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Le premier numéro de L'Est Républicain Tout commença le 5 mai 1889

Il y a 130 ans, le journal des Lorrains et des Francs-Comtois écrivait les toutes premières pages de son histoire.

Découvrez à quoi ressemblaient les articles du premier numéro de L'Est Républicain, publié le 5 mai 1889, jour de l’inauguration de l’Exposition universelle et du centième anniversaire de la réunion des Etats généraux à Versailles. Sélection.

UNE GRANDE JOURNÉE RÉPUBLICAINE

En ce 5 mai 1889, nous célébrons donc le centenaire de cette grande journée de l'ouverture des Etats généraux de Versailles. Ce premier numéro de L’Est Républicain est pour nous l'occasion de rappeler combien la Révolution fut "notre mère à tous" qui "a lavé nos fronts de la tâche originelle, symbole de l'antique asservissement".

Document L'Est Républicain

Pas une ville de Lorraine qui ne soit pavoisée aux trois couleurs de la République, pas un village de la Meuse, de la Meurthe-et-Moselle et des Vosges qui n’ait revêtu ses habits de fête pour cette occasion.

Concerts, défilés, feu d'artifice, "carrousel de Jeux", "énorme mât de cocagne", bal public et gratuit : le menu concocté par Nancy est alléchant. Précision utile : "La circulation des chevaux et des voitures sera interdite de neuf heures à onze heures du soir sur la place Stanislas, dans la rue Héré et sur la place Carrière.

Les plus petites communes rivalisent d'imagination : revues de sapeurs-pompiers ici et là, sonneries de cloches, bals, retraites aux flambeaux, jeux, illuminations un peu partout, réveil au clairon (Lunéville), distribution de gâteaux aux enfants des écoles "qui ensuite feront entendre des chants patriotiques" (Velaine-en-Haye), jouets et bonbons aux écoliers encore après avoir défilé (Toul), "tombola pour les dames et demoiselles" (Saulxures-lès-Nancy). Pont-à-Mousson et Epinal se distinguent, en organisant, entre autres manifestations, des distributions aux indigents de viande et pain.

Petit souci en revanche à Saint-Dié "vaillante et républicaine ville" qui s'apprête à fêter avec éclat l’anniversaire. La salve d'artillerie annoncée ne sera pas aussi spectaculaire qu’espérée. En effet, "les pièces de canons seront pour la circonstance remplacées par des boîtes, attendu qu'en fait d’artillerie nous n'en voyons ici que de loin en loin, encore ne sont-ce que des permissionnaires et, de plus, oublient-ils régulièrement d’apporter leurs pièces". La commémoration n'en sera pas moins détonante !

En Meurthe-et-Moselle

Un portrait de Dauga

Nous publions ci-contre un rare portrait de Jean Dauga, sinistre assassin, actuellement incarcéré à Nancy et qui fait l'objet d'interrogatoires chez le juge d'instruction. Pour ceux qui l’ignoreraient encore, cet ancien ouvrier imprimeur est accusé d’assassinats et de vols dans l’arrondissement de Pont-à-Mousson.

Au total, Dauga aurait dépouillé et tué quatre personnes, deux commerçants et deux femmes. Il leur a volé leur argent après leur avoir écrasé la tête et le corps à coups de massue. Pour sa défense, le meurtrier assure toujours n’être pour rien dans ces quatre affaires. Il ne cesse de clamer son innocence et adjure le magistrat de ne rien croire aux témoignages qui le désignent. Pourtant tout l’accuse.

Outre les éléments matériels retrouvés chez lui et chez les victimes, on en sait un peu plus sur le mobile qui aurait poussé Dauga à commettre cette série épouvantable de forfaits : l’homme était endetté. Terriblement endetté.

Pourquoi ? Parce qu’il fréquentait depuis des mois les maisons de tolérance et les cabarets. Cet amateur de prostituées gaspillait son argent en laissant sa malheureuse famille dans la misère. Et sa vie s'est transformée en un cercle vicieux : il lui fallait toujours plus d'argent. Où pouvait-il en trouver sinon chez d’honnêtes commerçants et des femmes, avec les méthodes violentes que l’on sait.

Faits et méfaits

Le 25 avril à Haroué, une altercation a éclaté entre Nicolas T., 60 ans, manœuvre demeurant à Gérbécourt-Haplemont, sa fille et son gendre. Le premier était venu réclamer une couverture qui lui appartenait. La seconde refusa et le troisième porta des coups à son beau-père au point de lui démettre l’épaule avant de le jeter à la porte. Le lendemain, le gendre est allé chez son beau-père et lui aurait encore asséné des coups de poing. Un témoin a vu le sexagénaire se faire jeter de chez sa fille.

Un homme de 58 ans qui retournait de Saint-Nicolas-de-Port à Dombasle par la promenade du canal s'est jeté à l'eau et s’est noyé. Il a été retrouvé mort, hier matin. On attribue ce suicide à la misère.

Un train à prix réduit

La Compagnie des chemins de fer de l’Est mettra en marche le vendredi 17 mai un train spécial à prix réduit (2e et 3e classe) de Nancy à Paris avec quatre jours de séjour dans la capitale pour se rendre à l’Exposition et faire quelques emplettes.

Aller le 17 mai : départ de Nancy 10 h 39 du soir et arrivée à Paris le samedi 18 à 8 h 57 du matin. Retour le 21 mai : départ de Paris à 11 h 30 le soir et arrivée à Nancy le 22 mai à 9 h 33 du matin.

La Tour Eiffel pendant l'exposition universelle de 1889.

Le monôme du vendredi

Vendredi soir, une colonne de jeunes gens formés en monôme - chacun portant une lanterne chinoise accrochée au bout d'un bâton - a défilé à travers les rues de Nancy. Beaucoup de personnes crurent que cette manifestation en file indienne marquait le commencement de la fête du 5 mai. Renseignements pris, il s'agissait d'une démonstration sympathique faite par les membres de la chorale Alsace-Lorraine, à l'occasion du mariage d'un de leurs camarades. A onze heures et demie, la colonne, forte encore de cinquante lanterniers environ, opérait son entrée en bon ordre et s'arrêtait quelques instants dans le nouveau cabaret littéraire et artistique de la Place Mengin.

Marché

Choux-fleurs : 7,50 f la douzaine ; artichauts : 2,25 f la douzaine ; asperges : 1,40 f le kilo ; ail : 0, 75 f le kilo ; salade : de 1,25 f à 1,55 f la douzaine ; pommes de terre : de 6 f à 13 f le kilo. Volailles de Bresse : de 3,5 à 6 f la pièce ; canetons : de 4 f à 4,5 f ; poules : de 2,50 f à 3,50 f ; lapins : à 1,80 f le kilo ; agneau : de 2 f à 2,40 f le kilo. Beurre d'Alsace : 3 f le kilo ; beurre de Normandie : 3,60 f ; œufs : 0,75f la douzaine.

Dans la Meuse

Faits et méfaits

A Commercy, un sergent du 154e de ligne complétement ivre a été pris d’une irrésistible envie de… se tuer. Il s’est saisi d’un fusil l'a positionné pour ne pas se rater mais l’intervention de camarades a évité le geste fatal. Sur ordre de ses supérieurs, le militaire a été mis en état d'arrestation ... pour son bien. Mais à peine s'est-il retrouvé en prison qu’il a enlevé sa chemise et s’en est servi comme d’une corde pour se pendre. Nouvelle intervention et nouveau sauvetage in extremis. Pris d'un accès de rage, l’individu a brisé une porte et a grimpé sur le toit. L'air frais l’a-t-il dégrisé ? Quoi qu’il en soit, il ne semblait plus vouloir se donner la mort. Au contraire. Il a arraché un drapeau, s’en est servi cette fois comme d'une ceinture et a décidé de regagner le plancher des vaches en s’accrochant au tuyau qui longe le mur. L'inévitable s’est produit. Le tuyau a cédé et l'homme a chuté lourdement au sol. Le sergent coriace n'est pas mort. Il a été conduit à l’hôpital.

A Verdun, un boeuf appartenant à un boucher voulant sans doute échapper à ses couteaux a pris la fuite provoquant une grosse panique dans le quartier où il a causé des dégâts. L’animal a été rattrapé quelques heures plus tard. L'histoire ne dit pas s'il a vraiment goûté cette liberté ; nul doute en revanche que sa viande, elle, l’a été...

L'immeuble historique de L'Est Républicain rue Mazel à Verdun. Document L'Est Républicain
Dans les Vosges

Politique

A Vittel, le maire Boulonmié suspendu le 26 avril est révoqué purement et simplement par le ministre de l'Intérieur et à Gérardmer, Félix Martin, républicain, est élu conseiller d'arrondissement contre Jules Garnier, conservateur.

"Salle comble, accueil chaleureux" pour le discours qu'a prononcé Jules Ferry hier devant la jeunesse anti-boulangiste à Saint-Dié. Nos confrères de L’lmpartial des Vosges évoquent les manifestants qui ont hué l'ancien ministre de l'instruction publique, célèbre pour avoir rendu "l’école gratuite, laïque et obligatoire".

Faits et méfaits

La veille à Saint-Dié, un accident qui aurait pu avoir les suites les plus graves est arrivé rue Concorde. Une fillette de cinq ans jouait avec d’autres enfants de son âge sur le trottoir quand un faux pas quelconque, au bord du trottoir, la renvoya rouler dans la rue, au moment où passaient deux tombereaux. L'un d'eux lui roula dessus. Heureusement le véhicule était vide et on espère que l'enfant en sera quitte pour quelques jours de repos.

Le même jour à la Petite-Raon, le jeune Joseph tombe dans le canal d’une usine et se noie. On dit qu'il était sujet à des attaques d'épilepsie.

A Trémont, un maréchal-ferrant de 23 ans, qui s’est amusé avec des boîtes d'artifice, a l’idée lumineuse d'allumer simultanément deux mèches. Bilan : il a perdu un œil.

Tentative de meurtre

Dans la matinée de dimanche dernier on a trouvé, étendu sur la route de Saint-Aubin à Saulx, un nommé V. de Bar-le-Duc qui a déclaré avoir été attaqué la veille par une "bande de bohémiens". Il portait à la tête et sur diverses parties du corps d'assez fortes contusions et ressentait de vives douleurs internes.

On l'a ramené à Commercy. Un médecin, mandé sur place en toute hâte, a ordonné son transport à l'hôpital. Le blessé interrogé néanmoins par la gendarmerie a déclaré s’être pris de querelle à Ligny avec un dénommé L., marchand ambulant de son état qui vend des montres et de la bijouterie, à qui il reprochait de vendre des articles de contrebande. La victime l'accuse ensuite d'avoir envoyé derrière lui des bohémiens pour se venger de ces accusations et l'empêcher de porter plainte en l’assassinant.

C'est dans la forêt de Saint-Aubin que ceux-ci l’ont rattrapé et roué de coups le laissant à demi mort sur la route. L’enquête ne fait que débuter.

Petites nouvelles de Franche-Comté

Le conseil général du Doubs s'est réuni le 30 avril. A l'ordre du jour : destruction des insectes, cryptomanes et autres végétaux nuisibles à l’agriculture (loi du 24 décembre 1888) ; foire et marches ; chemins stratégiques ; chemin de fer d'intérêt local et tramways ; hospice départemental de Bellevaux (projet de vente et construction nouvelle) ; nouvelle caserne de gendarmerie de Montbéliard : faculté des Lettres de Besançon (demande de création de deux bourses de licence et d'agrégation) ; passage à niveau de Montrapon.

La discussion a été parfois houleuse. M. Estignard à propos des commissions de chemins de fer dit "qu’on y voit figurer des gens qui n'ont aucun mandat pour en faire partie : des marchands de tabac, les instituteurs en retraite. Ces gens-là sont envoyés par l'administration pour espionner ce qui se fait dans les commissions". Le préfet quitte la salle pour revenir plus tard.

Nos confrères du Petit Comtois (radical) commentent : "M. Estignard comprend-il qu'il a dépassé les bornes d’une discussion courtoise ?"

Lors d’une nouvelle réunion quelques jours plus tard, le procès-verbal donnera lieu à un nouvel incident. M. Estignard, dans le collimateur du journal comtois, est une nouvelle fois égratigné : lui que "ses préoccupations électorales hantent au point de lui faire oublier quelque fois les égards qu'il doit à ses collègues recommence de nouveau à protester d'avance contre la façon dont serait distribuée la subvention de 5.000 F votée pour permettre à certains ouvriers d’élite d'aller voir l'Expo". Suivent ensuite les points à l’ordre du jour : la question de Bellevaux, du chemin de fer de Voujeaucourt à Saint-Hyppolyte et de Gilley à Pontarlier (subvention), de la prison de la Butte (établissement d'un téléphone pour la relier au palais de justice).

Faits et méfaits

Un cultivateur né à Cronmary est arrêté à Besançon. Il s’était payé un fin gueuleton chez M. Charboutet restaurateur, rue des Boucheries, d’autant plus facilement qu’il n’avait pas un sou en poche.

A Haut-du-Them, dans la nuit de samedi à dimanche, M. Constant S., propriétaire, a été victime d'un acte de vandalisme inqualifiable : des malfaiteurs se sont introduits dans son verger et ont coupé à une hauteur d'environ 80 cm du sol, 31 pieds d'arbres fruitiers en plein rapport. Les habitants de cette commune sont d'autant plus surpris de cet acte que M. S. est très estimé et qu'il a su par son impartialité et ses sentiments démocratiques s'attirer toutes les sympathies des honnêtes gens.

A Champagney, à la suite d'un procès-verbal dressé le 16 avril dernier par l'administration des Postes, une jeune fille âgée de 16 ans, sans profession, demeurant à Champagney, est poursuivie pour usage d’un timbre-poste ayant déjà servi.

LES ATOURS D'UNE TOUR

Paris pour la quatrième fois est au centre du monde. Pour que la ville lumière brille de tout son éclat, il lui faut un projet grandiose : la Tour Eiffel.

L'idée ne revient pas à ... Eiffel ! Déjà, lors de l'Exposition universelle de Philadelphie en 1876, les ingénieurs américains Clark et Reeves avaient imaginé un projet de pylône cylindrique de 9 mètres de diamètre maintenu par des haubans métalliques, ancrés sur une base circulaire de 45 mètres de diamètre, d'une hauteur totale de 1.000 pieds (environ 300 mètres). Faute de crédits, leur projet n'a jamais le vu jour. Dans la même lignée, l’ingénieur français Sébillot avait puisé aux Etats-Unis, l'idée d'une "tour-soleil", en fer qui éclairerait Paris. Ce projet n'a jamais été réalisé.

En juin 1884, deux ingénieurs des entreprises Eiffel, Maurice Koechlin et Emile Nouguier, respectivement chef du bureau d'études et chef du bureau des méthodes se penchent sur un projet de tour métallique de 300 mètres. Le 6 juin très exactement, Maurice Koechlin dessine le tout premier croquis de l'édifice. Gustave Eiffel voit cette esquisse, dit ne pas s’y intéresser, mais concède toutefois à ces concepteurs l'autorisation de poursuivre l'étude. Stephen Sauvestre, architecte en chef des entreprises Eiffel redessine alors complètement le projet pour lui donner une autre envergure.

Gustave Eiffel est cette fois-ci, enthousiaste. A tel point qu'il dépose, le 18 septembre 1884, un brevet avant de racheter les droits de Koechlin et Nouguier, afin de détenir l'exclusivité sur la future tour, qui par voie de conséquence, va porter son nom. Le génie de Gustave Eiffel (gravure ci-contre) ne réside donc pas dans la conception du monument, mais dans l'énergie qu'il a dépensée d'abord à le faire connaître puis à pérenniser son oeuvre qu’il considère bien plus qu'un simple défi architectural et technique.

Plus de 5.000 dessins

Édouard Lockroy, ministre du Commerce et Commissaire général de l'Exposition universelle de cette année, s'est fait l'ardent défenseur du projet d'Eiffel.

Pour commencer, il s'est employé à convaincre son collègue de l'Industrie et du Commerce de lancer un concours ayant pour objet "d'étudier la possibilité d'élever sur le Champ-de-Mars une tour en fer à base carrée de 125 mètres de côté à la base et de 300 mètres de hauteur".

Ce concours était taillé pour Eiffel. Pour autant rien n'était gagné. La concurrence fut rude. Pas moins de 107 projets furent déposés. En mettant en avant l'intérêt scientifique qui peut être retiré de sa tour, l'ingénieur Eiffel a marqué indéniablement des points.

Une convention a été signée le 8 janvier 1887. Elle fixait les modalités du financement de l’oeuvre et de son exploitation par une société anonyme : "Après l’Exposition et dès la remise du parc du Champ-de-Mars, la ville deviendra propriétaire de la tour avec tous les avantages et charges y afférents : mais M. Eiffel , comme complément du prix des travaux, en conservera la jouissance jusqu’à l'expiration des vingt années qui compteront à compter du 1er janvier 1890 ".

Gustave Eiffel avait prévu douze mois de travaux, en réalité, il faudra compter le double. Sur le chantier, le nombre d'ouvriers ne dépassera jamais les 250. Une grande partie du travail étant effectué dans les usines Eiffel à Levallois-Perret. Ainsi, sur les 2 500 000 rivets que compte la tour, moins de la moitié a été posée sur le chantier.

Parallèlement, cinquante ingénieurs ont exécuté pas moins de 5 300 dessins d'ensemble ou de détails, chacune des 18 038 pièces en fer possédant son schéma descriptif. Les ouvriers se sont attaqués d’abord à la maçonnerie en réalisant notamment d'énormes socles en béton placés sous les quatre piliers de l'édifice, réduisant au minimum la pression au sol de l’ensemble. Le montage de la partie métallique proprement dite n'a commencé que le 1er juillet 1887. Eiffel fut un remarquable chef de chantier, inventant des grues pour mieux lever les poutrelles, créant sur les paliers de la tour des "cantines" pour les "charpentiers du ciel", veillant à la sécurité des hommes (il y eut un seul accident mortel).

©SED-Collection Tour Eiffel

En septembre dernier, alors que le chantier était déjà bien avancé et le deuxième étage construit, les ouvriers se sont mis en grève. Ils contestaient les horaires de travail (9 heures en hiver et 12 heures l'été), ainsi que leur salaire. Gustave Eiffel a argué du fait que le risque n’est pas différent qu’ils travaillent à 200 mètres d'altitude ou à 50. Bien que les ouvriers soient déjà mieux rémunérés que la moyenne, il leur a concédé une augmentation de salaire, mais en refusant de l'indexer sur le facteur "risque variable selon la hauteur". En décembre, une nouvelle grève a éclaté mais cette fois-ci, le patron a tenu tête et a refusé toute négociation.

Demain 6 mai 1889, l’Exposition universelle ouvrira ses portes au public. La tour sera inaugurée par le président Sadi Carnot. Puis, dans neuf jours le public sera autorisé à grimper dessus.

Le président Sadi Carnot. Document L'Est Républicain

Du fer lorrain

"Forges et usines de Pompey ; Fould-Dupont ; fournisseur des fers de la tour". Si c’est à Jules Ferry, un Lorrain, que l'on doit l'idée de l’Exposition universelle de 1889, c'est au fer et au savoir-faire des ingénieurs et des techniciens lorrains que l'on doit la structure métallique de la grande Dame.

C'est la famille Dupont qui est à l'origine de cette belle aventure. Associé à son fils Myrthil et à son gendre Adolphe Dreyfus, Auguste Dupont occupe en location (1836) une petite forge dans les Ardennes. Puis il en achète à Appremont et Champigneulles. Sensible aux grands bassins des réseaux de chemin de fer en construction, il crée une importante usine à Ars-sur-Moselle avec haut fourneau au coke et premier train universel pour fabrication de larges fers plats.

Après la défaite de 1870, il a décidé de quitter la Lorraine occupée et met en place, à Pompey, une usine qui, en moins de dix ans, dispose de deux hauts-fourneaux, des fours à puddler, des laminoirs, un atelier des pilons pour les tampons des chemins de fer.

Avant 1914, des ouvriers métallurgistes des aciéries de Pompey photographiés par Léopold Poiré. ©CRI-Nancy Collection Poiré

En 1886, Auguste s’est associé avec son gendre Alphonse Fould qui a pris la tête de l'affaire. Ce polytechnicien, contrairement aux patrons des sociétés sidérurgistes comprend l’enjeu que représente ce projet de tour métallique à Paris. Déjà associé par des accords financiers avec les Ateliers de construction mécanique Eiffel de Lavalois, il remporte le marché.

Pompey, pour assumer cette commande importante, dispose de 25 fours dont 16 fours simples de 235 kg par charge et 9 fours doubles de 500 kg par charge. La production quotidienne de cet ensemble avoisine les 150.000 kg. Le poids total de métaux utilisés pour la construction de la tour est de 8.546.816 kg, y compris les fondations et les pièces mécaniques pour ascenseurs. Les superstructures entrent dans cet ensemble pour 7.341.214 kg.

La totalité de la production a été acheminée par rail (3 à 400 tonnes par mois) dans les ateliers de Levallois-Perret où les barres ont été mises en forme, ajustées et percées.

La plaque en l'honneur de la société Fould-Dupont, principal fournisseur pour la Tour Eiffel. ©SED-Collection Tour Eiffel

BOULANGER ENCORE CANDIDAT ?

On murmure dans les milieux bien informés que le général Boulanger, l'ennemi le plus dangereux de notre République, pourrait se présenter en Lorraine où, il est vrai, par le passé, ses candidats ont obtenu des scores et ont été élus.

Car les perspectives électorales se rapprochent : nous voterons en juillet pour le renouvellement de nos conseils départementaux et notre journal se fera un plaisir de défendre la candidature du fort honorable M. Larcher, républicain convaincu et honnête homme.

Le général Boulanger. Document L'Est Républicain

S’il se voyait opposé à Boulanger - ce que nous n’espérons pas - il serait facile pour nous de convaincre nos concitoyens : d’un côte un homme en exil, aux abois. Poursuivi par les lois de la République pour "complot contre la sûreté intérieure", "détournements de fonds publics", "corruption et prévarication" et de l'autre un républicain sérieux et travailleur qui ne veut que le bien de la Nation alors que le général déchu ne cherche qu’à exciter ses querelles. N'oublions pas enfin qu'il faudra revoter en septembre pour nos députés. Là encore le choc sera rude même si le "boulangisme" recule, il faudra faire preuve d'une grande vigilance pour écarter le danger d'une résurgence.

Petites Nouvelles du monde

Vague de grèves en Allemagne

Les mineurs allemands se sont mis en grève dans tout le pays. D'après les journaux d’outre-Rhin, ils seraient plus de 120 000 à avoir cessé le travail notamment dans le bassin de la Ruhr, le plus important, qui compte près de 90 000 mineurs mais aussi en Sarre, en Saxe et en Silésie. Après les charpentiers de Berlin, il y a peu de temps, les mineurs revendiquent aussi pour les horaires, les augmentations de salaire et leur condition de travail dans les chantiers.

A la tête du mouvement, on parle d’un dénommé Fritz Bunte, qui préside l’association de sauvegarde des intérêts des mineurs et qui est l’un des membres, avec notamment Schroder et Siegel. Les organisations ouvrières sont plus puissantes encore en Allemagne qu'en France en particulier dans les mines où la présence de nombreux travailleurs étrangers vient parfois compliquer les choses. Les dépêches parlent d'envoyer la troupe contre les grévistes.

Les députés du Reichstag semblent préoccupés par cette situation qui peut se révéler explosive. Comment réagiront Bismarck et Guillaume II ?

Le feu au Palais

Une dépêche de Pékin annonce que le feu qui a dévoré une grande partie du palais impérial est dû à une malveillance. Les auteurs ont tenu à détruire les livres de compte relatifs aux fournitures des seize dernières années à propos desquels de grosses malversations ont été découvertes. Ils y ont réussi.

La Belgique vue du ciel

La municipalité de Bruxelles vient de confier à l'aéronaute français Eugène Godard le soin d'organiser dans cette ville une grande course de ballons qui aura lieu le 19 août prochain. La municipalité offre quatre prix, donne une indemnité à tous les concurrents et leur fournit 30.000 mètre cube de gaz. Il est question de désigner Paris comme point d'atterrissage et de déclarer gagnant l’aéronaute qui prendra terre le plus près de la tour Eiffel.

Une mystérieuse femme découverte dans une caverne

Il est interdit en Suisse d'embrasser la « profession » de femme sauvage. Ainsi, à maintes reprises des bûcherons des Grisons avaient-ils vu errer dans les forêts glacées du Val de Bargaara une femme très mystérieuse, enveloppée de fourrures et suivie d'un dogue danois de haute taille. Qui était-elle ? De quoi et comment vivait-elle dans cette contrée reculée ? La police fut avertie et après des recherches longues a découvert dans une caverne profonde la gîte de la pauvre femme sauvage. Les policiers ont dû soutenir une lutte terrible avec son vigilant dogue que, finalement, ils ont dû abattre à coups de fusil pour parvenir jusqu'à sa maîtresse. Cette femme est âgée de trente ans, elle se renferme dans un mutisme complet. On a dû arracher de force le cadavre de l’animal qu'elle tenait enlacée en gémissant pour la mener au commissariat de Coire. Elle portait un poignard sur lequel apparaissaient deux lettres gravées et recouverts d’argent.

Un dompteur attaqué

Lundi dernier à Asti (Piémont italien), un dompteur allemand qui était en train de dresser un lion a été attaqué à l'improviste par l'animal devenu subitement furieux. Après une courte lutte, le dompteur a succombé à ses blessures atroces. Quelques temps plus tard, on a retiré son corps de la cage.

Archives : service documentation de L'Est Républicain

Réalisation : Emeline PIUCCO

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Est Republicain
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