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Le Carillon un réseau de commerçants mobilisés pour les sans-abri

Dans la rue, le métro, les gares… si les personnes sans domicile sont identifiables dans le quotidien, difficile de ne pas se sentir démunis face aux problématiques du logement et de l’exclusion. Au-delà du froid, de la faim, l’anonymat et l’invisibilité sont un réel fléau pour les sans-abri. C’est en partant de ce constat que Louis-Xavier Leca, alors âgé de 27 ans, a créé le réseau Le Carillon en 2015 : un programme de l’association La Cloche dont l’ambition est d’informer et former les citoyens dans la lutte contre l’exclusion en reliant commerçants et personnes sans-abri.

Carillon : série de cloches permettant l’exécution de mélodies - Définition Larousse.
Laura Gruarin, codirectrice de l’association la Cloche.
Les personnes à la rue, au-delà des besoins matériels, souffrent de rejet et manquent de lien social. Pour y remédier, Louis-Xavier n’a pas hésité à mobiliser les commerçants de son quartier : le 11e arrondissement. C’était en 2014. »,confie Laura Gruarin, codirectrice de l’association La Cloche, avant d’ajouter « L’idée est simple : rendre des petits services pour les personnes qui en auraient besoin ».

Recharger son téléphone, utiliser les toilettes, prendre un café, discuter… pas moins d’une trentaine de services sont proposés dans le cadre du programme Le Carillon pour les commerçants partenaires. Des services qui ne sont pas forcément en lien direct avec le cœur d’activité des commerces.

75 000 services rendus à ce jour.

Le fait qu’un commerçant ouvre ses portes aux personnes à la rue, ne serait-ce que pour parler, ça lutte contre la désocialisation. Ça évite que les personnes seules finissent par parler à leurs mains », signale Gilles.
Gilles est ce que l’on appelle un ambassadeur.
Je suis une personne à la rue au service des personnes à la rue. »

La Cloche comprend une soixantaine de salariés, mais surtout 350 bénévoles dont la moitié de sans-domicile ou personnes ayant connu la rue. Le rôle de ces ambassadeurs, c’est de relayer l’information auprès des sans domicile et de les inciter à utiliser les services proposés par le réseau commerçant.

Les personnes ont peur d’être rejetées. Mon rôle, c’est de les mettre en confiance pour qu’elles osent franchir la porte une première fois et y retournent seules les fois suivantes », explique Gilles.
Gilles, une double casquette : bénéficiaire et bénévole.
Nous sommes dans une logique de faire ensemble. Tout est construit avec les personnes sans domicile. On veut sortir de la logique aidant-aidé », complète Laura.
Présentation des commerçants solidaires du quartier.

Concrètement, les commerçants partenaires sont identifiables grâce au logo du Carillon et des pictogrammes correspondants aux services proposés collés sur leur vitrine.

Restaurant Bulma, dans le 10e arrondissement de Paris.

Ici, on propose un verre d’eau, l’utilisation des toilettes, recharger son portable, accéder à la presse, puis on donne à manger à chaque personne qui vient et qui a faim. On propose surtout d’être là et c’est déjà pas mal », sourit Frédéric, gérant du restaurant.
Frédéric, distributeur de sourires.

Pour Gilles c’est une aubaine. « J ‘aime lire, essentiellement des policiers, mais la presse ça fera l’affaire », s’amuse-t-il en attendant le plat que Frédéric lui prépare.

La lecture, un temps pour soi.
Nourrir le corps et l'esprit.

À deux pas, du restaurant Bulma, on trouve l’épicerie Balibert qui propose aux personnes qui le souhaitent de réchauffer un plat ou de prendre un café.

Idéalement on propose aux personnes de passer après le service du midi pour pouvoir prendre le temps de discuter avec elles », informe Bertrand Berrie, gérant de l’épicerie.
Mini-services et bon temps.

Si l’épicerie n’a pas encore ses habitués, pour tous les commerçants partenaires, l’essentiel c’est de pouvoir se rendre utile.

L’idée c’est d’être un petit maillon : si tout le monde fait un petit truc on avance. C’est une solution simple pour moi de m’investir », confie Frédéric.
Un quartier solidaire.

Au-delà des commerces de bouche, le réseau peut compter sur un large panel d’établissements, ce qui permet d’élargir les services : animaleries, librairies, salons de coiffure, opticiens…

Gilles profite de sa présence dans le 10e arrondissement pour se rendre au numéro 45 du faubourg Saint-Denis, pharmacie Levine. En échange d’un bon qu’il a récupéré auprès de l’association, il reçoit un savon des mains de Jonathan, pharmacien solidaire.

Une porte ouverte vers l'inclusion.
On a deux, trois personnes par semaine qui se présentent pour récupérer un savon, un shampoing... Les clients ne se rendent pas compte qu’une personne à la rue est venue demander un service, c’est par là que commence l’intégration. »
Un geste simple pour un besoin précis.

Si le programme Le Carillon a été inauguré à Paris en décembre 2015, le concept a depuis essaimé dans les grandes villes de France : Nantes, Lyon, Toulouse, Lille, Bordeaux… La toile du réseau est bien étendue puisqu’on dénombre au moins 1000 commerces partenaires.

On commence à se développer dans des plus petites villes via un système de franchise sociale. L’idée c’est de démultiplier Le Carillon à travers la France en le faisant porter par d’autres associations. En 2021 on espère pouvoir compter sur 12 capitales régionales en propre, avec des salariés et une quarantaine de franchises gérées par ces capitales régionales », se réjouit Laura.

Credits:

[ Texte : Pauline Autin ] - [ Photos : Arnaud Bouissou / TERRA ]