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Le temps est accompli gagner l'éternité par le christ

L'automne est la période de l'année qui nous invite à nous interroger sur le rapport au temps. Pendant que sur les arbres, les feuilles jaunies dansent sous le vent avant de joncher le sol et de se désagréger lentement, nous nous sentons inscrits dans ce même cycle : à l'automne nous pouvons ressentir une sorte de torpeur nous envahir. Les journées sont plus courtes, on a envie de plus de sommeil. Le temps se fait court : il faut donc le saisir !

Marc 1, 14-15

Aussitôt (après son baptême), l’Esprit chasse Jésus au désert.

Il passa quarante jours dans le désert, mis à l’épreuve par le Satan. Il était avec les bêtes sauvages, et les anges le servaient.

Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée; il proclamait la bonne nouvelle de Dieu et disait:

Le temps est accompli et le règne de Dieu s’est approché. Changez radicalement et croyez à la bonne nouvelle.

Décidément, nous avons chacun un rapport au temps différent. Si certains chronomètrent toutes leurs actions, d’autres peuvent vivre sans montre. Personnellement, j’ai souvent l’impression de manquer de temps. Que je n'ai pas assez de temps de faire les choses. Or, je suppose que nous partageons tous la conviction que le temps est précieux : c’est pour cela que l'on peut se mettre en colère quand quelqu'un nous « prend notre temps » : une réunion interminable, une attente à la poste sans fin, un trajet en voiture bloqué par des manifestants, etc.

À d'autres moments de la vie, on peut complètement oublier le temps. Ce n'est visiblement pas une question d'âge : un enfant, qui peut jouer pendant des heures sans penser au temps, devient très pressé quand il s'agit d'acheter tel ou tel chocolat, jouet ou billet de manège. La retraitée qui peut méditer pendant des heures son jardin se plaint de manquer de temps pour passer voir les amies. Le vacancier, qui fait du kite-surf en oubliant le temps, se dépêche pour ne pas rater le after-surf au beachbar…

Ces expériences prennent racine dans le fait que nous vivons le temps en plusieurs dimensions. Le temps est, au fond, un concept inventé par l’être humain pour appréhender les changements dans le monde. La précision de la mesure du temps a toujours représenté une quête scientifique : on le mesure maintenant grâce à l’atome de cesium, avec une précision de l’ordre de 16 chiffres après la virgule d’une seconde !

Or, au quotidien, le temps est davantage exprimé par notre manière d'en parler. Notre rapport au temps reste formé par la pensée grecque, qui a également formé le langage des chrétiens. Le passage de l'Evangile que nous avons entendu fait dire Jésus en grec (même si lui s’est exprimé en araméen) : « Le temps est accompli… » La pensée grecque a ainsi formé notre rapport au Messie, devenu un Christ grec.

Or les grecs avaient trois mots principaux pour dire le temps.

Il y a le temps qui s’écoule, dans la succession de heures, des jours, des années. Le temps que l’on peut mesurer. Les Grecs l’appelaient chronos, ce qui a donné chronomètre. Chronophage, aussi, ce temps qui nous avale. Le temps chronos, c’est le temps objectif : qu’une heure nous paraisse interminable ou trop courte, elle fait toujours 60 mn. Ce temps, c’est celui qui s’écoule inexorablement, qui situe les événements sur une échelle linéaire : hier, aujourd’hui, demain… C’est le temps chronologique, celui de l’histoire, de la mémoire et de l’oubli, de la nostalgie ou de la rancune, des regrets et des remords.

Il y a un deuxième temps, que les Grecs nommaient aion. En français, cela a donné le terme scientifique « éon », qui désigne les quatre grandes périodes – en milliards d’années – de l’histoire de l’univers. C’est le temps très long qui dit une période, géologique par exemple, une ère, parfois une génération, ou encore le cycle des saisons : un temps qui dépasse la vie. Par extension, il désigne le temps qui est proche de l’éternité. Le temps qui résonne dans la formule de Woody Allen : « C’est long, l’éternité, surtout vers la fin… »

Il y a enfin une troisième dimension du temps, que les Grecs appelaient kairos. C’est un temps qui n’est ni mesurable comme le temps chronologique, ni étendu comme le temps de l’éon. C’est un temps qualitatif ou, pour le dire autrement, la manière dont nous habitons le temps. L’intensité donnée au moment que nous vivons.

Kairos, c’est le temps qui espère. C’est le temps où surgit du neuf. Le temps qui fait éclater les routines, les déterminismes, les stagnations, tout ce qui est de l’ordre d’un temps qui se contente d’attendre. Le temps qui nous transforme. Kairos, c’est le temps de la rencontre, de la relation, de la foi.

Nous vivons dans ces trois temps à la fois. Pris dans la course du temps qui file – et la pression, pour certains est forte –, étourdis devant l’immensité du temps long, cherchant du sens dans ce que nous vivons aujourd’hui.

Nous avons entendu dans la lecture de l’évangile la toute première prédication de Jésus, telle qu’elle nous est rapportée au début du plus ancien évangile, celui de Marc. Elle tient en quelques mots :

« Le temps est accompli et le règne de Dieu s’est approché. Changez radicalement et croyez à la bonne nouvelle ».

Le terme que Jésus emploie ici pour dire le temps est kairos. Jésus parle du moment présent, de la rencontre offerte avec la bonne nouvelle. Cette bonne nouvelle est celle du règne de Dieu qui s’est approché, c’est-à-dire de la venue, en Christ, de la présence de Dieu. Jésus c’est Dieu qui se fait proche de nous. Cette bonne nouvelle habite notre vie pour la transformer, elle est appel à la conversion – au changement radical, au retournement, au basculement, au renouvellement : devenir proche de Dieu.

C’est le cœur de l’Evangile : en Jésus Dieu est proche de nous, en Jésus nous pouvons être proches de Dieu ! Et cela change notre rapport au temps : Jésus passe et il appelle à la vie, ici et maintenant, aujourd’hui, maintenant. Le kairos est ouvert, le temps de la rencontre et de la vie ! Nous vivons dans le chronos et l’aion, mais c’est le kairos qui leur donne sens et profondeur.

Le kairos est un temps de l’urgence ; mais non pas l’urgence de la pression que le calendrier met sur nous quotidiennement, mais celui de la présence de Dieu. Le temps qui nous permet de résister au temps, à la précipitation du temps quotidien qui oppresse, comme à l’usure du temps infini qui décourage. Le temps qui ouvre l'avenir de Dieu qui nous fait gagner l’éternité. Amen !

Created By
Temple Neuf Strasbourg, Pasteur Rudi Popp
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Credits:

Created with images by David Kennedy - "Tower Clockers" • Tama66 - "goal portal gate"

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