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Job, la fin Job 38, 1 à 7 ; 42, 1-6

LECTURE BIBLIQUE : Job 38, 1 à 7 ; 42, 1-6

"Du milieu de la tempête, le Seigneur répondit à Job et lui dit :

Qui est celui qui rend mes projets obscurs en parlant sans rien y connaître ? Tiens-toi prêt, comme quelqu’un de courageux ; je t’interrogerai, et tu me répondras. Où donc étais-tu quand je fondais la terre ? Renseigne-moi, si tu connais la vérité. Qui en a fixé les dimensions, le sais-tu ? Ou qui l’a mesurée en tirant le cordeau ? Sur quoi ses bases s’appuient-elles ? Ou qui en a placé la pierre d’angle, quand les étoiles du matin chantaient en chœur, quand les êtres célestes lançaient des cris de joie ?

(…)

Alors Job répondit au Seigneur :

Je sais bien que tout est possible pour toi et que, pour toi, aucun projet n’est irréalisable. Tu as dit : « Qui ose rendre mes projets obscurs en parlant sans rien y connaître ? » Oui, j’ai parlé de ce que je ne comprends pas, de ce qui me dépasse et que je ne connais pas. « Écoute, disais-tu, c’est à mon tour de parler ; je t’interrogerai et tu me répondras. » Je ne savais de toi que ce qu’on m’avait dit, mais maintenant, je t’ai vu de mes yeux ! C’est pourquoi je retire ce que j’ai dit, je suis consolé alors que je suis sur la poussière et sur la cendre. "

PRÉDICATION DU PASTEUR RUDI POPP - 3ème prédication de Carême

Dimanche 29 mars 2020 - 5ème dimanche de Carême

On nous a promis une finale, nous avons eu une finale ! Finalement, Job a été entendu par ce Dieu qui semblait si hostile, qui restait si lointain, sur « l’autre scène », et il l’a entendu parler, il vu la voix de Dieu. L’espoir inébranlable de Job s’est réalisé, cette certitude de la présence ultime d’un rédempteur qui non seulement rachètera son honneur mais encore lui permettra de le voir !

Au chap. 19 (25 suiv), Job avait ainsi formulé sa confession de foi :

« Je sais bien, moi, que mon rédempteur est vivant, que le dernier, il surgira sur la poussière. Et après qu’on aura détruit cette peau qui est mienne, c’est bien dans ma chair que je contemplerai Dieu. C’est moi qui le contemplerai, oui, moi ! Mes yeux le verront, lui, et il ne sera pas étranger. Mon coeur en brûle au fond de moi. »

Le Dieu inconnu et inconnaissable du prologue du livre de Job s’est révélé. Le Dieu qui était sur une autre scène, hors du champ de ce qui est accessible à la connaissance et à l’entendement, a parlé. Le Dieu qui semblait être tellement « ailleurs » qu’il ne nous répondrait jamais, a répondu.

A vrai dire, c’est dès ses tout premiers propos que Job avait été obsédé par cette réponse de Dieu. A aucun moment, il n’a douté de sa présence ; l’évidence de Dieu, c’est pour lui l’évidence de sa carence, de son silence. C’est parce qu’il croit, dur comme fer, en Dieu et en la présence de Dieu que Job est obsédé par son absence.

D’un point du vue psychologique, la foi de Job s’exprime sous forme d’une angoisse. Job se demande : Pourquoi Dieu est-il autre que celui auquel je fais et faisais confiance ? Son angoisse, ce n’est pas de se demander si Dieu existe, mais de se dire : qui est-il ? Pourquoi agit-il ainsi à mon égard ? C’est cette angoisse qui est constitutive du lien fort et passionnel que Job entretient avec Dieu.

Nous assimilons souvent la foi à une confiance, qui nous porte doucement ; mais du fait de Job, il faut aussi la voir comme une relation passionnelle, obsessionnelle qui est d’autant plus prégnante qu’elle est mobilisée par l’angoisse, par les «pourquoi ?», par le sentiment d’avoir été trahi et abandonné.

Pour Job, ce qui fait de Dieu un «Tu», c’est le fait qu’il lui crie, à sa manière : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? Pour le dire autrement : le mal et l’absurde peuvent être des moteurs beaucoup plus forts pour la relation à Dieu, que la louange, la gratitude et le sentiment d’avoir été sauvé et béni.

Cette relation, c’est croire que Dieu est autre que ce que l’on croit à son sujet. Il y a là un curieux paradoxe qu’il faut en effet souligner. La foi, c’est dire: « Je crois en un Dieu autre que celui auquel je crois. »

La foi n’est donc pas ce que ne pensons, qu’elle est faite d’assurance et de certitudes. La foi-en-relation sait qu’elle se trompe toujours en parlant de Dieu. Dieu n’est ni Celui auquel je crois, ni d’ailleurs Celui auquel je dis ne pas croire.

La foi sait qu’elle ne sait pas. C’est ce qui différencie la foi de Job de celle de ses amis, et aussi de celle de nos religions usuelles. Pour elles, Dieu est pensable, et il devient un outil pour nous permettre de penser le monde, la vie, l’éthique et l’au-delà, pendant qu’on y est. Pour les amis de Job, Dieu est Justice. Pour les juifs, Il est orientation et promesse. Pour les chrétiens, Il est grâce et amour. Pour les musulmans, Il est destin.

Mais le Dieu qui parle à Job ne laisse pas enfermer dans une pensée, serait-elle croyante ou athée. Il refuse de se laisser instrumentaliser. En parlant à Job, Dieu est encore celui qui lui échappe. Et la foi de Job consiste à batailler avec celui qui lui échappe et vouloir paradoxalement, coûte que coûte, s’appuyer sur ce Dieu-là, tout en sachant qu’il lui échappe.

La difficulté dans la foi, pour Job et pour nous, c’est donc d’avoir conscience que la vérité nous échappe et ne peut que nous échapper. C’est de savoir que tout ce que nous pensons, croyons et pensons être vrai sort en fait de notre cerveau, et n’est pas LA vérité.

Dans l’épilogue du livre, Dieu dira que seul Job a parlé avec droiture de Lui. Car Job a mis un doigt devant sa bouche en avouant son ignorance (on pourrait dire son agnosticisme), et il est cependant resté concerné à propos de Dieu.

C’est peut-être cela « croire en Dieu pour rien »; c’est dissocier la foi de l’objet de la foi, c’est-à-dire de Dieu en tant qu’idée religieuse ou philosophique. Ce qui importe, c’est la foi qui est un fait de l’expérience de vie, et non ce que nous pensons être son objet, Dieu. Ce qui nous importe est la foi vécue comme fidélité non pas à un Dieu que nous servons, mais la fidélité du Dieu qui vient nous servir. Ce qui nous concerne dans la foi, ce n’est pas qu’un homme puisse croire en Dieu, mais que Dieu puisse croire en l’homme.

Le livre de Job anticipe ainsi l’essentiel de l’Evangile de Jésus-Christ : tout ici-bas est inscrit dans l’insignifiance, la vanité, le non-sens ; mais tout est sous le soleil de la grâce. Le monde, qui ne paraît absurde, est de ce fait transfiguré et consacré comme un hymne à la gloire de ce Dieu de grâce.

Ce monde est là par grâce. Il est là par une forme de grâce gratuite, sans raison, sans justification et sans nécessité. « Par grâce » signifie « pour rien ». Le monde n’a pas de justification en lui-même. Sa seule justification est dans le fait que son existence lui est donnée et qu’elle lui est donnée pour rien et gratuitement. Amen !

Created By
Rüdiger Popp
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Credits:

Inclut des images créées par Koushik Chowdavarapu - "untitled image" • Devin Avery - "untitled image" • Laurenz Kleinheider - "Blurred Thinking" • Kristina Flour - "Secret"