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Jeepers Creepers : le chant du diable 2001 - États-Unis. Réalisation : Victor Salva. Scénario : Victor Salva. Avec : Gina Philips, Justin Long, Patricia Belcher, Jonathan Breck.

Les bons vieux croque-mitaines se font rares au cinéma. Ayant atteint le sommet de leur gloire dans les années 80 avec notamment la saga des Freddy, ces antagonistes de films d'horreur qui étaient capable de vous faire regarder sous le lit, juste pour vous assurer que tout allait bien, ont petit à petit disparu de nos écrans. En 2001, Victor Salva tente de relancer la machine et nous offre Jeepers Creepers, un film qui rate de très peu le passage à la postérité.

"Jeepers Creepers, where'd you get those beepers ?"

Pendant les vacances de Pâques, un frère et une sœur, Darry et Trish, prennent la route pour aller retrouver leurs parents. Alors qu'ils roulent tranquillement, ils se font dépasser par un vieux camion délabré qui manque de leur faire avoir un accident.

Un peu plus loin, ils retrouvent le même véhicule stationné devant une église abandonnée. Sous leurs yeux ébahis, le conducteur jette dans un puits quelque chose qui ressemble étrangement à un corps humain enveloppé dans un drap. Malheureusement pour eux, l'homme les aperçoit. Bientôt, une course-poursuite s'engage entre eux et une créature qui, ils s'en rendront compte rapidement, n'a rien d'humain.

Eh non, les bons croque-mitaines ne sont pas morts ! Malgré son étiquette « Série B » collée sur le front, Jeepers Creepers s'avère être un film très sympathique, notamment grâce à son antagoniste. Le Creeper de Salva a tout du méchant qu'on aimerait revoir dans plusieurs épisodes. D'un autre côté, paradoxalement, c'est à partir du moment où on apprend à mieux le connaître que Jeepers Creepers est imparfait. Mais procédons dans l'ordre.

La première partie de Jeepers Creepers est clairement la meilleure du film. On commence avec une intro assez rapide où on nous présente Trish et Darry. Le fait d'avoir choisi pour héros un frère et une sœur plutôt qu'un couple est une idée judicieuse. Selon Victor Salva, c'était pour éviter la moindre tension sexuelle entre les deux protagonistes et c'est un bon choix.

D'autant que les rapports fraternels sont assez bien dépeints dans tout ce qu'ils ont de conflictuel, de puéril et d'affectueux en même temps. Trish et Darry sont d'emblée mis en avant comme des personnages sympathiques et on s'attache à eux très rapidement.

Très vite, le Creeper entre en action, bien qu'au départ, on ne puisse voir que son camion, lorsqu'il essaie de dépasser les deux jeunes en manquant de leur faire avoir un accident. Le véhicule, qui aura son rôle à jouer dans l'histoire, introduit bien le personnage de Creeper qui apparaîtra ensuite. Rouillé, délabré, mais roulant étonnement vite, le camion en lui-même est menaçant, tandis que sa plaque d'immatriculation clamant « Beating You » (Je te bats) est de mauvais augure.

La première confrontation est aussi rapide qu'inattendue, ce qui la rend d'autant plus efficace. Et on n'a pas encore eu le temps de l'effacer de notre mémoire que le second affrontement commence. Trish et Darry surprennent le Creeper en train de balancer un corps dans un puits. Celui-ci les voit, et s'ensuit une course-poursuite haletante.

Le génie de Salva est alors d'avoir fait en sorte que l'on n'ait vu son antagoniste que de loin, qu'on ne sache pas ce qu'il est vraiment, et qu'il soit pourtant déjà considéré par le spectateur comme une menace sérieuse. Ainsi se termine la première partie du film, sans aucune tâche si ce n'est un fond vert un peu trop visible lors des scènes en voiture. Autant dire qu'on est impatient de connaître la suite

Et ce qui, jusque ici, était proche de la perfection perd déjà un peu de sa superbe. Non pas que la suite soit mauvaise, mais elle est ponctuée de détails qui abaissent la qualité du film. Réactions peu crédibles, effets spéciaux ratés et légères incohérences pointent le bout de leur nez. Heureusement, la sympathie que l'on éprouve pour nos deux héros et notre curiosité envers le Creeper parviennent à maintenir l'intérêt à un niveau assez haut durant toute la seconde partie du film.

De plus, certains passages sont mémorables, notamment le baiser du Creeper ou le moment de la dame aux chats. On en apprend un peu plus sur notre antagoniste et sur ses intentions, tandis que ses attaques deviennent plus violentes. On découvre aussi son anatomie pour le moins... surprenante mais assez réussie. Enfin, on se rend compte que les agissements du monstre sont empreints d'une sorte de sexualité malsaine, qui contribue à maintenir une ambiance glauque et apporte un élément de plus à cet antagoniste décidément fort intéressant.

Une baisse de tension avant le dénouement

Le dernier tiers, enfin, est le moins intéressant du lot. Bien que la partie dans le commissariat nous permette d'apprendre tout ce que nous avons besoin de savoir sur le Creeper et que les attaques du monstre soient assez gore, ces passages n'atteignent pas le niveau de tension et de surprise que l'on pouvait ressentir durant les scènes précédentes. Cette partie n'est pas mauvaise, mais elle a le malheur de passer après une heure de film où la tension était au maximum. Elle ne se relâche qu'un tout petit peu, ici, mais c'est un tout petit peu trop.

Heureusement, le dénouement relève le niveau. La finale est glauque et clôture le film de la meilleure façon possible. De plus, sans jouer dans le cliffhanger peu subtil, elle laisse la porte ouverte à des suites, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Cela tient en grande partie, comme je l'ai déjà dit, au charisme de son antagoniste. Je n'en dirai pas plus sur ses caractéristiques pour ne pas spoiler ceux qui n'ont pas vu le film, mais il est clair que nous avons face à nous un personnage haut en couleur qui mérite d'être développé dans d'autres épisodes.

Niveau technique enfin, Jeepers Creepers est globalement bon. Une ambiance très 80's baigne le long-métrage (surtout au début) et n'est pas déplaisante. Victor Salva manie sa caméra d'une main de maître et nous offre quelques plans très intéressants.

Une bande-son incongrue mais efficace

En ce qui concerne la bande son, l'utilisation de la chanson Jeepers Creepers paraît un peu déplacée au départ, celle-ci n'ayant a priori rien d'horrifique. Cependant, elle prendra tout son sens dans la scène finale. Entendre cette musique, assez joyeuse en soi, alors que l'on voie des images sombres et glauques rend le tout assez malsain.

Seul point noir : les effets spéciaux qui oscillent entre le bon et l'infâme. Alors que les effets « manuels » sont relativement réussis (il y a quelques ratés, mais rien de très grave), toux ceux utilisant des méthodes numériques sont risibles et vieillots. Cela amoindrit grandement l'impact de certaines scènes, ce qui dessert clairement le film.

Du côté des acteurs, qui sont peu nombreux, c'est excellent. Justin Long et Gina Philips sont très bons et crédibles dans les rôles principaux, et leur relation de frère et sœur est plutôt bien dépeinte. Patricia Belcher campe un second rôle bien interprété et important pour l'histoire. On retiendra également Eileen Brennan, truculente dans le rôle de la dame aux chats bien qu'elle n'apparaisse que pour quelques minutes.

L'anecdote

Les deux acteurs interprétant les héros n'ont été autorisés à voir ni le Creeper ni son camion avant le tournage des scènes où ils apparaissaient. Le but étaient que leurs réactions lors desdites scènes soient les plus réalistes possibles au moment où ils les découvriraient.

Jeepers Creepers est une belle réussite. Ça reste une série B, mais une série B de haute qualité, comme on aimerait en voir plus souvent. Dommage que les suivants n'aient pas suivi la recette. Mais ce premier opus, lui, vaut clairement le coup.

3,5/5

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