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L'hôtel de ville de Saint-Etienne... bientôt 200 ans d'histoire ! Construite de 1822 à 1830, la « mairie » stéphanoise symbolise à la fois le centre politique et de vie de la ville. Connue de tous, elle a pourtant une histoire chargée et jalonnée de transformations profondes.

L'hôtel de ville n'est pas le centre historique de Saint-Etienne, situé du côté de Boivin et de la rue de la Ville. Avant la Révolution, à sa place, il n'y a rien. C'est un pré, le pré Mulat, situé derrière le couvent des Dominicaines de Sainte-Catherine, installé lui entre la place du Peuple actuelle et la rue Camille Collard.

A la Révolution, avec la nationalisation des biens du clergé, la municipalité récupère toutes les propriétés religieuses de la ville et les détruit. L'architecte-voyer, Pierre-Antoine Dalgabio, peut ainsi tracer un nouveau centre-ville et prévoit l'emplacement pour construire un vrai hôtel de ville.

La construction démarre en 1822

Jusque-là, les édiles louaient des bâtiments faisant office de. Mais le projet tarde à sortir de terre... Il faut attendre 1822 pour que les travaux de construction démarrent enfin sous la direction de l'architecte-voyer municipal, Jean-Michel Dalgabio, neveu de Pierre-Antoine.

Le chantier prend du retard, les malfaçons se multiplient, le coût financier s'envole jusqu'à l'inauguration en 1830.

Une architecture néo-classique

L'architecture du nouveau bâtiment est simple, sans ostentation comme voulu par le maire Aimé Salichon qui a commandité les travaux en 1818.

L'architecture néo-classique, très en cours à l'époque, se caractérise par un retour à l'Antiquité : façade sobre, ouvertures régulières, peu de décor sculpté, des lignes horizontales.

Les communs et les corps de garde s'installent dans le soubassement, les services administratifs au rez-de-chaussée et les édiles et salles de réception au premier étage. La simplicité du bâtiment, pourtant voulue, surprend pourtant la population qui l'attendait plus majestueux.

Un dôme pour changer de stature

Mal conçu et mal construit, ce nouveau bâtiment sera à plusieurs reprises réparé et modifié. Alors que la ville va devenir la Préfecture de la Loire en 1856, jusque-là à Montbrison, le maire Christophe Faure-Belon décide la construction d'un élément architectural prestigieux : l'édification d'un dôme en 1858.

Les travaux sont dirigés par l'architecte Etienne Boisson qui reconstruit par la même occasion les toitures et les pavillons d'angle. Le dôme culmine à 51 mètres au-dessus de la place et est orné d'une horloge et d'un cadran solaire. Pour certains, il apporte la touche de prestige qui manquait au nouveau chef-lieu du département.

A l'opposé, d'autres prétendent que cet ajout casse le style néo-classique d'origine de Dalgabio. Pendant près de 100 ans, ce dôme est un repère, puis un souvenir immortalisé par les cartes postales de l'époque.

C'est à cette époque que le Préfet s'installe dans le bâtiment. Refusant d'aller dans la Palais des arts (actuel Musée d'Art et d'industrie) spécialement construit pour sa venue, il emménage ses services dans les bureaux du côté nord de l'hôtel de ville donnant sur la place Marengo. Maire et Préfet cohabitent donc près d'un demi-siècle jusqu'à la construction de la Préfecture en 1902.

1871 : le préfet tué à l'hôtel de ville

A l'hôtel de ville, on y passe, on y travaille, on célèbre les temps forts. On y meurt aussi. Le 25 mars 1871, le peuple s'est révolté contre le gouvernement et forme, comme à Paris, une Commune.

Un nouveau préfet est nommé dans le département. Son objectif : ramener le calme et l'ordre. M. de l'Espée arrive ainsi le jour de sa nomination au milieu des insurgés. Dans la soirée, les esprits s'échauffent et des coups de feu retentissent : le préfet vient d'être tué.

L'Etat se méfiera longtemps de cette population prompt à s'enflammer et construira une préfecture, 30 ans plus tard, tournée non pas vers la place Marengo mais vers la Grand'Rue pour éviter les attroupements et les assauts populaires.

Bonaparte, De Gaulle, Miterrand, Chirac... sur les marches de la mairie

Les chefs d'Etat viennent plusieurs fois visiter la cité et sa maison commune. Louis-Napoléon Bonaparte est le premier d'entre eux, les 18 et 19 septembre 1852. Encore président, il est accueilli par des «Vive l'Empereur», deux mois avant la proclamation de l'Empire...

A la fin du siècle, le président de la République, Félix Faure, passe deux jours à Saint-Etienne les 29 et 30 mai 1898. Il décore le maire Louis Chavanon de la Légion d'honneur et préside le diner de gala dans la salle des fêtes. Il inaugure pendant son séjour le monument aux morts de 1870 et se rend à l'hôpital Bellevue, au Musée d'art et d'industrie, à l'usine Giron, à l'Ecole des mines...

D'autres présidents viennent également à l'hôtel de ville : Albert Lebrun en 1933 puis, après la guerre, le général de Gaulle (notre photo), François Mitterrand ou Jacques Chirac.

La disparition du dôme

Les arcades étaient prévues dès les plans de construction initiaux sans jamais avoir été aménagées. Il faudra pour cela attendre les années 1950. Le maire Alexandre de Fraissinette entend en faire une nouvelle rue de Rivoli et privilégier les commerces de luxe... Ambitieux... C'est néanmoins un succès commercial et en 1958, le bâtiment est entièrement ceinturé de commerces.

Le dôme pose par contre de nombreux soucis : beau et majestueux vu de loin, il fait peur aux services techniques. Le toit et la structure sont en mauvais état et les incendies du début du siècle n'ont pas arrangé les choses. Les experts sont unanimes : il risque de s'effondrer.

Alexandre de Fraissinette décide sa déconstruction. Un nouveau chantier s'installe alors et le dôme disparaît du paysage en 1952. Un regret pour beaucoup, et un souvenir encore vivace aujourd'hui pour certains.

L'hôtel de ville va-t-il être démoli ?

Le dôme disparu, le bâtiment occupe encore l'esprit du maire. Michel Durafour (notre photo) va y réfléchir pendant presque une décennie. Le problème est posé – l'hôtel de ville est en mauvais état – et la question est simple – faut-il le rénover ou le démolir ?

Plusieurs projets sortent des cartons. En 1965, on réfléchit à un nouveau dôme en béton soutenu par une charpente métallique, la couverture de la cour intérieure, la reprise des toitures... Sans suite. Un rapport est rendu en 1967 sur l'état du bâtiment. Alarmiste.

Un autre projet voit le jour : la construction d'une tour de bureaux, éventuellement sur la place Marengo. Un choix radical mais qui fait parler : les Stéphanois se déclarent attachés à leur mairie et l'affirment nettement lors d'un référendum local en 1970.

1972, année des derniers gros travaux

L'idée de démolition est définitivement enterrée, l'hôtel de ville sera donc rénové. Les travaux démarrent en 1972 : la salle Aristide-Briand est refaite, une nouvelle salle du Conseil municipal aménagée, l'aile ouest surélevée et une cour suspendue intérieure, le patio, construite (notre photo). Il s'agit des derniers travaux d'importance.

Des œuvres d'art accessibles à tous

Construit, réparé, rafistolé, bricolé avec plus ou moins de bonheur certes. Mais également digne d'intérêt historique et artistique. L'hôtel de ville invite ceux qui ouvrent les yeux à découvrir le passé de la ville et sa richesse culturelle.

Hippolyte Royet, maire au milieu du XIXe siècle, prévoit dans son testament l'installation de deux statues pour mettre en valeur la prospérité de la ville. Deux allégories des industries qui ont fait la ville, la rubanerie et la métallurgie, sont ainsi coulées par le sculpteur Etienne Montagny et installées dans les années 1870.

Buste en fonte de Hippolyte Royet (1788-1853) maire de Saint-Etienne de 1819 à 1830, coulé par le sculpteur Etienne Montagny.

La première, installée à gauche du bâtiment en 1872, est appelée « Le Génie de la Métallurgie ». Le colosse aux traits d'un Romain ressemble à dieu de la métallurgie doté de plusieurs outils : l'enclume et le marteau figurent la petite métallurgie tandis que la forge, l'engrenage et le marteau pilon, la métallurgie lourde. Homme fort et manuel, son attitude pensive et réfléchie montre la réflexion indispensable à l'élaboration des innovations et à l'expansion de l'économie locale.

« La Rubanerie », en 1875, sur le côté droit, représente une déesse antique munie des attributs des métiers du textile : une navette, un ruban, une mécanique Jacquard et le portrait de celui-ci.

Plus proche de nous, la sculpture de Dennis Oppenheim, « Splash Building » occupe le patio depuis 2012. L'oeuvre d'art fabriquée en acier, plastique, fibre de verre est une allégorie de la nature avec ses gouttes d'eau qui éclatent au contact de sol. En ajoutant les nymphes à la fontaine et le carillon sur la place Jean-Jaurès, l'escalier à vis dans le patio ou la Marseillaise de Rude dans les escaliers, l'hôtel de ville est aussi un petit musée accessible à tous.

« Splash Building », de Dennis Oppenheim, dans le patio de l'hôtel de ville. Photo d'archives Muriel Catalano

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