Les anciens cherchent le bon candidat.

A la maison de retraite de Guémené-Penfao, les anciens ont appris il y a bien longtemps que voter est un devoir. Et ils se préparent à glisser leur bulletin dans l’urne, souvent fidèles à la famille politique à laquelle ils sont attachés depuis toujours. Cette fois pourtant, les repères sont plus flous. L’homme providentiel se fait attendre.

Marcel, Huguette, Madeleine, Marie, Elisabeth, Fernand, Céline, Claude, Marcel... ils sont neuf cette après-midi d’hiver finissant, réunis dans une tisanerie de la maison de retraite publique de Guéméné-Penfao (Loire-Atlantique), autour de Magalie, la professionnelle chargée de l’animation de la maison. Tous se connaissent bien pour partager la même aile du bâtiment depuis un à trois ans. Pour beaucoup, les parcours de vie passent par l’agriculture ou le commerce dans l’un des bourgs des environs. Pas pour Fernand qui a séjourné au Cameroun et au Sénégal avec son épouse, au gré de sa carrière dans une société de transports. Avant de revenir à Guémené, Marcel, facteur, a vécu en région parisienne. Tout comme l’élégante Claude. L’autre Marcel a été transporteur dans la région.

Huguette

Huguette, de sa voix plus très assurée, raconte comment elle s’est mise à son compte à 17 ans, pour exercer le métier de modiste, tombé ensuite en désuétude. Première reconversion dans le remaillage de bas, avant de monter un pressing sur la place de l’église avec son époux. « On avait une employée et six dépôts. Mon mari faisait les tournées. » Une époque balayée par le développement de la grande distribution qui a laminé le commerce de proximité jusque dans les cantons ruraux. Huguette a eu ses 17 ans en 1945, juste l’année où le droit de vote a été accordé aux femmes. « J’aurais bien voulu voter, mais il fallait avoir 21 ans. J’étais vexée. Les jeunes filles n’étaient pas très sensibilisées à la politique. Je me souviens pourtant avoir appris que c’est un devoir de voter, car en ne votant pas on risque de faire élire un mauvais candidat !»

Marie.

Une époque balayée par le développement de la grande distribution qui a laminé le commerce de proximité jusque dans les cantons ruraux.« On a été bouffés par les supermarchés, témoigne Marie qui a été droguiste à Guémené également. Nos affaires sont devenues invendables. C’est dur pour nos enfants. »

Aujourd’hui, ces hommes et femmes âgés ne loupent aucun scrutin, même si il faut se faire conduire dans une mairie d’une commune excentrée pour accomplir son devoir électoral. Chacun reconnait avoir toujours voté pour la même famille politique depuis longtemps. « Mais cette fois-ci, pas évident » avoue Marcel. « Je ne sais pas encore pour qui je vais voter. Je regrette Juppé. Quant on voit ce qu’il a fait de Bordeaux, on se dit qu’il aurait pu faire quelque chose de bien pour la France. »

Fernand

Fernand, 94 ans, est un peu embarrassé. Depuis qu’il a combattu à la Libération dans la 2e DB du Maréchal Leclerc, son cœur est à droite et son gaullisme solidement ancré. « Mais je ne m’y retrouve plus vraiment. Il manque un homme providentiel. » La majorité des résidents suit la politique d’assez près, mais le sentiment que les politiques offrent « le spectacle de guignols » n’est jamais loin.

Madeleine

Leur préoccupation c’est de pouvoir continuer à payer cette maison. Les retraites n’augmentent pas. Il faut parfois puiser dans les économies. « On a compté toute notre vie, ça ne change pas! » Des seniors lucides aussi sur les difficultés qui touchent les plus jeunes, alors que leur vie même difficile, était marquée d’une certaine insouciance.« L’après-guerre c’est une période où il fallait travailler dur, mais qui a été suivie par les Trente glorieuses. Il y avait du boulot pour tout le monde. On pouvait changer facilement de patron ou de métier. Nous n’étions pas inquiets pour l’avenir » relate Marcel. « Moi j’ai gagné ma première blouse pour la rentrée des classes en gardant les vaches, raconte Marie avec le sourire. Après, j’ai fait de la couture. Puis j’ai travaillé chez le châtelain du pays pendant 18 ans : cuisine et ménage. On était heureux. » Madeleine renchérit: « En agriculture, on n’était pas riche, mais on mangeait de tout et des produits qui ne nous rendaient pas malades! » Elle se souvient très bien des cinq kilomètres pour aller à l’école et autant pour en revenir, à pied par tous les temps. « On chantait tout le long de la route! »

A gauche : Marie, Madeleine, Fernand. En haut Claude (au centre), Huguette, Marcel, Elisabeth.

Texte : Cyrille Pitois - Photos : Philippe Chérel

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