Fiers de nos beffrois les hauts-de-france comptent 44 beffrois. des monuments magnifiques dont certains sont classés au patrimoine mondial de l'unesco. pour mieux découvrir 4 d'entre eux, nous avons pris de la hauteur.

Armentières : la fierté de la cité de la toile

C’est qu’il en impose, le beffroi de la place du Général-de-Gaulle. Par sa hauteur mais surtout par l’ensemble harmonieux qu’il forme avec l’hôtel de ville. Voilà un beffroi qui remonte au Moyen Âge mais que la guerre – celle de 14 - 18 – a détruit. L’architecte lillois Cordonnier, « apôtre » du style néo- flamand, fut chargé de la reconstruction. C’est de ce beffroi que l’on perpétue, avec le lancer de nieulles, une tradition de cinq siècles.

  • Style : Renaissance flamande.
  • Construction : 1934.
  • Hauteur : 67 mètres.
  • Caractéristique : il a fallu neuf ans de travaux pour reconstruire le beffroi, détruit pendant la Seconde Guerre mondiale, en même temps que l’hôtel de ville. Il compte deux cloches qui pèsent respectivement 510 et 1220 kg et qui jouent La Madelon.
  • Accès : 201 marches. Le dernier escalier, en bois, compte 96 marches.

Le beffroi d’Armentières n’a pas toujours été celui que l’on connaît. Détruit en avril 1918 par les Allemands, il a été reconstruit entre 1925 et 1934. Le projet a été confié à l’architecte Louis-Marie Cordonnier (architecte des beffrois de Loos, Dunkerque ou Comines). Il a conçu un ensemble cohérent avec, d’un côté, l’hôtel de ville et son beffroi attenant, de l’autre, l’église Saint-Vaast et les Halles, transformées depuis en salle culturelle, le Vivat. C’est cet ensemble qui donne au centre-ville d’Armentières son charme néo-flamand.

Le beffroi fait partie intégrante de l’hôtel de ville. On y accède par une succession d’escaliers. Une première halte dans le hall permet d’apprécier la splendeur des vitraux, qui témoignent des richesses passées de la ville: le tissage, la brasserie et la filature. La ville a compté des dizaines d’entreprises textiles et de célèbres brasseries, dont Motte-Cordonnier.

On apprécie en grimpant au sommet du beffroi le grand cadran qui indique l’heure, puis les cloches, dont la plus imposante pèse tout de même 1220 kg. Il ne faut pas avoir le vertige pour entamer la dernière portion de marches en bois. Mais en haut, quelle vue! D’un côté, les monts des Flandres, de l’autre Euralille, et même au loin, les premiers terrils.

Le beffroi a connu en 2016 une petite cure de jouvence. Il a été en partie rejointoyé pour 73000 euros, ce qui lui donne un aspect légèrement plus clair dans sa partie supérieure. Ses pierres, abîmées par le temps, ont été nettoyées et refixées. Plus anecdotique, le beffroi d’Armentières était en arrière-plan de la publicité Oasis en 2013, sur des affiches en 4 par 3.

L’ancien beffroi, qui n’a pas survécu à la Première Guerre mondiale, y joua néanmoins un rôle particulier. Installés au centre-ville, les soldats alliés ne comprenaient pas comment leurs attaques surprise contre les Allemands, situés quatre kilomètres plus loin, tombaient à chaque fois sur un bec, comme si leurs ennemis en étaient averties. Jusqu’au jour où des soldats s’aperçoivent que les aiguilles du beffroi, que les Allemands pouvaient distinguer avec des jumelles, indiquent systématiquement l’heure de l’attaque. Un espion est-il caché au sommet? Ni une ni deux, les alliés programment une nouvelle attaque. Les aiguilles de l’horloge bougent. Des soldats alliés font feu sur l’édifice. En haut du beffroi, on retrouve l’espion mort.

Bailleul : la fée-sirène mélusine veille sur la cité

« Sept fois à terre, huit fois debout » : le proverbe japonais colle idéalement au beffroi de Bailleul. Celui qui pointe aujourd’hui sa girouette à 62 mètres au-dessus de la ville n’est que le huitième successeur de la tour en bois de 1177. Cette dernière restauration, qu’on doit à l’architecte lillois Cordonnier, confère, avec l’hôtel de ville attenant, un réel cachet à la place centrale de la ville.

  • Style : néo-flamand.
  • Construction : 1929-1932.
  • Hauteur : 62 mètres.
  • Caractéristique : les mélodies flamandes de son carillon rythment le quotidien des Bailleulois.
  • Accès : il faut monter un escalier en colimaçon de 192 marches.

Elle veille sur la ville : au sommet du beffroi, qui culmine à 62 mètres, la girouette dorée représentant la fée-sirène Mélusine protège Bailleul depuis des décennies. Bailleul qui a tant souffert, détruite à 98 % pendant la Première Guerre mondiale.

Dressée sur la Grand-Place, la tour classée au Patrimoine mondial de l’Unesco abrite un passé impressionnant, celui d’un hôtel de ville huit fois reconstruit: seule la salle gothique a été conservée intacte depuis l’édification du beffroi en 1177. Le géant de style néo-flamand, revenu à la vie grâce à l’architecte Louis-Marie Cordonnier, reste l’un des symboles les plus importants de la puissance de la cité. En témoignent, au cœur des murs, ces vitraux à l’image des activités économiques ayant fait la prospérité de Bailleul: la dentelle, la poterie, le tissage…

À mesure qu’il gravit les 192 marches de l’escalier en colimaçon, le visiteur perce les secrets de la bâtisse. Ses souffrances, ses retours à la vie, ses richesses. Dans une première salle, des reproductions de photographies retracent l’histoire de la ville que l’on appelle aussi la cité de Mélusine. Quelques marches supplémentaires et l’ancien mécanisme de l’horloge apparaît. Impressionnant.

Au niveau supérieur, on découvre le carillon aux 35 cloches et aux quatre mélodies flamandes qui rythment le quotidien des Bailleulois. De là-haut, les cadrans de l’horloge sont immenses.

Mais le summum de la visite se situe à 40 mètres de hauteur avec le chemin de ronde que Jean-Pascal Vanhove, historien régional, décrit très bien et avec précision dans son livre sur l’histoire de Bailleul : « On ne se lasse pas d’en faire le tour pour admirer le panorama. Le centre-ville est à nos pieds. Il s’allonge vers le quartier de la gare et vers la rue de Lille. Côté nord, en revanche, le vert de la campagne surgit très vite derrière le monument aux morts et derrière l’église Saint-Vaast toute proche. Le filiforme clocher de Méteren, le mont des Cats, le mont Kemmel, le Ravensberg sont autant de points de repère dominant la plaine, au loin, et arrêtant le regard. »

Comines : un bulbe qui en fait un beffroi unique et particulier

Depuis 1623, le beffroi de Comines a la même mine… sauf qu’il a déménagé. Le précédent édifice n’ayant pas résisté au dynamitage des Allemands en 1918, les élus l’ont fait reconstruire face à l’église Saint-Chrysole. Le nouveau bâtiment, libre adaptation de l’ancien, est donc bien plus jeune qu’il n’en a l’air.

  • Style : néo-Renaissance flamande, baroque pour le bulbe.
  • Construction : de 1923 à 1927.
  • Hauteur : 58 mètres.
  • Caractéristique : un dôme en forme de bulbe de 11 mètres fait l’originalité et la particularité de ce beffroi. Ce bulbe surplombe une tour carrée de 22 mètres de haut. Reconstruite après guerre, la tour reprend la forme du beffroi de 1623, même si elle n’est plus placée au même endroit.

Deux monuments classés qui se font face. D’un côté, l’église Saint-Chrysole, de style néo-byzantin, classée monument historique depuis 2002 et qui culmine à 51 mètres avec son campanile. De l’autre, l’hôtel de ville et son beffroi, classé à l’Unesco et qui domine d’une petite tête la Grand-Place avec ses 58 mètres. Deux monuments reconstruits au sortir de la Première Guerre mondiale, alors que la commune a été totalement détruite.

Le campanile de l’église Saint-Chrysole, de style néo-byzantin.

Sans le dynamitage du beffroi en mai 1918 par l’armée allemande, Comines ne connaîtrait certainement pas sa physionomie actuelle. Car durant des siècles, les deux bâtiments ne se répondaient pas mais étaient côte à côte, dans le prolongement de la rue d’Hurlupin.

En tout cas, au moment de sa reconstruction à partir de 1923, confiée à l’architecte Louis-Marie Cordonnier, le beffroi est rebâti à l’identique de celui érigé en 1623 (ce n’est qu’en 1701 qu’un hôtel de ville est construit à côté pour gérer les affaires de la cité). Le gros œuvre sera achevé en 1927. Les dates de 1623 et 1927 sont gravées sur la tour.

La première tour communale a, en fait, été édifiée dès 1276. En bois, elle sera détruite à plusieurs reprises par des incendies et reconstruite dans la foulée. Désormais, au chêne se substitue la pierre et la brique pour la tour carrée (9mètres de côté et 22mètres de haut).

Au niveau de cette première partie de l’édifice, on trouve un chemin de ronde encadré de quatre tourelles d’angle. Et qui donne une vue magistrale sur la vallée de la Lys, jusqu’aux monts des Flandres.

Au-dessus, se dresse un spectaculaire bulbe qui fait toute l’originalité du beffroi cominois, de 11 mètres de haut. Ce dôme en ardoise possède une horloge aux quatre points cardinaux –l’ancien mécanisme datant de 1932 est enfermé au deuxième étage, inaccessible. Le beffroi se termine par deux lanternes superposées, prolongées d’un bulbe décoratif porteur de la girouette.

Le beffroi de Comines, qui ne se visite pas, a toujours une utilité municipale: on trouve ainsi encore une salle de réunion, la salle du balcon, au premier étage.

Lille : au plus haut des cieux

Le beffroi de l’hôtel de ville de Lille relève davantage du gratte-ciel des Temps modernes que de l’historique et flamande «tour de défense» qu’était le beffroi des origines. Il est vrai qu’avec ses 104 mètres de hauteur, de quoi dominer le beffroi de la Chambre de commerce qui culmine à 76 mètres, il n’a pas d’équivalent dans le paysage des Hauts-de-France. Ce n’est, heureusement, pas sa seule qualité.

  • Style : néo-flamand et Art déco
  • Construction : 1929-1931.
  • Hauteur : 104 mètres.
  • Caractéristique : le beffroi est une tour de béton et de briques (pesant 9000 tonnes !) posée sur une forêt de pieux, blanchie au ciment à l’intérieur, haute de 14 étages. Au sommet est installé un phare de 1,5 mètre de diamètre visible à trente kilomètres installé pour les aviateurs qui naviguaient à l’époque encore à vue.
  • Accès : 560 marches et deux ascenseurs (après avoir monté les 100 premières marches).

Du haut de ses 104 mètres – certains disent 105 mètres, d’autres 110 mètres – , le beffroi, conçu après la Grande Guerre par l’architecte Émile Dubuisson pour le nouvel hôtel de ville, raconte une partie de l’histoire de Lille. Style monumental, béton armé et briques, il réalise, techniquement comme esthétiquement, la fusion de l’Art déco, alors en vogue dans les années 20 et 30, avec la tradition régionaliste souvent utilisée pour la reconstruction des villes du Nord après 1918.

Construit entre 1929 et 1931, le beffroi de Lille est, à l’époque, la tour de béton armé la plus haute du monde. À la base du pilier Ouest, Carlo Sarrabezolles a sculpté, en dix-sept jours, dans le béton encore frais et juste décoffré, les statues monumentales de Lydéric et Phinaert, héros du mythe fondateur de la ville de Lille.

Dans le beffroi, deux plates-formes, à 68 mètres et 72 mètres, permettent un panorama à 360º sur toute la métropole lilloise et, par temps dégagé, sur les monts des Flandres et les terrils du Pas-de-Calais.

Ce gratte-ciel, comme on dit à l’époque qui aime le comparer aux buildings américains surgis dans les mégapoles, vient dominer le nouvel hôtel de ville né de la volonté des deux maires socialistes, Gustave Delory puis Roger Salengro – à partir de 1925 – pour remplacer l’historique palais Rihour ravagé par les flammes en avril 1916 (pour une fois, les Allemands n’y étaient pour rien): un vaste complexe administratif et moderne planté au cœur de l’historique quartier Saint-Sauveur, investi depuis la révolution industrielle du XIXe siècle par les familles ouvrières mais passablement dégradé, détruit et patiemment reconquis puis ré-urbanisé après guerre.

Élever un beffroi, c’est alors une manière de rappeler les symboles du pouvoir et des privilèges communaux –«l’air de la ville rend libre» disait-on au Moyen Âge– en n’oubliant pas de bâtir toujours plus haut, plus haut notamment que le beffroi de 76 mètres conçu par Louis-Marie Cordonnier pour la Chambre de commerce (la Nouvelle Bourse) de l’autre côté de la ville et inauguré dix ans plus tôt. Au plus haut des cieux comme on ne dit pas forcément dans la ville socialiste.

En novembre 1936, le maire Roger Salengro, alors ministre de l’Intérieur du gouvernement Blum, se donne la mort dans son appartement du boulevard Carnot, vaincu par une ignoble campagne de presse diffamatoire. Depuis, son bureau, installé dans le beffroi, n’a plus jamais été occupé.
  • Textes : Delphine Tonnerre, Virginie Dubois, Florent Steinling, Jean-Marie Duhamel
  • Photos : Stéphane Mortagne, Patrick James, Ludovic Maillard, Max Rosereau et PIB
  • Vidéos : Stéphane Mortagne, Sébastien Noé, Bruno Masseboeuf, Elsa Grenouillet

Credits:

Photos Stéphane Mortagne, Ludovic Maillard, Patrick James, PIB, Max Rosereau

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