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Chez Valmyr Turbot le bon génie de dimitile

Le Dimitile, dont le sommet toise l’Entre-Deux à plus de 1800 mètres, est connu pour son ancien camp marron, symbole la liberté face à l’oppression esclavagiste. Sur ces hauteurs, à la porte de la fenêtre sur Cilaos, vit et sévit un marron des temps modernes, libre comme Max, évadé de l’esclavage du confort matériel et des tracas inutiles, le dénommé Valmyr Turbot, qui est tout sauf un con pressé.

Pour y aller, plus d’une heure de 4x4 est nécessaire (à vos risques et périls). N’essayez pas de faire les intéressants avec vos SUV de ville, ils ne passeront pas. Après le parking, la piste, par endroit, vous donne un tout petit aperçu des « Routes de l’impossible », en même temps qu’une vue de plus en plus magnifique sur les pentes (très) urbanisées du Tampon. Si vous avez le mal des transports, vous adopterez plutôt l’huile de genoux, pour 4 heures dans les jambes, arrivés en haut. Tout de même, on se dit que le RSMA devrait venir y faire un tour, histoire de rendre la voie plus carrossable, car dans un véhicule daté, vous serez des cas rossés.

Le "sentier mal au ventre", pour ceux qui ont la courante ?

A trois ampoules, et quatre kilos de moins, du parking, vous ferez halte à la Chapelle, posée au milieu de la nature comme un miracle. Vous serez presque arrivé chez Valmyr, un type à thé. Les Plaines se découvrent presque tout à fait, mais gardez de la place sur votre carte SD, un point de vue plus impressionnant encore vous attend à quelques encablures, peu avant la dernière pente vers le camp marron.

Après la Chapelle, suivez le panneau et vous tomberez sur le Turbot. Barbe poivre et sel en bataille, sourire tranquille du bonhomme qui a tout compris de l’existence, sorte de Tom Bombadil du Dimitile, il vous accueille comme s’il vous avait vu la veille, naturellement. Son bivouac de bric et de broc fait le bonheur des randonneurs en rang d’oignons, suant du plaisir de l’effort, les estomacs creux. Valmyr et ses aides de camp, se chargent de les remplir. Aujourd’hui, pour nous qui n’avons eu qu’à supporter les cahots dans le pourtant confortable pick-up Nissan aimablement prêté par la Sogecore, saucisses fumées et morue grillée seront tout de même notre récompense. Mais avant cela : un punch, des bouchons frits croquants, excellents, et Valmyr qui se lance : « J’ai atterri ici en 2007, suite à une erreur. »

Flash-back. Valmyr est un enfant de Saint-Jo, Butor, élevé avec l’amour de la terre dans une famille d’agriculteurs. Dès 1973, il tente pendant trois ans l’exportation vers l’Europe de brèdes chouchous, du Bétel (pour ses vertus détox), du gingembre, de patates douces. Il sait ce que veut dire « labeur », « sueur », « ne regarde pas l’heure ». C’est son moteur. Les divisions successorales de la fratrie rentrée de métropole grignotent les mètres carrés de terrain que Valmyr exploite en bio. Tout naturellement, il cherche donc un lopin de terre plus conséquent à travailler, avec son ex-moitié.

Guitare ou accordéon, Valmyr connait les chansons...

« Il y avait une annonce dans le journal pour un terrain de 10 hectares dans le coin, mais c’est encore plus loin qu’ici, et donc pas assez rentable compte tenu du trajet à faire pour livrer la production. C’est alors qu’un ami m’a parlé de ce terrain-ci, avec cette case en bois sous tôles. J’ai dit banco. » Pendant quatre ans, il vend les produits de son exploitation au marché, notamment de la tomate, une des plantes les plus difficiles à cultiver en bio. « J’avais des tomates de Crimée, vertes, noires, jaunes, et de la Cœur de bœuf, et aussi du maïs ».

A force de planter Valmyr , finit par prendre racine, comme un fanjan dans la terre humide. La proximité de « l’autoroute des randonneurs », le circuit Bayonne – Piton des Neiges, attire sur l’exploitation l’intérêt des gens bons, dont certains lui suggèrent de créer un lieu de repos et de restauration. Ce qui fut fait, après quelques embarras dus à une administration juste mais spépieuse.

Sentier de la crête au dessus de chez Valmyr

Nous nous égarons une demi-heure dans le sentier tracé sur la crête, un peu plus haut, et qui serpente dans une forêt magique où nous croisons un couple de tisaneurs venu faire ses emplettes. L’endroit est une merveille, où s’épanouissent les orchidées sauvages et les fleurs jaunes sous les tamarins vénérables et moussus. Nous profitons un peu de la vue, assis là-haut, puis redescendons au bivouac. C’est le début de la faim, et ce ne sont pas les framboises qui pullulent en sous-bois qui arrangent l’affaire.

« Dimitile, pour moi, est un endroit où on transmet les choses. » Valmyr Turbot

L’équipe termine les préparatifs du repas. On discute bouffetance, herbes médicinales, et de la jeunesse apparente de notre hôte, que ce dernier attribue à une alimentation saine faite de produits frais. « Depuis tout jeune je mange assez peu de viande, en dépit du fait que les parents avaient poules, canards, cochons, cabris. J’ai été davantage nourri aux patates » se souvient-il. « Ma mère faisait juste pour moi un « galimatia », avec un peu d’huile, d’oignon, de tomates, tout ça touillé avec quelques tranches fines de pommes de terre. J’adorais ça ». Il s’en inspirera pour faire sa recette de fruit à pain à la morue qu’il compte bien partager au cours d’ateliers culinaires « pour la transmission ».

Et ce passionné de fruits et légumes lontan de nous narrer tout de go ses études sur le baba figue. « Le baba est doté de trente propriétés médicinales différentes. Il est bon pour le cholestérol, le diabète… c’est une plante de jouvence, on peut aussi en faire des produits cosmétiques ». Un baba cool en somme. « Sans oublier le Jacque, les brèdes Mourongue, le Conflore… » On ne l’arrête plus. Nous sommes pendus à ses lèvres comme des andouilles à boucaner.

Belle entrée de crudité

Rien de mieux pour achever de nous ouvrir l’appétit. Nous attaquons l’entrée de crudités, délicieuse fraîcheur, alibi diététique qui nous autorise la délectation subséquente des saucisses frites au feu de bois et au karay ancestral bien charbonné, avec des petites patates fermes et savoureuses qui ont capté cette merveille de fumet, appuyé d’une belle mâche de viande pas salée pour deux sous.

Saucisses aux patates
Rougail morue bien sec

La morue, croquante comme il n’est plus permis, arrêtes comprises, donne toute sa saveur brute sans rechigner, et les grains l’accompagnent avec bonheur, comme le très bon rougail d’ailleurs. C’est simple, roots, très bon. Le goût de l’authenticité et de la cuisine faite avec amour, surtout pour la spécialité du chef : le canard, porté pâle aujourd’hui.

Là-dessus, Valmyr va chercher son accordéon et sa guitare, puis nous gratifie de morceaux choisis de variétoche française et de ségas. C’est gaillard ! Le repas prend fin avec un dessert traditionnel, la banane flambée au feu de bois. Pas n’importe comment : coupée en deux dans le sens de la longueur, avec la peau, et posée directement sur la grille.

Aux soirs des mois frais, l’ambiance repas au feu de bois ne doit pas manquer de charme. Moment unique où l’on laisse les smartphones qui ne captent de toute façon que très peu, et c’est tant mieux, pour les contes et les histoires des temps anciens. Là, tout près, sous les tamarins, les fantômes de Dimitile et de ses compagnons écoutent et se gaussent peut-être de nos nouvelles chaînes technologiques.

Le Camp de Valmyr est ouvert du jeudi au dimanche, sur réservation, et peut accueillir jusqu’à 50 personnes en cabane, plus 50 en camping. Comptez 38 euros par personne pour le repas, la nuitée et le petit déjeuner. Un paradis très nature tenu par un homme au grand cœur, étape obligatoire sur votre trajet de randonnée du côté du Dimitile. Passez-lui donc le bonjour de notre part !

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