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L’hypnose en 2020 : 1 technique plusieurs possibilités

Qu’est ce que l’hypnose ?

Yoan Guillouet, 32 ans. Cela fait 6 ans que je suis praticien libéral sur Angers. J’ai rencontré 3000 personnes différentes depuis que mon cabinet est ouvert. Formé à l’institut française d’hypnose Ericksonienne à Paris. Maître praticien en hypnose Ericksonienne, maître praticien en PNL & maître praticien en hypnose de spectacle.

En quelques années seulement, le nombre d’hypnothérapeutes à Angers a quadruplé. Au CHU d’Angers, le personnel hospitalier s’y est intéressé puis spécialisé. Également dans le sport, comme “Le Sco”, des athlètes angevins de haut niveau bénéficient aujourd’hui d’une préparation mentale avant les compétitions ou entraînements. On parle beaucoup de l’hypnose de spectacle avec le fameux “Messmer” mais des tas d’autres possibilités peuvent s’offrir à vous. Loin des clichés théâtraux que l’on peut voir à la télévision ou au cinéma, Muriel Bouvier, Bruno Médina et Rim Ridane vous racontent leurs parcours ...

“Méprisée pendant deux siècles par l’Académie, l’hypnose a retrouvé dans le champ médical sa vocation première : soulager la douleur, réduire le stress, apaiser. Elle est actuellement, selon l’INSERM, l’une des pratiques complémentaires les « plus intégrées à l’offre de soins conventionnels ». De plus en plus l’hypnose et le corps médicale fonctionne en symbiose.” Angers s’adapte à ces nouvelles pratiques. Et comment est utilisée l’hypnose en pédiatrie dans un CHU ?

Au CHU d’Angers, l’hypnose est pratiquée aussi bien auprès d’adultes que d’enfants. Et les bénéfices sont mesurables pour tous. C’est en 2008 à la suite d’une conférence de Claude Virot, psychiatre formé à l’Hypnose, que l’institution de l'hôpital trouve pertinent de former des soignants à cette pratique.

Nous sommes allés à la rencontre de Muriel Bouvier, infirmière puéricultrice depuis plusieurs années qui a eu la chance de pouvoir bénéficier de cette formation au niveau d’Angers.

“J’étais curieuse. Je me demandais ce que cela pourrait m’apporter dans ma pratique professionnelle.” Cette formation de 11 jours était exclusivement orientée sur la prise en charge des adultes. Elle trouvait cela très intéressant et envisageait d’étendre sa pratique aux enfants. Une formation supplémentaire de 3 jours et l’hypnose s’est imposée dans la prise en charge des enfants. “ Chacun ose, chacun a les bases, on est tous formé sur les mêmes bases et après on va y apporter notre personnalité.”

Elle utilise l’hypnose dans ses deux fonctions : unité douleur pédiatrique et endoscopie pédiatrique. Ses collègues et elle ont été formés pour les douleurs aiguës/induites par les soins. “Quand je me suis formée à l’hypnose autant cela a été ma bulle d’oxygène pour continuer ce je faisais et en même temps cela me permettait quelque part de me dire : je fais ce que j’ai envie de faire”. L’enfant est sa priorité : cela doit se passer au mieux pour lui et l’apport de l’hypnose dans sa pratique professionnelle lui a permis de pouvoir s’épanouir professionnellement. « Je ne serais pas là aujourd’hui si je n’avais pas eu la chance de suivre cette formation ».

Mais alors, qu’est-ce que sont “les douleurs induites” ?

Ce sont des soins qui peuvent être potentiellement douloureux : comme les pansements de brûlure, les prises de sang. Ils sont là certes pour soigner mais parallèlement les gestes associés à ces soins peuvent être douloureux. Donc comment font-ils pour que ces soins soient plus supportables pour les patients ? L’hypnose s’est avérée être une solution ! Les points clés : apporter du calme et de la sérénité au niveau de l’environnement, focaliser l’attention sur des choses agréables afin de mettre de la distance avec le soin.

Madame Bouvier a été formée à l’hypnose mais est également formatrice depuis maintenant quelques années. « Je suis vieille dans la profession mais franchement d’avoir été formée à l’hypnose ça m’a vraiment donné une bouffée d’air.” Être formatrice lui donne de nombreux atouts ! En effet à force d’analyser des situations qui ont bien marché comme celles qui ont moins bien marché ou encore débriefer avec le personnel médical sur ce qui aurait pu être fait pour que cela soit plus performant lui permet de s’enrichir et de s’émanciper dans son domaine.” Dans tous les métiers on peut être amené à être épuisé et à voir des choses compliquées mais le fait d’avoir appris ces techniques d’hypnose cela a modifié mes pratiques et m’a permis de pouvoir continuer.” Elle peut être appelée dans des situations particulières d’enfants pour qui, il est très compliqué d’accepter les soins mais également dans la prise en charge de la douleur. Le but est de donner à l’enfant des techniques pour que le vécu douloureux soit modifié. “L’hypnose va intervenir sur le vécu de la douleur”

En modifiant l’environnement de la douleur, cette dernière sera vécue avec une intensité différente ! Cependant il faut bien noter que le développement cognitif d’une personne n’est pas le même selon son âge. Par exemple un individu de 18 ans n’aura pas la même représentation d’une douleur qu’un enfant de 4 ans.

C’est pourquoi il est indispensable que chaque prise en charge soit personnalisée et adaptée au patient.

Dans un premier temps il est primordial de faire connaissance avec le patient : Elle va commencer par se présenter en le rassurant et indiquant son rôle puis par la suite s’intéresser à lui en lui posant des questions sur son quotidien, sur ses goûts etc … « Qu’est-ce que tu aimes bien faire à l’école ? » : « Jamais je ne me suis dit on m’appelle pour un pansement de brûlure chez un enfant de 9 ans je vais lui faire faire un tour de magie. Je découvre sur le moment même les méthodes que je vais mettre en place qui pourrait installer une distance entre mon patient et le soin ».

Il est nécessaire d’observer la personne que l’on a en face de soi : activer et trouver quelles sont ces ressources. « Je pars toujours de ce que l’enfant m’apporte. C’est une question d’observation ! il y a toujours quelque chose. Vous ne pouvez pas passer à côté si vous observez ».

Chez des bébés qui doivent subir des soins répétés qui ont peu de vécu donc peu de ressources c’est un peu plus différent. Elle va attirer l’œil du nourrisson et mobiliser sa vue comme ressource. « Les bâtons de pluies s’avèrent être efficaces. Cet objet me permet de mobiliser la vue du bébé (car il regardait), l’audition (car il écoutait ma voix) et le kinesthésique (car il voulait jouer avec l'Objet). Un exemple tout bête me vient en tête il y a quelques mois j’ai pu focaliser l'attention de ma patiente sur cet objet qu’elle avait devant elle. Elle ne sait même pas rendu compte que son papa lui posait son cataplasme”. Cependant, il peut arriver que l’enfant ne coopère pas : il y a des enfants qui sont dans le contrôle, un peu comme les adultes. Généralement c’est que le soignant n’a pas su trouver ce jour-là, la chose qui fait que l’enfant aller accrocher.

Il y a des enfants qui ont besoin de comprendre et savoir ce qui se passe autour d’eux et cela doit se respecter totalement. Ils expliquent toujours à l’enfant ce qu’ils font avant. ”On ne va pas les prendre en traître”. En revanche ils vont faire attention aux mots qu’ils vont employer : des termes comme “piqûre”, “aiguille” ne sont pas adaptés. D’autre part, l’hypnose va toujours en complément de moyens médicamenteux : “ Prenons l’exemple quand on fait un bilan sanguin : on met toujours de la crème EMLA qui permet d’endormir la peau, on utilise un anesthésiste local que l’on met et l’on va en plus si l’enfant est anxieux, douloureux parce qu’il a eu plein de prises de sang et bien on va lui apporter nos techniques d’hypnose conversationnelles ”.

Au fil des années, une augmentation de la demande chez les enfants a été constatée notamment pour ceux souffrant de pathologies chroniques où les soins sont répétés et réguliers : “Il peut y avoir un moment de ras le bol, des difficultés à accepter les soins de la part de ces patients et quelque part c’est rentrer dans la prise en charge du soin de l’enfant quand il y a ce genre de difficulté”. L’hypnose à l'hôpital d’Angers est toujours bienveillant. Pour le CHU, c’est une plus-value d’avoir du personnel formé à l’hypnose. C’est toujours valorisant d’avoir des patients satisfaits de la prise en charge grâce à leur écoute et communication.

“ Moi qui suis dans le contrôle, l’hypnose est ma propre hypnose : je me laisserai aller jusqu’au point où j’ai envie de me laisser aller”

Muriel Bouvier

L’hypnose face aux dépendances

L’hypnose ne s’applique cependant pas qu’au domaine médical. De nos jours, un nouveau mot a fait son entrée dans le dictionnaire de la langue française. Ce mot, c’est la Nomophobie. Décrite comme une phobie liée à la peur excessive d'être séparé de son téléphone mobile, révélant donc une forme d’addiction. Déjà entendu parler ? Terme vague ? Pour vous éclairer davantage, découvrez notre interview avec Bruno Médina, qui traite du problème de la nomophobie et donc d’addiction, à travers l’hypnose mais surtout la discussion. Entretien.

Bonjour Bruno Médina, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Bonjour, je m’appelle Bruno Médina, je suis coach professionnel certifié RNCP, j’interviens en entreprise pour traiter des problématiques professionnelles. Je suis par ailleurs hypnothérapeute, avec un diplôme en PNL, qui me permet de régler des problèmes liés à l’addiction, les phobies, la confiance en soi, ou encore la gestion des émotions. Concernant ma formation en hypnose, j’ai été formé par Anné Linden, elle-même formée par Milton Erickson, le maître absolu en matière d’hypnose. Anné Linden est entre autres fondatrice du premier institut de PNL au monde à Manhattan, elle est de fait devenue une référence en la matière.

Bruno Médina, Hypnothérapeute à Eaubonne

Si j’ai bien compris, vous traitez également des troubles liés à la nomophobie, est-ce que vous pouvez nous en dire plus à ce sujet ?

Personnellement, je pense que la nomophobie est plus un phénomène de société puisqu’en réalité il n’y pas d’addiction réelle. Pour avoir une addiction, il faut qu’il y ait une dépendance physiologique (expliquer). Or, ce n’est pas le cas ici. En revanche, c’est une dépendance psychologique. Aujourd’hui ce n’est pas réellement la personne elle-même qui est addicte mais c’est surtout lié à son environnement. De fait, qui est définit également par les parents (concernant les adolescents). Les adultes sont déjà construits, à l’inverse des adolescents, qui sont eux en construction. Les écrans viennent donc perturber la construction du futur adulte, c’est pertinemment sur cela qu’il faut être vigilant. Par exemple, la lumière des écrans provoque des problèmes liés au sommeil, au stress, etc, et pour un adolescent, cela peut très vite devenir problématique. Ce phénomène peut engendrer de la désociabilisation pour l’adolescent, c’est surtout cet aspect qui est à craindre.

La démarche auprès de vous vient directement de la personne addicte ou de son entourage ?

La démarche se fait par les parents qui constatent qu’il y’a addiction chez leur enfant, entraînant une perte de communication au sein du foyer. Par exemple, cela peut être que leurs ados, du lever au coucher sont sur l’écran, sur les jeux vidéo, les réseaux sociaux, etc. Il faut savoir qu’aujourd’hui en moyenne, 5 heures par jour de temps d’écran pour un adolescent, c’est énorme ! Il faut qu’il y’ait des règles concertées dans le foyer, tout le monde doit les appliquer, c’est fondamental pour lutter contre ce phénomène.

Mais concrètement, quelles seraient les solutions pour lutter contre ce phénomène ?

Selon moi, il ne faudrait pas d’écran au levé, et pas d’écran 1 ou 2h avant le coucher. À partir du moment où il y’a pas de problème de communication dans le foyer, c’est l’objectif. Il faudrait dire : « Ok on se met tous sur les écrans pendant 30 minutes 1 heure ». Mais après terminé et on communique, c’est cela que j’entends par règles établies et concertées par tout le monde.

Comment se déroule une séance qui traite de l’addiction ?

Alors déjà il faut savoir que nous voyons plusieurs fois les clients*, cela s’étale sur plusieurs séances. Dans un premier temps il voit l’adolescent tout seul. Ensuite, je vois l’adolescent avec le parent, puis après uniquement le parent. Pour finir, je vois les parents et l’adolescent ensemble lors de la dernière séance. C’est toujours comme cela que je fonctionne. Finalement lors de ces séances j’ai peu recours à l’hypnose. Je le répété, l’hypnose est un outil, ce n’est pas systématique. Vous savez, l’hypnose ce n’est pas de la magie, moi je vais surtout être dans l’accompagnement et le dialogue. Cependant, lorsque j’observe blocage ou stress lors de la séance, là et uniquement à cet instant je peux prendre un moment pour faire relaxer l’adolescent pour qu’il puisse ensuite plus facilement dialoguer. Lors de ces moments, c’est utile de planter des petites graines dans l’esprit de l’adolescent pour l’aider et faciliter la démarche d’accompagnement.

Est-ce qu’on peut dire que vous soignez vos clients ?

Non, je ne fais pas de soins, simplement pour la bonne raison qu’il n’y pas de maladie. J’insiste bien là-dessus. Le client vient parce qu’il a un comportement qui est dérangeant/inapproprié mais en aucun cas on parle de soins, il n’est pas malade ! Pour soigner une personne, elle faut qu’elle soit malade, ce qui n’est pas le cas dans ce phénomène. Il faut laisser ce terme au domaine médical, il ne s’applique pas dans mon domaine. C’est vraiment une démarche de « comment je modifie mon comportement pour que je ne fasse plus face à ce problème ».

On parle beaucoup de jeunes adolescents addict, mais recevez-vous des adultes ?

Oui, bien évidemment ! Concernant la tranche des adolescents, nous sommes plus sur des personnes âgées de 13 jusqu’à 18 ans. Pour les adultes, je reçois des parents de 35 à 50 ans. Donc non l’addiction ne concerne pas que nos adolescents comme on peut le penser (rires)

Avez-vous remarqué une augmentation de ce type de patient au cours des dernières années ?

Ça augmente, oui, sans aucun doute. J’en reçois plus qu’avant, c’est certain. Simplement pour la bonne raison que l’on en parle de plus en plus de ce phénomène d’addiction aux écrans. La société prend conscience au fur et à mesure du phénomène, car elle comprend qu’il peut devenir néfaste à leur environnement s’il n’est pas traité.

Selon vous, l’hypnose est-elle une alternative ou une complémentarité à la médecine allopathique ?

OUI ! L’hypnose peut bien évidemment s’installer comme complémentarité à la médecine. Il doit y avoir une logique d’entraide entre médecins et hypnothérapeutes. Du moins, c’est ce que je pense. Je vais vous donner un cas concret. Par exemple, si je détecte qu’il y’a un problème autre que la « simple » addiction lors d’une séance avec un client*, je peux alors de suite le réorienter vers un médecin pour que le client reçoive un traitement médicamenteux qui sera plus à-même de le soigner. Selon moi, il faut surtout être conscient des limites de ses compétences, c’est-à-dire qu’on ne peut pas « soigner » un client qui aurait un mal autre qu’une addiction aux écrans. Pour soigner, c’est le rôle du médecin, pas ceux des hypnothérapeutes.

* Le terme utilisé par les hypnothérapeutes est client, et non pas patient. Le mot patient est réservé aux praticiens médicaux.

La préparation mentale dans le Sport : ”L’hypnose, un nouveau souffle ?”

Dans le domaine du sport, rien ne vaut une rencontre avec la double championne du monde de boxe française : Rim Ridane. Après un traumatisme crânien en 2008, elle débute une formation à l’hypnose, première étape pour trouver la force de se relever et avancer. Elle améliore sa pratique sportive en utilisant l’autohypnose pour finalement en faire une profession complémentaire à son activité. Hypnothérapeute chez HypnoSpoRR, préparateur physique et mental à la performance de haut niveau, elle travaille sur 2 axes différents : la préparation mentale des sportifs, la plupart de haut niveau et de l’autre une clientèle en libéral. Le temps d’une matinée, accompagnée de son ami Charles Herbert,multiple champion de France, d’Europe et du Monde de savate boxe Française, elle nous livre ses petits secrets….

Ces pratiques sont certes différentes mais elles présentent toutes des points communs que nous avons pu mettre en évidence durant ces entretiens. De prime abord, l’hypnose suscite la méfiance et réactualise les croyances que certains individus peuvent avoir : “peur”, “perte de contrôle” , “ne pas être réceptif ” ou “je ne suis pas hypnotisable”. Ces mots sont récurrents lors des premières rencontres. Le premier travail de l'accompagnant en hypnose va donc consister à rassurer la personne désirant bénéficier de changements importants dans sa vie.

Puis arrivent les stéréotypes de l’hypnose spectacle, souvent considérée comme étant “une exposition de foire” ou “ outil malveillant ou manipulatoire”. Effectivement, ce type de pratique véhicule des idées simplistes où le ridicule et la moquerie peuvent être présentes. Il faut retenir, que notre cerveau a un "gendarme", garant de ce qui est concordant avec nos valeurs, empêchant ainsi que des suggestions mal utilisées, soient finalement exécutées. Tous ces praticiens rencontrés, ont à coeur que l’hypnose améliore le quotidien de leurs patients/clients. Il y a une réelle volonté de revenir à l’essentiel avec l’hypnose. C’est un outil qui permet à des individus d'explorer et trouver les ressources nécessaires à leur changement. C’est une technique complémentaire aux soins afin que le vécu émotionnel et l’accompagnement se passent encore mieux. L'entrée en hypnose, s'adapte aux patients/clients, plus ou moins rapidement. Au final, les résultats sont indiscutables. Et ce n’est qu’un début…

“La réceptivité à l’hypnose n’est qu’un mythe. L’hypnose est un état naturel du cerveau on y rentre tous, tous les jours sans s’en rendre compte. Alors certes on y est plus ou moins suggestible ( La suggestibilité c’est la façon qu’on a d'accueillir une demande et d’y répondre instinctivement) mais on peut tous en bénéficier”

Yoan Guillouet,Hypnotérapeute sur Angers

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