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Voies vertes : la Loire à vélo sur 125 kilomètres retour sur L'histoire d'un projet follement ambitieux : transformer des voies ferrées en friche en pistes cyclables pour relier Loire sud.

Loïs Moreira, avec l’appui de l’association Ocivélo, s’est lancé dans un ambitieux projet de voies vertes métropolitaines. Sur son temps libre, il a repéré, défriché et cartographié 125 kilomètres de pistes permettant de relier l’ensemble du sud du département. Une histoire de passionné. En route !

"Sur les 125 kilomètres, j’ai tout cartographié au mètre près"

"J’y ai passé beaucoup de soirées et de week-ends. Et en janvier 2018, je suis même passé à 90% de temps de travail pour consacrer 10% à ce projet." Le projet de Loïs Moreira, ingénieur en écoconception, est ambitieux, et surtout très sérieux, puisqu’il a été reconnu en début d'année par le ministère de la Transition écologique et solidaire.

En pur passionné, il a cartographié un réseau de voies vertes métropolitaines qui relierait tous les sites d’intérêt du sud du département, et notamment les villes de Saint-Chamond, Sorbiers, Saint-Étienne, Andrézieux-Bouthéon, Saint-Just-Saint-Rambert et Firminy : "Sur les 125 kilomètres, j’ai tout cartographié au mètre près, en repérant toutes les difficultés qu’il peut y avoir. S’il y a une bouche d’égout à déplacer ou un ouvrage à réaliser, j’ai tout répertorié."

Le projet de Loïs Moreira est d’installer un réseau de voies vertes sur d’anciennes voies ferrées. Armé d’un appareil photo et d’un sécateur, il a arpenté les différentes voies ferrées en friche de Loire Sud.

L'idée lui est venue en allant fouiller pour voir si des études existaient dans la Loire. Il est notamment tombé sur un rapport de Saint-Étienne métropole de 2013 préconisant l’aménagement de pistes cyclables sur des voies ferrées en friche.

Loïs Moreira attendra 2016 avant de se lancer dans son projet de Voies vertes métropolitaines : "Je ne me sentais pas encore impliqué. En 2016, je rejoins l’association Ocivélo. Je commence à me sentir Stéphanois. Je voulais agir sur les aménagements – si on peut appeler ça des aménagements – et j’avais besoin de quelque chose de concret."

Un aménagement de voie verte, en Haute-Loire. / Photo Michel TAFFIN

Il a commencé par celle de Saint-Étienne, devenue depuis la voie verte des supporters. "En voyant cette voie ferrée à l’abandon, j’ai compris qu’on faisait sauter deux arguments du discours politique, à savoir qu’il y a trop de pentes à Saint-Étienne et que les rues sont étroites et que la priorité est faite aux voitures."

"Quand j’ai vu ces lignes de chemin de fer, je me suis dit : il y a un potentiel énorme"
"J’ai recensé toutes les lignes à l’abandon, tracé un réseau, maillé tout ça en connectant des points stratégiques de l’agglomération"

"Ces anciennes voies ferrées sont en pente douce, séparées de la circulation, végétalisées et non linéaires"

Il a alors passé ses week-ends à la recherche de voies aménageables sur le sud du département : "L’idée est de mailler tout le territoire. Je ne suis pas focalisé sur Saint-Étienne. Je m’intéresse à la métropole en général. Avec le passé minier de la région, les anciennes voies ferrées sont nombreuses."

Ces lignes de chemin de fer en friche proposent de nombreux avantages : "Elles sont en pente douce, séparées de la circulation, végétalisées et non linéaires."

"Ça donne un réseau de 125 kilomètres, en dehors de l’espace automobile, en pente douce, structuré, maillé et connecté avec l’ensemble des gares de la métropole."

Tous ces atouts font que ce projet est destiné au plus grand nombre : "Ce n’est pas un combat que pour les cyclistes. Ces voies permettraient de se balader, d’aller courir, de faire du roller, de la trottinette et autres."

"Ça ne peut être qu’un plus pour le site Le Corbusier"

Une partie du projet concerne le site Le Corbusier de Firminy. "Il s’agit d’une boucle de six kilomètres partant de la gare de Firminy et qui permettrait de relier l’ensemble du site", explique Loïs Moreira.

La directrice conservatrice du site Le Corbusier Firminy-Vert, Géraldine Dabrigeon, connaît bien le sujet pour avoir travaillé sur cette question en Haute-Loire, de 2005 à 2015. "Ça ne peut être qu’un plus pour le site Le Corbusier, estime-t-elle. Les voies vertes sont un outil d’attractivité pour un territoire. C’est un plus pour les touristes mais aussi pour les habitants. Parce que la voie verte, ce n’est pas que pour le vélo, c’est aussi pour le roller, par exemple. La voie verte peut permettre d’amener d’autres personnes à la découverte d’un patrimoine bâti."

Pour Loïs Moreira, tout s’est accéléré depuis un article paru dans nos colonnes, en décembre 2017. En juin 2018, il remporte le prix national « Talents vélo » devant la ville de Grenoble et la SNCF, rien que ça… Et son projet de voies vertes métropolitaines a obtenu en début d'année le label « France mobilités » du ministère de la Transition écologique.

« Ce n’est pas un combat que pour les cyclistes. Ces voies permettraient de se balader, d’aller courir, de faire du roller, de la trottinette et autres. »

Loïs Moreira n’attend plus qu’une chose : « Voir ce projet se réaliser. Car c’est parce qu’il n’y a pas de politique cyclable qu’il n’y a pas beaucoup de vélos à Saint-Étienne. »

Avec ce projet, il souhaite que la métropole retrouve son lustre cycliste d’antan cher à Paul de Vivie, dit Vélocio : « Avec ce projet, Saint-Étienne pourrait devenir une étape cyclo-touristique. »

« Son travail est pertinent et peut nous faire gagner du temps »

Le travail de titan mené par Loïs Moreira n’est pas passé inaperçu. Gaël Perdriau fait partie de ceux qui suivent de près les avancées de ce Stéphanois d’adoption.

"J’ai souhaité recevoir Loïs Moreira car son travail est pertinent et peut nous faire gagner du temps. Il faut maintenant travailler sur la faisabilité de la totalité de son étude. Il faut mettre les moyens en corrélation avec le projet et je compte y donner suite", assure le maire de Saint-Étienne et président de Saint-Étienne Métropole.

"Je vais présenter un plan vélo d’ici l’été"

Un tel projet demande du temps. "L’idée est intéressante mais il faut travailler sur l’interconnexion des différentes voies. Nous avons des contraintes naturelles à prendre en compte. Et ces anciennes voies ferrées, si elles ne sont pas utilisées depuis de longues années, restent la propriété de la SNCF. Pour tout cela, il faut un plan d’investissement. Je vais être amené à présenter un plan vélo d’ici l’été." Cela devrait intervenir ce vendredi 14 juin.

Le projet de Loïs Moreira pourrait permettre à la métropole de rattraper une partie de son retard en ce qui concerne les transports doux, comme le reconnaît Gaël Perdriau.

"C’est un enjeu du territoire. Ce n’est pas parce que l’on est en retard qu’il ne faut rien faire. Tout au long des 4,5 km de la nouvelle ligne de tramway, nous allons installer une piste cyclable. Et à chaque réfection de voirie, nous menons une réflexion pour voir s’il est possible d’intégrer un espace cyclable."

"Je me baladais sans risque à vélo", avant d'arriver à Saint-Étienne...

Pour Loïs Moreira, se déplacer à vélo est une évidence : "J’ai grandi à Grenoble, dans un quartier sans voiture. Tout jeune, je me baladais sans risque à vélo. Plus tard, j’allais encore à la fac à vélo. Il y a quinze ans, je faisais 10 kilomètres sans avoir peur de me faire renverser."

En octobre 2009, à l’âge de 25 ans, cet ingénieur en écoconception intègre le Pôle écoconception et management du cycle de vie, dont le siège national se trouve cours Fauriel, à Saint-Étienne.

Ce projet de voies vertes métropolitaines ne rentre pas dans l'opposition entre cyclistes et automobilistes : « Sur 125 kilomètres, je supprime seulement six places de parking. »

Il découvre alors toutes les difficultés de circuler en petite reine dans les rues stéphanoises. En juin 2012, il ne pourra éviter l’accident : "Sur une rue perpendiculaire au cours Fauriel, je me suis fait renverser par une voiture en sens interdit."

Victime d’un accident de vélo en 2012 : un pied sectionné

Résultat : un pied sectionné. "Le médecin m’a dit que le seul sport que je pouvais encore faire, c’était… le vélo !" Il mettra un an et demi à se remettre en selle…

Loïs Moreira a du temps. Il en a alors profité pour aller voir si des études sur l'aménagement cyclable existaient. Il est notamment tombé sur un rapport de Saint-Étienne Métropole de 2013, préconisant l’aménagement de pistes cyclables sur des voies ferrées en friche. Il a attendu 2016 avant de se lancer dans son projet de voies vertes métropolitaines.

Loïs Moreira se veut fédérateur et souhaite éviter de tomber dans une "guéguerre" entre cyclistes et automobilistes : "Les voies sont séparées de la circulation automobile. Sur 125 kilomètres, je supprime seulement six places de parking."

Pétition de soutien : près de 1 800 signataires

110 structures, dont 11 maires de la métropole, ainsi que 1692 citoyens ont signé la lettre de soutien du projet des voies vertes métropolitaines.

"Ce n’est pas un combat que pour les cyclistes. Ces voies permettraient de se balader, d’aller courir, de faire du roller, de la trottinette et autres."

Un collectif réseau Loire Sud

Pour porter ce projet, un collectif s’est créé sous le nom de Réseau Loire Sud. Il regroupe les associations Ocivélo, O2 Ondaine, Mont’à Velo et Vélo en Forez-Loire 42, qui réunissent plus de 800 adhérents.

Un projet à 40 millions d’euros

Les 125 kilomètres de voies vertes reviendraient à 12,5 millions d’euros, d’après l’estimation de Loïs Moreira. Avec les difficultés répertoriées et les ouvrages spécifiques à prévoir, la note pourrait grimper à 40 millions d’euros. "Mais la somme est à répartir entre de nombreux acteurs, que ce soit la Région, l’État ou l’Europe. Et pour comparatif, la nouvelle ligne de tramway est un chantier à plus de 75 millions", relativise Loïs Moreira.

L'Ondaine fait sa Vélorution

Une quinzaine de cyclistes de l’Ondaine se rendront à Rive-de-Gier, le 16 juin, pour participer à un rendez-vous visant à relancer les projets de véloroutes dans la région.

Quand ils ont lancé, fin octobre, une pétition pour la création d’une voie verte sur le tracé de la ligne de chemin de fer entre Firminy et Dunières inutilisée depuis 2003, les membres de l’association Oxygène pour l’Ondaine espérait recueillir 500 signataires. Six mois plus tard, ils en ont eu plus du double.

"Plus de 1 100 personnes ont signé la pétition pour une voie verte Firminy-Dunières"

1 114 personnes ont apporté le soutien à ce projet, lancé par l’association qui prévoit un itinéraire cyclable de 27 km (dont 1,2 km de tunnels) entre la cité appelouse et la commune de la Haute-Loire. Un obstacle, cependant : le vélorail entre Dunières et Lichemiaille qui nécessite de réfléchir à des itinéraires de substitution enter ces deux secteurs.

Le projet avance à petits pas. Oxygène pour l’Ondaine a rencontré des élus du conseil départemental de la Haute-Loire et espère en faire de même dans les prochaines semaines avec leurs homologues de la Loire.

Dossier réalisé par Clément Goutelle

Credits:

Créé avec des images par MichaelGaida - "cycle path cycling bicycle path"

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