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Ces « drôles » de 1er mai en Haute-Loire Les défilés du 1er mai se suivent et ne se ressemblent pas. Dans le département, il semblerait que généralement la mobilisation avoisinait les 200 manifestants. Jusque dans les années 1980 – 1990 des meetings étaient organisés salle Jeanne-d’Arc au Puy-en-Velay, avant de partir en défilé. Actuellement les rendez-vous sont donnés place Cadelade et le défilé se disloquent devant la préfecture.

Les années 1960

C’était le joli mois de mai, et la contestation estudiantine débutait. Au Puy-en-Velay, ils étaient plusieurs centaines à être réunis ce 1er mai au matin, « de tout le département et même de la localité éloignée de Sainte-Florine », rapporte le journaliste de L’Espoir. Avant de partir en défilé, ils avaient participé à un meeting salle Jeanne-d’Arc. Au premier rang, il était noté la présence de René Chazelle, député de la Haute-Loire de 1967 à 1973 après avoir battu le docteur Simon aux élections législatives.

En tribune les responsables de la CGT, de la CFDT et de la FEN (Fédération de l’Education nationale) égrènent les revendications. A l’époque, les fédérations syndicales revendiquaient « 600 francs par mois pour les travailleurs, l’intéressement aux bénéfices des entreprises, la lutte contre le chômage, le plein emploi, la défense des conquêtes sociales, et enfin la paix dans le monde ». Concernant les écoles, le patron de la FEN mettait en avant la « rentabilité scolaire si préjudiciable aux enfants et aux familles qui se traduit par la suppression de postes en primaire et de CEG ».

Une fois la séance levée, les manifestants avaient défilé jusqu’à la préfecture afin d’être reçus par le préfet. A leur arrivée, le commissaire de police leur avait fait savoir que personne ne pouvait les recevoir. Dans le calme et sans heurt, l’ordre de dispersion était donné.

En photo : Plusieurs centaines de personnes assistent au meeting, organisé place Jeanne-d’Arc, ce 1er mai 1968

En mai 1978

1978 : les tanneurs avaient reçu le soutien des autres salariés du département

Dix ans après les événements de mai 1968, le climat social est tendu au Puy-en-Velay, où les licenciements aux Tanneries inquiètent.

Pour Jacques Barrot, alors ministre du Commerce et de l’Artisanat, le programme est chargé ce 1er mai 1978. Il doit assurer l’ouverture officielle de la Foire-exposition au Puy-en-Velay et présider à la commémoration de la Journée nationale de la déportation. Mais ce jour-là est aussi celui du rassemblement des travailleurs. Le marché est en crise. Les Tanneries sont exsangues et, en coulisses, la situation est tendue. Aux aurores, plusieurs sections de CRS sont postées non loin du centre-ville pour prévenir les débordements redoutés. Une précaution qui a peut-être mis le feu aux poudres : elle est vécue comme une provocation par les tanneurs licenciés. Le ton monte, le protocole est bousculé et le ruban tricolore qui barre l’entrée de la foire ne sera pas coupé. Depuis la préfecture, Jacques Barrot et le préfet, rejoignent directement la place du Martouret, pour le discours dédié à la Journée nationale de déportation. « Je me refuse à inaugurer une foire sous la protection des forces de la police, ce n’est pas dans mes habitudes. Je le regrette », déclare le ministre.

Finalement, l’après-midi, le membre du gouvernement recevra longuement les responsables syndicaux pour une entrevue, au terme de laquelle il s’engage à sensibiliser très rapidement le ministre du Travail quant à la situation des Tanneries. Dès lors, les CRS réintègrent leur compagnie respective

Mai 1989 : sur le dyke d’Aiguilhe, une banderole à l’effigie des opposants au barrage

Le 1er mai 1989 ne ressemble à aucun autre. Il est totalement chamboulé. La cause à Serre de la Fare. Depuis plusieurs années, SOS Loire Vivante a entamé un bras de fer avec l’EPALA (établissement public d’aménagement de la Loire et de ses affluents) qui veut « aménager » et construire un barrage. Pour empêcher toute intervention des engins de l’organisme, les antibarrages occupent le site jour et nuit. Cela durera cinq ans.

Le 29 avril, 30 avril et 1er mai 1989, des manifestations sont organisées au Puy-en-Velay, contre le barrage du Serre de la Fare, mais également contre les autres aménagements du bassin versant de la Loire. Un chapiteau est dressé à Espaly-Saint-Marcel. Des rencontres débats s’y déroulent. Le point d’orgue de ces trois journées de mobilisation à vocation européennes sera la manifestation organisée dans les rues de la cité ponote. Jamais on n’avait vu un tel raz-de-marée humain.

Plus de 10 000 personnes ont manifesté, dans le calme et la bonne humeur. Le but étant de montrer à l’EPALA et au gouvernement que le bras de fer n’était pas encore gagné. A l’issue de ce week-end, les journaux du département titraient sur « les écologistes remportent une bagarre mais pas la guerre ». En février 1994, le projet est définitivement abandonné.

Les années 2000

Il s’agit de l’une des plus importantes manifestations du 1er mai qu’on ait connu en Haute-Loire

Il faudra attendre les années 2000 pour voir à nouveau des défilés du 1er mai massif. Le plus marquant reste celui de 2001.

La situation est particulière, c’est la première fois de la Ve République que le Front National est au deuxième tour de l’élection présidentielle. Depuis le 21 avril, jour du premier tour, les lycéens et les étudiants descendent tous les jours dans la rue. Pour eux pas question que Jean-Marie Le Pen soit le président de la République. Le 1er mai étant également la date choisie par le FN pour célébrer Jeanne-d’Arc, nationalement organisations politiques, associations et syndicats appellent l’ensemble de la population à manifester pour défendre les valeurs de la République. Pas question non plus de donner un blanc-seing à Jacques Chirac. Le matin du 1er mai, malgré la pluie, les gens arrivent de toute part. Très rapidement la place Cadelade est bondée. Si on en croit les habitués des manifestations, « ils sont nombreux à faire leur baptême du feu ». La foule est compacte. Pas, voire peu de slogans syndicaux, mais plus un appel à vivre ensemble. La police déclare plus de 3000 manifestants, les organisateurs plus de 7000. Et 600 personnes manifestent le même temps à Sainte-Sigolène.

Il y a eu entre temps plusieurs mobilisation, notamment en 2003 contre la réforme des retraites. Le 1er mai marquera le début du bras de fer. Mais on ne dénombre pas plus de 300 manifestants. Par contre en 2014, ils sont près de 800 à venir battre le pavé au Puy-en-Velay ce jour férié. Le pacte de responsabilité lancé par le gouvernement Valls fait l’unanimité contre lui. Parmi les manifestants, on note la présence des membres de l’UL CGT d’Aurec-sur-Loire. La trentaine de retraités vient exprimer son « mécontentement contre les mesures prises par ce gouvernement qui avait promis de faire payer les riches. Il n’a pas pu le faire et se rabat sur les classes moyennes et populaires ».

Emmanuel Valls, alors Premier Ministre et le Medef sont dans la ligne de mire des manifestants.

La manifestation débutée à 10h30 est dissoute à 11h45.

Seize ans après, on recommence. Cette fois le duel de l’élection présidentielle verra Emmanuel Macron affronter Marine Le Pen. Pour ce 1er mai, ce n’est pas la foule des grands jours. Ils sont environ 400 rassemblés place Cadelade au Puy-en-Velay. Cette fois les revendications sociales sont bien présentes. Les représentants des organisations n’hésitent pas à enfoncer le clou. Selon eux, il n’y a pas de hasard au fait que le Front national soit une nouvelle fois présent au second tour et qu’il y avait urgence à répondre aux demandes sociales.

Textes et photos : archives La Tribune – Le Progrès, Christophe Teyssier

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