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L’Arsenal de Metz joue sa 30ème partition C’est l’une des plus prestigieuses salles de concerts en France. Il y a trente ans, le 26 février 1989, l’Arsenal de Metz voyait le jour dans d’anciens bâtiments militaires grâce au génie de l’architecte Ricardo Bofill.

L’Arsenal de Metz célébrera ses 30 ans du 26 février au 6 mars 2019 avec « Piano follies », une semaine consacrée au piano, sous toutes ses formes, d’Andreas Staier à Chilly Gonzales en passant par la chanteuse de jazz Patricia Barber.

Pour fêter cet anniversaire, nous avons invité l’architecte messin Gérard Hypolite à évoquer sa collaboration avec Ricardo Bofill. Cueilli en plein enregistrement à l’Arsenal avec l’Orchestre national de Metz, le violoniste super-soliste Denis Clavier a accepté de livrer les secrets de ce temple de l’acoustique qui, le 26 février 2020, accueillera pour la seconde fois les Victoires de la musique classique en France. Directrice artistique de l’Arsenal depuis sa création, Michèle Paradon n’a, elle jamais oublié les quarante pages de fiche technique pour Miles Davis ou ce concert qui lança la carrière de la diva Cecilia Bartoli.

L'Arsenal : un pari architectural

« Il y a eu le lobby de la Philharmonie de Lorraine et de l’Association lorraine des amis de la musique pour avoir un lieu dédié à la musique mais il y a eu aussi le coup de génie de Jean-Marie Rausch » affirme Michèle Paradon, directrice artistique de l’Arsenal depuis sa création.

En juillet 1978, la ville de Metz rend officiel le projet de transformer l’ancien arsenal en salle de concert.

« A cette époque en France, on construisait des théâtres et des salles polyvalentes. En France, la dernière construction d’une salle de concerts remontait à 1927 avec la salle Pleyel à Paris », explique Michèle Paradon.

Pourtant, six ans plus tôt, on ne parle pas de musique… mais de créer un hôtel de police ! En décembre 1971, la Ville a voté le principe de cession de l’arsenal à l’Etat. L’idée : démolir les bâtiments et construire sur cet emplacement jugé central un nouveau commissariat. Mais très vite, les critiques fusent. En mai 1972, l’association « Renaissance du vieux Metz » écrit au Président de la République, Georges Pompidou, pour lui demander de préserver l’arsenal. Les lecteurs du Républicain Lorrain sont eux aussi divisés…

« A l’heure actuelle, dans le domaine de la construction et de l’urbanisme, on ne voit et ne pense plus que par les mots béton, rentabilité », s’agace André Pauly, président du comité de quartier centre-ville (Le Républicain Lorrain du 31 mai 1972)
- M. E de Metz-Sablon, estime, lui que « la vue des anciennes maisons est affligeantes : elles ont l’air de veuves qui se souviennent en pleurant. » (Le Républicain Lorrain du 31 mai 1972)
Dans un article paru le 24 juillet 1975, on lit encore que le projet d’hôtel de police a atteint « sa phase d’irréversibilité » !

Trois ans plus tard, la musique finit par l’emporter. En 1983, la Ville lance un concours d’architecture pour « un centre de spectacles, de musique et de rencontres ». Ce nouvel équipement devra comprendre une grande salle de 1363 places, une petite salle de 352 places (salle de l’Esplanade) et une salle de répétition (studio du Gouverneur).

Le 20 décembre 1985, sur les cinq équipes restées en lice, la ville de Metz choisit celle qui réunit l’architecte-star Ricardo Bofill et les architectes messins Albert Longo, Gérard Hypolite et Jean-Luc Gibert. Ce sont eux qui sont allés démarcher le Catalan. « On voulait un architecte de renom. Seuls nous n’aurions pas eu beaucoup de chance d’être sélectionnés », confie Gérard Hypolite.

Et contre toute attente, le projet de Bofill, qui ne suit pas les recommandations de l’Architecte des bâtiments de France, en ne conservant que trois des quatre bâtiments, gagne ! « Bofill n’a pas suivi cette prérogative. Il estimait qu’en gardant ce quadrilatère, ce serait un projet introverti. Pour ouvrir la salle sur la ville il fallait enlever le quatrième côté. Avec lui, c’était à prendre ou à laisser. » Contrairement aux quatre autres projets qui gardent ce carré pour y insérer la salle de concerts – certains imaginent la création d’un dôme – Ricardo Bofill casse le quatrième côté et fait enterrer la salle !

Carte postale réalisée en 1987 pour présenter le chantier de l'Arsenal

1863

Construction de l’arsenal Ney. Destiné au stockage des armes et des munitions, cet ensemble de bâtiments encadre une cour rectangulaire.

1961

L’arsenal est désaffecté

Photographie aérienne de l’Arsenal prise le 26/07/1963. Copyright : Le Républicain Lorrain / Archives Gendarmerie Nationale

1971

Vote en conseil municipal du principe de cession de l’arsenal à l’Etat. Il est prévu de démolir le bâtiment pour y construire un hôtel de police.

1978

La Ville prend la décision de transformer le bâtiment en salle de concert.

1983

Lancement du concours d'architecture.

1985

Sur les cinq équipes restées en lice, Metz choisit le projet de Ricardo Bofill et des architectes messins Albert Longo, Gérard Hypolite et Jean-Luc Gibert. Coût du projet : 70 millions de francs répartis entre la ville (45%) , l’Etat (25%), la région (20%) et le département (10%).

L'architecte Gérard Hypolite présente en 1987 la maquette acoustique de la grande salle de l’Arsenal. ARCHIVES LRL.

1986 à 1989

Fouilles archéologiques

Pendant la journée portes-ouvertes du 30 mars 1986 sur le site en construction de l'Arsenal, le public découvre le résultat des fouilles archéologiques

17 février 1987

Jean-Marie Rausch, le maire de Metz, et Ricardo Bofill posent la première pierre de l’Arsenal.

26 février 1989

Inauguration de l’Arsenal avec le violoncelliste Mstislav Rostropovitch et la Philharmonie de Lorraine dirigée par Jacques Houtmann. Au programme : l’ouverture de « La Consécration de la maison » de Beethoven, « Concerto en ut pour violoncelle » de Haydn et les « Variations sur un thème rococo » de Tachaïkovski. Bis : « Sarabande » extraite d’une « Suite pour violoncelle seul » de Bach.

Le violoncelliste Mtislav Rostropovitch est invité pour le concert inaugural de l’Arsenal de Metz le 26 février 1989. Photo Archives Le Républicain Lorrain/ Michel PIRA

26 février 2019

L’Arsenal fête ses 30 ans !

L’Arsenal : une acoustique hors-norme

« Cette maison a une acoustique fantastique, des proportions idéales pour la musique et une atmosphère que je trouve exceptionnelle », déclare le 26 février 1989, le violoncelliste Mstislav Rostropovitch invité au concert inaugural.

Les salles de l’Arsenal ont été construites spécialement pour la musique acoustique. Sur les conseils du professeur Cremer, qui avait été acousticien du Philharmonique de Berlin, Ricardo Bofill opte pour une salle de type « boîte à chaussures ». Les artistes sont au centre de la salle et au centre du public, qui est lui-même distribué de façon asymétrique dans les fauteuils d’orchestre, dans les balcons et dans les sièges du paradis. Pour les murs latéraux et le plancher, l’architecte a choisi un placage en hêtre et en érable sycomore, deux essences qui contribuent à la qualité acoustique de la salle. Le plafond a été équipé de 91 caissons acoustiques ; des pièges à basses fréquences pour capter les sons graves.

« Dans cette salle, l’orchestre sonne naturellement », apprécie Denis Clavier, super-soliste à l’Orchestre national de Metz depuis novembre 1986. « Cette salle sonne encore mieux quand elle est pleine. Elle est extraordinaire pour toutes les nuances piano. »

L’Arsenal : ces artistes qui ont marqué le lieu

Jordi Savall, Michel Portal, Hervé Niquet, Nathalie Stutzmann, Angelin Preljocaj … Impossible de citer tous les compositeurs, musiciens, chanteurs et chorégraphes qui se sont produits à l’Arsenal de Metz depuis trente ans. Aujourd’hui, on estime à plus de 200 le nombre d’enregistrements réalisés dans cette maison dont le plus célèbre demeure la bande originale du film Farinelli de Gérard Corbiau en 1994. Réalisée par Christophe Rousset et son ensemble Les Talens lyriques, elle nécessita de réunir deux chanteurs pour obtenir la voix du castrat Farinelli, celui d’un contre-ténor et d’une contre-alto !

Femme de l’ombre, passionnée, convaincue, Michèle Paradon, assure depuis trente ans la direction artistique de ce le lieu. Au jeu très difficile des choix, elle a accepté de répondre…

Votre souvenir le plus ancien après le concert de Rostropovitch ?

C’est le concert avec Diane Dufresne. Elle était venue pour son spectacle Symphonique’n’roll avec ses musiciens habituels et un orchestre symphonique. En arrivant dans la salle, elle a dit : « il n’y a pas de scène ! » Pour une artiste comme elle, c’était bizarre d’être sur le même plan que les spectateurs. Ça commençait mal ! Heureusement la plupart des artistes qui l’ont suivie ont été séduits par la beauté de la salle.

Votre plus beau succès ?

Avoir invité Cécilia Bartoli en 1993 ! Elle commençait à peine sa carrière. C’est son agent que je connaissais de loin qui m’a convaincue de l’inviter. Elle est venue dans un programme Rossini et non pas dans un répertoire baroque où elle a par la suite excellé. Ce fut juste incroyable ! Malheureusement on n’a jamais pu la réinviter car son cachet est trop cher. Il nous faudrait un gros mécène pour le faire !

Votre plus grande angoisse ?

Je crois, que c’est en 1990 avec Miles Davis. Son tourneur nous avait envoyé en amont une liste de catering d’au moins quarante pages avec ses marques de whiskys, ses bières et son diet coke qu’on ne trouvait pas à l’époque en France. En arrivant il n’a dit bonjour à personne. On s’est même demandés s’il allait jouer, ce qu’il a fait mais, de dos. Surprenant, mais plutôt magique.

Dix artistes à retenir ?

Vos artistes fétiches ?

Je pense à Hervé Niquet. Il a créé son ensemble en 1987 donc on l’a suivi depuis ses débuts. C’est une personne délicieuse avec qui on a une vraie complicité. Il nous a fait découvrir des répertoires oubliés comme Boismortier ou Desmarets. Il a toujours des projets insensés. Il y a aussi le chorégraphe Angelin Preljocaj que l’on suit depuis ses débuts et qu’on a invité très régulièrement. Je n’oublie pas non plus la contralto nancéienne Nathalie Stutzmann qui a créé, chez nous, son orchestre.

Vos artistes mythiques ?

Il y a Barbara Hendricks. On l’avait invitée en 1991 et elle est revenue il y a trois ans. C’est une grande musicienne et une personne très impliquée politiquement socialement. Il y a aussi Jordi Savall. Au-delà du fait qu’il soit un grand musicien et qu’il joue de la viole de gambe, c’est un artiste qui construit de grandes fresques historiques. Il invite des musiciens de la sphère des musiques traditionnelles avec des thématiques de concert comme la Route de la soie, les Balkans ou Jérusalem.

Votre plus grand frisson ?

C’est le concert de Sergiu Celibidache. Il a dirigé l’orchestre assis depuis sur sa chaise. On le voyait battre très peu la mesure. Tout était délicat. Il a fait une symphonie de Bruckner avec un tempo extrêmement lent.

Votre souvenir le plus drôle ?

C’est la tenue de la chanteuse Margaret Price. Je me souviendrai toujours de sa robe qui ressemblait à un rideau de douche à fleurs et de ses chaussettes !

  • Textes : Gaël Calvez
  • Vidéos : Gilles Wirtz
  • Réalisation : Marine Van Der Kluft

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