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Le Tour à Saint-Étienne: Quand la victoire finale se joue sur les routes foréziennes (3/3) Les étapes arrivant à Saint-Étienne peuvent offrir une variété intéressante de parcours. Pendant un temps, plutôt ancien, avant que les sprinters ne soient capable de passer le Pilat avec les meilleurs, la bataille menant au cours Fauriel décidaient de la victoire finale du Tour...

3 août 1950

19e étape Briançon-Saint-Étienne (291 km)

Bobet le magnifique perdant

Louison Bobet vient de se retourner. Malgré la foule qui encombre la route du col de la République, malgré le cerveau embué par la chaleur et l'effort, il a compris. Les autres reviennent, il ne gagnera pas ni l'étape, ni le Tour. Et quand ses concurrents le dépassent, il ne réagit pas, baisse la tête et regarde les gouttes de sueurs tomber de son visage sur sa potence...

Bobet a remporté trois Tours de France de 1953 à 1955 mais en 1950 il n'est encore qu'un chouchou populaire qui ne sait pas encore le gagner. Et pourtant, il se bat. La veille de l'étape de Saint-Étienne, il s'est montré le plus fort à l'arrivée à Briançon et il est plus que jamais une menace, troisième au général, pour le maillot jaune Ferdi Kubler.

Il avertit tout le monde : sur la route de Saint-Étienne, il va tenter le tout pour le tout, il n'a pas le choix, Bobet contre Kubler, les Français contre les Suisses. Il demande pour cela des informations à Pierre Molinéris, le régional de l'étape. Celui-ci, 37e et loin au classement aimerait se montrer : « Je ne peux pas dire que je flamboierai ; la forme est si capricieuse. Mais soyez persuadés que je donnerai le maximum ».

Les journalistes ne manquaient pas d'interroger les coureurs. Photos archives municipales de Saint-Étienne

Bobet ne va pas le lui permettre. Le champion de France grille, en effet, le ravitaillement de Pont-de-Claix après seulement 108 kilomètres et met le bazar à la course : les coureurs, les spectateurs vont en voir de partout, seul, à deux ou trois ou en petits groupes. Car devant, deux hommes vont se mener la guerre. En tête, soit seul ou accompagné : Bobet. Derrière, en chasse, le maillot jaune qui emmène avec lui un petit peloton bien content de ne pas donner un coup de pédale. L'avance du Français commence par augmenter, jusqu'à 4 minutes avant de redescendre : moins de 2 minutes à Annonay. Il ne reste que le col de la République, plutôt favorable au grimpeur français. Hélas, le col sera son cimetière. Kubler est fort, trop fort, bien trop fort et opère la jonction à 25 kilomètres de Saint-Étienne, dans le col.

Le Tour s'est joué là, sur les routes du Pilat et Kubler gagne là l'édition 1950, seul contre tout, en montrant que le plus fort parle suisse. Reste l'étape et l'équipe de France, si elle a perdu la guerre, entend bien gagner la bataille du jour. Raphaël Géminiani n'a presque pas donné un coup de pédale de la journée, occupé à protéger la fuite de son leader. Alors, même si Kubler, pour distancer encore plus Bobet qui n'a pu suivre, accélère encore, il gicle sur le goudron fondu. Son directeur sportif l'a harangué quand Bobet a été rejoint : « Venge ça Gem !!! ».

Il est motivé le Clermontois, il arrive en voisin à Saint-Étienne et son père l'attend même sur la ligne d'arrivée du cours Fauriel. Il passe en tête au sommet, à la République et descend suffisamment vite pour pouvoir lever les bras. Le «Grand Fusil» gagne une belle étape, peut-être la plus belle de l'épreuve 1950, Kubler, c'est certain, gagnera le Tour. Quant à Bobet, son panache a convaincu les plus sceptiques: un jour pas si lointain, il gagnera le Tour de France.

Affiche annonçant les étapes Briançon-Saint-Étienne et Saint-Étienne-Lyon en 1950. Photo archives de Saint-Étienne

25 juillet 1956

19e étape Grenoble-Saint-Étienne (173 km)

Walkowiak sauve son maillot jaune

En 1956, les cols de l'Oeillon et de la République peuvent encore décider de l'issue du Tour. La preuve ce 25 juillet. Les coureurs arrivent de Grenoble par la vallée du Rhône et sous un cagnard suffocant. Le maillot jaune se nomme Walkowiak et c'est une surprise. L'homme est reconnu comme un bon coureur mais de là à devenir un cador du Tour de France...

Il ne court même pas sous le maillot de l'équipe de France au contraire de Gilbert Bauvin. Lui est deuxième du classement et c'est un dur à cuire, du genre à ne jamais s'avouer vaincu. Il sait que cette position si proche du maillot jaune constitue la chance de sa vie.

Le peloton avec tous les favoris passe Pélussin et entame le col de l'Oeillon. Une roue qui touche, un écart brusque, ça gueule, ça freine mais ça tombe.... chute ! Walko aussi est à terre. Mais il n'a rien et son vélo non plus. Il repart, mais trop tard. Devant personne ne l'a attendu et surtout pas Bauvin qui a embrayé et est parti sur la route pentue. Il s'échappe en bonne compagnie avec notamment Gaul et Bahamontes qui se battent pour le maillot de meilleur grimpeur en attendant de gagner le Tour de France les années suivantes...

L'écart monte bientôt à 1'40'' car derrière, le leader n'a plus d'équipier et roule tout seul. C'est alors qu'il se déchaine, seul contre les hommes de tête et commence à réduire l'écart. Duel à distance devant des milliers de spectateurs massés sur les bas-côtés.

Au sommet, à côté de l'antenne relais de l'Oeillon, Walkowiak n'a plus que 50'' de retard et prend des risques dans la descente pour revenir finalement sur les hommes de tête. Pour Bauvin, qui a pourtant tout donné, tout est à refaire. Il reste le col de la République à gravir mais Walko ne craint plus rien. Il est le plus fort et, le sait et tout le monde l'a vu.Même Géminiani, l'équipier de son adversaire l'admet à l'arrivée : « Ce n'est pas un autre que Walkowiak qui gagnera le Tour. Et je m'empresse d'ajouter que ce sera bien mérité ».

Alors le leader du classement se contente de marquer son dauphin et laisse partir le Belge Ockers pour le gain de l'étape. Idem pour Gaul et Bahamontes, guère dangereux. A l'arrivée sur le cours Fauriel, Roger Walkowiak commence à croire vraiment qu'il peut appartenir à la caste des vainqueurs du Tour de France.

La foule pendant le concert du soir des sœurs Étienne. Photo archives municipales Saint-Étienne

14 juillet 1990

13 étape Villard-de-Lans-Saint-Etienne (149 km)

Lemond à la poursuite de Chiappucci

En 1990, le col de la Croix de Chaubouret peut encore départager les favoris du Tour. La preuve avec le joyeux bazar sur la route déclenché par Lemond et Breukink. Car cette édition 1990 a vécu un scénario inattendu : le premier jour à l'arrivée au Futuroscope, quatre hommes ont fini avec 10 minutes d'avance et pour les grosses équipes, c'était une belle erreur. Car si Pensec vient juste de rendre son maillot jaune, Claudio Chiappucci s'est révélé bien résistant dans les Alpes.

Inconnu pour le grand public, l'italien n'est pas non plus n’importe qui : il a fini meilleur grimpeur de Paris-Nice et du Tour d'Italie. Malgré une guérilla de tous les instants dans les Alpes, Lemond, Breukink, Delgado et compagnie ont maintenant encore plusieurs minutes de retard. Une seule solution : mener une vie d'enfer au grimpeur italien qui, malheureusement pour lui, n'a pas une équipe capable de l'accompagner et de rouler pour lui.

Les coureurs viennent ce 14 juillet de Villard-de-Lans, il fait chaud, très chaud et Roger Legeay, le directeur de l'équipe Z de Greg Lemond a averti : « Nous n'avons plus qu'une solution. Il faut attaquer. Le plus rapidement possible ».

Sans oublier que le siège social de l'équipe est à Saint-Chamond... Les Z jouent à domicile, à eux de faire tout exploser. Et tout le monde s'y met si bien que passé Pélussin, le maillot jaune, esseulé et sans équipier, tous essorés par les attaques, doit laisser partir Lemond et Breukink. Delgado n'a pas suivi, c'est une erreur et prendra d'ailleurs 30'' à l'arrivée pour avoir réagi trop tard.

C'est ainsi que tout le monde monte Chaubouret à fond les ballons, qui pour gagner, qui pour se rapprocher du maillot jaune, qui pour le défendre, qui pour rattraper ceux de devant sans se faire rejoindre par ceux de derrière. Chozas, lui, a senti le bon coup et avec de bonnes jambes a suivi les hommes de tête. Sur le cours Fauriel, il devance d'un boyau Breukink, qui veut tout maillot jaune et l'étape.

Lemond finit dernier des hommes de tête, 4e mais pour lui l'essentiel est là : Chiappucci a pris près de 5' dans la musette et n'est plus qu'à 2'34'' au général. Il reste 9 étapes encore dont le contre-la-montre de Vassivière, largement favorable à Lemond. La course à élimination se poursuit et Chiappucci est clairement dans le viseur de l'Américain. Mais attention, Breukink le devance encore de 20 secondes et Delgado est à l’affût une minute derrière. Il faudra donc remettre ça, dans les Pyrénées ou sur la route de Rodez dès le lendemain. Juste pour rattraper la bévue du Futuroscope...

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