"Toujours payées 26 % de moins"

La Journée internationale des droits des femmes a lieu chaque année le 8 mars. À Paris, une manifestation était organisée place de la République. L’occasion de rappeler que de nombreuses revendications, dont la parité salariale, ne sont toujours pas prises en compte.

Place de la République, le mercredi 8 mars 2017, des collectifs féministes ont lancé un appel à la grève. En cette Journée internationale des droits des femmes, elles ne veulent ni roses ni réductions dans les magasins, mais une égalité salariale, qui n’est toujours pas appliquée.

« J’ai plus souvent l’impression d’être un objet de consommation qu’une citoyenne », déplore Lauriane, une étudiante de 21 ans : « Il est important de rappeler ce que cette journée est réellement : une journée pour les droits des femmes, et pas une occasion marketing pour les magasins. »

Lutter pour atteindre l’égalité salariale

Nellie, 65 ans, fait partie du collectif Marche mondiale des femmes. Elle s’agace des erreurs de formulation autour de cette journée : « On parle de Journée de la femme, ou de Journée des droits de la femme ! Ça ne veut rien dire, LA femme. Non, c’est la Journée des droits des femmes. Il faut rappeler qu’aujourd’hui encore, des femmes sont battues, violentées, et qu’elles sont toujours payées 26 % de moins que les hommes en moyenne. On est ici car trop de femmes sont obligées d’avoir un emploi partiel, donc un salaire et une retraite partiels. »

Jacqueline, féministe depuis les années 1970, veut quant à elle « des syndicats plus féminisés dans leurs directions. La revendication deviendrait alors centrale dans le mouvement ouvrier. » Sur le promontoire de la statue de la place de la République, une tribune s’est improvisée. Une syndicaliste explique au mégaphone qu’« à Capgemini, la direction a préféré verser 50 millions aux actionnaires plutôt que d’investir les 6 millions nécessaires pour atteindre l’égalité salariale dans l’entreprise. »

Sur cette question de la parité, Nellie soupire : « Vous avez entendu ce que ce député européen a dit des femmes dernièrement ? Et il va lui arriver quoi ? Rien. » Début mars, au Parlement européen, le polonais Janusz Korwin-Mikke avait contesté le droit des femmes à avoir une rémunération égale à celle des hommes en affirmant qu’« elles sont plus faibles, plus petites et moins intelligentes. » Une enquête a été ouverte pour propos sexistes.

Pour Nellie, « faire grève est donc le seul moyen de donner de la visibilité à notre mouvement. » Elle craint que l'élection présidentielle ne change rien pour les femmes : « On n’interpelle plus les candidats, on n’y croit plus. Les promesses ne sont jamais tenues. Sous Hollande, on aurait pu espérer mieux que sous la droite. Mais le ministère des Droits des femmes a disparu après seulement deux ans d’existence. »

Lauriane n’est pas plus optimiste : « Il n’y a aucun candidat qui remplit complètement le cahier des charges féministe. Jean-Luc Mélenchon s’en approche, mais il reste assez loin. Et il y a le problème de ses soutiens : le forum jeuxvideo.com, connu pour son harcèlement contre les féministes, et le youtubeur Ganesh2, auteur d’une vidéo scandaleuse sur le viol. »

Le droit à disposer de son corps

On retrouve également dans la manifestation des femmes originaires du monde entier : Afrique, Amérique latine, États-Unis, Maghreb. Elles aussi défendent le droit des femmes à disposer de leur corps.

Carla est argentine et étudie à l'université Paris 8 Saint-Denis. Elle participe à Alerta feminista, un collectif fondé à Paris par des femmes d’Amérique latine. A l’aide de pancartes, elles dénoncent les violences faites aux femmes : 12 meurent tous les jours en Amérique latine. « Et encore, ce chiffre ne prend pas en compte les féminicides au Brésil ». Pour Carla, « il y a un travail au niveau de l’éducation à faire, en termes d’égalité des droits, d’éducation sexuelle. En Argentine nous luttons pour le droit fondamental à l’avortement, qui n’est possible qu’en cas de viol, et encore ! »

Solmaz, kurde de 37 ans, vit en France depuis l’âge de 10 ans. Elle tient le stand du SKB, l’Union des femmes socialistes : « C’est par la mobilisation que les femmes ont réussi à faire reculer le gouvernement en Pologne, sur l’avortement, ou en Turquie, sur la possibilité pour un violeur d’épouser sa victime. Le combat pour les droits des femmes est une lutte de tous les jours contre le patriarcat. »

Thomas est cheminot. Il a répondu à l’appel à la grève pour participer au rassemblement. «D’habitude, le mercredi je ne travaille pas, pour garder les enfants ». Et aujourd’hui ? « Non, aujourd’hui c’est ma femme qui a récupéré les enfants à 14 heures. Elle a posé un RTT pour que je puisse venir.»

Droits des femmes : chacun son programme

Les principaux candidats à l'élection présidentielle ont profité de cette journée du 8 mars pour mettre en avant leurs promesses en matière d'égalité hommes-femmes . Tour d'horizon des différents programmes.

Texte : Anaïs Sybellas et Basile Pot

Photos : Adrien Vautier

Infographie : Sarah Laoubi et Hugo Albandea

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