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Je m'engage à L'Arche à Paris ! Newsletter juin 2021

EDITO

par Anne Delaval, directrice de L'Arche à Paris

Faire communauté, c’est s’employer à construire un art d’être ensemble

Le chemin de L’Arche à Paris est fait de rencontres et d’engagements sous des formes diverses. Certains d’entre nous fêtent même cette année leurs 30 ou 40 ans à L’Arche.
Faire communauté, c’est s’employer à construire un art d’être ensemble. Nous vivons dans un contexte mouvant et parfois contraignant qui nous amène à revisiter régulièrement cette ambition. Dans nos foyers, cohabitent avec les personnes accueillies, des personnes volontaires de service civique, des personnes salariées et des personnes venant expérimenter une forme d’habitat solidaire. La composition de ces équipes continue d’évoluer dans le but d’allier au long cours exigence de sécurité et saveur du vivre-ensemble.
L’enjeu pour nous n’est pas seulement de garder le cap ; il s’agit aussi de rechercher cet art d’être ensemble. En plus des équipes de L’Arche à Paris, bénévoles et administrateurs y contribuent au quotidien, autour de nos lieux d’activité et de vie. Et l’engagement des familles, donateurs et partenaires y concourt précieusement. Nous venons d’en faire l’expérience avec la campagne de financement participatif grâce à votre mobilisation.
Merci. Chacun engagé, pareillement et différemment.

Anne Delaval, directrice de L'Arche à Paris

JE M'ENGAGE EN TANT QUE VOLONTAIRE

"CETTE EXPÉRIENCE PEUT VRAIMENT ME SERVIR DANS MA VIE PROFESSIONNELLE ET PERSONNELLE »

Nike Léa, 18 ans, est Allemande. Ugo, 23 ans, est Français. Ils effectuent une année de service civique en tant que volontaire à L’Arche à Paris. Retour d’expérience dans une interview croisée.

Aviez-vous des craintes de vivre au quotidien avec des personnes handicapées mentales ?

Ugo : Quand je suis arrivé, j'appréhendais un peu. Cela change complètement de la vie de tous les jours. Personnellement, je ne suis pas confronté au handicap. Quand j'étais en troisième année d’étude à Bordeaux, je me suis engagé dans une association qui s'appelle Trisomie 21 Gironde. Je faisais des sorties le week-end avec des groupes de personnes trisomiques. J'ai fait cette expérience pour me préparer un peu, pour savoir si c'était vraiment ce que je voulais faire. Cela m'a permis d'arriver un peu plus serein à L'Arche même si j'étais un peu stressé par l’inconnu.

Nike Léa : Je suis arrivé au foyer. C'était totalement une autre vie. Je ne connaissais pas du tout la vie communautaire. Quand je suis arrivé, je me suis installé dans ma chambre. Je ne parlais pas du tout le français. Les personnes en situation de handicap étaient super accueillantes. Je me souviens de ma première conversation avec Philippe qui a une capacité limitée à parler. Il m'a demandé quelque chose. Je n’ai pas bien compris. Du coup, on a parlé, mais on a communiqué avec d'autres choses que la langue. C'était un moment très chouette parce qu’on avait quelque chose en commun. On ne parlait pas bien la langue. On ne pouvait pas bien s’exprimer. On a trouvé d'autres moyens pour se comprendre.

Comment définirais-tu Ugo la vie dans un foyer de L’Arche ?

Ugo : C’est vraiment la convivialité. C'est un espace de vie ensemble, un espace de vie en commun, hyper convivial, où l’on n'essaie pas d'effacer les différences, mais on essaie de faire en sorte que tout le monde soit au même niveau et j'ai trouvé cela vraiment bien. On n'est pas là pour servir les personnes avec un handicap. On est là pour faire ensemble, on prépare les repas ensemble. Ce ne sont pas les volontaires qui servent à table, qui débarrassent. Je suis arrivé tout naïf et du coup, je pensais que c'était ça. Ils vivent avec nous et en fait c’est comme une grande coloc.

Dans le quotidien, quels sont les moments que vous préférez ?

Nike Léa : Les anniversaires, les fêtes de la communauté. J’aime les petits moments du quotidien, les petites conversations, quand on rigole ensemble, on écoute de la musique, on discute. Les projets qu’on lance ensemble. Et puis quand Maxence, Philippe ou Xavier désirent parler parce qu’ils vivent des choses difficiles dans la vie. On parle, mais c’est un échange. C’est dans les deux sens. Il m’écoute aussi et cela fait du bien.

Ugo : J'aime bien le retour du travail quand tout le monde rentre au foyer. Quand on demande comment s'est passée la journée, c'est le moment où ils racontent chacun leur petite anecdote, ce qu’ils ont bien aimé dans leurs journées. Parfois, cela s'est mal passé. On est là pour les écouter, leur apporter éventuellement une réponse. J'aime bien parce que c'est ce qui se rapproche le plus de la vie, de la vie ordinaire et c'est ce qui donne le plus de sens.

Est-ce que vous croyez que cette expérience va changer des choses en vous ?

Ugo : Personnellement, cela va me permettre de connaître mes limites et de mieux gérer mes émotions. Les personnes avec un handicap sont très souvent dans l’émotion. Je ne suis pas particulièrement comme ça et cela me pousse un peu à sortir de ma zone de confort. Cela m'enrichit beaucoup personnellement sur ma connaissance de moi-même. Dans mes études, on n'est pas vraiment poussé vers l'autre. C’est à L’Arche où on est plus poussé vers l'autre qu'on apprend le plus sur soi-même. Abou m’a fait beaucoup travailler au quotidien la patience (Rires). Je pense que je suis plus ouvert, plus patient, plus pédagogue.

Nike Léa : Cette expérience me change et m'a déjà changé. Je vis avec des personnes en situation de handicap mental tous les jours. Je sais qu’il est important et précieux d'inclure les personnes handicapées dans la société, combien il est important de leur donner une voix. Lorsqu’on leur donne une voix, les plus belles choses se créent. Surtout, j'apprends beaucoup sur moi-même et elles m’apportent une nouvelle vision. Je profite plus du moment présent. Je fais des choses étonnantes. Je me retrouve à danser dans la rue avec Philippe. Cette expérience peut vraiment me servir dans ma vie professionnelle et personnelle.

Nike Léa, ton regard sur le handicap a changé ?

Nike Léa : Oui, bien sûr. Le handicap est très, très stigmatisé dans notre société et moi aussi j'avais des préjugés. La personne handicapée est toujours considérée comme quelque chose qui est essentiellement de la souffrance. Quand on pense au handicap, on estime que les personnes sont plutôt une charge pour la société. En fait, elles sont super enrichissantes. Je peux apprendre beaucoup d’eux, de leur vision du monde.

Que dîtes-vous à un jeune qui hésite à faire une année de volontariat ?

Nike Léa : Ce n'est pas toujours facile. Mais si vous vous laissez aller, cela peut être une expérience extraordinaire et très humaine.

Ugo : Il ne faut pas hésiter. On ne doit pas avoir peur du handicap. On peut avoir peur de passer un an loin de sa famille, en colocation, dans un environnement où on partage tout, mais pas du handicap. On partage des moments ensemble. On va apporter autant de choses que les personnes handicapées vont apporter au foyer. C’est une expérience où on apprend énormément sur soi-même. En fait, en pensant prendre une année pour aider les autres, on va prendre une année pour s'aider soi-même. Abou et Samuel, dont je suis référent cette année, auront un autre référent l'année prochaine. Ils vont voir passer des dizaines de volontaires dans leur vie. On ne va rien changer intrinsèquement à leur vie, même si l’on va leur apporter éventuellement des souvenirs et du bonheur. Mais il faut se dire que l'on n'est pas là pour changer leur vie. On est là pour partager du quotidien. Venez à L’Arche, c’est vraiment cool !

JE M'ENGAGE EN TANT QU'HABITANT SOLIDAIRE

Photo : Elodie Perriot

« JE ME SENS VRAIMENT CHEZ MOI »

Aurélie vit au foyer L'Archipel avec Tom. Elle a accepté de mener l'interview.

Après un an de volontariat, Tom Hoettick , 23 ans, a décidé de prolonger l’aventure de L’Arche à Paris en tant qu'habitant solidaire. Un statut qui permet d’avoir une vie professionnelle à l’extérieur ou faire ses études et être « logé contre service » au sein d’un foyer.

Aurélie : Pourquoi as-tu choisi de vivre dans un foyer de L’Arche à Paris en tant que cohabitant solidaire ?

Tom : Après mon volontariat, j'ai souhaité m'engager dans des études d'éducateur spécialisé à Paris. J'avais envie de me former tout en gardant un lien avec L’Arche à Paris et le foyer l'Archipel. Cela me tenait à cœur de rester dans le foyer dans lequel j’avais réalisé mon service civique. Et puis, il est vrai que c’est assez compliqué de se loger en étant étudiant à Paris et c'était du coup une bonne solution.

Quelles sont tes obligations ?

Tom : Le foyer s'adapte à mon planning, mais il y a un contrat. C’est sur une base de 20 heures de présence dans la semaine. Moi, je dois faire quatre petits-déjeuners dans la semaine parce que c'est quelque chose qui me convient par rapport à mes études. C'est aussi un bon moyen d’être en lien avec les personnes en situation de handicap au foyer. Je fais mon planning tous les mois avec le responsable du foyer. Je lui dis mes disponibilités. Il m’informe aussi des besoins du foyer. Je participe aussi à la soirée au foyer du mardi, à une autre soirée dans la semaine et trois jours de weekend par mois.

Peux-tu garder ton autonomie ?

Tom : J’ai vraiment tout, une cuisine, une salle de bain personnelle, mon studio avec ma chambre. Du coup, j'ai vraiment un espace personnel. Je me sens vraiment chez moi. Il n’y a personne qui rentre le soir dans mon espace. Je reste quand même disponible. Ma chambre est située au centre du foyer et du coup, je suis amené à voir vraiment tout le monde. On est colocataires, on habite ensemble. Même si j'ai une cuisine dans mon studio, parfois, je vais prendre un café, je vais prendre un verre d’eau. Je peux aussi faire la cuisine dans ma chambre et manger avec le foyer. C’est assez souple.

Aurélie : Qu’est-ce qui te plaît dans cette façon de vivre ?

Tom : J'ai fait mon service civique au foyer l’Archipel. Du coup, j'ai créé de bonnes relations avec des personnes avec un handicap du foyer. Je me sens en sécurité, dans le sens où ce sont des personnes qui font aussi attention à moi, que ce soit l'équipe ou les personnes accueillies. Je me sens bien, je ne me sens pas seul. Je suis bien entouré. Je me sens utile parce que je participe à la vie de foyer. Aider les personnes avec un handicap quand elles ont besoin d'aide, cela me plaît, cela me fait plaisir.

Aurélie : Ce n’est pas trop difficile d’alterner tes études et la vie de foyer ?

Tom : C'est un peu dur au début, lorsqu'il y avait des changements importants de planning. Cela demande de l'organisation. Et une fois que tu as trouvé ton organisation, en fait, c'est assez cool. Globalement, je ne trouve pas cela trop difficile d'alterner entre l'école et le foyer. Avec le responsable du foyer, on fait le planning un mois à l’avance pour faciliter mon organisation.

Existe-t-il un profil type du cohabitant solidaire ?

Tom : Je ne pense pas qu'il y ait un profil type. Il faut avoir envie de partager des moments de vie avec des personnes en situation de handicap mental. Il faut être intéressé par le projet de vie en communauté au sein d'un foyer. Il faut savoir se rendre disponible, être un minimum curieux et aimer partager des moments de la vie quotidienne. Je conseille de vraiment se lancer. C'est super enrichissant. Cela fait vraiment du bien, cela fait évoluer et grandir.

Le mot du president

Yves Maigne, président du Conseil d'Administration de L'Arche à Paris.

L’Arche à Paris : un engagement de tous !

L’accompagnement des personnes en situation de handicap mental s’appuie non seulement sur les compétences et l’implication des équipes éducatives mais aussi sur l’apport précieux des bénévoles. Les membres du conseil d’administration apportent leurs compétences et expériences professionnelles.
Les bénévoles qu’on appelle « Amis de foyer », viennent partager un repas, une soirée dans un foyer et nouent des amitiés avec les personnes accueillies. Les bénévoles qui participent, selon leurs talents à des tâches administratives ou de bricolage ou encore qui nous apportent un conseil juridique. Tous le font avec une grande disponibilité.
Enfin nos donateurs sans qui nous ne pourrions vivre ce qui nous anime : être en lien avec les personnes accueillies et œuvrer pour une société plus inclusive.
Soyez tous remerciés de vos engagements. Vous participez à l’ouverture de L’Arche à Paris au monde extérieur.

LES NEWS de L'Arche a paris

KissKissBankBank : un grand merci à nos donateurs !

Vous êtes formidables ! Nous avons réussi notre campagne de financement participatif sur la plateforme KissKissBankBank grâce à votre générosité et votre mobilisation. L’objectif de 10 000 euros a été dépassé. Vos dons financeront une quarantaine de tablettes tactiles Amikeo spécialement conçues pour des personnes en situation de handicap mental par Auticiel.

La Région Île-de-France et la Fondation ACOME ont participé au financement de ces outils numériques qui favorisent une meilleure communication et aident à une plus grande autonomie. Agathe, Emmanuel et Samuel, les acteurs de notre campagne en ligne, et tous les membres de L’Arche à Paris vous remercient du fond du cœur.

Marie-Andrée Wittersheim nous a quittés

Nous avons la tristesse de vous annoncer le décès de Marie-Andrée Wittersheim survenu en mars à l’aube de ses 90 ans. Elle était une amie très fidèle de L’Arche à Paris depuis 30 ans. Marie-Andrée était une femme de lettres. Pendant plusieurs années, elle a participé à l’élaboration de cette newsletter. On se souvient des conférences de rédaction très animées et des interviews qu’elle menait avec plaisir et application. Nous lui dédions ce numéro de juin sur le thème de l’engagement et nous garderons d’elle un doux souvenir

Photos : Elodie Perriot

© L'Arche à Paris - juin 2021