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Le Tour de France et la Saône-et-Loire

Par Christophe Saulnier

En juillet 2019, le Tour de France revient en Saône-et-Loire pour deux jours. Venu de Belfort, le peloton rallie Chalon lors de la 7e étape le vendredi 12 juillet, avant son départ de Mâcon le lendemain à destination de Saint-Etienne. Retour en format long sur les grandes heures du Tour de France en Saône-et-Loire lors des passages précédents de l'épreuve dans le département.

Né en 1903 à l'initiative d'Henri Desgranges et du Journal L'Auto, le Tour de France attend de longues années avant de faire étape en Saône-et-Loire. Il a en effet fallu patienter jusqu'à ... 1959 pour voir la première fois le peloton des "géants de la route" s'arrêter dans une ville de Saône-et-Loire, à Chalon. Auparavant, le Tour n'avait effectué que quelques petites incursions sur les routes du département.

Passage matinal en 1906

En ces premières années de La Grande Boucle, les organisateurs proposent des étapes interminables de plus de 400 km aux champions. L'étape la plus longue de cette édition se déroule ainsi entre Marseille et Toulouse sur 480 km ! Aussi, le parcours entre Dijon et Grenoble fait presque figure d'étape "courte" avec ses 311 km au menu, dont les premiers sur les routes de Saône-et-Loire pour les "Forçats de la route".

Mais il fallait être matinal pour assister au passage des coureurs à Chalon, premier point de "contrôle fixe" imposé sur le parcours. Dès 5 heures du matin, les rues s'emplissent d'amateurs de vélos venus acclamer les champions. Le premier petit peloton, composé des stars de l'époque, Pottier, futur vainqueur, Petit-Breton, Faber, Aucouturier... se présente à 6h27.

Devant l'Obélisque, a été installé le point de contrôle et le ravitaillement. Pas question à cette époque de musettes prises à la volée... C'est un petit-déjeuner qui a été installé avec thé, café ou chocolat au menu. Les coureurs y font une pause réglementaire de 3 minutes avant de reprendre la route.

Deux heures plus tard, les coureurs feront également halte à Mâcon pour un autre point de contrôle obligatoire.

Le compte-rendu du passage des coureurs du Tour 1906 en Saône-et-Loire relaté par le Courrier de Saône-et-Loire de l'époque:

En 1926

Les coureurs venaient d'Évian et se dirigeaient sur Dijon par Bellegarde, Nantua, Bourg, Mâcon, Chalon et Beaune. Lucien Buysse, le leader, comptait… 1 h 20 d'avance sur son suivant, le Luxembourgeois Nicolas Frantz.

En 1950

L'étape menait de Lyon à Dijon. Arrivés par la rive droite de la Saône (Crêches-sur-Saône), les coureurs franchirent le pont de Saint-Laurent-sur-Saône et prirent la route de la Bresse. Le Suisse Ferdi Kubler portait le maillot jaune.

Depuis, le Tour a pris l'habitude de passer régulièrement sur les routes de Saône-et-Loire et même de s'y arrêter. A 14 reprises, une ville du département a été le théâtre d'une arrivée et le peloton a pris le départ 7 fois depuis une commune de Saône-et-Loire.

Retour en textes et images sur cette histoire entre la Grande Boucle et la Saône-et-Loire, entre grands événements et petites anecdotes qui ont émaillé ces passages entre Saône et Loire.

Première arrivée d'étape à Chalon en 1959

Le 16 juillet 1959, les rescapés de la 46e édition du Tour de France prennent le départ d'Annecy pour la 20e étape. Pour la première fois, l'arrivée de l'étape sera jugée en Saône-et-Loire. La ligne d'arrivée a été installée à Chalon, face aux Monuments aux Morts, et le public est venu en nombre applaudir les "Géants de la route".

Le parcours du Tour de France 1959

Ces derniers se nomment Roger Rivière, l'Espagnol Federico Bahamontes, porteur du maillot jaune et futur vainqueur de l'épreuve, Henry Anglade avec le maillot de champion de France, et Jacques Anquetil, déjà vainqueur du Tour pour la première fois deux ans plus tôt (de gauche à droite sur l'image ci-dessous).

Au départ des Alpes et à deux jours de l'arrivée à Paris, ce parcours entre Annecy et Chalon constitue une étape de transition dans laquelle les cadors du peloton ne se livrent pas. Quelques hommes tentent de se faire la belle et seul Brian Robinson pousse l'aventure.

Il se retrouve seul aux alentours d'Oyonnax et poursuit son escapade en solitaire. Le peloton musarde sous la chaleur et ne lance jamais vraiment la poursuite. Robinson arrive ainsi à Chalon 20 minutes avant le gros des troupes, dont le sprint est réglé par Padovan devant André Darrigade.

Jean Robic quitte le Tour à Chalon

Jean Robic avait gagné le Tour de France en 1947. Le Breton, très populaire à l'époque mais en fin de carrière, a définitivement quitté la Grande Boucle ce 16 juillet 1959 à Chalon.

Arrivé largement hors délais, l'ancien champion a été mis hors course par les commissaires. Il tente bien de faire appel de la décision, mais celle-ci est confirmée par les commissaires et Jean Robic ne peut donc pas prendre le départ de l'étape contre la montre entre Seurre et Dijon le lendemain.

Jean Robic ne reviendra plus sur le Tour avant la fin de sa carrière, deux ans plus tard. C'est donc à Chalon que son histoire d'amour avec la Grande Boucle s'est achevée.
En Haut : Fédérico Bahamontès, le porteur du maillot jaune et futur vainqueur de l'épreuve, bien calé en deuxième position du peloton. En Bas à gauche : le peloton dans la côte de Labergement. En Bas à droite : le public attend le passage des coureurs à Louhans.
En haut à gauche : L'équipe internationale composée de l'Autrichien Christian et des Britanniques Sutton et Robinson (de gauche à droite) a remporté le Challenge Martini récompensant la meilleure équipe de l'étape. En haut à droite : Brian Robinson traverse en solitaire Louhans, en route vers la victoire. En bas : Brian Robinson vient de recevoir le bouquet du vainqueur des mains de Mlle Raymonde Bertin, vice-reine de Chalon.

Retour à Chalon en 1961

Deux ans après son premier passage, le Tour de France revient en Saône-et-Loire pour deux jours en 1961. Chalon est une nouvelle fois choisie pour accueillir la Grande Boucle. La Cité de Niépce est à la fois théâtre et arrivée de la 7e étape en provenance de Belfort mais également ville de départ de la 8e étape en direction de Saint-Etienne.

Cette édition 1961 est la dernière disputée par équipes nationales. L'équipe de France, conduite par Jacques Anquetil, a en effet si bien verrouillé la course tout au long de l'épreuve que cette 48e édition du Tour de France n'a pas brillé par son spectacle.

Dès le soir de la première journée, Jacques Anquetil a endossé le maillot jaune qu'il ne quittera plus jusqu'à Paris. Son plus dangereux rival, le Luxembourgeois Charly Gaul, déjà largement distancé dès le contre-la-montre initial, ne parviendra jamais à combler son retard dans la montagne.

Lorsque le peloton s'élance de Belfort en direction de Chalon pour cette 7e étape, Jacques Anquetil compte déjà une solide avance sur ses poursuivants au général.

Jacques Anquetil, André Darrigade, Jean Stablinski et Joseph Groussard à l'arrivée à Chalon.

Dès le 48e kilomètre, une échappée composée de 15 coureurs dont les Français Jean Stablinski, Groussard et Cazala, prend forme et compte rapidement plus de 15 minutes d'avance sur un peloton qui ne s'affole pas.

L'un des membres de l'échappée, l'espagnol Fernando Manzanèque, devient même le virtuel porteur de maillot jaune à environ 90 km de Chalon. Il est donc temps pour le peloton d'embrayer et de limiter les écarts qui ne seront plus que de 6'34 à l'arrivée à Chalon.

L'étape se joue donc entre les 15 hommes échappés. Le plus malin sera Jean Stablinski qui prend quelques mètres de marge sur ses compagnons de fugue à la flamme rouge et parvient à conserver 1 seconde d'avance sur la ligne. Joseph Groussard règle quant à lui le sprint des échappés.

Le lendemain, c'est encore de Chalon que le peloton s'élance en direction de Saint-Etienne pour le premier départ depuis une ville de Saône-et-Loire.

1975 : Chalon fait un triomphe à Bernard Thevenet

Pour sa troisième arrivée en Saône-et-Loire, le Tour de France a de nouveau choisi Chalon comme ville étape. Et le département est particulièrement en fête à l'occasion de la venue du peloton car, en cette toute fin de Grande Boucle, c'est un enfant de Saône-et-Loire qui a le maillot jaune solidement accroché aux épaules. Bernard Thevenet, natif du Guidon - ça ne s'invente pas - a réussi l'impensable : faire chuter le "Cannibale" Eddy Merckx. Quelques jours plus tôt, du côté de Pra-Loup, lors d'une étape d'anthologie, "Nanard" s'est emparé de la tunique jaune qu'il ne lâchera plus jusqu'à Paris.

A la sortie des Alpes, le peloton s'est offert une longue balade entre Thonon-les-Bains et Chalon. Même si les organisateurs avaient placé le col de La Faucille sur le chemin pour donner des idées aux attaquants, les équipes de sprinters étaient bien décidées à empêcher toute échappée au long cours pour garantir une arrivée groupée.

A ce jeu, c'est le maillot vert, le Hollandais Rik Van Linden, intouchable cette année là dans les sprints massifs, qui se montre une nouvelle fois le plus fort.

Rik Van Linden après son arrivée victorieuse à Chalon

Rik Van Linden s'impose au sprint devant Robert Mintkewicz et l'Anglais Hoban.

L'étourdi du jour

Pour que les spectateurs puissent profiter au mieux du spectacle, les organisateurs avaient dessiné un circuit autour du quartier des Prés Saint-Jean. Après avoir franchi une première fois la ligne d'arrivée installée avenue Edouard-Herriot, les coureurs devaient effectuer un tour compet du quartier en empruntant l'avenue Kennedy avant de revenir franchir de nouveau la ligne d'arrivée.

Quelques kilomètres avant d'entrer dans Chalon, un petit groupe avait réussi à fausser compagnie au peloton. Celui-ci revenait à vive allure sur leurs talons à l'entrée du circuit. C'est alors que le Belge André Doyen se lançait dans un sprint éperdu et levait les bras sur la ligne... un tour trop tôt. Il n'avait sans doute pas bien lu son "road-book" avant de prendre le départ ce matin-là...

Eddy Merckx, champion du monde et déjà quintuple vainqueur du Tour, et premier vainqueur du maillot du meilleur grimpeur né cette année- là et futur vainqueur de la Grande Boucle l'année suivante, le Belge Lucien Van Impe.

La première de Thevenet

La France attendait un successeur à Roger Pingeon, dernier vainqueur tricolore du Tour de France depuis 1967. Depuis, Eddy Merckx avait régné en maître absolu. Si le Tour de France 1973 avait été remporté par l'espagnol Luis Ocana, c'est en l'absence du champion belge vainqueur des 5 autres éditions.

Autant dire que "le Cannibale" faisait une nouvelle fois figure de grandissime favori au départ de Charleroi début juillet.

Tous les grands noms du peloton sont également au départ : Luis Ocana, Joop Zoetemelk, Lucien Van Impe... Bernard Thevenet représente la meilleure chance française.

Merckx prend le mailot jaune au soir de la 6e étape, et à la veille de l'entrée dans les Pyrénées, seul Thevenet semble encore en mesure de lui contester la victoire.

Le coureur de Saône-et-Loire reprend du temps à Merckx dans les Pyrenées puis dans le Massif Central où le Belge reçoit un coup de poing d'un spectateur lors de la montée du Puy de Dôme.

Mais c'est lors de la 15e étape entre Nice et Pra Loup que ce Tour de France bascule en faveur de Bernard Thevenet.

Bernard Thevenet raconte cette étape de légende

Thevenet enfonce le clou le lendemain, le 14 juillet. Il attaque au pied de l'Izoard, passe seul au sommet et triomphe à Serre-Chevalier devant Merckx.

Enfin, le champion belge est victime d'une chute à Valloire, d'où il ressort avec la mâchoire fracturée. Il parviendra néanmoins à rallier Paris mais ne pourra remonter son retard sur Bernard Thevenet qui remporte son premier tour de France

Deux ans plus tard, en 1977, c'est de nouveau dans les Alpes que Bernard Thevenet construira sa seconde victoire dans le Tour de France avant de la sceller en Bourgogne, lors du dernier contre-la montre couru autour de Dijon. Il devancera finalement le Néerlandais Hennie Kuiper de 48 secondes sur les Champs Elysées.

Bernard Thevenet terminera sa carrière de coureur cycliste en 1981, en plein règne de Bernard Hinault.

1988 : Le Tour revient pour la 4e fois à Chalon

Après 13 ans sans repasser par la Saône-et-Loire, le Tour de France choisit une nouvelle fois... Chalon pour accueillir l'arrivée de la 20e étape de cette édition 1988, dont le départ est donné à Clermont-Ferrand.

C'est l'Espagnol Pedro Delgado qui porte le maillot jaune et qui s'apprête à remporter sa seule victoire finale dans la Grande Boucle.

Pourtant 4 jours plus tôt, à l'arrivée de la 17e étape entre Tarbes et Pau, le maillot jaune a été contrôlé positif au probénécide, un diurétique utilisé contre la goutte mais qui peut aussi masquer l'usage de stéroïdes anabolisants. L'info a fuité dans la presse et le débat fait rage autour du coureur espagnol car si le produit figure bien sur la liste des produits interdits par le CIO, il n'a pas encore été ajouté à celle des produits interdits par l'UCI.

Au départ de l'étape menant à Chalon, le peloton décide de mettre pied à terre. Sur le ligne de départ à Clermont-Ferrand, les cyclistes s'assoient pour un sit-in d'une dizaine de minutes à l'initiative des directeurs sportifs. Ils protestent contre les contrôles anti-dopage, leur procédure et la publicité prématurée qui en est faite.

Cette étape de fin de Tour est une nouvelle fois une étape de transition dans la remontée vers Paris. Le dernier contre-la-montre de l'épreuve autour de Santenay, qui peut encore en partie rebattre les cartes et qui sera couru le lendemain, est dans toutes les têtes. Aussi, le peloton avance à un rythme tranquille. Il faut attendre l'entrée en Saône-et-Loire, sur les routes du Charolais, pour voir enfin les premières tentatives d'échappées avec notamment celle d'un cador du peloton, ex-vainqueur du Giro d'Italie, l'Américain Andrew Hampsten. Mais les équipes de sprinters veillent et l'on se dirige tout droit vers une arrivée groupée avenue Edouard-Herriot à Chalon. A 800 m de la ligne d'arrivée, Thierry Marie, un Normand au regard bleu acier, sort en force d'un peloton lancé pourtant à vive allure. Il parvient à garder 2 petites secondes d'avance sur le gros des troupes emmenées par le meilleur sprinter du moment, porteur du maillot vert, Jean-Paul Van Poppel.

A peine la ligne d'arrivée franchie en vainqueur, le boyau du vélo de Thierry Marie éclate... Il était vraiment dit que c'était son jour de chance !

En haut à gauche : Stephen Rooks, le maillot à pois, Pedro Delgado, le maillot jaune, et Gert-Jan Theunisse, l'un des grands animateurs de ce tour 1988, réunis après l'arrivée à Chalon (en haut à gauche). En haut à droite : l'arrivée victorieuse de Thierry Marie. En bas à droite : le vainqueur de l'étape sur le podium.

Ce même jour, Chalon accueillait aussi l'arrivée d'une étape du Tour de France féminin, partie de La Clayette, avec là encore une victoire française, celle de Valérie Simmonet. Le maillot jaune restait accroché aux épaules d'une certaine Jeannie Longo...

1991 : Le Tour s'installe deux jours dans le Mâconnais

Une étape de plaine conduit le peloton à Mâcon.

Le lendemain, l'avant-dernière étape - un contre-la-montre- se déroule entre Lugny et Mâcon

Comme bien souvent, la Saône-et-Loire accueille la Grande Boucle lors de la remontée vers Paris lors de cette édition 1991, la première du règne de Miguel Indurain. Parti de Morzine, le Tour fait étape pour la première fois à Mâcon, qui reçoit même les coureurs deux jours de suite.

En cette fin d'épreuve, les dés semblent jetés pour le maillot jaune et la lutte reste indécise pour quelques places d'honneur. Ce parcours entre Morzine et Mâcon constitue donc une nouvelle étape de transition avant la dernière explication face au chrono.

Comme le final est tout plat, les sprinters pensent avoir l'occasion d'une nouvelle confrontation massive sur la dernière ligne droite et leurs équipes contrôlent savamment la course... jusqu'à 3 km du but. C'est à ce moment-là que le Russe Viatschlav Ekimov, champion du monde de poursuite, jaillit du peloton lancé à pleine vitesse. Il prend rapidement quelques centaines de mètres d'avance et parvient, au bout de l'effort, à contenir la meute pour s'offrir le bouquet du vainqueur.

En haut à gauche : Ekimov franchit la ligne d'arrivée en vainqueur. En haut à droite : le régional de l'étape, Thierry Laurent, entouré de ses proches à l'arrivée à Mâcon. En bas à gauche : au village VIP, Georges Sarre, Marc-Antoine-Rognard, maire de Mâcon, Raymond Poulidor et Alain Calmat. En bas à droite : Bernard Thevenet était lui aussi de la partie.

Lugny ville départ d'un premier contre-la-montre 100% Saône-et-Loirien

Miguel Indurain, maillot jaune sur les épaules, a confirmé lors de ce contre-la-montre qu’il était bien le plus fort et qu'il allait ramener la précieuse tunique à Paris.

Il remporte cette étape royale en devançant son plus dangereux rival au classement général, l'Italien Gianni Bugno. A la troisième place, l'Américain Greg Lemond, autre très grand nom du cyclisme, qui en profite pour grapiller une place au général (4e). Il devance un autre Italien, lauréat cette année là du Grand Prix de la Montagne, Claudio Chiappucci.

Miguel Indurain s'apprête désormais à devenir le 4e coureur espagnol à remporter le Tour de France après Bahamontès en 1959, Ocana en 1973 et Delgado en 1988. Mais lui fera mieux que ses prédecesseurs puisqu'il remportera 5 fois la Grande Boucle.

Le résumé vidéo de l'étape Lugny - Mâcon

De Gauche à droite et de haut en bas : Claudio Chiappucci sauve sa 3e place au classement général. Laurent Fignon termine à la peine mais se classe 6e au général, Gianni Bugno a tout tenté mais échoue à 27 secondes du vainqueur du jour. Le meilleur Français du jour est aussi un régional puisqu'il s'agit du Nivernais Jean-François Bernard. Greg Lemond arrache la 4e place au classement général à Mâcon. Marc-Antoine Rognard a suivi la course en compagnie du directeur du Tour de l'époque, Jean-Marie Leblanc. Miguel Indurain a prouvé qu'il était bien le patron du peloton.

1998 : un Tour vraiment pas comme les autres s'installe deux jours en Saône-et-Loire

La bombe a explosé à la veille du départ du Tour à Dublin avec l'arrestation à Lille d'un soigneur de l'équipe Festina, Willy Voet, transportant quantité d'EPO. L'info passe tout d'abord un peu inaperçue du grand public, focalisé sur la finale de la coupe du monde de foot que les coéquipiers de Zidane s'apprêtent à disputer et à remporter face au Brésil.

Mais la déflagration va tout emporter sur son passage au fil des trois semaines de l'épreuve tant et si bien que la possibilité de voir l'épreuve s'arrêter en cours de route prend sérieusement corps.
Richard Virenque et toute l'équipe Festina ont bien tenté de nier tout dopage durant la première semaine de course, ils sont finalement exclus au soir de la 7e étape. Marco Pantani, le futu vainqueur de ce Tour 98 participe à un sit-in aux côtés de l'ensemble du peloton lors de la 17e étape.

Autun, Montceau et Le Creusot, toutes les trois villes étapes en fin de Tour s'inquiètent mais malgré l'hécatombe parmi le peloton, pas moins de 6 équipes sur 21 ayant quitté l'épreuve (dont l'équipe Festina de Richard Virenque exclue au soir de la 7e étape), Jean-Marie Leblanc parvient à sauver l'épreuve et ses dernières étapes.

C'est donc un tout petit peloton de 98 unités qui s'élance de La Chaux de Fonds pour rejoindre Autun pour la 19e étape. Dès le départ, Durand sort du peloton. Il est rapidement rejoint par 12 hommes que le peloton laisse filer et prendre plus d'un quart d'heure d'avance.

La victoire ne pouvant plus leur échapper, les fuyards vont s'expliquer entre eux. Quatre hommes parviennent à fausser compagnie à leurs compagnons d'échappée pour se disputer la victoire à Autun. C'est Magnus Backsted qui s'arroge la victoire au sprint, la première pour un coureur suédois.

A 23 ans, Magnus Backsted est le premier coureur suédois à remporter une étape dans le Tour de France.
Dans la Côte de la Rochepot (en haut à gauche) comme à l'entrée en Saône-et-Loire à Géanges (en haut à droite) ou sur la ligne d'arrivée à Autun (en bas à droite), le public est venu soutenir Backstedt, Pantani, Ulrich et tout le peloton malgré les soubresauts des affaires de dopage qui ont émaillé cette édition.

Le podium final se dessine entre Montceau et Le Creusot

5’56’’ : c’est l’avance que possède Marco Pantani sur Jan Ullrich avant ce contre-la-montre. Un gouffre même pour le rouleur allemand alors 3e du général derrière l'Américain Bobby Julich pour 14 secondes. Ullrich a en effet connu une terrible défaillance quelques jours plus tôt dans le Galibier.

Formidable rouleur, Ullrich remporte l'étape, reprend la deuxième place à Bobby Julich mais ne remonte "que" 2'35 sur le Pirate qui conserve sa tunique jaune et s'offre ainsi son seul Tour de France.
Ullrich peut être satisfait à l'arrivée, il remporte sa 3e victoire d'étape sur ce Tour, reprend la 2e place au général à Bobby Julich (en haut à droite) et il avait trop de retard au départ sur Pantani, en bas à gauche, pour reprendre la tunique jaune. Après Autun la veille, le public de Saône-et-Loire était de nouveau présent en masse tant au départ à Montceau qu'à l'arrivée au Creusot, pour applaudir les coureurs, loin des sifflets qui les avaient accompagnés les jours précédents.

2002 : Lance Armstrong écrase tout entre Régnié-Durette et Mâcon

En 2002, le règne de Lance Armstrong sur le Tour de France est sans partage. Il remporte cette année là son quatrième Tour de France consécutif et s'apprête à en enchaîner trois autres. Le premier, il l'a remporté en 1999, un an après l'affaire Festina qui avait révélé au monde l'étendu du problème du dopage. La domination de l'Américain interroge déjà mais les contrôles qu'il subit régulièrement non jamais décelé le moindre problème.

Le sort de ce Tour 2002 est déjà scellé lorsque les coureurs se présentent sur la rampe de départ de cette avant-dernière étape en Beaujolais, entre Régnié-Durette et Mâcon. Le Texan a depuis longtemps éteint tout suspens puisqu'il compte plus de 5 minutes d'avance sur son premier poursuivant, le petit grimpeur espagnol Joseba Beloki qui ne représente pas une menace en contre-la-montre.

Armstrong écrase tout sur son passage. Seul le Lituanien Raimundas Rumsas termine dans la même minute (à 53 secondes), tous les autres étant rejetés nettement plus loin.

Quelques jours plus tard, à l'entrée du tunnel du Mont-Blanc, l'épouse du coureur Lituanien est arrêtée par la douane qui découvre qu'elle transporte une importante quantité de produits dopants, dont de l'EPO. Lance Armstrong, lui, sera finalement déchu de tous ses titres et victoires d'étapes quelques années plus tard, finalement lui-aussi convaincu de dopage par la justice.

La fête à Jalabert pour son dernier contre-la-montre

Laurent Jalabert a annoncé qu'il mettait un terme à sa carrière à l'issue de la saison 2002. Le champion français, qui a été numéro 1 mondial et possède un palmarès des plus riches, est naturellement l'un des chouchous du public. Son dernier contre-la-montre, il le courre donc entre Régnié-Durette et Mâcon, en étant sans doute le coureur le plus encouragé tout le long du parcours. Il faut dire que le Mazamétain a soigné sa sortie. S'il n'a pas remporté d'étape cette année, il a fait preuve de panache et remporte pour la deuxième année consécutive le maillot à pois du meilleur grimpeur.

2006 : Deux jours en Saône-et-Loire, un changement de maillot jaune... et encore le dopage

Les années noires du cyclisme, suite ! En 2005, l'ogre américain Lance Armstrong, pas encore convaincu de dopage, a décidé de mettre un terme à sa carrière. Il n'est donc pas au départ de cette édition 2006 du Tour de France. L'affaire Puerto a en revanche déjà éclaté et éclabousse les coureurs pressentis comme les principaux favoris du Tour, Jan Ullrich, Ivan Basso et Francisco Mancebo qui ont été contraints de renoncer à prendre le départ à la veille du prologue.

Ce Tour va connaître de multiples rebondissements. Complètement largué dans la première étape de montagne dans les Pyrennées, le coureur espagnol Oscar Pereiro Sio, venu au départ pour seconder son leader Alenjandro Valverde, a pris le maillot jaune à Montélimar suite à une échappée fleuve à laquelle le peloton des favoris a laissé une demie-heure d'avance. Malgré une belle résistance, il cède son maillot à l'américain Floyd Llandis deux jours plus tard au sommet de l'Alpe d'Huez. Les deux jours suivants sont alors complètement fous. Llandis connaît d'abord une terrible défaillance qui le renvoie à plus de 8 minutes de Pereiro au classement général, avant un inattendu sursaut le lendemain qui le rapproche à 12 secondes de la tunique jaune juste avant l'arrivée en Saône-et-Loire.

Oscar Pereiro Sio, un maillot jaune inattendu à l'arrivée à Mâcon

Encore une fois, le département sera le théâtre de l'ultime contre-la-montre décisif pour la victoire finale, entre Le Creusot et Montceau.

L'arrivée à Mâcon marque donc une fois de plus le terme d'une étape de transition entre les Alpes et le fameux contre-la-montre, sur la route de Paris. Le scénario est des plus classiques avec une échappée de 15 coureurs qui prend forme après une cinquantaine de kilomètres de course, puis, un petit groupe de 3 coureurs qui se détache à moins de 20 km de Mâcon pour en découdre sur la ligne d'arrivée.

A ce jeu, c'est l'Italien Matteo Tossato qui se montre le plus rapide et qui devance son compatriote Cristian Moreni sur la ligne.
Le public est comme à chaque visite du Tour de France, venu en nombre.

Place donc au contre la montre qui doit désigner le vainqueur de cette édition 2006, la première de l'ère post-Armstrong.

Sur le parcours tracé entre Le Creusot et Montceau, au milieu de très nombreux spectateurs, Serhy Honchar remporte l'étape à plus de 50 km/h de moyenne, devant l'Allemand Andréas Klöden qui en profite pour grimper sur la 3e marche du podium final au détriment de l'Espagnol Carlos Sastre.

Floyd Llandis, lui, prend la 3e place de l'étape du jour et reprend le maillot jaune à Oscar Pereiro qui a pourtant bien résisté.

C'est donc sur la route entre Le Creusot et Montceau que semblait s'être joué la victoire finale de cette édition 2006... Ce fut vrai jusqu'à... deux mois après l'arrivée à Paris. Floyd Llandis était finalement convaincu de dopage lors de l'étape de sa résurrection au coeur des Alpes et il était finalement exclu du palmarès, Oscar Pereiro étant ainsi déclaré a posteriori comme le légitime vainqueur de cette édition décidément pleine de rebondissements.

Deux bras dans le plâtre pour Jean-Pierre Mocky au Creusot

Jean-Pierre Mocky n'a sans doute pas oublié ce contre-la-montre entre Le Creusot et Montceau. Il était en effet présent au village départ, invité par la Société du Tour de France. Malheureusement, le réalisateur alors âgé de 73 ans a fait une mauvaise chute alors qu'il s'apprêtait à signer des autographes. Les pompiers creusotins ont donc pris en charge cette célèbre victime pour la conduire aux Urgences de l'Hôtel Dieu. Bilan des opérations, une double fracture du bras gauche, au niveau du coude et une grosse luxation de l'épaule droite.

Le réalisateur avait précisé à nos confrères du Parisien qui l'interrogeaient au lendemain de l'accident :

"En tout cas, je ne peux que louer les pompiers et le personnel de l'hôpital du Creusot. Ils sont aussi gentils que compétents... Ecrivez-le bien !"

2007 : Le Tour revient à Autun

Cinq ans après avoir accueilli une première étape au cours d'un Tour de France compliqué, Autun se voit de nouveau attribuer une arrivée d'étape. En début de Tour cette fois puisqu'il s'agit de la 5e étape dont le départ était donné à Chablis.

Une fois de plus, le public de Saône-et-Loire a répondu présent pour acclamer les forçats de la route. Ils sont ainsi très nombreux dans la montée du Haut-Folin puis dans la côte de la Croix de la Libération avant l'arrivée à Autun.

Malgré ces bosses, c'est un gros groupe de 74 coureurs qui doit se départager dans la dernière ligne droite. L'Italien Filippo Pozzato, vainqueur de Milan-San-Rémo en début de saison, règle le sprint du peloton d'une courte tête.

Matteo Tossato s'impose d'une demi-roue à Autun
Sylvain Chavanel avait pris les devants en début d'étape. Avec deux autres coureurs, il a tenu tête au peloton jusqu'à la Croix de la Libération avant le sprint massif du peloton.

2010 : Gueugnon et Tournus deviennent villes étapes

Depuis 2002, la Tour semble avoir adopté la Saône-et-Loire comme terre de passage régulière. L'arrivée à Gueugnon et le départ de Tournus lors de cette édition 2010 marqueront les 7e et 8e villes-étapes en Saône-et-Loire en seulement 8 ans.

Parti de Rotterdam, le Tour de France n'en est qu'à sa première semaine et se dirige en direction de la montagne et ce parcours entre Montargis et Gueugnon est la dernière étape de plaine. Elle a donc été cochée par les meilleurs sprinters du peloton car ce sera pour eux l'une des dernières occasions de briller avant plusieurs jours. Le scénario sera donc des plus classiques là-encore. Une échappée de trois coureurs se dessine dès le 1er kilomètre et le peloton gère tranquillement l'écart. Malgré le renfort en fin de course de deux autres fuyards, les échappés ne peuvent rien contre l'organisation sans faille des équipes de sprinters et c'est donc un sprint royal qui désigne le vainqueur de l'étape. A ce jeu, l'homme fort du moment se nomme Mark Cavendish. L'Anglais, déjà vainqueur la veille, récidive à Gueugnon, bien emmené par son poisson-pilote, Mark Renshaw, ancien sociétaire du SCO Dijon.

Si le sprint massif n'avait duré que quelques secondes dans les derniers hectomètres de l'épreuves dans les rues de Gueugnon, pour la cité des Forges, cette venue du Tour de France avait animé la ville durant toute la journée. Des premières mises en place en tout début de matinée au passage de la caravane publicitaire avant l'arrivée du peloton, Gueugnon avait connu son jour le plus long.

Le public a répondu en masse près de la ligne d'arrivée à Gueugnon

Une arrivée mouvementée

L'arrivée à Gueugnon, limpide sur le plan sportif, s'est révélée nettement plus mouvementée une fois la ligne franchie.

Le premier à en faire les frais était le sprinter australien Robbie McEwen qui chutait après la ligne d'arrivée en percutant un caméraman très pressé de rejoindre le vainqueur de l'étape.

Encore plus incongru, une altercation éclate entre deux coureurs du peloton. Le Portugais Rui Costa et l'Espagnol Barredo s'écharpent proprement. D'abord les insultes, puis coups de pied, coups de poing, coups de tête, et même un jet de roue de la part de Barredo. S'ensuit une bagarre au sol jusqu'à ce que les 2 coureurs soient séparés. L'affaire se soldera par une simple amende pour les deux hommes qui pourront reprendre la route le lendemain depuis Tournus.

A l'assaut de la montagne depuis Tournus

La direction du Tour avait elle-même proposée à Tournus d'accueillir un départ d'étape. L'objectif était de rallier le Jura voisin et notamment la station des Rousses et Tournus constituait un point de départ idéal. Le maire de l'époque, Jean Legros, avait eu tôt fait d'accepter la proposition et après avoir déjà reçu la visite du Critérium du Dauphiné Libéré un an plus tôt, c'est cette fois le gigantesque barnum du Tour de France qui prenait ses quartiers aux pieds de l'Abbaye.

Les images d'un jour de fête à Tournus

Et si l'étape s'était jouée à Tournus ?

Cette étape partie de Tournus a été remportée par le coureur français Sylvain Chavanel. Ce dernier avait pris part à une échappée qui comptait également son coéquipier Jérôme Pineau. Et c'est dans l'ultime ascension vers la station des Rousses que Chavanel laissait sur place les derniers membres de l'échappée pour aller chercher à la fois la victoire et le maillot jaune.

Pourtant, c'est peut-être sur la ligne de départ, lors d'un échange avec Jean-François Pescheux, le directeur de l'épreuve, que Chavanel s'est mis en tête que la victoire était possible. "C'est une arrivée pour toi" lu avait en effet glissé, juste avant le départ à Tournus, Jean-François Pescheux... sous l’œil de la caméra du JSL

2012 : Une journée de repos à Mâcon et c'est reparti

En 2012, la caravane du Tour de France arrive à Mâcon pour s'y reposer après les premiers jours de grande bagarre entre favoris de l'épreuve. Le peloton s'est déjà frotté à deux étapes escarpées et à un contre-la-montre qui a vu le britannique Bradley Wiggins s'installer en tête du classement général.

Rues envahies de public, parcours gastronomique, musique... Mâcon a vécu une journée de fête à l'occasion de la journée de repos du Tour de France. Toute la Saône-et-Loire a d'ailleurs profité de l'événement puisque des équipes et des suiveurs de l'épreuves avaient installé leurs quartiers dans le Charolais, sur Chalon ou encore Tournus.

Le parcours gastronomique a séduit le public
La journée de repos à Mâcon en images

Une grande fête populaire pour le départ de Mâcon

Ce sont des milliers de personnes qui ont pris place à proximité de la ligne de départ à Mâcon. Un podium était installé sur l'esplanade Lamartine où chaque coureur devait venir émarger la liste de départ. Le lieu idéal pour apercevoir individuellement chaque coureur dont la plupart se prêtait volontiers au jeu des autographes.

La fête autour du départ de l'étape du Tour a ainsi duré tout au long de la matinée à Mâcon, au village départ pour les chanceux qui avaient pu obtenir une invitation, et dans tout le centre-ville pour l'ensemble du public qui avait même envahi les 4 km du parcours urbain proposé avant le départ réel.

Thomas Voeckler, parti dernier, arrivé premier

Thomas Voeckler était alors le chouchou du public, son autographe particulièrement recherché des fans de vélo. Ce jour-là, il s'impose à Bellegarde-sur-Valserine, pour sa 3e victoire dans le Tour (il en remportera 4 au cours de sa carrière). Thomas Voeckler terminera également meilleur grimpeur de ce Tour 2012 et Super Combatif de cette édition.

Pourtant, à Mâcon, la journée n'avait pas très bien commencé. Un petit incident l'avait contraint à prendre quelques dizaines de mètres de retard dès le départ. C'est donc seul, à l'arrière du peloton qu'il a effectué les premiers hectomètres de la course dans les rues de Mâcon... avant de terminer l'étape, seul aussi, mais les bras levés à Bellegarde sur Valserine.

Chalon et Mâcon vont donc écrire le prochain chapitre de cette histoire de la Saône-et-Loire et du Tour cet été mais gageons que l'histoire d'amour entre le département et la Grande Boucle connaîtra encore bien d'autres épisodes.

Created By
Christophe Saulnier
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Credits:

Photos Le JSL, archives départementales de Saône-et-Loire

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