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Bulgarie, de l'espoir à l'attente la route Sud/Nord abime le corps et l'esprit des migrants

La Bulgarie a la plus longue frontière terrestre de l’Union Européenne avec la Turquie (240 km). Elle est la porte d’entrée de l’Europe par l’Asie pour des milliers de migrants fuyant leur pays. Mais la route jusqu’à la Serbie, la prochaine étape, comporte de nombreux obstacles. Une fois passés, les migrants en attente de l’asile en Bulgarie sont placés dans des camps aux conditions exécrables.

PAR DELÀ LA CLÔTURE

« Quatre jours de marche dans la forêt, sans manger, sans boire, sans dormir ». C’est le prix physique à payer pour les migrants qui comme Akli, venu d’Algérie, veulent franchir la frontière turque et arriver jusqu’en Bulgarie. La clôture, haute de deux mètres, surplombée par des barbelés et surveillée par des postes frontière ornés de caméras, fait office de frontière entre les deux pays. Pourtant présentée comme hermétique par les autorités bulgares, elle est percée à de nombreux endroits.

Akli est kabyle. Originiaire de Tizi Ouzou, il a fui l'Algérie il y a 10 mois. Son rêve : arriver en France.

L’autre prix à payer, aux passeurs cette fois, a fortement augmenté depuis l’an dernier. « Le prix de passage varie de 2000 à 12 000 euros. J’ai payé 700 euros parce que j’ai amené quatre amis. Mais une fois la frontière turque passée, ils abandonnent les réfugiés », continue-t-il. Les migrants, s’ils sont moins nombreux qu’il y a un an, passent encore en masse en Bulgarie. On compte 1495 arrivés en 2017 (706 à statut réfugié et 789 à statut humanitaire), selon le UNCHR. Souvent par groupes, ils négocient au prix fort leur traversée avec les passeurs, qui les aiguillent, et leur fournissent la logistique nécessaire.

Lors du passage, le danger est partout. Du guide, parfois racketteur alors qu’il est censé assurer leur passage, aux miliciens bulgares, qui traquent les migrants de jour comme de nuit. Mais selon les migrants, ce sont ceux qui se présentent comme des policiers bulgares qui constituent la principale menace. « Ce sont des voleurs. Ils ont dépouillé Tarek (un migrant syrien) de deux passeports, deux téléphones haut de gamme, une bague et 6000 euros en liquide », poursuit Akli.

Entre Edirne, en Turquie, et Svilengrad, le premier poste frontière bulgare, il n'y a que 31 km.

L’obstacle suivant consiste à se déplacer furtivement jusqu’à la prochaine étape : la capitale bulgare. « Il y avait une camionnette qui nous attendait pour aller de la frontière jusqu’à Sofia », explique Akli, tirant sur une cigarette extraite d’un sachet en plastique. Pourtant, arriver à Sofia ne constitue en rien un gage de sûreté. Bien au contraire. Le risque d’être arrêté par la police grandit pour ces clandestins, alors que la recherche du prochain passage réserve souvent des mauvaises surprises. « J’ai été kidnappé à Sofia par celui qui devait me faire passer en Serbie. Il faisait en fait partie de la mafia bulgare. Il m’a dit : " Vous allez passer la nuit ici. Demain on part vers la Serbie. " Le lendemain, il s’est réveillé, il avait des piqûres dans le bras, il avait pris de la cocaïne. Il m'a demandé de l'argent. J’ai refusé. Il a pris son arme, il m’a tiré dessus. J’ai esquivé, puis j’ai réussi à m’enfuir. »

S’ils sont capturés par la police, les migrants sont emmenés dans des camps-prison, comme à Busmantsi, dans la banlieue de Sofia, ou à Lyubimets, proche d’Harmanli, au Sud. « Ce sont des camps pour les criminels, les voleurs. Ce n’est pas pour les réfugiés. On est enfermés, on sort vingt minutes par jour, on ne mange pas bien, on ne dort presque pas. C’est la chose la plus monstrueuse que j’ai vue : la saleté, le traitement dégradant. » La police leur laisse alors une alternative simple : être renvoyé dans leur pays ou demander l’asile en Bulgarie. Plus considérée comme un pays de transit que d’accueil, la Bulgarie n’est pas un État privilégié pour la demande d’asile des migrants. Pourtant, elle apparaît à cet instant comme un moindre mal face à la perspective d’affronter à nouveau les spectres d’un pays en guerre. Une fois la demande d’asile lancée, les migrants en attente de réponse sont envoyés dans des camps-ouverts, comme à Harmanli, à 40 kilomètres de la frontière avec la Turquie, au sud du pays.

Tôle, caméras et barbelés : l'entrée du camp d'Harmanli

HARMANLI, ILLUSION DE LIBERTÉ

Situé en périphérie de cette ville de 20 000 habitants, à la croisée de l'Orient et de l'Occident, le camp longe la route qui arrive de Sofia. Considéré comme un camp « ouvert » en opposition aux camps « fermés », dont les migrants ne peuvent jamais sortir, il permet aux réfugiés de sortir de 8 heures du matin à 20 heures le soir. Il ne comporte comme signe d’enfermement visible que des barbelés sur tout son périmètre.

"Harmanli n'a pas besoin de voyager, c'est le monde qui vient à lui" Gencho Stoev, écrivain bulgare.

A l’entrée, une voiture de police en faction reste immobile toute la journée, imperméable au flot de migrants qui gravite entre le camp et le centre de la ville, à quelques centaines de mètres. La porte d’entrée principale en tôle grise laisse apercevoir l’importante taille du camp, alors qu’un gardien s’occupe de chasser les indésirables interdits d’accès.

L'allée qui mène au camp. Les migrants l'empruntent chaque jour pour acheter de la nourriture ou des habits dans le centre-ville.

Aujourd’hui, le camp compte entre 100 et 200 migrants, bien loin de l’agitation de 2016, où presque 2500 personnes s’entassaient dans les chambres spartiates du camp. Les logements insalubres, la violence des gardiens et les conditions d’hygiène dramatiques sont le quotidien des demandeurs d’asile. « C’est sale, c’est horrible. En général, quand ils arrivent le matin pour le "contrôle", ce n’est pas vraiment un contrôle. C’est sauvage. Ils secouent ton lit, ils te frappent le visage avec leurs pieds pour te réveiller. Ils disent qu’on a droit à 65 levas (30 euros) par mois. On n’a jamais rien eu, tout comme ils n’ont jamais donné de vêtements, de shampooing. Pour la nourriture, c’est vraiment immangeable. C’est un seul repas divisé en deux. », révèle Akli.

Sous les barbelés, des graffitis recouvrent le mur du camp qui longe la route qui mène à Sofia.

Selon lui, les policiers comptent sur leur position dominante pour extorquer aux migrants le peu d’argent qu’ils ont sur eux. « Ils nous demandent souvent de signer des documents uniquement en bulgare. Je suis le seul qui, à chaque fois, refuse de signer. Je dois comprendre ce qui est écrit. Ils disent que ça ne concerne que les chambres, les matelas, que ce n’est rien d’important. J’ai demandé la traduction à un ami qui parle bulgare. Il était formel : il est marqué qu’on fume à l’intérieur alors que c’est interdit, qu’on est hors-la-loi. On doit donc payer une amende de 100 levas (50 euros). Je n’ai pas signé, mais ça n’a rien changé, ils font ce qu’ils veulent de toute façon. », dénonce-t-il. Nous avons tenté à de multiples reprises de contacter les autorités pénitentiaires, mais elles n'ont pas souhaité répondre à nos questions.

Une voiture de police s'installe quotidiennement devant l'entrée du camp d'Harmanli.

" Are you ready to win ? " La publicité pour un des casinos de la ville sur l'arrêt de bus à proximité du camp résonne cruellement pour les migrants enfermés en attente d'une vie meilleure.

Dans la ville, à proximité d’une station de bus qu’ils regardent avec envie, Akli et Tarek se retrouvent souvent avec leurs amis au « Chicken Shack », un fast food tenu par un Syrien. Point de rencontre entre les migrants, les commandes y sont plus souvent passées en arabe qu’en bulgare. Mohammad Huseyn, un réfugié syrien de 22 ans, y travaille comme cuisinier.

Chicken Shack, le fast-food devenu refuge

Affublé d’un bandeau noir « Chicken Shack », il fait plus vieux que son âge le laisse présager. Yeux verts, tâches de rousseur et barbe rougeoyante sur sa peau mat, il porte un regard timide vers son entourage, dans la boutique où il côtoie des employés bulgares, qu’ils appellent ses « frères ». Parti de Syrie il y a cinq ans alors qu’il étudiait les mathématiques, il a passé illégalement la frontière bulgaro-turque en franchissant le mur. Après un trajet de deux jours dans la forêt entre la Turquie et la Bulgarie « où l’atmosphère était froide et stressante » et qui l’a vu perdre ses papiers, il est arrivé « fatigué et torturé ». Ayant donné 1300 € aux passeurs pour entrer en Europe, il a passé un mois dans le camp fermé de Lyubimets, où il a été frappé par les policiers, qui traitent les migrants « comme des animaux ».

Mohammad cumule deux emplois : cuisinier le jour, serveur la nuit. Il veut mettre de l'argent de coté pour rejoindre sa petite amie en Allemagne. Il ne l'a pas vue depuis 5 ans.

Détenteur du statut de réfugié, qui lui a permis d’obtenir un travail, il travaille désormais au Chicken Shack. Six heures de labeur par jour dans la rôtisserie pour un salaire allant de 130 à 150 €. Avec un loyer qui lui coûte 120 €, il doit compléter avec un deuxième travail, de nuit cette fois : serveur dans une boîte de nuit de la ville. Doté d’un passeport et d’une résidence en Bulgarie, il ne souhaite pas s’y éterniser. Son but : rallier l’Allemagne, où l’attend sa petite amie, qu’il n’a pas vue depuis cinq ans : « En Allemagne, les migrants sont beaucoup mieux traités ».

ÉCHOUÉS À SOFIA

Ils sont nombreux à fuir les petites villes comme Harmanli pour atteindre les grandes. Ceux qui arrivent jusqu'à Sofia, la capitale bulgare, ont souvent des parcours bien différents, mais le plus souvent, ce sont des migrants afghans qui ont été transférés de différents pays européens. C'est le cas de Didargul, venu d'Afghanistan en 2015. Il a traversé la Bulgarie pour passer par la Serbie, la Hongrie, l'Autriche et enfin la France.

Sofia se trouve à 50 km de la frontière serbe, au nord-ouest.

Après ce périple qu'il a effectué à pied, l'homme de 35 ans a échoué il y a quatre mois dans le camp de Voenna Rampa, dans la banlieue de Sofia. Il a été “dubliné” (tiré du règlement européen Dublin III, qui oblige le demandeur d’asile à effectuer sa demande dans son pays d’entrée en Europe) en Bulgarie car il y avait laissé ses empreintes lorsqu'il y est entré en Europe. Après un mois dans un camp fermé, qu'il décrit comme une « prison », la police bulgare lui a demandé s'il voulait lancer une procédure d'asile. Tant qu'il refusait, il devait rester emprisonné. Au bout de quelques semaines, il a donc accepté de demander l'asile pour retrouver sa liberté.

Didargul a fui les talibans en Afghanistan en 2015. Passé par la France, il veut y retourner au plus vite.

Mais le camp ouvert de Voenna Rampa, où il a été transféré pour que sa demande soit examinée, n'était en fait qu'une prison qui cachait son véritable nom. Si sa qualification « d'ouverte » suppose une plus grande liberté, Didargul et ses autres amis afghans ne s'aventurent en fait que très rarement en dehors du camp.

Dans le camp de Voenna Rampa, les migrants sont entassés dans des chambres infestées d'insectes, où les draps sont changés une fois par mois.

La raison ? De nombreuses bandes de malfaiteurs traînent autour des camps pour dépouiller les migrants. « Ils sont parfois à 15 ou 20, ils nous attendent à la sortie du camp. Ils nous frappent et nous prennent tout ce qu'on a », explique l’ancien fermier, les yeux rougis par le manque de sommeil et affublé d’une simple veste en cuir noir, alors que la température extérieure s'approche du négatif.

A Voenna Rampa, les migrants dorment à cinq ou six dans quelques mètres carrés.

« On ne sort jamais seul, c'est trop dangereux, continue-t-il. J'essaie de réduire au maximum mes allers et venues. Il faut près d’une heure et demi pour aller du camp de Voenna Rampa jusqu'au centre ville de Sofia. Je ne peux faire qu'une seule prière par semaine à la mosquée. Nous venons en groupe pour Al djoumou'a (la prière du vendredi). C'est très important pour nous de tous être présents pour prier. » Ce rendez-vous hebdomadaire à la mosquée de Banya Bashi constitue un moment de répit essentiel, entourés de ses amis et des autres fidèles musulmans.

Le vendredi, Didargul et ses amis se retrouvent pour la prière à la mosquée de Banya Bashi, la seule de la capitale bulgare.

Le peu de demandeurs d'asile afghans dans le camp sont condamnés à rester dans leur prison « ouverte ». Y survivre se révèle vite être un cauchemar. Insalubrité, puces de lit, nourriture « immangeable ». « C'est horrible », témoigne Didargul, le regard froid.

Les migrants préfèrent acheter de la nourriture en ville et la cuisiner dans leur chambre.

Ce camp a pourtant été rénové en 2015, mais les conditions d'accueil des demandeurs d'asile et spécifiquement celles des migrants afghans sont pointées du doigt par de nombreuses ONG. La Bulgarie a reçu une enveloppe de l’Union européenne de 30 millions d’euros pour agrandir ses capacités d’accueil, suite au sommet de Bratislava en 2016. Mais aucune obligation d’amélioration sur les conditions d’accueil et de vie des migrants dans les camps.

« Les autorités concentrent leurs efforts sur le camp ouvert de Vrajdebna pour en faire un exemple pour les médias. À quelques kilomètres, l’autre camp ouvert, celui de Voenna Rampa, est laissé à l’abandon », déplore Lidia Aspridi, assistante sociale de la Croix-Rouge bulgare.

Vides, les couloirs du camp de Voenna Rampa donnent un sentiment d'abandon pour les migrants.

Cette ancienne école transformée en camp dans la précipitation, lorsque l'afflux migratoire s’est accéléré, a pu accueillir jusqu’à 700 migrants. Aujourd’hui, laissés à l’abandon, ils ne sont plus qu’une centaine à errer dans les couloirs. « C’est comme s’il n’y avait pas de garde. Ils fument des cigarettes toute la journée et ne font pas attention à nous », soupire Didargul.

Un rapport de Human Rights Watch daté de 2016 mettait déjà en avant les conditions déplorables de détention dans les centres de la capitale et spécifiquement celui de Busmantsi, en banlieue. Des réfugiés syriens avaient d’ailleurs protesté en 2016 en dénonçant leurs conditions de vie et l’attente souvent très longue. Alors que la détention des demandeurs d'asile ne devrait s'appliquer qu'en cas de possible désordre à l'ordre public, « en Bulgarie, ils passent tous par la prison, c'est systématique », indique Stéphane Moissaing, chef de projet pour Médecins Sans Frontières (MSF) pour tous les pays des Balkans. La détention pour les demandeurs d'asile est pourtant strictement encadrée. Une lettre leakée de la commission européenne (interceptée par le média d’investigation BIRN (Balkan Investigative Reporting Network), et adressée aux autorités bulgares, rappelle "que la détention ne devrait être décidée seulement lorsqu'elle est nécessaire ".

La lettre, adressée à Petya Parvanova, directrice de l'agence des réfugiés et Krasimir Tsipov, le ministre de l'Intérieur bulgare a pour objet : « Mesures pour amélioration du système d'asile bulgare ».

« Permettez-moi de souligner qu'il est important que les décisions d'asile soient prises de manière individuelle sur la base de données mises à jours sur les pays d'origine. Il n'est pas approprié qu'une décision d'octroi d'asile soit basée sur une décision de "groupe" visant certaines nationalités. »

« J'aimerais donc demander de plus amples explications aux autorités bulgares au sujet de la différence disproportionnée entre la moyenne d'octroi d'asile aux Afghans, ainsi qu'au sujet du phénomène de détention généralisé des demandeurs d'asile afghans. »

La lettre pointe notamment du doigt les procédures d'asile extrêmement longues pour les Afghans. Le pourcentage qui l’obtient, de seulement 2,5 % en 2016, est « particulièrement bas » en Bulgarie par rapport à la moyenne européenne (56 %). Alors que la procédure de demande d’asile doit être décidée au cas par cas, ces chiffres montrent une discrimination à l’égard des migrants afghans. « Les ressortissants afghans sont souvent détenus pour des périodes plus longues et de manière beaucoup plus systématiques que d'autres nationalités », ajoute le porte-parole de la Commission européenne dans la lettre.

« Ici, c'est comme l'Afghanistan ! »

Durant son périple, Didargul a passé de nombreuses frontières et eu affaire à différentes polices mais selon lui, « la police bulgare est la pire ». Quand il a passé la frontière avec la Turquie, il a vu les policiers molester les migrants qui passaient avec lui. « Ils lâchent les chiens sur nous, même sur les enfants », raconte-t-il en soulevant son pull pour montrer les traces de morsure au niveau de son flanc. En Bulgarie, difficile de savoir s’il a eu affaire à la police officielle, car de nombreuses milices privées - maintes fois encouragées par le Premier ministre Boyko Borisov - patrouillent autour de la frontière avec la Turquie. Didargul, qui a quitté l'Afghanistan à cause des talibans qui venaient le piller et menaçaient de le tuer, veut à tout prix quitter la Bulgarie.

« Ici, c'est comme l'Afghanistan », lâche-t-il. « On se fait frapper, agresser et harceler ». De nombreux récits font état de rackets de la part de ce que Didargul identifie comme des policiers bulgares. « S'ils nous attrapent à la frontière, ils nous prennent notre téléphone portable et tout notre argent. »

« Ma vie était si différente quand j'étais en Angleterre, maintenant je ne me reconnais plus dans un miroir. Si ça continue, je vais devenir fou » s'exaspère Kamran, migrant pakistanais de 26 ans.

Ces pratiques sont très fréquentes dans la capitale bulgare. Kamran, jeune pakistanais de 26 ans parle d'un « harcèlement moral quotidien. » « Quand la police bulgare nous croise dans la rue, elle nous demande systématiquement nos papiers. Mais ce n'est pas juste un contrôle de routine, ils rentrent dans leur voiture au chaud et nous font attendre pendant parfois près d'une heure dans le froid. Ils savent très bien que nous n'allons pas repartir sans notre carte verte. » Selon Kamran, ces pratiques ciblent principalement les migrants afghans ou pakistanais, comme lui. « Ils ne nous aiment tout simplement pas, ils veulent juste qu'on quitte leur pays », continue-t-il. Cette pression morale et psychologique pèse sur beaucoup de migrants. « Ma vie était si différente quand j'étais en Angleterre, maintenant je ne me reconnais plus dans un miroir. Si ça continue, je vais devenir fou » s'exaspère-t-il.

Il y a à peine cinq mois, Kamran était en Angleterre avec un visa étudiant, et venait de finir ses études en Business Administration. Il avait un travail. À l’expiration de son visa, il s'est retrouvé déporté en Bulgarie alors qu’il considère n’y avoir jamais mis les pieds. « Personne ne veut rester ici dans ces camps, on ne nous aide pas, on nous maltraite. » Si Didargul veut retourner en France le plus vite possible et de manière illégale, Kamran de son côté hésite : « Je n'ai jamais fait ça. Ça me fait peur ! Mais si ma situation ne change pas, je vais devoir le faire, je ne peux pas rester ici. »

Théo Gicquel et Antoine Morel.

Credits:

Antoine Morel

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