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Nos années campus Université de Caen -2019

Une promo de dix-sept étudiants en troisième année de licence à l’université de Caen Normandie. Le campus est leur quotidien, de jour comme de nuit, à la sortie des amphis et à l’heure du repas, des cours aux clubs de sport, des petites galères aux grandes questions sur l’avenir… Ils racontent leurs années fac.

Photographies Margaux Kirszenberg et Robin Rioult

On est si bien chez soi

Ou comment s'approprier son logement étudiant ?

Par Leili Mir Khosravi

Chambre U, appart étudiant, coloc’ ? Une des questions les plus importantes quand on est étudiant. À Caen, ce sont 30 000 étudiants qu’il faut loger, en cité U, résidences étudiantes privées ou logements indépendants. Quel choix faire ? Mais surtout, comment se sentir chez soi dans un nouveau logement ? Pour répondre à ces questions, je suis partie à la rencontre de deux étudiants, qui m’ont fait découvrir leur logement et la manière dont ils se sont appropriés les lieux. Fais défiler les images pour y jeter un coup d’oeil !

En ouvrant la porte d’entrée, c’est Odile son chat qui m’accueille, et je la laisse me guider en haut des marches pour découvrir l’appartement. Dès mon premier pas à l’intérieur, je remarque tout de suite la multitude d’affiches et d’illustrations qui ornent les murs. Entre nourriture pour chat, jeux vidéos ou encore chaussures qui bordent le palier, on voit la trace personnelle de Thibaut dans chaque recoin de l’espace.

En entrant dans sa chambre, Émeline lance tout de suite sa playlist préférée et s’affale sur son lit. Après deux ans dans la même chambre universitaire, elle a réussi à faire de cet espace réduit son petit chez-elle. À son bureau, un florilège de cartes postales et de souvenirs de voyage décorent le mur et au-dessus du lit, quelques photos de famille sont posées sur les étagères ; en cité U, la patafix est ta meilleure amie ! Malgré les murs de couleur beige et un mobilier un peu ordinaire, elle a trouvé un moyen d’y stocker le nécessaire tout en y ajoutant sa petite touche.

Merci à Émeline et à Thibaut de m'avoir accueillie et fait découvrir leur chez eux !

Caen Ça bouge : le sport à LA FAC

Par Manon Launey, Clara Lecornu et Alexandra Scelles.

Le quotidien d’un étudiant oscille souvent entre études stressantes, petits boulots et doutes sur l’avenir. Dans de telles conditions, le sport apparaît comme une manière de décompresser, de découvrir de nouvelles disciplines, mais aussi de créer des liens. Zoom sur la pratique sportive des étudiants à la fac de Caen.

Entretien avec Olivier Thenaisy, directeur du Service universitaire des activités physiques et sportives (SUAPS) à l'université de Caen

"Le SUAPS de Caen est l'un des plus importants en France : 10 000 étudiants y sont inscrits, soit un tiers des élèves de l'université", explique Olivier Thenaisy directeur du SUAPS depuis 2008. Cet organisme créé au début des années 1960 propose des activités variées allant des sports de forme très populaires à des activités plus atypiques.

Le travail d'Olivier Thenaisy regroupe des missions de direction, d’organisation et d’enseignement. Il doit gérer l’organisation générale du service et les plannings des différents campus : ceux de Caen, Cherbourg, Saint-Lô et Alençon représentant près de 250 créneaux horaire pour 70 activités. À ces tâches s’ajoutent celle d’enseignant de musculation, de boxe, de golf et de tir.

Pour Olivier Thenaisy, la pratique du sport à la fac est "un vecteur d’intégration très puissant. Bien souvent les étudiants considèrent le SUAPS comme un lieu de vie à part entière sur le campus." En ce qui concerne les pratiques sportives elles-mêmes, les activités de forme, comme le fitness, les pilates ou le yoga sont de plus en plus en vogue, et regroupent plus de 30 % des inscrits. "L'explosion de ces activités fait écho au mal-être croissant des étudiants : constatant la forte demande d'activités de bien-être et de détente, le SUAPS a voulu y apporter un remède." Les activités aquatiques, d’expression, de raquette, de tir, de pleine nature, et les sports de combat attirent quant à elles les 70 % d’étudiants restant. Au-delà des sports courants, l’offre s’étend à des sports plutôt atypique et rares sur les campus comme le parapente, la plongée, le golf, l’équitation, le tir sportif ou encore la voile. Le SUAPS de Caen fait également partie des 8 SUAPS de France possédant sa propre piscine. Pour financer ces équipements et payer les professeurs, le service bénéficie "des fonds de l'Etat, de l'université et des contributions de vie étudiante comprises dans les frais d'inscription des étudiants à l'université."

Justine, carabinière

J'ai 19 ans et je suis en deuxième année de licence de psychologie. Je me suis inscrite au SUAPS dès que je suis arrivée à la fac. Je fais du tir sportif et de l’escalade.

Qu’est-ce que le SUAPS t’apporte ?

Beaucoup d’amour et de fous rires. Plus sérieusement, c’est vraiment un bon moyen de se sociabiliser et de voir d’autres gens que ceux qu’on fréquente en cours. Je me suis fait un réel groupe d’amis proches dans certaines activités et c’est toujours un bonheur d’y aller après les cours, même si parfois on est pas très efficaces sportivement. Les séances, les championnats qui font guise de voyage scolaire, les sorties détentes en fin de semaine… c’est vraiment un plus de la vie étudiante !

Quels sont les avantages et inconvénients du SUAPS selon toi ?

Déjà, c’est pas cher et sans prise de tête. Rien à voir avec le lycée où l'on est obligés de participer à des sports qu’on n'aime pas dans le but d’avoir une note. Ici, on choisit ce qu’on veut faire et le seul objectif est de prendre du bon temps et de progresser à notre rythme. Aussi, je trouve ça vraiment cool qu’on ait des sports aussi variés : je fais du tir, ce qui est déjà un sport plutôt rare à trouver sur un campus, mais j’ai aussi fait du parapente et de la plongée et j’ai adoré. J’ai malheureusement dû arrêter car ces deux sports demandaient beaucoup de temps et une assiduité que mes cours ne me permettaient pas.

Une anecdote ?

La première fois que je suis allée au SUAPS, j’étais totalement perdue. Il y avait un garçon dans le hall qui m’a demandé ce que je cherchais. On s’est rendus compte qu’on allait tous les deux au cours de tir sportif. Une fois là-bas, on s’est installés à la même table de tir et depuis on ne s’est pas lâchés. Aujourd’hui, ça fait deux ans qu’on est ensemble. Comme quoi le sport a vraiment des effets bénéfiques !

Dylan, joueur de badminton

J’ai 20 ans, je suis en deuxième année de licence de biologie et je suis adhérent au SUAPS depuis deux ans. J’y pratique le volley-ball et le badminton.

Qu’est-ce que le SUAPS t’apporte ?

Je trouve ça tout simplement génial d’avoir autant d’infrastructures sur le campus. Quand on débarque en études supérieures, c’est pas forcément évident de s’y retrouver. Avoir de quoi se défouler après une longue journée de cours, c’est vraiment super. Ça nous permet aussi de rencontrer des personnes avec lesquelles on partage des intérêts et qu’on n'aurait pas forcément rencontrées sans le SUAPS. Cette année par exemple, je joue au badminton avec un étudiant en première année de licence de biologie. Entre deux échanges, il me pose des questions et je lui donne des conseils.

Quels sont les avantages et inconvénients du SUAPS selon toi ?

Le plus gros avantage : le prix. Autant de sports possibles pour 30 € à l’année, c’est vraiment le top quand on est étudiants. Normalement, on ne peut s’inscrire que dans deux activités différentes, mais quand on devient des habitués et qu’il y a de la place de libre, les profs nous laissent squatter et c’est avantageux pour nous vu le nombre de plages horaires proposées. Au niveau des inconvénients... je dirais le fait qu’il n’y ait pas d’horaires pour chaque sport tous les jours et que la répartition sur les différents campus rend certaines activités difficiles d’accès. Mais ça fait parti du jeu, c’est impossible de satisfaire tout le monde.

Photo : Université de Caen.

Alexandre, basketteur

J'ai 21 ans et je suis étudiant en troisième année de licence de langue. Je pratique le basket à la fac depuis deux ans.

Comment as-tu découvert le SUAPS ?

J’ai, comme la plupart des étudiants, découvert le SUAPS lors de mon inscription sur internet. J’ai tout de suite trouvé l’offre hyper attrayante puisque le choix d’activités est important et l’inscription ne coute que 30 € pour l’année.

Qu’est-ce que cela t’apporte ?

Je pratique le basket de manière assidue et dans un club sur Caen depuis mes cinq ans. Or cette activité en compétition m’impose une rigueur dans ma pratique sportive. Pratiquer le basket à la fac est avant tout pour moi une manière de me détendre en jouant avec des niveaux variés et de manière plus libre et décontractée.

Quels sont les avantages et inconvénients du SUAPS selon toi ?

Les principaux avantages sont selon moi l’hétérogénéité des niveaux sportifs, les professeurs compréhensifs et expérimentés et l’ambiance fac qui rend la pratique du basket plus ludique qu’en club. Pour ce qui est des points négatifs, je n’en trouve qu’un : la difficulté que j’ai à lier les horaires du SUAPS et mes horaires de cours. C’est d’ailleurs pour ces raisons que je ne pratique qu’une activité au SUAPS et non deux.

As-tu une anecdote ?

Le tournoi de basket de Noël m’a particulièrement plu. Nous étions environ 50 dans le grand gymnase de l’université et avions tous ramené de quoi manger, l’ambiance était conviviale et festive. Mon équipe a fini deuxième du classement, nous sommes chacun reparti avec une gourde et un t-shirt estampillés « SUAPS ». C’est un très bon souvenir qui met en évidence que le sport est vraiment une manière de découvrir la fac sous un angle plus chaleureux et gai.

Pierre, boxeur

J'ai 24 ans et j'étudie en première année de Master GREEN (Gouvernance des Risques Et de l’ENvironnement). Je pratique la boxe depuis un an et demi et j’ai également testé pas mal d’autres sports au SUAPS.

Qu’est-ce que cela t’apporte ?

Pratiquer le sport au SUAPS est avant tout un moyen de détente après les cours. C’est également un moment de partage avec enseignants et élèves.

Quels sont les avantages et inconvénients du SUAPS selon toi ?

Pour ce qui est des inconvénients, il faut se dépêcher de s’inscrire car les places dans certains sports très populaires, comme la musculation ou le yoga, sont prises d’assaut. De plus, certains professeurs sont peu compréhensifs quant à notre retard alors même que beaucoup d’étudiants ont cours juste avant le sport. Les avantages sont cependant bien plus nombreux que les inconvénients. Le bas coût de l’inscription permet d’éviter les discriminations financières, puisque beaucoup d’étudiants n’auraient pas les moyens de financer des activités sportives souvent très onéreuses. En dépit de ce prix d’inscription très bas le SUAPS est très bien pourvu en professeurs qualifiés et en équipements, avec des gymnases, des terrains de sport, une salle de musculation, un stand de tir, un ring et une piscine. De plus, il offre un large panel d’activités, y compris des sports méconnus, permettant aux étudiants de tester des sports en tout genre. Le SUAPS m’a notamment permis de tester la boxe, mais également l’escalade, le tennis, le ping-pong, le tir à l’arc, la salsa, et le yoga ! 

Ces rencontres nous ont permis de mieux comprendre l’importance du SUAPS dans la vie étudiante. Le sport est avant tout une manière de se défouler, de s’amuser, de se tester, de se surpasser, mais aussi de se sortir la tête des cours et de rencontrer du monde. Chaque année, le SUAPS compte des inscrits supplémentaires et tente de s’adapter à la demande des étudiants. Qui sait, peut-être y aura-t-il bientôt un créneau de laser game ? Oups, spoiler...

Campus 1, destination Rome antique !

Par Emma Havard-Letouzey et Elisa Leborre

Se balader en Rome Antique sur le campus ? C’est l'expérience immersive que proposent les Nocturnes du Plan de Rome cinq soirées dans l'année. Nous avons rencontré Philippe Fleury et Sophie Madeleine, membres du Cireve (Centre Interdisciplinaire de Réalité Virtuelle) pour saisir les coulisses de cette aventure virtuelle hors norme.

dans les coulisses de la bibliotheque

Par Léandre Bécard

Quand un étudiant arrive à la bibliothèque Pierre Sineux sur le campus 1, il se trouve à mi-hauteur du bâtiment. Il pourra monter à l'étage des périodiques, puis dans la partie dédiée au droit, mais il ne peut pas accéder aux deux premiers étages, qu'il doit dépasser pour arriver à l’accueil. Ce sont les espaces internes. Suivons la directrice de la bibliothèque dans les étages inférieurs. Descendre dans les escaliers, c'est comme remonter le cours du document depuis l'étagère où il est rangé jusque dans les mains de l'étudiant.

Quelques généralités avant d'entrer. La bibliothèque universitaire Pierre Sineux est la plus grande du campus 1. Elle accueille environ 2 000 étudiants par jour, selon la période de l'année. Elle abrite 25 employés permanents ainsi que 9 étudiants. Elle contient 500 000 ouvrages répartis entre les salles de lectures et les magasins. Renommée « Pierre Sineux » en 2017 en hommage à l'historien ancien président de l'université, cette bibliothèque qu'on appelle encore souvent « droit-lettres » couvre en fait les sciences humaines et sociales, la littérature, les langues, les arts du spectacle, l'histoire de l'art, le droit, l'économie, la gestion et les sciences politiques comme disciplines.

L’accueil. Nous nous approchons de l'accueil dont on me dit que c'est « la plaque tournante » de la bibliothèque. L'interface entre la bibliothèque et ses usagers. Les deux employés qui s'y trouvent gèrent les emprunts et les retours des documents, les demandes en magasins et délivrent les clés des salles de travail. Derrière eux, se trouvent trois monte-charges. Quand un étudiant désire un document en magasin, il note sa requête sur un papier qui est placé dans un des monte-charges. C'est aussi avec ce dispositif que lui parvient ce document. À gauche, il y a une étagère pour les livres qui ont été réservés ou pour ceux qui ont été transférés depuis une autre bibliothèque. Ces livres circulent grâce à une procédure appelée le PEB soit le « prêt entre bibliothèques ».

Le prêt entre bibliothèques. À ne pas confondre avec le « service navette » qui se charge de transférer des documents entre bibliothèques du campus, le PEB est un réseau entre bibliothèques - du monde entier - qui a pour but de s'échanger des documents. Les livres sont acheminés par voie postale. Les revues sont plutôt photocopiées. Dans un box vitré, entre la photocopieuse et la salle des arts du spectacle, une employée gère la réception des documents ; tandis que plus loin, une autre s'occupe de l'envoi cette fois-ci. C'est le point de rassemblement de tous les livres du campus en partance vers diverses bibliothèques. Désormais, nous avons dépassé l'accueil et nous sommes vraiment entrés dans les espaces internes inaccessibles pour les étudiants.

Les bureaux. Outre l'inévitable salle de réunion, le planning impressionnant qui règle l'activité de tous les employés, on peut croiser le local où est gérée la plate-forme numérique de la B.U. La secrétaire de la bibliothèque, dans le bureau de laquelle nous entrons, s'occupe, en dehors de la maintenance du planning qui lui prend beaucoup de temps, des commandes et de l'étiquetage des nouvelles acquisition. Elle les classe selon leur destination, les inventorie, les tamponne, leur attribue un numéro, une étiquette avec la cote qui déterminera la place des documents dans l'étagère, un antivol, un code barre informatique et peut éventuellement les plastifier. Les bureaux du troisième étage sont traversés par un couloir où s'étale la collection d'adresses (les vœux d'universités du monde portés à l'université de Caen pour sa réouverture en 1957) qu'on trouve exclusivement à Pierre Sineux.

Dans les années 1950, on construisait des bibliothèques avec des magasins, car peu de livres étaient en accès libre.

Les magasins. Un étage plus bas, nous arrivons dans les magasins où se déploient de hauts rayonnages dans lesquels s'étalent des livres dont les plus vieux peuvent remonter au XVe siècle. Il n'y a pas de fenêtres, le plafond est bas et il n'y a qu'une seule personne qui s'affaire dans cette vaste pièce éclairée par les néons. Son bureau se trouve au centre, juste en face du monte-charge, celui là même que l'on voyait derrière l'accueil, un étage au-dessus. Son travail consiste à transmettre et ranger les documents qui sont demandés par les usagers de la bibliothèque. À l'emplacement du livre qui est remonté, on glisse un « fantôme », une planche en carton avec un film plastique dans laquelle on place un feuillet avec la référence du document, cet objet permet de retrouver facilement l'emplacement des livres empruntés. La présence de ces magasins s'explique par le type de bibliothèque qu'on construisait dans les années cinquante : il n'y avait pas ou peu d'ouvrages en libre accès. De plus, les 500 000 documents auraient pu créer un effet de saturation s'ils avaient tous été dans l'espace d'étude. Ainsi, les livres se répartissent entre l'espace d'étude ou les magasins selon la fréquence de leur utilisation : les manuels, dictionnaires et les « basiques » vont se trouver à portée de main des usagers tandis que les livres spécifiques, les monographies plutôt destinées à la recherche vont être stockés.

L'atelier de restauration. Au rez-de-chaussée, nous entrons dans l'atelier de réparation des livres. Deux employées se répartissent les volumes. Sur les livres récents, on réalise des reliures préventives plus solides, un renforcement (on réalise des reliures chinoises, ce qui prend environ deux heures de travail) pour permettre la photocopie notamment. La restauration de livres anciens s'inscrit quant à elle sur le très long terme. Il consiste plutôt en « un leg aux générations futures ». Il s'agit d'entretenir les documents avec les techniques de l'époque, sans les dénaturer. Pour leur conditionnement, on range les divers documents dans des cartons neutres, c'est à dire de PH basique, ce qui vient contrer l'acidité du papier qui fait que les livres « se rongent eux-mêmes »

Le vaguemestre. Avant de conclure cette visite, nous passons rapidement dans le local du vaguemestre qui s'occupe d'avantage de la manutention. Il réceptionne le courrier, les livres en provenance des « navettes » et déballe les nouvelles acquisitions. Son local débouche sur le quai de livraison où s'arrête le véhicule de la B.U. qui effectue les navettes. Arrivés à ce point, on comprend que l'on a remonté tout le parcours que peut effectuer un livre à travers la bibliothèque Pierre Sineux depuis son arrivée jusqu'aux mains de l'étudiant.

ETRE ETUDIant-e aujourd'hui ?

Par Marianne Viron

Comment les étudiants vivent-ils l'expérience de l'université ? Comment gèrent-ils le stress des études, l'apprentissage de l'autonomie, la vie collective ? Témoignages de trois étudiant-e-s : Elisa, Aïssata et Thomas. Pour une meilleure écoute, branchez un casque...

Spathae cadomum, la caste guerrière du campus

Par Baudoin Davoury

Radio phenix, en direct de la fac

Par Max Langlois et Johanne Travers-Mougel

Radio associative étudiante créée en 2006, Radio Phénix est aujourd'hui l'émission qui couvre le réseau universitaire (et plus) de Caen. Clémence, 22 ans, y effectue un service civique. Ses semaines se partagent entre son volontariat, ses cours, sa vie personnelle et étudiante. Interview portrait de cette jeune animatrice.

le cycle de la paperasse

Par Robin Rioult et Margaux Kirszenberg

Dimanche 3 novembre 2019 : vos deux reporters d’investigation sont au fond du trou ! Ils ont passé une bonne partie de leurs vacances à tenter d’interviewer un membre de la sécurité, afin d’écrire un article sur « le campus de nuit ». Pour ce faire ils ont dû rentrer en contact avec différents services universitaires pour obtenir une autorisation dans les temps, mais sans succès ! Les portes de l’administration sont pourtant loin de leur être fermées : on les reçoit, on les conseille, on leur donne les adresses mails et les numéros de téléphones des personnes que l’on suppose en charge mais, de contacts en contacts, ils se retrouvent ici, à leur point de départ. La phrase clef de cette anecdote ? « Il me faut une autorisation. » Mais de qui ? Les fonctionnaires que nous avons contactés semblaient aussi perdus que nous. Du membre du personnel à la direction, tous semblaient perplexes sur leur capacité à nous accorder une interview. La boucle est bouclée. Le service communication du CROUS nous renvoie vers l’antenne ou nous avions commencé notre quête, ils ne peuvent rien pour nous. Le sujet sur le campus de nuit ne se fera pas dans les temps. C’est un échec, mais nous en sortons avec une nouvelle idée d'article : cela n’a pas dû arriver qu’à nous, non ?

Possédez vous le laissez-passer A38 ?

Mardi 5 novembre 2019 : nous sommes partis à la chasse aux témoignages à propos de ces couacs, ces grincements de machines et ce manque de fluidité que rencontre parfois le bon vieux moteur de l'administration. Nous décidons d'aborder un petit groupe d’étudiants en pause café sous la galerie vitrée : Yohan, étudiant en psychologie, nous explique que son inscription via Parcoursup s'est bien déroulée, mais que les ennuis ont pointé le bout de leur nez parla suite. Lors de son inscription administrative, les serveurs ne reconnaissaient pas son INE (Identifiant National Étudiant) : il est pourtant inscrit et a payé les frais d'inscription. Lors de la semaine de pré-rentrée, il découvre que son nom est absent des listes d’appels. Il prend rendez-vous en urgence avec le centre d’inscription, évidemment bondé en début d'année. Yohan est renvoyé six fois d’un bureau à un autre, jusqu’à ce qu’un employé découvre qu’il est possible d'entrer l’INE manuellement dans le dossier. Et le problème est réglé...

Au carré international, nous rencontrons une étudiante allemande, Claudia, qui suit à Caen une licence d'économie grâce à un partenariat avec son université d'origine. Dans un français parfait, elle nous explique comment elle a dû faire un aller retour en Allemagne pour récupérer l'original d'un justificatif. Au restaurant universitaire, c'est Louise, qui attend une amie pour manger un morceau. Elle sort sa carte étudiante, le sésame des RU, des partiels et des réductions de prix. Elle est particulièrement heureuse de la tenir entre ses mains : elle n'a réussi à la recevoir que deux mois après la rentrée ! La conception de sa carte n’avait pas été lancée automatiquement avec l'inscription. Marion est étudiante en sciences humaines. « Je devais effectuer mon inscription avec le statut « étudiant AJAC », ce qui m’aurait permis de commencer ma L3 tout en pouvant rattraper le second semestre de ma L2 que je n’avais pas validé. J’ai rempli les formulaires en ligne et j’ai effectué le paiement de mon inscription." Mais quelques jours après la rentrée, elle apprend qu'elle est attendue en L2 complète. "Il s’agissait en fait d’une erreur sur mon bulletin de note, qui ne comportait pas la mention me permettant d’accéder au statut AJAC."

Ces témoignages montrent combien les procédures d'inscription peuvent être complexes. Avec l’arrivée de 6293 nouveaux étudiants cette année, en plus des quelques 20 000 réinscriptions, il n'est pas étonnant que l’administration s’emmêle parfois les pinceaux. D'autant que seule une vingtaine de salariés sont responsables des inscriptions, et le système de télécommunication est assuré par des étudiants. Enfin, la plupart des échanges entre les étudiants et leurs universités se font par informatique et cette dernière est loin d'être infaillible...

Si ce petit voyage nous a appris quelque chose, c'est bien que l'administration universitaire peut faire des erreurs. Elle doit gérer un nombre d'étudiants de plus en plus nombreux au fil des ans avec des effectifs qui ne suivent pas. Il est donc tout à fait possible de se retrouver coincé dans une boucle absurde. Le dessin animé « Les douze travaux d'Astérix » ne représentait-il pas déjà les administrations comme des lieux sans Foi ni Loi ou obtenir le moindre papier, la moindre autorisation, était un travail titanesque ? Si vous faites partie de ces gens qui n'arrivent pas à obtenir un « laissez-passer A38 », ne vous désespérez pas trop longtemps : le CROUS de Caen, malgré son manque de réponse à nos premières questions, nous a renvoyé un mail. Il a trouvé la personne en charge des relations publiques et nous demande si nous avons toujours besoin d'une interview avec un membre de la sécurité !

Raconte moi ta pause dej’ sur le campus

Par Marie Massot et Alice Soulié

Plus de 29 000 étudiants mangent sur les campus caennais. Quelles sont leurs habitudes alimentaires ? Quelles options sont proposées par la fac ? Quels endroits fréquentent-ils ? Rencontre avec trois étudiants aux profils différents.

Midi. Les étudiants affamés affluent sur le campus en quête de nourriture – les estomacs vides ne vont pas se remplir tout seul. Entre cafétérias, restaurants universitaires et maison de l’étudiant, les choix sont multiples ; le véritable dilemme étant de savoir ce qu’on mange aujourd’hui. Plutôt sandwich volaille-crudité à la cafet ou assiette de lasagnes au RU ? Les établissements, gérés par le CROUS (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires, en charge de la restauration universitaire) sont parés et proposent des légumes-féculents tous les jours, ont des options « à emporter » et se sont même adaptés aux évolutions alimentaires des étudiants en proposant des alternatives végétariennes. Sur le papier, la mécanique semble bien huilée : chaque étudiant reçoit ses cinq fruits et légumes par jour. En réalité, cette vérité est à nuancer : les RU bouchonnés aux heures de pointes, les trois frites qui se battent en duel après 13h, les barquettes à emporter plus vides que remplies, les végétaliens exclus de toutes options…. Alors, qui s’y retrouve vraiment ? Comment mangent réellement les étudiants sur le campus ?

Pierre-Edouard prépare ses petits plats vegan

Pierre-Edouard est étudiant en 3e année de licence STAPS (sport), spécialité ergonomie. Végétarien depuis 6 ans, végétalien depuis 6 mois, il a dû s’adapter pour manger sur son campus. Lorsqu’il n’était qu’un végétarien (pas de consommation de viande ou de poisson), il pouvait manger au CROUS : en effet, l’étudiant a le droit de remplacer la viande par deux ou trois plats en plus. Ce qui n’était alors qu’une histoire de conviction devient aussi une histoire de quantité : il précise, le sourire aux lèvres, que « c’est un super bon plan qui permet de manger plus ! » Mais lorsqu’il choisit de devenir végétalien (aucun produit d’origine animale), les choses se compliquent. Manger au RU devient bien plus périlleux : les employés ne sont pas formés au véganisme et ne sont pas capables de fournir des renseignements sur les alternatives végétariennes : il y a-t-il des œufs ou du lait dans le steak de soja du jour ? Et les légumes, qui semblent devenir la seule option considérable, sont aussi à éviter : pour ne prendre qu’un exemple, les haricots sont cuits au beurre… Pas de solutions envisageables sur le long terme. Les plats proposés dans le cadre universitaire ne s’harmonisent pas avec les choix de vie de Pierre-Edouard. Par conséquent, il doit apporter sa propre nourriture sur le campus. Loin de considérer cela comme une mauvaise chose, il s’en réjouit même : ses finances s’en portent mieux, il mange équilibré et à sa faim. Apporter sa propre nourriture ne provoque pas son isolement : la plupart de ses amis prennent à manger à la cafétéria du coin et le rejoignent dans le hall de l’UFR ; il lui arrive également de rentrer chez lui, lorsqu’il a le temps. Dans les deux cas, il a su trouver un équilibre. Pierre-Edouard est convaincu qu’il est possible et facile pour le restaurant universitaire et les cafétérias de se « végétaliser » : avec une sensibilisation adéquate des employés et des actions concrètes, les possibilités sont infinies. Pourquoi ne pas commencer par un plat végétalien par semaine ?

Lucie rentre manger à la maison

Lucie Peyret est étudiante en deuxième année de pharmacie. Pendant plusieurs années, elle envisage la possibilité de devenir végétarienne, mais ne concrétise pas son projet. « J’avais peur de bloquer ma vie sociale, de ne plus pouvoir manger partout au restaurant, d’avoir des difficultés pour me nourrir dans la vie de tous les jours... » témoigne t-elle. « Lorsque je mangeais au RU, je prenais toujours, inconsciemment, des plats avec de la viande cachée comme des lasagnes ou des pâtes bolo. Ma réflexion avait déjà commencée, mais c’est avec les alternatives végétariennes proposées chaque jour dans mon RU que j’ai vraiment pu aller jusqu’au bout. » Les restaurants universitaires mettent à disposition des étudiants depuis quelques années des plats végétariens : burgers, lasagnes, quiches… Les assiettes sont bien remplies et les plats varient tous les jours, ce qui est agréable pour les étudiants au régime spécifique. Lucie apprécie énormément son restaurant universitaire : « Il est génial ! Entre les pizzas, le bar à salade, les desserts… c’est le rêve ! » Pour cette amoureuse de la nourriture, il est possible de manger avec gourmandise sans frustrations. Elle reconnaît d’ailleurs que c’est vraiment une bonne chose que les RU se mettent un peu au vert. Mais il y a un problème : en raison de travaux, son RU est fermé jusqu’au printemps prochain. Il y a bien une cafétéria qui reste ouverte, où les étudiants peuvent acheter sur place ou apporter leur repas, et quelques « crous-trucks » répartis sur le campus, mais cela se révèle très vite répétitif et lassant. Les plats sont souvent les mêmes : paninis-fromage, sandwich-crudités, lasagnes végé… Pas top niveau variété. Lucie choisit alors de manger chez elle tous les jours de la semaine. Cela lui permet de gérer ses repas, de varier comme elle le souhaite et, avec un peu d’organisation, elle trouve cela bien pratique. Sa pause déjeuner est l’occasion de rentrer chez elle, de se poser, de se déconnecter de la fac et des cours. La raison est aussi financière : à raison de 3 ou 4 euros pour un sandwich, Lucie préfère de loin se faire à manger dans son appartement. Et lorsque la solitude lui pèse, elle rapporte son plat dans la cafétéria, qui dispose de micro-ondes spécialement destinés aux étudiants qui rapportent de la nourriture de l’extérieur. Elle aime beaucoup son restaurant universitaire, mais souhaiterait voir apparaître, idéalement, des plats végétaliens…

Johane trouve son bonheur au resto U

Johane Travers-Mougel est étudiante en troisième année d’Humanités Numériques. Du fait de son alimentation, elle peut manger où elle le souhaite et varie tous les jours, en fonction de ses envies, de sa faim et de son temps de pause. Elle fait attention à son alimentation et à sa santé : « Je mange de tout, mais en quantité limitée. Je fais en sorte de m’apporter une dose suffisante en protéine et en minéraux en mangeant de la viande et du poisson, mais je mange aussi beaucoup de légumes et de féculents. En règle générale, j’essaye d’avoir un régime alimentaire sain et diversifié. » Pour manger sain, elle privilégie toutefois le restaurant universitaire, dont les options sont plus vertes. Dans les cafeterias, on trouve beaucoup de tacos, de paninis, de sandwich/wraps… ; et les légumes et féculents arrivent souvent en bon derniers, tout comme les fruits. Pour quelqu’un qui fait attention à sa façon de se nourrir, le mieux reste tout de même le RU. « Évidemment, on peut aussi prendre steak-frites tous les jours. C’est à nous de choisir la façon dont on veut manger. » Johane trouve facilement son bonheur entre les différents poissons proposés chaque jour, les salades, les soupes, les quiches, les crudités et les desserts. Petit plus de la rentrée 2019 : le CROUS propose des plats « faits-maison », repérables à l’aide d’une pancarte, mais qui sont très souvent victimes de leur succès ! Cependant, elle regrette l’organisation du RU. Souvent, après 13h les choix sont restreints, il y a beaucoup de queue aux heures de pointes et l’environnement est très bruyant. « C’est difficile d’avoir un moment de calme au mangeant au RU. Même pour parler, il faut hausser la voix. » Pour autant, elle en apprécie la proximité et a l’impression d’avoir une vraie pause le midi, de disposer d’un endroit où elle peut s’asseoir, manger sans réviser et discuter avec ses amis. Si il y a un changement qu’elle aimerait voir se produire à la fac, c’est l’apparition de salles en libre-service avec micro-ondes, qui permettrait à chacun de ramener sa nourriture préparée en à l’avance.

Ces pages ont été réalisées au premier trimestre 2019 par les étudiants de licence 3 Humanités Numériques de l'université de Caen-Normandie, dans le cadre d'un atelier média encadré par Marylène Carre, journaliste.