d'île en île, la grèce solidaire Un groupe de voyageurs militants a participé du 3 au 12 octobre 2016 à la première croisière organisée par le journal la Marseillaise. Carnet de Voyage.

Un témoignage utile pour eux comme pour nous

" Mer Egée : la Grèce d'hier et d'aujourd'hui " ! C'est ainsi que le président des Editions des Fédérés et le directeur du journal « La Marseillaise » ont appelé cette croisière proposée en partenariat avec « Rivages du Monde ». Elle s’est déroulée du 3 au 12 octobre 2016.

Nous n'étions qu’un petit groupe pour ce premier essai. Nous nous sommes rajoutés aux croisiéristes qui voulaient connaître les merveilles de la Grèce antique.

Guy Aubert, Jacques Azam, Christine et Henri Didon, Evelyne Houillon, Michèle Tripon et moi-même, Christine Mendelsohn, avons eu le bonheur de rajouter à la dimension culturelle et touristique de très grande qualité de la croisière, des rencontres avec des acteurs et des actrices de la solidarité en Grèce.

Avec des amis de Syriza que je connais pour avoir milité de nombreuses années avec eux, j’ai organisé des rencontres avec des militants du mouvement social et politique qui répondent aux besoins des Grecs que les élites européennes ont plongés dans la pauvreté, et aux besoins des migrants que les chefs de gouvernement des pays européens ont coincés dans ce pays en fermant leurs portes.

Chacun d’entre nous a écrit un témoignage de ces rencontres, utiles pour eux comme pour nous.

  • Remonter l’histoire de nos ancêtres Grecs en descendant la mer Egée
  • Solidarité avec les centres de santé autogérés
  • Les camps HCR ou l’insertion dans un pays européen
  • Des associations de quartier en aide à ceux dans le besoin et la misère
  • Coopératives oléicoles et agricoles en Crète
  • « la Troïka pensait qu’on ne tiendrait pas »

Prologue

Remonter l’histoire de nos ancêtres Grecs en descendant la mer Egée

Notre journal la Marseillaise propose pour la première fois une croisière en Grèce, du port de Thessalonique au Nord, jusqu’au port de Héraklion, en Crète, à l’extrême Sud de la Grèce, à travers différentes îles de la Mer Egée.

Thessalonique, capitale de la Macédoine, est le berceau d’Alexandre le Grand (360 ans avant J-C.) qui a uni la Grèce avant d’aller conquérir l’Egypte, la Perse, allant jusqu’en Inde. Mais après sa mort, son empire s’affaiblit et la Grèce devint une colonie romaine (168 ans avant J-C.). Nous avons pu ainsi visiter Pella, sa ville natale, et Virgina, tombeau de plusieurs rois, qui présentent des trésors magnifiques, d’une perfection artistique fascinante.

Trois jours plus tard, nous étions à Athènes qui, trois siècles auparavant (Ve et IVe siècle avant J-C.), dominait la Grèce et le monde antique par son armée, ses penseurs et ses artistes. Visite émouvante de l’Acropole, du Parthénon, de son musée : bas-reliefs reconstitués, statues des Cariatides notamment...

La remontée dans le temps s'est poursuivie jusqu’à Santorin, où en 1650 avant J-C. (près de 1000 ans avant l'apogée d'Athènes), une énorme éruption volcanique détruisit la région, provoquant un tsunami qui engloutit plusieurs îles, dont la Crète, qui dominait alors la Méditerranée orientale. Découverte de l’île, site exceptionnel, mondialement connue, pour la beauté de ses villages blancs perchés au sommet des falaises.

Volos et ses monastères vertigineux, perchés sur des météores. Nomenvasia, somptueuse citadelle sur une presqu'île, mélange de construction vénitiennes et byzantines médiévales. Acropole, une démocratie en reconstruction. Café frappé à Santorin.

Nous poursuivons notre remontée historique par la Crète, à Héraklion, où la civilisation, appelée Minoenne, a dominé la Méditerranée de 3000 avant J-C. jusqu’à l’explosion de Santorin qui détruisit sa flotte et ses côtes. Découverte ensuite du premier palais de l’histoire de l’histoire de l’Homme, situé à Cnossos, découvert en 1878. D'une superficie de 20.000 m2, il renferme près de 1500 pièces, réparties sur quatre ou cinq étages. Vous connaissez l’histoire du Labyrinthe, du Minotaure, de Thésée, d’Ariane et son fil… C’était là !

Après la Civilisation Egyptienne, notre monde est né, en Crète, puis en Grèce, puis à Rome, pour façonner notre pensée et notre civilisation avec l’ère chrétienne.

Notre voyage fut complété par de nombreuses merveilles, témoins de la diversité de ce monde grec : Volos et ses monastères vertigineux, perchés sur des météores, Mytilène, Syros, aux rues toutes pavées de marbre, Nomenvasia, somptueuse citadelle sur une presqu’ile, mélange de constructions vénitiennes et byzantines médiévales.

La Marseillaise, pour notre premier voyage, nous a offert un rêve !

Mais cette remontée dans notre histoire originelle, nous Marseillais (de Massalia...), eut aussi un aspect humain, social et solidaire, dans la Grèce actuelle, meurtrie et résistante.

C'est ce que nous allons vous conter ici

Chapitre 1

Solidarité avec les centres de santé autogérés

« Les Syriens qui arrivent de Turquie sont en très mauvaise santé car ils ont vécu dans la rue »

Sophie, bénévole à KIPA, centre santé autogéré d'Athènes.

« Nous étions très heureux à l’idée de rencontrer des personnels de la clinique d’Halandri et tous les autres grecs bénévoles. La générosité militante de tous ces grecs et grecques nous a submergé. Les quelques t-shirts, vendus pour la solidarité, emportés sur le bateau se sont envolés. »

Petit pays méditerranéen morcelé, aux ressources industrielles et agricoles réduites, la Grèce contemporaine doit faire face à une situation préoccupante sur tous les plans, en priorité pour la santé publique.

La situation géopolitique du pays et particulièrement problématique. La péninsule hellénique constitue le sud des Balkans (région du monde qui parle aux oreilles européennes, depuis le début du XXe : Attentat de Sarajevo, au départ de la guerre de 14-18)… La proximité de la Turquie et celle de l’islam avec l’explosion des conflits actuels (Syrie, Irak, Palestine…) génèrent une situation très complexe et délicate.

La politique européenne de Bruxelles « forteresse assiégée » fait porter au pays la plus grande partie du poids des migrants réfugiés fuyant ces conflits. A cela s’ajoute la politique de diktats de l’Europe et de la troïka contre le jeune gouvernement Syrisa qui a la volonté affichée d’améliorer les conditions de vie des grecs et des réfugiés qui se trouvent sur son territoire.

Cette volonté reste très forte aussi bien au niveau gouvernemental (nous l’avons constaté au cours de la rencontre avec le secrétaire général du 1e ministre) que dans la population qui déploie des trésors d’ingéniosité associés à un grand professionnalisme pour venir en aide à leurs concitoyens et aux réfugiés dans le domaine de la santé.

Afin de contrer les exclusions de masse du système de soins de santé publique qui ont augmenté rapidement à partir de 2011, les médecins, les personnels infirmiers et d’autres bénévoles ont démarré les cliniques et les pharmacies sociales. De trois seulement en septembre 2012 à Athènes, Thessalonique et Réthymnon en Crète, il y en a aujourd’hui quarante qui fonctionnent dans toute la Grèce. Nous aurons l’occasion de rencontrer des bénévoles des centres de KIPA et Halandri à Athènes et celui d’Héraklion.

Chaque clinique de solidarité est connectée à un réseau de médecins locaux qui traitent également des patients gratuitement dans leurs cabinets privés. De même, les médicaments proviennent de dons des « gens ordinaires », d’autres structures de solidarité (alimentaires par exemple) ou bien d’initiatives « sans intermédiaires » qui recueillent les médicaments qu’ils remettent à leur clinique de solidarité locale.

Clinique sociale d’Héraklion. « Nous ne dépendons ni de l’Etat, ni de l’Eglise. Nous recevons les dons de citoyens Italiens, Français et Allemand et organisons des concerts en Crète. »

Cette campagne de collecte de solidarité a eu un tel succès que les pharmacies de solidarité ont fourni des médicaments aux hôpitaux publics confrontés à des pénuries. D’une manière similaire des appels à la population et au mouvement de solidarité en Grèce et à l’étranger ont permis aux centres de santé de la solidarité de trouver des locaux donnés pour leurs cliniques et les ont équipés en matériels médicaux de cardiologie, d’ophtalmologie, chaises de dentistes, etc…

Les cliniques de solidarité ont fait pression sur les municipalités pour récupérer des locaux inutilisés mais dans quelques cas elles sont contraintes de louer des espaces.

Alors que le mouvement tente d’éviter l’utilisation de l’argent, il a été obligé pour couvrir les factures d’électricité, d’eau et des produits médicaux à usage quotidien etc… de créer des Fonds de solidarité à côté des cliniques sociales pour recueillir les dons et les utiliser selon les besoins des cliniques.

En avril 2016, le gouvernement a remis la sécurité sociale pour tous les Grecs et pour les migrants régularisés. Mais les patients qui ont besoin de médicaments ou de certains soins non remboursés intégralement, les hôpitaux qui sont en très mauvais état et en manque de personnels, et les réfugiés ont besoin des services gratuits de ces centres de santé. La solidarité internationale, financière aussi bien que morale, est primordiale pour tous.

Le Collectif Front de Gauche-PCF de Saint Maximin (83) a parrainé la Clinique solidaire et sociale d’Halandri, ville de la banlieue nord d’Athènes. Nous récoltons de l’argent en vendant des t-shirts, dont l’intégralité des bénéfices leur est reversée. Le t-shirt a été conçu bénévolement par un graphiste designer. Sa proposition graphique suit une piste symbolique ;

  • La frise antique rappelle le berceau de la démocratie.
  • Quatre mains fraternelles avec les couleurs bleue et blanche.
  • Le rameau d’olivier symbole de paix
  • Le tout est cerclé du texte « Fraternité avec le peuple grec » dans plusieurs langues européennes

Ce t-shirt a été mis en vente aux Fêtes de l’Humanité 2015 et 2016, aux fêtes « Offensive » du PCF 13 et à la Fête des retraités CGT 2016 à Fabregoules dans la banlieue de Marseille, sur le marché de Saint Maximin (83)... et sa vente continue. Nous avons déjà envoyé plusieurs reprises les reversements des bénéfices des ventes de t-shirts et des colis de médicaments récoltés auprès de nos concitoyens.

Les bénévoles de Saint Maximin font la connaissance de celles du centre de santé solidaire d’Halandri qu’ils aident depuis plusieurs mois. Des T-Shirt " pour la solidarité avec le peuple grec " seront vendus sur le bateau de croisière.

Le 2 septembre 2016 nous recevions d’Halandri un mail disant « Nous avons reçu vos colis et le matériel envoyé sera très utile pour nos patients. C’était une très agréable surprise ! Nous vous en remercions beaucoup, pas seulement pour le matériel mais surtout pour votre solidarité. Le fait que vous soyez tant solidaire avec le peuple grec nous donne plus de force pour continuer le combat ».

Les jeunes grecs sont partout sur le pont de la fraternité et de la solidarité. Ils savent que la route est longue, mais leur force collective est immense. Parviendront-ils à soulever la chape de plomb des égoïsmes du capitalisme de Bruxelles ? Nous ferons tout pour les y aider

Nos rencontres à Thessalonique, à Athènes et à Héraklion étaient d’une intensité incroyable. Nous, Français, sommes tellement habitués à notre société où le partage et la fraternité sont cantonnés à des périmètres de plus en plus restreints que nous avons du mal à imaginer concrètement une autre réalité.

Les problèmes des Grecs sont colossaux, mais ils s’y attaquent du gouvernement au plus petit citoyen.

Chapitre 2

Les camps HCR ou l’insertion dans un pays européen

« Assad nous bombarde »

Dessin de Nasser, 9 ans, arrivé de Syrie en mai

Les bénévoles qui aident les réfugiés à trouver une place dans la société grecque nous demandent de faire pression en Europe pour que les procédures de relocalisation s’accélèrent car ils sont nombreux dans les camps HCR à être sans perspective.

Nos premiers contacts débutent par la visite du camp de réfugiés de Lagdadikia, à 60 km de Thessalonique près de la Frontière de Macédoine. Une militante de Syriza, une bénévole de Kalos et une interprète nous accompagnent.

Le camp situé à l'extérieur de la ville regroupe 750 personnes, essentiellement des réfugiés Syriens (93%) ainsi que quelques Afghans et Kurdes. La structure est gérée par le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) et par le ministère de la "Hellenic Republic". Les Syriens sont arrivés par mer dans un contexte très difficile : au mois de mars 2016, la frontière des Balkans a été fermée, les Syriens présents au camp sont ceux que nous avons vu à la télévision, bloqués à la frontière d’Idomeni.

Pour ne pas renvoyer les migrants en Turquie, le gouvernement et les bénévoles ont conseillé aux migrants de déposer une demande d’asile en Grèce, même si ce n’est pas leur projet de départ. Deux militaires gardent l'entrée du camp. Partout se dressent les tentes du HCR.

Nous cheminons sur les allées de graviers. Des vêtements sont étalés sur le sol donnés par les Grecs et que les réfugiés peuvent venir prendre ce qui leur aient nécessaire.

Camp du HCR accueillant les Syriens coincés à la frontière Idomeni après sa fermeture.

Nous voyons des sanitaires sommaires, une infirmerie et une école pour les enfants. Il y a aussi des activités ludiques pour eux. La nourriture est distribuée trois fois par jour. Ils ont prévu de construire des bungalows pour que les familles puissent faire elle-même la cuisine. Les femmes sont moins dépressives que les hommes car elles sont occupées par les tâches quotidiennes.

Il est environ 10h30. Dans ce camp de 750 personnes, nous ne voyons pas d'hommes. Nous nous en inquiétons : « Ils dorment », nous répond le directeur du camp, un jeune grec nommé par le ministère. Il est très préoccupé par l’état de détresse et pour certains de dépression, dus au désespoir de n’avoir pas pu prolonger leur voyage jusqu’au nord de l’Europe.

C’est au deuxième entretien de demande d’asile qu’ils ont le droit de travailler, mais ce camp de l’ONU est en pleine campagne, loin de tout. Le directeur du camp envisage de recruter des enseignants de grec/arabe pour que les réfugiés puissent avoir une formation d’interprète.

Un enfant traînant à la sortie d'un camp, un bénévole et une tente le décor de ces camps de réfugiés.

Quelques enfants jouent dans un espace aménagé à leur intention. A proximité, une femme s'approche de nous, la sympathie s'installe et nous nous embrassons. Un petit enfant qui démarre la marche, explore seul l'entrée du camp. L'échange part sur les mineurs isolés dont le manque de perspective rend la situation extrêmement difficile : 10 000 mineurs isolés sont dans ce cas en Europe et pour beaucoup d’entre, on a perdu leurs traces ...

L'atmosphère est très pesante, le désespoir est comme palpable. Pensifs, nous quittons le camp en bus. Il y a 60 000 réfugiés actuellement en Grèce.

Le soir, je lis le dossier "Migrations et citoyenneté dans l'espace euro-méditerranéen", un débat donné le 30 septembre 2016 à la villa Méditerranée de Marseille. Je prends conscience de l'importance du travail.

Les enfants impriment leur marques dans ce camp loin de tout

Un peu plus tard, de retour à Thessalonique, nous sommes accueillis par les bénévoles du centre Ecopolis. Ce mouvement est né en 1982 sur des bases de recherche d’écologie sociale. En 2013, ils interviennent pour aider les migrants dont une cinquantaine faisait dans leur ville une grève de la faim très dure. Depuis, avec la crise, ils diversifient leurs services.

Ce sont surtout de jeunes étudiants qui s'occupent de l'organisation, ils viennent donner un peu de leur temps. Nos petits dons leur font chaud au cœur. En passant, nous voyons des personnes s'initiant à des cours d'anglais. Ici, nous sentons les réfugiés inclus dans la société grecque. Un peu plus tard, nous rencontrons Mathieu, venu du Benin il y a 12 ans, et qui à son tour s'occupe de la gestion des médicaments. Visiblement, il est à l'aise.

Nous faisons nôtre, la devise des Grecs : " Oli Mazi ", tous ensemble !

Voyager incite à tenter de mieux comprendre ce qui se passe chez soi. Je me livre à des lectures croisées, relis La Marseillaise du 13 octobre, et cet article centré sur l'accueil des réfugiés à Carpentras, « Antidote à la haine ordinaire », ou celle encore du 15 octobre, « Des gens qui arrivent plein de souffrances ».

Dans « L'âge de faire », je lis un article d'un jeune volontaire en service civique en Grèce : « La soif de vivre des réfugiés de Doliana » et qui évoque ce que nous avons vu à Thessalonique.

A Ecopolis, les réfugiés sont les bienvenus

Près de chez moi, je repense aux rencontres, aux mails, aux démarches avec les amis de RESF, très actifs à Manosque. Depuis des années, ils accompagnent, accueillent, rassemblent des objets de première nécessité, retapent des maisons pour les réfugiés. Ce sont pour la plupart des retraités : juristes, enseignants, pilotes de l'air, employés de banque, agriculteurs… Ils mettent leur compétences et leur temps, sans faire de bruit, au service des damnés de la terre.

Les visages de la solidarité se ressemblent : Grecs ou Français, jeunes ou plus âgés, habiles de ses mains ou plus portés sur les démarches juridiques, administratives...

Engagée dans le comité local du Mouvement de la Paix, je parcours à nouveau les numéros de "Planète Paix" relatifs à ce sujet et les nombreuses analyses. En parallèle, l'indignation monte en regard des dépenses militaires effrénées, crimes à l'égard de tant de souffrances. La phrase de citoyens grecs cristallisent ce rejet et nous appellent à la résistance : « Si nous mettons le feu chez nos voisins, le feu viendra dans notre maison ».

A nous d'en prendre la mesure ...

Chapitre 3

Des asso de quartier en aide à ceux dans le besoin et la misère

L'association de solidarité du Pirée ressemble à une école avec des tableaux, des chaises et des tables fabriqués par ses membres.

L’association Mesopotamia de solidarité au Pirée a développé « la banque du temps » : un échange gratuit de service pour offrir soulagement et solidarité. Ils veulent remplacer « l’économie du profit » par « l’économie du besoin ». Ils souhaitent poursuivre leur idéologie sociale de partage pour construire la société après la crise.

Au Pirée, le port d’Athènes, nous avons une rencontre programmée avec une structure de solidarité de proximité. Nous arrivons dans un quartier qui ne respire pas les difficultés à l'exception d'une très vieille maison en piteuse état, occupée par des chats.

Tout à côté, se trouve le local de Mésopotamia où nous sommes reçus par deux personnes qui nous font visiter les lieux. Cela ressemble à une école avec des salles de classe : des tableaux, chaises et tables, mais de fabrication artisanale. Nous apprenons que ce matériel a été fabriqué par les membres de l’association.

Une affiche de l'association. Une responsable de Syriza traduit les bénévoles de Mésopotamia qui nous expliquent " la banque du temps "

Pourquoi Mésopotamia ? Allusion à la Mésopotamie qui est un lieu situé entre deux fleuves, alors que le quartier est entre deux ruisseaux qui se jettent dans la mer toute proche. L’association a été créée en 2003 pour lutter contre les promoteurs qui voulaient privatiser et bétonner ce bord de mer. Grâce à leur lutte, l’Etat et la région sont intervenus pour maintenir le domaine public. Evidemment l’association y a gagné en reconnaissance et en popularité, et le maire du Pirée leur a donné ce local.

Elle a mené des actions contre les jeux olympiques, le racisme, le fascisme… En 2009, elle a lutté aux côtés des indignés contre le Passok et la Nouvelle Démocratie responsables de la crise, aggravée ensuite par les politiques d’austérité de la Troïka. Alors l’association a décidé de travailler la solidarité en créant à fur et à mesure des besoins et des compétences de ses adhérents toutes sortes d’activité pour les Grecs puis pour les réfugiés.

Et les activités proposées sont diverses :

  • Il y a l’école qui attire beaucoup de monde : 200 élèves et 45 professeurs qui travaillent avec des tous petits groupes.
  • Le cinéma, l’informatique, l’apprentissage du grec pour les réfugiés.
  • Le panier de solidarité qui contient surtout de la nourriture donnée par les commerçants et les grandes surfaces.
  • La banque du temps dont l’unité est le service et la valeur : le temps et la nature de l’apport. Exemple, en échange des cours donner dans l’année, les adhérents ont retapé l’appartement du professeur d’anglais. Aujourd’hui, 300 personnes du quartier participent à la banque du temps.

Tous les 3 mois, il y a une réunion des adhérents et des responsables de l’association pour faire le point. Ils décident ensemble du développement des activités. Actuellement, ils récoltent des biens et des matelas pour les réfugiés.

DEs jeunes de Syriza ont ouvert leur lieu Hétéropia pour répondre aux besoins de la jeunesse de Thessalonique.

Hétérotopia à Thessalonique est un espace de solidarité à l’initiative des jeunes de Syriza, au départ pour eux, puis ouvert à tous les jeunes qui en ont besoin.

Dans un dédale de locaux très divers, il y a des cours du soir, on peut prendre des paniers de solidarité avec nourriture, une bibliothèque dans laquelle on trouve aussi des livres de Tranform et des documents du Parti de la gauche européenne, des listes de personne avec des compétences disponibles pour rendre un service, des salles pour artistes peintres, un café où il y a de la musique le soir, des ordinateurs à disposition, une restauration pas chère.

C’est une trentaine d’étudiants, pas tous adhérents à Syriza, qui s’occupent de ce lieu, ils veulent restés autogérés, « avec aucune structure pour les chapeauter » tiennent-ils à nous préciser. Ils sont en train de préparer une soirée de solidarité pour le Venezuela.

Ce grand bâtiment qui contient tous ces espaces de solidarité appartenait avant la guerre aux juifs, puis a été abandonné. Il a été utilisé par les Colonels en 1969 pour torturer ceux qui lutter contre la junte militaire.

Au moment de la crise, des jeunes ont retapé une partie des locaux pour accueillir leurs activités, certains sont encore à l’abandon. Ils ont nommé le bâtiment « un autre espace ».

« La crise révèle des gens qui ont des défauts et d’autres beaucoup de qualités »

Dans nos rencontres avec des Grecs nous constatons qu’ils sont violemment touchés par la crise. « La crise montre des gens qui ont des défauts et d’autres qui ont beaucoup de qualités » nous dit une bénévole. Certains, qui sont restés propriétaires, ne mangent pas forcement à leur faim. D’autres sont obligés de travailler alors qu’ils sont âgés car leurs enfants sont au chômage.

Beaucoup de Grecs ont recours aux services très divers des centres de solidarité et ce n’est plus une honte comme au début. Ces lieux autogérés où tout le monde est en même temps bénévoles et bénéficiaires, sont aussi des lieux de recherche d’une nouvelle économie sociale et solidaire à développer pour le futur, pour sortir de la société de consommation et du profit. Nous remarquons aussi que les signes d’extrême pauvreté ne sont pas aussi visibles dans la rue qu’à Marseille.

L’association « Solidarités pour tous » coordonne 320 structures de solidarité dans l’ensemble de la Grèce. « Le parti finance mais ce n’est pas lui qui décide, nous dit Costas Veniatis, le nouveau coordinateur. Il ne faut pas confondre les caisses et les fonctions de solidarités. »

L’association rassemble dans plusieurs villes sur l’ensemble du territoire des entrepôts de matériel nécessaire au besoin de la population et les structures de solidarité viennent chercher ce dont elles ont besoin.

Ils sont sur une nouvelle activité : des recherches de rapprochement entre producteurs et consommateurs pour réduire les coûts des intermédiaires sur les produits agricoles. Le consommateur peut en échange de légume qu’il ne peut pas payer, donner un cours d’anglais ! Nous leur expliquons notre formule des AMAP en France qui ont justement démarrées chez nous. « Toutes ces activités, comme chercher, rassembler, distribuer constituent une activité économique et sociale, nous dit Costas, et nous essayons de le faire ensemble, malgré nos divergences d’opinion car la situation est difficile. »

Chapitre IV

Coopératives oléicoles et agricoles en Crète

La coopérative d'Actympaki est composée de 200 coopérateurs qui possèdent 2000 oliviers.

Confrontés à la grande crise depuis 2010, nos amis grecs d’Héraklion, sont engagés dans un système d’économie coopérative et de solidarité micro-économique, d’éducation à des méthodes alternatives de production et de consommation.

En Crête, dans la plaine fertile de Messara, nous avons visité, le 11 Octobre 2016, la coopérative d’Actympaki. Le directeur, Mr Giannis Chalarampakis, nous en a dressé l’historique. Fondée en 1945, elle compte 600 membres. Son activité principale est de collecter les produits agricoles (tomates, concombres, melons, pastèques) qui sont produits par ses membres et de les distribuer sur le marché local et à l’étranger.

La coopérative nous a ouvert ses portes sur de nouveaux bâtiments et des installations modernes. 200 coopérateurs possèdent 2000 oliviers, dont la production est apportée ici, pour être transformée en huile d’olive. Cette coopérative est très importante pour la région en terme d’emplois.

Les coopérateurs crétois nous font goûter leurs produits
Toute la finesse du régime crétois
L'huile d'olive de la coopérative
Les machines de la coopérative.

Elle utilise des procédés phytosanitaires et s’inscrit dans une démarche d’agroécologie. Elle produit 400 à 600 tonnes d’huile d’olive par an et 15000 à 20000 tonnes de légumes ; son chiffre d’affaires est de 10 à 15 millions d’euros par an. Outre le marché local, cette production est majoritairement destinée à l’exportation vers l’Allemagne, la Bulgarie, la Pologne et la Russie.

Plus tard, nous avons rencontré des membres de trois autres coopératives oléicoles, dont le but commun est d’offrir aux consommateurs des prix moins élevés et pour cela, elles doivent être concurrentielles à d’autres circuits de production. Mais à ce jour, l’augmentation des taxes imposée par les politiques européennes sur les produits est un grand problème : elles sont passées de 13% à 30% …. S’ajoute aussi le problème du réchauffement climatique et la sécheresse : les producteurs et coopérateurs réfléchissent à un aménagement de rivière, comme réserve d’eau.

L’austérité des politiques européennes n’altère pas l’énergie, l’inventivité, la générosité de nos camarades grecs.

Chapitre V

« la Troïka pensait qu’on ne tiendrait pas »

« Face aux politiques de la Troïka, notre objectif est de protéger les couches populaires. Le programme de réajustement financier ne nous permet pas de redistribuer les richesses, mais nous pouvons redistribuer les charges ».

Dimitri Tzanakopoulou

A Athènes, nous rencontrons Dimitri Tzanakopoulou un samedi après-midi au Palis Maximou, lieu de travail du 1er ministre. Il s’extrait d’une réunion du gouvernement qui prépare un projet de loi contre la fraude fiscale.

« Merci au journal la Marseillaise pour son initiative. La Grèce a beaucoup de problème ces dernières années, et ce n’est pas de sa seule responsabilité : les Grecs sont le dos au mur à cause des politiques libérales de l’Union européenne. »

Une partie de la délégation avec le secrétaire général du 1er Ministre.

Dès le début, il précise les difficultés devant lesquelles ils sont ces jours-ci : le FMI juge la réforme des retraites insuffisante et exige une baisse supplémentaire des pensions. La tranche d’aide de 2,7 milliards € qu’ils devaient recevoir est donc suspendue, alors même que la Troïka exige qu’ils créent un fond pour remettre en état les propriétés publiques.

L’excédent budgétaire pour rembourser la dette est actuellement de 1,5% mais il passera à 3,5% en 2018 et la situation sera invivable s’il n’y a pas de diminution de la dette. « Notre ennemi c’est Schauble », référence au refus du gouvernement allemand de discuter de la dette avant les élections dans leur pays, fin 2017.

« En menant une bataille sur l’interprétation du mémorandum et notre programme parallèle, nous avons eu cette année +0,5% de croissance et c’est la première fois depuis la crise. C’est parce que nous n’appliquons pas les consignes de la Troïka à la lettre que nous ne sommes pas dans le massacre ! »

La politique de tutelle de la troïka a interdit l’embauche dans le ministère de l’Education nationale. La ministre a donc fait des embauches sur 9 mois et la rentrée a pu à peu près se faire avec les enseignants et les livres nécessaires.

Contre la crise humanitaire, la ministre de la solidarité a pris des mesures qui n’étaient pas en accord avec l’UE, mais elle ne répondait pas au téléphone. Ils ont remis l’accès à la sécurité sociale pour tous les Grecs et les migrants régularisés. Ils ont mené une bataille dure pour la protection des résidences principales. Au début l’UE voulait complètement libéraliser les enchères. Ils ont pu protéger 70% des foyers.

Pour les pensions, c’est une bataille contre le FMI qu’ils mènent pour protéger 70% des retraites. « Les actes unilatéraux que nous prenons nous font frôler la rupture. » Les Grecs n’ont toujours pas le droit d’emprunter sur le marché financier, ils dépendent donc des prêtes de la Troïka, sinon c’est la faillite sociale.

Les couleurs de Syriza : rouge pour la révolution, vert pour l'écologie et violet pour le féminisme.

Une d’entre nous pose la question sur les dépenses d’armement. « Les dépenses militaires ont baissées ces dernières années, mais pas des sommes qui permettent de résoudre les problèmes de la Grèce. Le débat a surtout une dimension politique. »

Les relations avec la Turquie sont une question européenne. Ce que veulent les Turcs se sont les visas pour venir faire du commerce, mais l’UE refuse de les supprimer. Les Turcs peuvent à tout moment rouvrir les frontières, et au milieu, il y a les Grecs et les réfugiés.

« Les trois plus grosses batailles que nous avons à mener, c’est sur la dette, le droit du travail dont la Troïka exigent la libéralisation, et l’accueil des réfugiés, mais nous nous sentons seul au niveau européen. Notre objectif n’est pas d’avoir moins de tutelle pour faire comme avant en appuyant ceux qui avaient le pouvoir de l’argent, mais de restaurer l’Etat social. C’est un enjeu dans chaque pays européen, nous pensons que le pari est possible et votre solidarité en est une preuve. »

Héraklion : « Chut ! Les européens dorment » s’exclame avec humour un militant de Syriza de Crète tout en nous donnant son adresse pour que nous gardions contact avec lui. La télévision locale est venue nous interviewer pour savoir pourquoi nous sommes là.

Trois militants de Syriza, dont une jeune femme qui parle français, sont venus nous chercher au bateau à Héraklion avec un minibus et nous font traverser la Crète dans toute sa largeur pour aller voir comment fonctionne une coopérative agricole.

Nous sommes à 3 jours de leur congrès. Le responsable de Syriza d’Héraklion nous dit : « C’est très important pour le développement de la Grèce et de l’Europe. C’est la première fois que la vraie gauche est au pouvoir »

Il nous donne sa vision des choses : « La priorité de Syriza est de reconstruire un Etat qui a été détruit pendant 40 ans. Aujourd’hui, l’Etat est pauvre et l’UE impose des politiques d’austérité. Les efforts pour réaliser la justice sociale sont coincés par la Troïka. C’est dur pour le peuple de rester debout. » Ils font des réunions de section de Syriza ouvertes à la population, mais il dit que ce n’est pas suffisant. Il espère que le peuple comprend la situation.

Nos hôtes crétois débattent du congrès de Syriza qui aura lieu dans trois jours.

Nous posons des questions sur les débats internes à Syriza, mais nous voyons bien qu’ils n’ont pas envie d’en parler. Nous n’insistons pas, nous sommes là pour les soutenir dans leur bataille pour changer les politiques européennes. Nous sommes fières de leur dire que Pierre Laurent prendra la parole au début de leur congrès.

Ils nous offrent un repas crétois au milieu des oliviers qui n’a rien d’un régime, bien que ce soit fait qu’avec des produits locaux ! Nous nous régalons et constatons que le débat est animé entre eux.

Ils vivent une guerre non déclarée : celle de la finance contre les peuples, avec des conséquences gravissimes en Europe, et plus particulièrement en Grèce où les libéraux européens ont décidé d’asphyxié l’espoir d’un changement de politique.

La lutte contre le fascisme se crie sur les murs.

La reconstruction productive, qui est l’enjeu de leur programme encore possible si l’UE verse les 86 milliards d’€ qui est la contrepartie du 3e mémorandum, est une préoccupation aussi bien dans le mouvement social que dans le parti.

L’enjeu est l’issue de la crise et nous avons constaté tout au long du voyage, leur recherche d’une autre économie basée sur des critères sociaux et écologiques.

Ils ont besoins d’alliance internationales pour des solidarités politiques et concrètes et nous avons besoin d’eux pour avancer vers un avenir utile aux jeunes.

« Les trois plus grosses batailles que nous avons à mener, c’est sur la dette, le droit du travail dont la Troïka exigent la libéralisation et l’accueil des réfugiés. Mais nous nous sentons seul au niveau européen ».

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Journal La Marseillaise
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Lamarseillaise.fr

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