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Distributeur automatique : un marché en plein essor Dans le Hainaut

Dire qu’ils ont eu le vent en poupe est un euphémisme! Les confinements ont mis en lumière cette année de nouveaux modes de consommation. Parmi eux : les distributeurs automatiques. De pain, de légumes, de fleurs, de masques ou plus récemment de plats à emporter... Une année exceptionnelle dans le Hainaut pour les artisans et pour le créateur avesnois de ces machines.

" Redynamiser les villages "

Les distributeurs, chez les Maton, on connaît bien. En 2004, ils vendent leurs fameux Vidéomatons. « Avec mon frère Dominique, on a pris une année sabbatique. Mais on s’est vite ennuyé », explique Thierry Maton. En 2006, ils entendent parler de distributeurs artisanaux de pains, en Belgique. L’histoire est en marche. L’affaire des distributeurs nés à Sars-Poteries a pris une tout autre dimension depuis 2017.

C’est le pain, qui a participé au développement du Distrib. Depuis, il se décline sous plusieurs formes : à fruits et légumes, à viande, à poisson. Et même à fleurs ! « Ce dernier va exploser. Nous sommes les seuls à les faire aussi adaptés et sécurisés. »

Thierry Maton devant un distributeur de pain, en 2018.

En 2019 et 2020, les chiffres sont similaires : environ 400 machines ont été installées par an. « On a subi un afflux de commandes qu’on ne pourra pas totalement livrer avant la fin de l’année. » La raison de ce succès ? Les deux confinements qui ont mis en lumière deux produits. Le premier, c’est le distributeur à masques, largement médiatisé en mai, lorsque les précieux objets manquaient. « Ça a très bien marché, reprend Thierry Maton. Mais on savait que ce serait éphémère. On les a pratiquement tous enlevés. »

Photo Sami Belloumi

Une centaine de machines enlevées tous les ans

L’autre raison, c’est la fermeture des restaurants. Conséquence, les gérants, pour continuer à vendre, n’ont pas hésité à s’y mettre. « C’est la grande demande. Et ces distributeurs resteront, même à la réouverture, parce que les gens auront encore envie de passer prendre un plat avant de rentrer chez eux. On reste sur un service 24h/24 et 7j/7. »

" Il faut que les produits soient de qualité "

Mais Thierry Maton prévient. La réussite des distributeurs tient à leurs exploitants, alors qu’une centaine de machines sont enlevées tous les ans. « 25 % dépendent des dépôts de bilan. Mais cela baisse au fil du temps. De moins en moins de distributeurs sont repris. On explique mieux aux gens et aux mairies qu’il faut que les produits soient de qualité, et que les machines doivent être approvisionnées et entretenues. » Les idées pour la suite ne manquent pas. Mais les frères Maton ont toujours une ambition : « Redynamiser les villages », grâce à leurs machines.

A Curgies, c'est un distributeur à pellets qui est installé sur la route, très passante, qui traverse ce village du Valenciennois. Photo Pierre Rouanet

Au restaurant Alexis, un débouché bienvenu

Philippe Detourbe, le chef du restaurant, Alexis, place Leclerc à Avesnes-sur-Helpe, ne pensait pas que le distributeur de repas qu’il loue et qui est en fonction depuis le 27 novembre aurait autant de succès.

Philippe Detourbe, à Avesnes-sur-Helpe. Photo Sami Belloumi

En cuisine, il s’active donc chaque jour pour satisfaire des clients, des habitués comme des nouveaux qui savourent là une nouvelle façon de consommer des plats gastronomiques.

Philippe Detourbe, chef du restaurant Alexis, installé place Leclerc à Avesnes-sur-Helpe. Photo Sami Belloumi

Le chef fait en sorte de proposer des prix variables pour ses mets à emporter. « On fait un effort aussi sur la présentation du plat. » Elle est à la hauteur de la réputation de la cuisine de ce restaurant gastronomique.

Un plateau est donc disponible avec pour chaque plat sa boîte ; soit un fond foncé et un couvercle qui permet de voir le plat réalisé. Ça c’est pour donner l’eau à la bouche. Parmentier de tourteau et sa salade ou filet de lieu aux endives, c’est le genre de plats à découvrir. Philippe Detourbe pense même, une fois le confinement terminé, laisser le distributeur en fonction pour bénéficier de ce débouché nouveau. Il y réfléchit en tous les cas.

En mai, durant le premier confinement, des distributeurs de masques et de gel ont été installé dans de nombreuses communes de l'Avesnois comme à Jeumont ou Aulnoye-Aymeries. Le succès a été immédiatement au rendez-vous. Photo archives Sami Belloumi

"Il faut se moderniser, c'est l'avenir"

Il se définit comme « précurseur ». En 2017, après dix années d’ouverture, David Demonchy, boulanger installé à Saint-Amand-les-Eaux, se lance dans l’aventure des distributeurs. « Mon chiffre stagnait, malgré les tentatives de développement, les animations, les marchés, la cuisson non-stop… »

" J'ai vu ça comme un challenge "

À l’époque, il est seul salarié de son affaire. « Quand j’ai découvert les distributeurs, j’ai vu ça comme un challenge. » Il en installe deux en janvier 2017, à Saint-Amand et à Thun-Saint-Amand. Objectif : pouvoir vendre du pain même « quand on n’est pas là ». « Très tôt le matin, tard le soir… »

David Demonchy, dans sa boulangerie installée depuis 2007 à Saint-Amand-les-Eaux. Photo Pierre Rouanet

Il vise cette clientèle de travailleurs aux horaires parfois décalés qui n’a pas le temps de passer en boulangerie. Et ça marche. Le mois suivant, David Demonchy installe deux nouvelles machines. Ces quatre dernières années, il a investi peu à peu le Valenciennois, le Cambrésis et surtout l’Avesnois. D’ici la fin de cette année, il sera à la tête d’un parc de trente machines.

Des charges différentes

Un challenge qui a un coût. Pour chaque distributeur, il faut compter la location (420 € TTC), avec un bail renouvelable tacitement tous les ans. Mais aussi les frais kilométriques pour les alimenter, le parc automobile lié (trois véhicules qui roulent 100 000 km par an), la matière première, l’électricité (en moyenne 11 € mensuels par machine, souvent pris en charge par les municipalités). « Les charges ne sont pas du tout les mêmes que celles d’une boutique. »

D'ici à la fin de l'année, David Demonchy sera à la tête d'une trentaine de machines dans tout le Hainaut, de Saint-Amand à l'Avesnois.

Aujourd’hui, son affaire compte huit salariés (cinq vendeuses, un boulanger, deux apprentis), dont cinq en CDI. David Demonchy estime que les distributeurs ont permis la création de cinq emplois. « Quatre de mes vendeuses sont entièrement dédiées aux tournées, elles alimentent trois à quatre fois par jour les machines. »

" Le confinement a changé notre vie "

Parfois au-delà de 20 heures. Sa force. Grâce à une application, le boulanger peut suivre, sur son smartphone, les achats en temps réel. Et approvisionner en conséquence.

Photo Pierre Rouanet

Objectif : 50 distributeurs

D’une progression de 10 à 15 % en quasi quatre ans, son chiffre a bondi de 30 % au printemps. « Le confinement, ça a changé notre vie. Désormais, ce sont les communes qui nous sollicitent. » Un engouement également visible sur le plan financier. « Les premières machines, j’ai dû investir en fonds propre, on ne voulait pas me suivre… » La donne a désormais changé.

À 35 ans, le boulanger ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Objectif : 50 distributeurs, dans le Hainaut et ailleurs, et l’ouverture espérée d’une deuxième boutique pour faciliter les réapprovisionnements plus lointains.

"Le client de demain est un consommateur de distributeur"

Parmi ses critères d’installation : la visibilité, les écoles et la bonne entente indispensable avec les maires, facilitateurs de communication. Et ne lui parlez pas de concurrence déloyale. Pour David Demonchy, les distributeurs "offrent un autre service. Ça bouleverse les habitudes. Le client de demain est un consommateur de distributeur. Il faut se moderniser, c’est l’avenir ".

Photo Pierre Rouanet

Quand le maire ne mangeait pas de ce pain-là…

Les distributeurs automatiques n’ont pas toujours eu pignon sur rue. Fin 2017, à Neuvilly, près du Cateau-Cambrésis, un boulanger solesmois installe un distributeur automatique de pain, rue Nationale, sur le domaine public. Le maire de l’époque, Hubert Lefèvre, goûte peu la démarche dont il considère qu’elle peut nuire au boulanger déjà installé dans la commune.

Fin décembre, il obtient le retrait de l’appareil, qui est déplacé de quelques mètres, sur une parcelle privée. Le conflit ne s’arrête pas là… et se durcit. En mai 2018, la justice, saisie, s’est déclarée inapte à juger le dossier sur le fond et a renvoyé les deux parties vers le tribunal administratif. Entre-temps, le distributeur avait été dégradé, tout comme les barrières dont il avait été enclos.

Created By
Cécile Debachy
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Credits:

Photos : Pierre Rouanet, Sami Belloumi et archives La Voix du Nord