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Séance du 12 février 2019 Le Prix Aliénor 2018 est décerné à Thierry-Pierre CLÉMENT pour son recueil : Approche de l’aube (éditions Ad Solem) Suite de la séance de averc Art et poésie, Sarah Wiame et le livre d'artiste

Approche de l’aube, Thierry-Pierre Clément, éditions Ad Solem Prix Aliénor 2018

Approche de l’aube se présente comme un itinéraire, où le poète nous guide à travers cinq parties, les deux premières étant elles-mêmes composées de sous-parties ; ainsi la partie I qui s’intitule « en chemin », est jalonnée de plusieurs sous-titres, « dans la montagne », « sous les arbres », « avec les fleurs », « compagnonnages ». C’est un parcours orienté par l’espérance, comme l’annonce l’épigraphe initiale, empruntée à Henri Bauchau : « J’écris pour l’espérance » ; aussi l’attente y a-t-elle une place de choix : « indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique », nous rappelle l’exergue de la partie IV, empruntée à André Breton. Nous guident aussi les titres des poèmes, dont le choix livre l’exacte clef du poème.

La brièveté de nombreux poèmes n’enlève rien à leur force ni à leur pouvoir de suggestion, comme les poèmes amoureux de « sur ta peau ». Ils peuvent devenir plus longs, c’est le cas de la dernière partie où leur ampleur est, comme le fait remarquer Jean-Pierre Lemaire dans la préface, « soutenu[e] par un souffle, une voix profonde qui « vient de beaucoup plus loin que nous […] et ne tarit jamais ».

Le chemin, qu’il soit celui du marcheur en montagne ou du visiteur au Mont Saint-Michel au milieu de la mer, est bien sûr fait de réalités très concrètes, fleurs, oiseaux, papillon, pierres etc. ; elles ont une place nécessaire car la « révélation » recherchée a besoin d’un intermédiaire matériel qui révèle l’immatériel. Si la quête de l’invisible anime le poète, elle n’exclut pas, loin s’en faut, l’ici et maintenant pour lequel Thierry-Pierre Clément affirme son attachement, douceur du vent sur l’épaule/ ivresse mauve des lilas/ il est bon d’appartenir à la terre/ et de rompre le pain sur la table de pierre. Une présence totale à ce monde est requise.

Revenons à la marche, inséparable de notre condition, dont le but espéré s’avère toujours hors de portée en même temps qu’il impulse un élan nécessaire ; ainsi Thierry-Pierre Clément la définit-il dès la deuxième page. Elle garde quelque chose d’imprévisible car elle obéit à un mystérieux appel. L’aventure ne révèle rien d’emblée, et le poète apparaît « perdu dans [s]es questions », en quête d’un repère bienfaisant comme ce chêne qu’il célèbre parce que précisément, dans l’éternel flux de notre vie, il se fait accueil bienveillant et « demeure » ; Thierry-Pierre Clément n’en reste pas moins taraudé par l’incertaine situation qui est la sienne, celle d’un homme « entre le temps et l’éternel » : « où donc ta certitude?// dans ce que tu crois tenir/ ou dans ce qui sans cesse/ t’appelle et te fuit ? ».

Au long de cette marche vont s’opérer d’invisibles mais réelles transformations, en vertu d’une correspondance entre l’extérieur et l’intérieur de l’être, comme le suggère cette image évoquant la situation du pèlerin au Mont Saint-Michel : « Nous flottons sur la mer/ entre la terre et le ciel/ à l’abri d’un navire de pierre/ au creux de l’arche/ de notre propre cœur ». Le poète découvre d’abord la gratuité des dons qui lui sont faits : devant une glycine en fleurs, son cœur « déborde », « stupéfait de recevoir ce matin/ tant de merveille imméritée ». Peu à peu, au hasard du chemin, va se découvrir « un autre côté du monde », voire des signes du ciel qui ont valeur de « preuve ». La perte existe bien pourtant, comme l’affirment les poèmes de la partie intitulée « Paradis perdus », où domine de façon significative la thématique du vent – « où souffle le vent », se demande avec perplexité le poète ; celui qui cherche « ce qui seul demeure » regarde souvent « se perdre/ ce qui n’est pas venu ». Alors, devant pareil constat, va s’imposer à lui la nécessité d’un dépouillement total « maintenant/tu as tout laissé// […] il te faut encore laisser/ le désir d’une réponse ». Le poète comprend que sa quête doit passer par une disponibilité absolue.

À cette condition, pourra advenir une présence emplie de mystère, évoquée de façon indirecte par le titre du poème, ainsi ce « Qui es-tu ? » évoqué par cette strophe « lumière infinie/dont tu ne vois que l’infime/ quand tes yeux s’ouvrent/dans la nuit ». C’est alors la thématique du feu qui prévaut : un feu qui est aussi celui du poème, où se prépare une parole destinée à « rejoin[dre] ce que nous ne voyons pas encore » : « elle sera seul ce qui demeure », en reprise éloquente, à « ce qui seul demeure ». Nul doute pour Thierry-Pierre Clément que « la voix en nous la plus profonde », cette voix qui « vient de beaucoup plus loin que nous/ mais [qui] nous est plus proche que nous-mêmes », ce bien le plus précieux est l’objet de sa quête, elle est le fruit d’une transmutation sacrée. Et la marche qui se donnait pour but, au premier vers du recueil, de « monter vers la source/ sans relâche », marche dans laquelle le poète voit « l’humaine destinée » et la « commune destination », atteint son but. C’est ce que constate en réponse le dernier poème : « ainsi nous remontons/ jusqu’à la source » ; là se rassemblent, dans une coexistence des contraires révélatrice, les quatre éléments : nous trouvons en effet dans cette source « ce feu qui ne nous consume pas/ il est la sève, le vent/ et notre argile ». En sorte que le livre se clôt sur un acte de foi, celui de voir se lever « l’aube sans fin/ de la lumière dévoilée ».

Approche de l’aube est bien un itinéraire mystique où est requis « l’invisible » de « ce qui seul demeure », il est mené par un regard si doux et si lumineux qu’il nous entraîne à sa suite.

Béatrice Marchal

Art et poésie, Sarah Wiame et le livre d'artiste

Created By
Gregoire Bergasa
Appreciate

Credits:

Bergasa Photographe

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