noël clochettes, boules, santons … faisaient le bonheur des clients. Au mois de décembre, les paysans, qui habituellement vendaient leurs produits place des Ursules, venaient s’installer autour des halles pour vendre des sapins.

Les dimanches matin, c’est le marché aux animaux : chiens, chats, lapins, perroquets, souris blanches … et le marché à la ferraille qui attiraient acheteurs et curieux.

Le cours Victor Hugo était le lieu de rendez-vous des chanteurs ambulants.

Photo FAR FPE2124(30), Photo FAR FPE2124(30), Collection privée.

La fête du cours Saint-André

Chaque année au mois de juillet, se tenait la fête du cours Saint-André qui était selon la presse, la fête la plus belle et la plus complète de Saint-Etienne. Cette vogue disposait d’atouts considérables : sa situation en centre de la ville, les trottoirs larges et ombragés propices à la déambulation, la possibilité d’établir un grande nombre de baraques foraines sur la grande place des Ursules, la présence d’établissements de qualité comme La Maison Dorée pour des rafraîchissements. Outre les animations foraines, des ménageries étaient également au rendez-vous. En juillet 1884, la ménagerie du Cap (Nouma-Hawa) et la ménagerie Pozon présentaient des collections de fauves exceptionnelles. La fête s’achevait par un grand bal champêtre à proximité du jardin du Palais des Arts (actuel musée d’art et d’industrie) dans un décor féérique.

Photo : La Maison Dorée, une institution stéphanoise Collection privée

Les Halles dans la seconde moitié du XXème siècle

En 1964, les Halles commencent à être modernisées pour les rendre plus fonctionnelles au détriment de leur esthétisme : le réseau électrique est amélioré, les entrées sont modifiées, des portes à ouverture automatique sont installées. En 1966, une couverture métallique bleue défigure totalement le marché couvert. En 1988, des travaux de rénovation sont entrepris. Ils se poursuivront en 2007 avec l’arrivée du Casino et de quelques commerces de proximité. Le bâtiment est alors remis en valeur avec des baies vitrées et est rendu conforme aux normes de sécurité actuelles.

Photo : Transformations des Halles en 1966 AMSE, 6 M 43 ICONO 3

Renouveau des halles

L’agence d’architecture basque Biltoki, dont le nom signifie « l’endroit qui rassemble » en lien avec le cabinet stéphanois Cimaise est actuellement en charge de la réhabilitation des halles et de son implantation dans la ville. Romain Alaman, architecte de Biltoki, va reprendre à Saint-Etienne le principe de halles gourmandes qu’il a déjà développé dans cinq villes françaises : Anglet dans les Pyrénées-Atlantiques, Dax, Mont-de-Marsan, Bordeaux et Talence (Gironde).

Photos AMSE, 6 M 43 ICONO 1; Photo AMSE, 6 M 43 ICONO 2; Photo AMSE 2 FI ICONO 555

Futures halles gourmandes

La moitié sud des halles sera investie par 30 commerces de bouche et la moitié nord par un espace de dégustation avec des tables communes à partager. Un bar central formera un pivot entre ces deux espaces. La superstructure sera conservée. La façade de la partie restauration sera partiellement modifiée avec un décroché vers l’intérieur afin de créer un bâtiment plus ouvert, plus accueillant avec des terrasses. Les caves seront partiellement accessibles au public avec l’installation d’une cuisine et d’un laboratoire professionnel où seront proposés des cours de cuisine. Les entreprises locales pourront également y organiser des séminaires.

Les caves seront aménagées pour accueillir des séminaires et des cours de cuisine. Photo Muriel Demirtjis

La réouverture des halles est prévue pour le premier semestre 2020.

Textes : Muriel Demirtjis; Photos : Archives médiathèque de Saint-Etienne et Muriel Demirtjis.

Mise en page : Célia Chebbah.

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