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Des facilitateurs et inspirateurs de terrain Centres de ressources de la politique de la ville

Les 20 centres de ressources de la politique de la ville (CRPV) sont, pour la plupart d’entre eux, implantés dans des régions très fortement urbanisées. D’autres se situent dans des territoires plus ruraux. Reportage et témoignages.

Depuis deux décennies, les centres de ressources de la politique de la ville assurent un rôle de facilitateur entre les acteurs du développement social et urbain, les services de l’État et les professionnels de terrain. Rôle de facilitateur, mais aussi de formateur et de relais. En effet, ces pivots entre l’État et le terrain détectent des initiatives et des expérimentations intéressantes à partager, repèrent les difficultés de mise en place des dispositifs publics, alimentent la réflexion sur la politique de la ville…

Forces de proposition, ce sont ainsi des points d’appui pour les services de l’État et les acteurs locaux qu’ils mettent en relation. Comme ici, en Seine-Saint-Denis, lors d’une visite sur la dimension environnementale des opérations de renouvellement urbain menées à Montreuil et à Clichy-sous-Bois.

Organisée par le CRPV le plus ancien, Profession banlieue, cette journée de visite a suscité des échanges entre professionnels – venus de la Région Île-de-France, de Plaine Commune, de la délégation départementale de l’Agence régionale de la santé, de communes voisines… – et des partages d’expériences.

REPÈRES

Les 20 centres de ressources de la politique de la ville se situent dans l’Hexagone et outre-mer. Prochainement, un CRPV va voir le jour en Guadeloupe en 2018. Leur périmètre d’intervention est régional, sauf en Île-de-France où il est départemental. Contacts ici.

Ils mettent à disposition des ressources et des documentaires, ainsi que l’agenda de leurs formations sur le portail du réseau national CRPV, ici.

Depuis mars 2017, les missions des CRPV s'appuient sur un cadre de référence commun (le consulter ici). De son côté, le CGET pilote le comité d’animation national des centres de ressources.

Zoom sur deux centres de ressources aux périmètres différents

Mustapha Boudjemai, directeur de Profession banlieue (Seine-Saint-Denis)

« Profession banlieue est un point d’appui, un outil pour tous les acteurs de la politique de la ville en Seine-Saint-Denis. Ce département recense plus de 600 000 habitants dans ses 63 quartiers prioritaires, sur une population totale de 1,6 million de personnes. Ces quartiers, qui relèvent de 12 contrats de ville, concernent 32 communes sur les 40 que compte la Seine-Saint-Denis.

Nombre d’entre elles ont dessiné les prémisses de la politique de la ville dès les années 80. Aujourd’hui, le pilotage de la politique de la ville se fait à l’échelon intercommunal, ce qui permet une meilleure appréhension des enjeux et favorise les coopérations et les solidarités.

Ce contexte induit des besoins d’accompagnement renforcé des élus, professionnels, associations ou conseillers citoyens. Notre centre de ressources leur propose donc, outre ses publications et ses outils d’information, des accompagnements pour se former, analyser ensemble, susciter une dynamique de réseau, transférer leurs bonnes pratiques, à travers des groupes de travail thématiques, des cycles de qualification, des conférences, des rencontres départementales, des formations-actions ou des visites de terrain.

À mon sens, ce type d’action condense toutes les missions des centres de ressources. Avec ces visites, nous créons de la synergie entre professionnels de secteurs divers et issus de collectivités locales différentes. C’est l’occasion de renforcer la maîtrise et la connaissance d’une question technique, comme la prise en compte du développement durable dans les opérations de renouvellement urbain. Cela donne à voir des réalisations concrètes et permet de faire de la pédagogie. De cette manière, nous contribuons à alimenter la réflexion et à renforcer les échanges entre les participants qui confrontent leurs pratiques, leurs contextes spécifiques et la question des moyens et les mettent en perspectives. »

Créé en 1993 et situé à Saint-Denis (93), Profession banlieue compte six salariés, des partenaires prestataires permanents (communication, logistique, etc.) et un réseau d’experts- collaborateurs (sociologues, urbanistes, professionnels du développement social et urbain…)

Tél. : 01 48 09 26 36 - profession.banlieue@wanadoo.fr

Christine Roman, directrice de Pays et quartiers d’Aquitaine (Nouvelle-Aquitaine)

« Notre centre de ressources a vu le jour en 2002, sur la volonté du préfet de région et du président du conseil régional, afin d’apporter un accompagnement aux acteurs du développement territorial. Sa particularité ? Dès le départ, il est intervenu tant en direction des quartiers de la politique de la ville que des territoires ruraux, avant d’étendre son appui aux projets urbains et ruraux soutenus par les fonds européens.

Pays et quartiers d’Aquitaine se situe dans les deux champs. Il permet la rencontre de leurs acteurs sur des sujets communs, au plan opérationnel (le travail en mode projet, la posture de l’animateur du développement territorial…) et au niveau des problématiques (la mobilité, l’économie du numérique, l’accès aux services…) Notre rôle consiste donc à faire dialoguer ces territoires différents, mais interdépendants. Le centre de ressources est un tiers neutre qui permet aux institutions, collectivités, services de l’État, etc., d’échanger ensemble.

Notre expertise légitime notre intervention auprès des élus et des acteurs locaux des douze départements de la Nouvelle-Aquitaine, qui compte 26 contrats de ville et une cinquantaine de contrats territoriaux. Nous les amenons à croiser leurs expériences et à illustrer la manière dont chacun a abordé une problématique. La méthode et le mode d’action des uns peuvent être repris et adaptés par les autres… »

situé à Bordeaux (33), Pays et quartiers d’Aquitaine compte huit salariés, dont un situé à Poitiers (86). Son périmètre couvre 81 quartiers prioritaires de la politique de la ville et 70 conseils citoyens.

Tél. : 05 56 90 81 00 - pqa@aquitaine-pqa.fr

En Seine-Saint-Denis, le CRPV fait la pédagogie du terrain

À Montreuil, une mutation territoriale très forte

Situé dans le Haut-Montreuil, le quartier Bel-Air a été redessiné par des projets urbains qualitatifs, qui tiennent compte des enjeux sociaux et environnementaux. Il a reçu le label écoquartier en 2015. Autrefois terre agricole puis site industriel, ce quartier avait vu émerger ses grands ensembles d’habitation en 1957. Le programme de renouvellement urbain a été porté par l’Agence nationale de rénovation urbaine et la Ville, qui a impliqué ses équipes de l’urbanisme, des bâtiments mais aussi de la citoyenneté/jeunesse et ses paysagistes.

Mixité fonctionnelle et sociale

Après consultation des habitants, bailleurs HLM, commerçants et associations de quartier, le projet, initié en 2003, a permis de réaménager l’espace commercial et de bâtir une maison de quartier, qui est aussi un lieu culturel et d’accueil de la petite enfance ; d’ouvrir un bassin de rétention d’eau pour en faire un espace naturel accessible aux habitants ; de créer des noues (fossés) végétalisées aux pieds des immeubles rénovés pour récupérer l’eau pluviale et éviter des adductions souterraines ; d’habiller le vieux château d’eau hors service par l’artiste contemporain, Claude Lévêque… Désormais, ce quartier rayonne sur la ville, et au-delà.

Au total, 1 375 logements sociaux ont été réhabilités, dont 1 000 au niveau thermique. Une barre d’immeuble a été coupée à deux endroits pour désenclaver l’ensemble immobilier et faciliter la circulation. 450 logements neufs ont été créés, dont 250 en accession sociale, ainsi qu’une résidence étudiante de 155 chambres et 12 ateliers d’artistes.

REPÈRES

La commune de Montreuil est découpée en six secteurs. Chacun dispose d’un gestionnaire urbain de proximité, qui fait le lien entre les habitants et la Ville.

Le quartier Bel Air-Grands Pêchers, situé dans le Haut-Montreuil, s’étend sur 40 hectares et compte 7 000 habitants. Il était constitué de 80 % de logement sociaux avant l’opération de renouvellement urbain. Les opérations de diversification de l’habitat ont permis la création de plus de 200 logements en accession libre et sociale.

Les prolongements de deux lignes de transport devraient achever de désenclaver ce quartier, à horizon 2030.

Sarah Khireddine, chargée de projets pour le quartier Haut-Montreuil au service Études et développement urbain de la ville de Montreuil

« Recevoir des professionnels de la ville extérieurs à Montreuil, c’est, pour nous, la reconnaissance de plus d’une décennie de travail et de transformation. Lors de ma présentation, le regard de mes pairs porté sur ce projet m’a permis de bien en jauger les spécificités. Ça fait ressortir ce qui le distingue : la conduite de cette opération de renouvellement urbain par la régie de la Ville, bien doté en termes d’ingénierie, et la valorisation du patrimoine paysager et culturel de Bel-Air, autrefois quartier maraîcher.

Ce regard extérieur permet de comprendre ce qui a marché ou pas et nous démontre que l’on peut aller encore plus loin. Par exemple, la personne de l’Agence régionale de santé a évoqué l’axe santé et bien-être que doit prendre en compte le renouvellement urbain. Les participants m’ont beaucoup interrogée sur l’impact des réhabilitations des logements sur le plan énergétique et sur les économies effectives pour leurs habitants. Ces échanges font prendre conscience de la nécessité d’évaluer les investissements et leurs effets concrets. L’évaluation, même si elle est complexe dans ce cas, doit faire partie du projet.

En organisant cette visite de terrain, le centre de ressources nous a donné l’occasion de valoriser notre travail, mais aussi d’enrichir nos pratiques et d’intégrer un nouveau réseau de professionnels. »

À Clichy-sous-Bois, toute la ville se transforme

Le quartier du Plateau, dans le haut de Clichy-sous-Bois, est en cours de rénovation urbaine depuis 2004. L’opération de renouvellement urbain a permis de requalifier les espaces publics/privés (les différencier et déterminer qui est responsable de leur entretien) et de créer deux nouveaux établissements scolaires. Un développement du quartier marqué aussi par l’arrivée de services publics : la construction d’un commissariat de police et l’ouverture d’une agence de Pôle emploi…

Habitants, bailleurs et professionnel de la ville s’impliquent

Avec le soutien d’un bailleur HLM, de l’établissement public territorial Grand Paris-Grand Est et de la Ville, une maison de l’habitat a été ouverte. Elle propose aux habitants des ateliers pédagogiques, une ressourcerie et des accompagnements pour améliorer leur cadre de vie.

Avec les gardiens et les animateurs sociaux, la Ville organise des opérations « coup-de-poing » sur la propreté pour éviter les décharges sauvages, par exemple. Et elle travaille avec des habitants-référents et les conseillers citoyens pour faire remonter les besoins.

REPÈRES

À Clichy-sous-Bois, 80 % de la population habite l’un des quatre quartiers prioritaires, constitués de grands ensembles entourés de zones pavillonnaires anciennes. Dans cette ville de 30 000 habitants, 52 % de la population a moins de 29 ans (la commune compte 30 groupes scolaires), et seulement 38,5 % des ménages sont imposables.

La ville manque encore d’infrastructure routière et de transport en commun. En 2019, cependant, le tramway desservira le Haut-Clichy, puis la ligne 16 du métro, en 2024.

Elsa Vergnaud-Rahali, cheffe de projet de rénovation urbaine Clichy/Montfermeil

« Notre ambition est de passer d’une architecture de grands ensembles à une architecture de rues, plus dense, sur le modèle des métropoles. Mais, ici, l’axe social prime sur l’aspect environnemental. Cependant, cette dimension est prise en compte dans le bâti, en basse consommation, ou l’installation de panneaux solaires pour produire l’eau chaude sanitaire sur les nouvelles constructions.

Mais, au-delà de l’amélioration d’un seul quartier, c’est toute la ville qui se transforme : articulation entre le bas et le haut de Clichy-sous-Bois, ouverture sur les secteurs pavillonnaires. Un premier programme de logements privés vient d’être livré. Ce sera, pour nous, un indicateur de réussite ou pas de la mixité sociale que nous voulons introduire dans le quartier. Enfin, les transports qui vont arriver constitueront aussi un levier pour l’activité économique et commerciale.

Faire de la ville, ça nous fait toucher à tous les domaines. J’apprécie de recevoir des professionnels extérieurs, aux cultures métiers diverses, pour leur faire découvrir les aménagements réalisés. Ce type de visite permet d’échanger sur nos pratiques, les expérimentations testées avec les habitants, sur chaque territoire, et d’éprouver les solutions trouvées.

Pour moi, cette visite de terrain est aussi l’occasion de prendre du recul sur mon travail. Elle remet en perspective les enjeux de nos projets et en montre tout l’intérêt. C’est très motivant ! »

Credits:

© N. Kharbache/Communication du CGET - V. Prouvot/Atmos'R - DR PQA

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