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En immersion avec les patrons à Bruxelles 154 dirigeants de l'union des entreprises d'Ille-et-Vilaine se sont rendus à Bruxelles la semaine dernière. S'ils demeurent enthousiastes, ils ne masquent pas leurs critiques sur l'Europe. Carnet de route... en dessin.

Quelque chose cloche au royaume européen. Voilà un sentiment partagé par 150 patrons bretilliens de start-up et PME, après leur rencontre avec des fonctionnaires et des parlementaires européens, à Bruxelles, du 11 au 13 octobre.

Certains des patrons et élus présents

Carnet de route

"Si l'avion se crachait, l'économie rennaise serait mal"
"Comprendre les réalités européennes"

« Nous sommes à Bruxelles, chefs d’entreprise bretons, pour comprendre les réalités européennes, affiner et perfectionner nos décisions stratégiques, explique Hervé Kermarrec, président de l’Union des entreprises d’Ille-et-Vilaine (UE35). Parce que, comme nous y invite Montaigne », il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui « pour apprendre et comprendre comment fonctionne le monde et quelles sont les clefs du succès, du progrès, de la réussite, d’une entreprise comme d’une société. »

"Nos rythmes désarcordés"

« Reconnaissons-le, l’Europe fait débat jusque dans nos rangs, tant elle peut paraître imparfaite, inefficace, injuste, inexistante…, poursuit Hervé Kermarrec. Concurrence déloyale, multiplication des normes et règlements tatillons qui surabondent sans que la réalité des choses ne s’améliore vraiment, les critiques pleuvent. »

Élément de mécontentement qui revient dans toutes les bouches des patrons bretilliens : la lenteur. « Le temps de la construction européenne, fruit de patients compromis, voire de marchandages byzantins, ne s'accorde en rien avec le temps de l'entreprise, souligne Hervé Kermarrec. Nos rythmes sont désaccordés. » « On s'en rend bien compte ici, l'économie va plus vite que les institutions », soupire Dominique Roques, associé chez BDO.

"La démarche est exemplaire"

Emmanuel Couet et Nathalie Appéré du voyage

« En France, on a 10 % de TVA. Ici, en Belgique, c'est 21 %. L'Europe pourrait commencer par harmoniser tout ça, non ? »

Attention à ne pas suspecter ces dirigeants bretons d'anti-européanisme, au contraire ! « La Bretagne est notre terroir, la France notre partie, l'Europe notre avenir et le monde notre horizon », n'hésite pas Hervé Kermarrec. L'avenir ? « Il faut continuer d'expliquer, convaincre, montrer que l'Union européenne nous engage tous. Bruxelles, finalement, ce n'est pas si loin, c'est juste à côté de chez nous », estime Yvon Philippe.

"J’espère que la France vous donnera plus de liberté"

Il y a quelques messages d’espoir. Accueillis ce jeudi matin à la Représentation permanente de la France auprès de l’Union européenne, à Bruxelles, les dirigeants bretilliens, ont écouté avec attention Ingeborg Graessle, présidente de la commission du contrôle budgétaire au parlement européen.

« Ça ne peut pas continuer comme ça, admet la parlementaire, en reconnaissant les difficultés des patrons. Je vous admire entrepreneurs français. Et j’espère que la France vous donnera plus de liberté. L’Allemagne va dans tous les cas aider le Président Macron dans ses réformes. »

"Dépasser l'idée de nations, en Europe, ce n'est pas rien"

Isabelle Thomas, parlementaire européenne, tient à rassurer : « Ils ont raison d'être inquiets. On est dans un virage essentiel, avec des enjeux qui ne cessent de se rajouter : climat, chômage, immigration... et on n'a pas les moyens budgétaires. Mais ça va bouger. Soit on va vers le nationalisme, et on est mort, car dans la mondialisation il n'y a pas d'espace pour des nations de 60 millions d'habitants. Soit on passe le pas vers une dimension européenne. » Un voeu pieu ? « Une mutation de cette ampleur ne se fait pas en un claquement de doigt. Dépasser l'idée de nations, en Europe, ce n'est pas rien. »

"Des raisons d'être inquiet"

Yvon Philippe, directeur général adjoint de deux sociétés HLM bretonnes, s’avoue également « un peu douché. Insuffisances budgétaires, absence de projet politique… il y a des raisons d’être inquiet quand on écoute tous ces parlementaires. Est-ce qu’on n’a pas été trop vite pour faire l’Europe ? Est-ce qu’on n’est pas trop nombreux ? Il y a des enjeux considérables par rapport à la montée des populismes. »

Mais il ne perd pas espoir : « il y a un rayon de soleil : le report de l’indépendance de la Catalogne où on sent que l’UE a pesé notamment économiquement. » L’avenir ? « Il faut au niveau de chaque état continuer d’expliquer, convaincre, montrer que l’UE nous engage tous. Bruxelles finalement, ce n’est pas si loin, c’est juste à côté de chez nous. »

"Complexité administrative, lenteur et perte en ligne"

Philippe Le Roux, président de la maison des professions libérales de Bretagne : « Il y a trois problèmes que rencontrent les acteurs des territoires lorsqu’ils s’adressent aux programmes européens : la complexité administrative, la lenteur et la perte en ligne. Il faut interpeller les responsables européens pour avoir des systèmes efficients avec plus de résultats. »

"La Bretagne est notre terroir, la France notre partie, l'Europe notre avenir et le monde notre horizon"

Yann Lejolivet, vice-président de l'UE35, a également à coeur de modérer les inquiétudes : « Il ne faut pas retenir que l'Europe est un machin titanesque. Certes, c'est compliqué. Mais c'est aussi très pro. Surtout, on voit que tous les acteurs sont conscients qu'il faut que ça bouge et qu'il y a des axes de progrès. »

Created By
Yann Armel Huet
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Credits:

Dessin : Yann Armel Huet Edition : F-G. Derrien.

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