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Il y a 75 ans, Nantes sous les bombes alliées Les 16 et 23 septembre 1943, Nantes est meurtrie par les raids alliés. [Photos : Archives de nantes et Musée d'histoire du Château]

Objectif Nantes. Durant la Seconde Guerre mondiale, dans la France occupée, Nantes constitue un objectif de choix avec son port et ses chantiers navals, ses industries et sa place dans le dispositif militaire allemand. À partir de 1941, des bombardements sporadiques frappent la ville et sa zone portuaire. Le raid le plus spectaculaire a lieu le 23 mars 1943 : une escadrille composée de 11 bombardiers britanniques détruit une partie de l’usine des Batignolles qui produit des locomotives pour le front de l’Est. Les ouvriers, prévenus trop tard, compteront 33 morts. Mais comparée à Saint-Nazaire, avec sa base sous-marine, la ville est encore relativement épargnée.

La place du Commerce avant les bombardements de septembre 1943.

16 septembre 1943

Un dragueur de mines allemand en feu, dans le port de Nantes après le bombardement allié du 16 septembre 1943 vers 17h00.

Raids aériens. En 1943, cette situation prend tragiquement fin les 16 et 23 septembre. Les bombes américaines des 150 forteresses B17 de la 8° Air Force vont ravager Nantes. Les bombardements sont décidés après une intense période de raids sur l’Allemagne au cours de laquelle l’aviation américaine a subi de lourdes pertes. La 8° Air Force a dû se réorganiser et incorporer de nouveaux équipages, peu aguerris. Des missions moins risquées sont programmées.

Sur le centre-ville de Nantes, un déluge de fer et de feu.

Déferlante meurtrière. Ainsi, le 16 septembre 1943, retentit à Nantes la 321ème alerte. À 15h35, les sirènes se font entendre. À 16h, environ 150 avions américains survolent l’agglomération nantaise : une première vague se dirige vers la gare de triage, une deuxième vers Roche-Maurice et la dernière vers le boulevard des Anglais. Pendant un quart d’heure, six zones seront bombardées : le centre, Roche-Maurice, Malville, le Port, les Brasseries de la Meuse et l’Hôtel-Dieu. Le centre-ville est gravement touché : de nombreux incendies se sont déclarés et il semble impossible de pouvoir circonscrire le sinistre. En effet, des conduites d’eau ont été brisées et d’autres coupées afin d’éviter d’inonder des caves où des malheureux sont murés.

Le Palais de la Bourse et la place Graslin subissent d'importants dégâts

Les deux vagues suivantes pilonnent le port à hauteur de Chantenay, alors que deux autres, déroutées, arrosent l’aéroport de Château-Bougon. Enfin, l’un des derniers groupes de l’escadrille manque également son objectif et libère toute sa cargaison de bombes sur le centre de Nantes. Une déferlante meurtrière s’abat sur la ville, balayée par le souffle infernal des bombes incendiaires et à gaz. Ce déluge de fer ne dure qu’à peine plus de 15 minutes. Mais les rues offrent un visage apocalyptique. Malgré le chaos, les secours tentent de s’organiser car le bilan humain et matériel est très lourd. La population est traumatisée.

La place Royale et sa fontaine, cernées par des immeubles éventrés par les bombardements.

23 septembre 1943

Deuxième vague. La 8e Air Force reçoit une nouvelle mission : destination Nantes avec pour cible cette fois un sous-marin, amarré au port. Une centaine de B17 décollent de leur base anglaise à 5 h 45. 9 h 14 : l’alerte est déclenchée. Le raid débute par le bombardement du port, la gare de l’État, Chantenay et Sainte-Anne. La zone portuaire est lourdement touchée ainsi que les chantiers navals. 18 h 55 : une seconde alerte retentit. C’est la première fois qu’un objectif est bombardé deux fois le même jour. Par erreur, des bombes sont encore larguées sur le centre de Nantes. Cette deuxième vague dévaste les mêmes quartiers que celle du 16 septembre, tout en débordant vers l’est et Saint-Donatien. Symbole du centre-ville, les magasins Decré ne sont plus qu’un immense squelette d’acier, terrassé par les tapis de bombes.

Les sept étages de verre et d'acier du grand magasin nantais ne sont plus qu'un amas de gravas.

Un véritable sacrifice. Le bilan de ces deux journées est effroyable : 1 463 morts et 2 500 blessés sont dénombrés. Jamais pendant la guerre, aucune ville française n’aura connu autant de morts en un laps de temps aussi court. 700 maisons et immeubles sont détruits et près de 3 000 inhabitables, laissant 10 000 Nantais sans-abris.

Entre 1 000 et 1 500 bombes ont été larguées sur Nantes au cours de ces raids aériens. Une grande partie du centre-ville et des quartiers périphériques est à reconstruire. Les infrastructures portuaires et industrielles sont lourdement touchées.

Le prix payé par Nantes pour retrouver la liberté est un véritable sacrifice.

Autour de l'église Saint-Nicolas, c'est la désolation
Le cœur de Nantes est meurtri.

Pourquoi ? Beaucoup d’interrogations seront soulevées après la libération de la ville le 14 août 1944 par les forces américaines, aidées des FFI. Pourquoi un tel déluge de feu et d’acier s’est-il abattu sur Nantes ? Pourquoi l’aviation alliée s’est-elle acharnée sur la cité des ducs ? Ces raids étaient-ils nécessaires pour vaincre l’occupant ? Et quels étaient les objectifs assignés à ces déferlantes aériennes ? Cette stratégie qui consiste à lancer des offensives de bombardiers lourds sur des cibles économiques, industrielles et militaires est en fait, aux yeux de Churchill et du commandement allié, le moyen de mettre fin au conflit avec l’Allemagne nazie.

Les dégâts matériels subis par Nantes sont majeurs. La ville est une cible de choix pour les Alliés pour bloquer l'organisation des forces armées allemandes en Bretagne et dans l'Ouest.

C'est un visage de désolation que présente Nantes après les deux vagues de bombardement des 16 et 23 septembre 1943.

La propagande du régime de Vichy, à travers les actualités filmées, dénonce les bombardements alliés sur les villes françaises dont Nantes.

Témoignage. Une mémoire née dans la douleur des bombardements est portée notamment par la littérature. Le poète et romancier nantais Paul-Louis Rossi dans son roman “Régine” (Julliard, 1990), apporte un témoignage saisissant :

“D’autres habitants apparurent en haillons, les uns après les autres, hagards et comme titubants. Le centre de la ville n’existait plus, entre la place Royale, la rue de l’Arche-Sèche, et la rue du Calvaire, il ne restait que des champs de ruines. Il y eut des milliers de victimes, en quelques minutes… ”

Ne pas oublier

Mémoire. Chaque année à l’initiative de la Ville de Nantes, une cérémonie commémorative a lieu le 16 septembre au cimetière de la Chauvinière, où sont enterrées les victimes. Pour ne pas oublier.

Cours Olivier-de-Clisson, une plaque commémorative rend hommage aux victimes civiles des bombardements de septembre 1943 (photo : Stéphan Ménoret / Ville de Nantes)

1 463 morts. "Dans son ouvrage " Nantes sous les bombardements " (Éditions du Fleuve, Nantes, 1946, page 45) , Paul Caillaud annonce la disparition de 1 463 personnes réparties comme suit : corps identifiés masculins : 601 / corps identifiés féminins : 601 / corps non identifiés : 141 / disparus masculins : 53 / disparus féminin : 67", relatent les Archives de Nantes.

Pendant plusieurs mois, Nantes sera épargnée par de nouvelles attaques aériennes. Mais à partir de mai 1944, dans le cadre du débarquement de Normandie, la ville devient l’objectif régulier de l’aviation américaine. À la fin de la guerre, Nantes - libérée le 12 août 1944 - comptabilise 28 bombardements aériens et 4 par artillerie et 442 alertes.

Sources : "Nantes sous les bombes alliées", documentaire de François Gauducheau (2012) / "Nantes sous les bombardements", Archives de Nantes (2012) & "La reconstruction de Nantes" Archives de Nantes (2003).

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Ville de Nantes .
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